Nouveaux romantiques, actuels et nostalgiques

Nouveaux romantiques, actuels et nostalgiques

Laura se demande qu’elle est non pas “la” mais “sa” définition de l’amour, du coup de foudre. Pour elle, il n’y a pas un mais des amours : l’amour pour une autre personne, pour sa famille, l’amour pour la nourriture… Dans ce texte, elle nous parlera de l’amour entre amoureux.

Les papillons

Certains vous diront que le coup de foudre, c’est lorsque vous ne pouvez plus vous passer de l’autre personne, que vous pensez tout le temps à elle, que vous aimez être avec elle. Pour moi, ça va encore plus loin, c’est lorsque vous avez des papillons dans tout votre corps quand elle est avec vous, que vous avez mal au ventre quand elle vous parle, que vous ne pouvez pas imaginer faire votre vie sans elle. En vérité, il existe beaucoup de définitions de ce sentiment, de ce ressenti, aucune n’est correcte ou incorrecte, aucune ne peut exprimer complètement cette sensation extrême qui mérite le respect absolu.

Je t’aime ?

Trop souvent, les gens jouent avec ce sentiment. Aujourd’hui, « je t’aime », cette phrase magique, est mal ou trop employée. Maintenant, on dit « je t’aime » pour le dire, sans avoir conscience de la puissance de ces mots. Moi, par exemple, je ne le dis pratiquement jamais, je l’ai trop dit à des personnes qui n’ont pas été franches avec moi. Parce que l’amour fait souffrir et on finit par ne plus y croire, pour moi les gestes et la sincérité se font rares. Malheureusement, l’être humain confond désir sexuel et envie d’être, de partager sa vie, avec son congénère. Il est parfois difficile de faire la part des choses. Des garçons ne flirtent avec des filles que pour le cul, il n’y a plus de sentiments et je trouve cela fort dommage. Inversement, du côté des filles, je pense qu’il nous est arrivé de penser que c’était de l’amour véritable alors que ce n’était que sexuel. Parfois, on croit aimer la personne alors que ce n’est juste que de l’attirance physique, cela m’est déjà arrivé de vouloir sortir avec quelqu’un alors que ce n’était que purement physique.

Blessée

Finalement, on finit par être blessée, détruite, parce que ce n’était que mensonge. Je suis plutôt de la vieille époque. Pour moi, l’amour doit être sincère, quand j’aime quelqu’un c’est pour de vrai, il n’y a aucun rôle à jouer dans la relation amoureuse. Il fut un temps où l’amour n’était pas gâché par tant de mensonges, c’était la sincérité, on écrivait des poèmes pour séduire les demoiselles. Maintenant, Roméo abandonne un « je te suis parce que t’es bonne », « ça embrasse et couche avec des filles sans jamais les rappeler”. Aujourd’hui, pour moi, parfois, l’amour est surjoué. Et, le problème, c’est qu’on rencontre énormément de mauvaises personnes qui nous blessent. Si bien que même si on est sincère en face, on finit par ne plus y croire. Je connais une personne qui a été tellement brisée par l’amour qu’elle a fini par ne plus y croire. Trop manipulée, on en vient à être dégoutée et tout ça parce qu’en face, ils pensent que l’amour est un jeu.

On ne joue pas (avec) les sentiments

C’est dangereux de jouer avec le cœur des gens, les mauvaises expériences les changent. Que vous soyez un garçon ou une fille, faites attention à qui vous donnez votre cœur. Ce n’est pas un jouet qu’on peut partager facilement et penser que l’autre personne va vous rendre intacte. Je disais tout à l’heure qu’il n’y a pas de définition satisfaisante de l’amour, que chacun, chacune a sa propre définition. L’amour, pour moi, c’est d’abord faire passer les besoins de l’autre avant les siens. C’est la confiance, pouvoir être soi-même, sans gêne, bref s’accomplir en accomplissant l’autre. Si vous ne partagez pas cette vision, ce n’est pas grave, mais pitié, ne jouez pas avec les sentiments des nouveaux romantiques, même s’ils semblent un peu démodés.

Auteure : Laura, 19 ans, Marche-en-Famenne

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R à distance

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Une maison de jeunes … sans jeune

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Voici le texte d’Ambre, animatrice de la Maison des Jeunes (MJ) de Banneux, petit village de la commune de Sprimont situé dans la province de Liège. Son texte est le premier que nous avons reçu lors de la campagne Parle nous de ta MJ.

Avant, ici, à la Maison des jeunes (MJ) de Banneux, ça bougeait d’enfer ! Des activités, des projets, de la culture, de la danse, de la musique, des voyages, des débats et j’en passe. Une belle équipe de jeunes bien présente ! À l’école des devoirs, dans l’accueil, dans les projets, dans les activités, les voyages et j’en passe encore … Tous les jours ça tournait. On s’parlait, on s’consolait, on s’écoutait, on jouait, on riait, on s’éveillait, se soutenait, se taquinait, on mangeait ensemble. Le parfait mélange d’humain et d’éveil.

Mars

Mais voilà mars. On nous annonce : « confinement ce vendredi soir … »
Tous les jeunes et les éducateurs et les éducatrices se sont retrouvé·e·s à l’accueil pour une soirée qui a des airs de fin du monde. On s’est dit à … à quand ? À on ne sait pas quand !
Paf ! En une semaine nous voici passés en MJ virtuelle, voilà le peu que nous pouvons offrir à nos jeunes. Plus d’école, plus de copain·pine·s, plus d’MJ. À défaut, un petit pansement par des ateliers virtuels, des jeux en ligne, des visios. Le petit pansement qui permet de ne pas perdre le contact mais c’est bien peu. Nos jeunes résidant dans des homes sont coincé.e.s, sans ordi, eux et elles sont encore plus seul·e·s.

Juin, septembre …

On déconfine « un peu mais pas trop », on espère, on organise le maximum de choses possibles, on peut partir en bulle ! Ah quelle chance ! Go Go Go : mer du Nord, bulles de 35, elle est pas belle la vie ? C’est reparti, quelle joie de pouvoir se dire bonjour, jouer, consoler, rire, expliquer, échanger… La vie quoi ! Puis septembre, on est content, on repart, bon avec les masques d’accord mais quand même. On réaménage toute la MJ, sens de circulation, gel hydroalcoolique, ma collègue Laurence et moi on coud, on coud des masques pour ceux et celles qui n’en ont pas. Soirée ciné, débats, soirées masquées mais soirées quand même ! Et puis voilà, on reconfine, ok un peu moins, un peu pas pareil. Projet Pologne auquel nous avons consacré des heures et des heures de préparation… : BIM ! Annulé. Projet podcast, BIM ! Postposé, pareil pour la musique, les musées, les cinés… pareil pour tout, pareil tout le temps.

Faire et refaire c’est toujours travailler …

Tu passes plus de temps à désorganiser qu’à organiser. Et go ! On repasse en visio, quoi trouver, quoi proposer pour les jeunes ? Elles et ils sont déjà scotché·e·s sur leurs écrans avec l’école à distance. Cette fois-ci c’est mieux, on a les moins de 12 ans, ouaaais ! On fait des stages, on crée mais seulement pendant les vacances scolaires, c’est peu pour un·e éduc’, c’est peu pour les jeunes. Heu… Les violences à la maison on en parle ? Les enfants enfermés, sans contacts ? À un moment, on se pose des questions ? Bon on est créatif·ve·s, on pallie, on met des petits pansements sur des grandes blessures.
On se sent impuissant, on ne comprend pas. En même temps, c’est pas évident : une file de 100 personnes devant Primark et nous, nous ne pouvons pas accueillir un·e seul·e jeune de plus de 12 ans ? Quick et Mcdo ouverts, salles de concerts fermées ? Voilà la triste réalité de 2020, la culture, le socioculturel se meurt. Mais on reste là, on organise le futur, on a espoir, en tous les cas on sera là, on n’abandonne pas ! Pour le beau métier que nous faisons mais surtout, surtout pour les jeunes.

Auteure : Ambre, Maison des Jeunes de Baneux

Cet article a été écrit lors de l’action Raconte-nous ta MJ

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« Retourne dans ton pays »

« Retourne dans ton pays »

Acheter un paquet de chips est parfois extrêmement difficile. Rentrer dans un magasin et en ressortir – sans paquet de chips – et avec une envie de tout casser, c’est quand même assez particulier.

Sale noir

Je me rappelle d’un jour en particulier. Je me promenais en ville, je portais des chaussures rouges, un pantalon bleu clair et un pull à capuche gris. Comme j’avais faim, j’ai décidé de me rendre dans une épicerie du coin pour acheter des chips. En rentrant dans le magasin, j’ai tout de suite remarqué que tout le monde me dévisageait. Sur le moment, je n’ai pas compris puis cela m’a semblé évident : j’étais le seul noir. Voilà pourquoi ils me regardaient de cette manière : à cause de ma couleur de peau. J’ai décidé de faire comme si de rien n’était mais un client s’est adressé à moi en disant : « sale noir, retourne dans ton pays ». J’étais choqué, énervé. La seule chose que je voulais, c’était de le blesser mais je me suis dit que si je lui donnais une baffe, ça se retournerait contre moi. J’ai donc fait demi-tour et suis sorti du magasin, tête baissée, sans rien avoir acheté. J’étais triste.

Je ne comprends pas

Pourquoi les gens peuvent-ils être si méchants et se comporter de cette façon à cause de la couleur de peau d’une personne. Cette histoire peut vous paraitre anecdotique, mais quand on vit tout cela quotidiennement, qu’on fait partie des personnes qui sont systématiquement visées, c’est très compliqué. Cela s’appelle de la discrimination raciale. Depuis quelque temps, les États-Unis ont fait la une des journaux, chez nous, cela arrive souvent aussi. Moi, en tant que noir, je me sens rejeté. Je veux dire à certaines personnes qu’il faut faire attention. Quand on nous regarde de travers, même si vous ne le faites pas exprès, ça nous donne l’impression qu’on n’est pas chez nous. Je suis né en Belgique.

Auteur : Abdou, 12 ans, Ans

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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Racisme et jeu vidéo, je mène l’enquête

Racisme et jeu vidéo, je mène l’enquête

Hiba se pose bien des questions… Pour trouver une réponse à celle qu’elle se posait le plus souvent : “Est-ce que le racisme existe aussi dans les jeux vidéos ?”, elle a créé un personnage et s’est plongée dans le jeu !

Je ne suis pas une geek !

Dans la vie, ce que je préfère ce sont les jeux vidéos ! Attention, ce n’est pas que j’y sois accro. Si vous vous pensez tout de suite que je suis une geek, il y a erreur, la réponse est non. Pour moi, ce qui est important, ce n’est pas le temps que je passe sur ces jeux. Ce qui est important, ce sont les graphismes des différents mondes, les personnes que j’y rencontre.

Un monde idéal ?

Le monde virtuel est un monde meilleur que celui dans lequel nous vivons. J’aime les jeux vidéo : ils me permettent d’être quelqu’une d’autre, c’est ennuyeux d’être la même personne chaque jour. Tellement de choses peuvent se passer dans les jeux alors que la vraie vie est un long fleuve tranquille… Ça, c’est ce que je me disais il y a bien longtemps. Jusqu’à ce que je découvre le racisme et toutes les autres formes de discriminations. Au départ, je pensais que, irrémédiablement, les jeux vidéos étaient bien plus qu’un terrain d’aventures, ils étaient aussi un refuge, une zone épargnée par la bêtise humaine. Ensuite, une question a court-circuité ma pensée : et si le racisme n’était pas que réel ? Et s’il se prolongeait dans le virtuel ? Il faut que j’en sois sûre ! Je décide donc de mener ma propre enquête.

Enquêtrice en ligne

Telle une détective, de peur qu’on me reconnaisse, je me crée un nouveau compte personnel. Je me connecte alors à Roblox (1), un site, une plateforme composée d’une pléthore de jeux dont le seul but est de satisfaire les joueurs. Je suis surprise de constater que l’avatar de base proposé par la plateforme n’est pas de ma couleur de peau. Pourquoi le personnage de base est-il ainsi ? Est-ce que pour les créateurs du jeu, un personnage neutre c’est un homme blanc ? Je n’ai pas encore commencé mon enquête que j’ai déjà ma petite idée sur la question… Une fois dans un des jeux, je comprends que les joueurs qui ont de l’argent peuvent payer pour que leur avatar ait le droit de pousser les autres ou de leur jeter une grenade dans la figure : en d’autres mots, ceux qui ont de l’argent – dans la vraie vie – peuvent écraser virtuellement ceux qui n’en ont pas. Je suis perplexe : on peut pousser les autres, c’est bien ça ? Sur base de nos moyens économiques qui, on le sait, nous discriminent déjà dans la réalité, on peut avoir le droit de tuer virtuellement ? Pourquoi ce jeu a-t-il été créé au juste ? Pour s’amuser ou pour reproduire et renforcer les discriminations de notre société ?

Changer du blanc

Je poursuis mon enquête. Je décide de changer la couleur de peau de mon “avatar blanc de base” à l’image de la mienne : brune. Façonner mon avatar (2) avec précision me prend un temps certain, c’est donc les paillettes plein les yeux que je le finalise enfin. Wow, il est parfait ! Je me sens dans la peau d’une lanceuse d’alertes (3), prête à obtenir des réponses sans que personne ne puisse m’en empêcher : mon plan est redoutable. Tranquillement, je rejoins le jeu en ligne. Après une première phase d’observation, je me sens prête : j’y vais ! J’envoie des demandes d’amitié à différents joueurs, le principe est plus ou moins le même que sur facebook. Pas de réponse. Pas une seule acceptation. Finalement, je reçois quand même une insulte : “T’es tellement noire que même sur l’autoroute, on croira que c’est toi la route”. Les commentaires racistes s’enchainent. Ils ne me font pas vraiment mal, je suis à distance, dans mon rôle de sociologue.

L’insulte est supposée être une blague pour celui qui la dit, mais qu’en est-il pour celui qui la reçoit ? Sont-ils blessés? Doivent-ils pleurer, lutter, répondre, partir, rigoler, s’en foutre ou bien juste se taire ? Je suis en colère. Mais je ne perds pas de vue mon plan et je pars changer mon avatar. Je lui redonne la couleur de peau blanche du départ et fais en sorte qu’il paraisse plus ¨pro¨. Pleine de rage, je retourne dans le jeu. Je compte bien leur balancer leurs quatre vérités. Rebelote, j’envoie des invitations d’amitié. Sans surprise, ils acceptent et je me fais rapidement beaucoup d’ami·e·s. Je me mets à chercher dans tout le jeu celui qui m’a le plus insultée. Je le trouve, c’est lui, il se tient juste là, devant moi. J’essaie, mine de rien, d’établir un lien d’ami-ami. Cette fois, il ne m’insulte pas. Il est même gentil avec moi, il fait des blagues sur les autres. Après plusieurs échanges à l’apparence complices, j’attends le moment parfait pour lui dire : “ Tu vois, la fille que tu as insultée pour sa couleur de peau ?” Naïvement, il répond “Oui”. “Bah, cette fille, celle que tu as bêtement insultée… c’était moi”. Sans aucune réponse, il quitte le jeu. Je ne l’ai jamais revu.

Satisfaite de mon enquête, horrifiée du constat

Le racisme existe, même dans les jeux. Vraiment ? C’est incroyable. Nulle part, nous ne sommes à l’abri du racisme. À ce moment précis, je ressens de la colère et en même temps de la pitié. Comment ce type peut-il se regarder dans le miroir ? À mon tour, je me regarde dans le miroir. Je vois mon reflet en blanc, en brun, et dans toutes les couleurs possibles des avatars. Ils me saluent tous, je rigole. J’ai le sourire de celle qui sait qu’elle a gagné. C’est suite à cette phrase que je retrouve mon vrai compte et recommence à jouer paisiblement. Impatiente de me poser de nouvelles questions.

(1) Roblox est un outil de création de jeux en ligne. Gratuit, il rassemble plusieurs millions de jeunes joueuses et joueurs. Il permet à ses utilisateurs de créer un jeu et d’inviter les autres à y jouer. (2) Un avatar, est un personnage, une représentation virtuelle choisie par l’utilisateur dans un jeu, un lieu virtuel… (3) Une lanceuse ou un lanceur d’alerte est une personne qui apprend l’existence d’un danger, d’un scandale, d’une affaire inconnue jusque-là, décide d’en informer des médias. Le résistant et sociologue Victor Martin (Belgique 1912-1989) fut par exemple un lanceur d’alerte. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, après une mission en zone allemande, il ramena les premières informations sur le sort des déportés juifs en Allemagne, sur le fonctionnement du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz.

A écouter aussi en podcast ici

Auteure : Hiba, 11 ans, Ganshoren

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Maman a perdu la mémoire

Maman a perdu la mémoire

Il y a presque cinq ans, la maman d’Émilie a eu un accident et a frôlé la mort. Si son corps s’est remis, elle a complètement perdu la mémoire, ne se souvient plus jamais de rien et oublie tout au fur et à mesure. Émilie nous explique comment elle continue à vivre avec une maman qui n’est plus celle qu’elle connaissait.

22 aout 2015

Simple date qui représente tellement de choses. Simple date qui a tout changé au sein de ma vie, au sein de ma famille. C’était un soir d’été, maman était en train de préparer le souper, mon père était sur son ordinateur. Moi, j’aidais maman à mettre la table. En revenant dans la cuisine, je l’entends me dire : « Emilie, je vais tomber », je lui ris au nez en lui disant d’arrêter de faire des blagues. Cependant, elle ne rigolait pas. Elle est tombée. La panique s’est installée à la maison, j’ai crié après mon papa afin qu’il vienne m’aider. Papa l’appelait mais elle ne répondait pas. C’est alors que sont arrivé·e·s ma petite sœur, 11 ans et mon petit frère, 5 ans. Voyant maman allongée sur le sol, ils ont pleuré et paniqué. Papa, lui, était en train de faire un massage cardiaque à maman et moi, j’ai pris le téléphone pour appeler les secours. Une fois appelés, je les ai attendus sur le palier avec mon frère et ma sœur. Les secours sont arrivés une dizaine de minutes après l’appel et dans le même temps, mon grand-père est arrivé pour nous prendre chez lui. Je ne me souviens plus de qui l’a prévenu mais il l’a été. Les secours ont emmené maman. Mon frère, ma sœur et moi sommes allés chez papy. Ce soir-là, nous avons beaucoup pleuré. Nous avions peur pour maman.

Retour à la maison

Maintenant elle va mieux. Le seul problème est qu’elle a perdu sa mémoire. Les relations sont plus tendues qu’avant. Je sais que la plupart des gens pensent que je devrais être contente qu’elle soit toujours là et quelque part, je le suis. Seulement, vivre quatre ans, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 avec une personne qui perd la mémoire toutes les 5 secondes est très épuisant. De mon point de vue, cet accident n’a eu aucune conséquence positive sur la personne que je suis aujourd’hui. En effet, je n’ai plus la patience de supporter ce genre de choses. Par exemple, sur une journée elle va nous demander une dizaine de fois, si pas plus, quel jour on est. Même avec mes amis, je n’ai plus la patience de me « disputer » ou de me « défendre » pour quoi que ce soit.

Tout réussir

De plus, je suis devenue une personne exigeante avec les personnes qui m’entourent et avec moi-même. Par exemple, si les gens ne correspondent pas à ce que j’attends d’eux, alors je ne chercherai pas plus loin et ne les considèrerai plus. En ce qui concerne mon exigence avec moi-même, je ne me permets plus de rater quoi que ce soit, une année, un sport, des études… Je ne peux pas décevoir mon entourage. Et j’ai l’impression d’être un objet de vantardise pour ma famille. « Waw je vais pouvoir dire à tous mes collègues que ma nièce fait l’université », voilà le genre de réflexion que j’entends assez souvent.

Furieuse

Cet accident a aussi fait de moi quelqu’une de très colérique. Pas tellement avec les gens mais plus avec ma maman. Les gens, pour autant que je les apprécie, me permettent d’oublier l’environnement familial. Selon moi, la colère va de pair avec la perte de patience que je ressens. Le moindre truc que ma maman va faire m’énervera.

Vie envolée

En ce qui concerne mon adolescence, j’ai l’impression d’avoir sacrifié beaucoup de choses pour mon papa. Il est la seule figure responsable que j’ai. Ma mère, elle, est réduite au stade d’adolescente. Quand je parle de sacrifices, ce sont les responsabilités qu’on m’a données, les mots qui m’ont été dits. Mon frère et ma sœur, étant les plus petit·e·s, étaient encore protégé·e·s et gâté·e·s de tous côtés, surtout par mon grand-père. Mais moi, j’étais la plus grande et je n’avais pas le droit de me plaindre. Il fallait que j’assume les tâches qu’à 13 ans nous ne devons pas assumer, le seul prétexte étant que j’étais la plus grande. Par exemple, selon eux, je devais faire le ménage, à manger, les lessives. Je n’ai donc jamais eu ma mère pour « m’apprendre » ces tâches, j’ai appris sur le tas. Avec le recul, je dirais que, à ce sujet, il est normal de donner un coup de main mais je n’étais pas la personne responsable qui devait établir les corvées ménagères. Selon mon grand-père, je suis responsable de ce qui est arrivé. Hors de question de dire de pareilles choses aux plus petit·e·s donc autant me le dire à moi.

Demain angoisse

Si maintenant je dois imaginer mon futur, j’ai peur. Peur car les médecins ne sont pas encore en mesure de dire si oui ou non la maladie est génétique. En effet, il s’agit d’une maladie rare et nous sommes censés avoir les résultats dans quelques mois. Donc j’ai peur d’avoir, moi aussi, cette maladie. Si tel est le cas, je pense que je demanderai à ce qu’on ne tente pas de me sauver si, un jour, je fais un arrêt cardiaque. Je ne veux pas infliger ça aux gens autour de moi et je ne voudrai pas vivre en étant « handicapée ». D’un autre côté, je sais que si je suis à risque, je ferai tout pour profiter de la vie avant qu’il ne soit trop tard. Avec le temps, j’espère aussi être une meilleure personne, être plus compréhensive avec les gens qui m’entourent. J’espère encore qu’un jour, j’arriverai à être plus indulgente avec ma mère. Si ce n’est pas facile pour moi, ça ne l’est évidemment pas pour elle. Pour terminer, je dirais que j’ai hâte de partir de chez moi, de partir loin. Peut-être que cela me permettra de reposer mon esprit mais aussi de prendre plus de recul par rapport à la situation.

Auteure : Emilie, 18 ans, Liège

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R

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