Démêler le vrai du fake, le laid du beau

Démêler le vrai du fake, le laid du beau

Entre les dates, les propos, les avis d’experts, les volées de bois verts, les chiffres, les vaccins et tout ce qui se dit dans les médias à propos de tout cela, Clémentine est un confuse. Voici sa réflexion sur les médias !

Une expérience

Peut-être l’avez-vous vu passer sur la toile en novembre dernier, peut-être qu’un membre de votre famille ou même votre voisin·e vous l’a envoyé. Réalisé en dix minutes et de manière grossière selon les propres termes de l’auteur, ce document dévoilait que le 12 mars 2021 serait la date potentielle d’un troisième confinement. Durant plusieurs jours, cette annonce a fait tanguer la toile. L’auteur, un trentenaire français, ancien étudiant en sciences humaines, révélera plusieurs jours plus tard dans une vidéo postée sur Youtube la visée de son canular : « L’idée était de révéler très vite qu’il s’agissait d’un canular au travers d’une vidéo, pour montrer que quelques personnes peuvent prendre au sérieux et partager des documents créés en quelques minutes.» En falsifiant un document officiel, à en-tête du ministère de l’Intérieur, laissant entrevoir une série de points et de tirets signifiant “faux” en code morse, celui-ci souhaitait avant tout attirer l’attention de la population sur la viralité d’une « information ». Le tout sans que quiconque ne prenne le temps de vérifier la véracité du propos.

Au-delà de cette expérience, l’auteur défend la visée pédagogique de son faux document. Bien entendu, conscient que celui-ci ne révolutionnera pas le monde, il espère pouvoir laisser une graine de doute, d’esprit critique dans la tête des gens qui ont suivi l’affaire : “Peut-être que cela fera réfléchir certains la prochaine fois qu’ils tomberont sur un document qui traîne sur les réseaux et qui vient conforter leurs propres angoisses”.

Fake news, un symptôme du Covid 19 ?

Face à ce canular, on peut – bien entendu – se questionner sur l’éthique ou la morale de cette expérience, sur sa portée, sa signification. Le Covid a-t-il aussi entraîné une propension aux fakes news ? Est-ce qu’une partie de la population ne croit véritablement plus en rien ? Peut-on encore se fier aux médias traditionnels ? Ou est-ce plutôt un symptôme d’une problématique bien plus grande ? L’accessibilité de l’information et sa légitimité sont une gageure de la démocratie (1).

Pourtant, depuis quelques années, les informations relayées par les médias classiques entraine – selon moi – un désintérêt et une méfiance de plus en plus accrue d’une partie de la population. Changement climatique invisibilisé, lois votées sans consultation populaire, violences policières niées et démenties sont tant d’exemples qui montrent – selon moi – une démission du politique et surtout une défiance prononcée à l’égard des élites pour une partie de la population qui ne semblent pas partager le “même monde” qu’elle. Le contexte du covid 19 a vu émerger un océan de fakes news et un flot continu d’informations qui se contredisent, se mélangent. Est-ce un phénomène nouveau ? Non, selon moi toujours, celui-ci n’a fait que croitre face à l’augmentation de personnes confrontées au numérique en phase de confinement mais aussi face au climat anxiogène diffusé à coup de statistiques morbides et aux informations incertaines relayées par les médias.

“Que demande le peuple ?”

Face à une crise sanitaire et sociale de cette ampleur, nous nous retrouvons confrontés à des situations extrêmes : isolement, interdiction de voir nos proches, de les toucher, de les serrer contre nous, perte d’emploi, maladie, décès, précarité, et j’en passe … Isolés des autres et confrontés à nous-mêmes, nous interagissons dès lors à distance : nous relayons les dernières informations sur nos droits ou sur les nouvelles privations de liberté, sur ce qui se déroule à l’autre bout le monde mais aussi à côté de chez nous. Nous nous retrouvons face à des informations qui pullulent sans trop savoir où donner de la tête. Tantôt nous sommes confrontés à une information, tantôt nous à son contraire. Le doute s’installe, ne sachant plus très bien que ou qui suivre, que ou qui croire, comment et pourquoi …

Face à ces bouleversements, une grande partie de la population aurait, d’après moi, besoin qu’on l’écoute, la rassure, lui explique clairement la situation, qu’elle se sente comprise, soutenue, qu’on décrive sa réalité à elle … De mon point de vue, cette réalité plurielle, n’est pas reflétée, dans toute sa complexité, par les différentes médias.

Vers un idéal médiatique

Au-delà d’une indépendance et de la transparence, un défi majeur pour les médias traditionnels aujourd’hui serait de permettre une plus grande variété et diversité de discours. Autrement dit une meilleure inclusivité de toutes les populations. Le contexte du covid 19 nous l’a bien montré : les mesures drastiques des gouvernements n’ont pas impacté tout le monde de la même manière. Cette diversité des vécus a été sous-représentée. C’est vrai en tant de Covid comme en temps normal.

Je crois aussi qu’une meilleure “pondération” dans la diffusion de l’information permettrait sans aucun doute de s’attarder sur des éléments moins dramatiques et anxiogènes. Selon moi, les médias doivent nous permettre, en temps de Covid, d’être informés des évolutions de la maladie, mais pas seulement. L’idéal serait qu’ils aient un rôle de soutien et nous permettent, par exemple, de continuer à se cultiver. Bref, qu’ils nous offrent des ouvertures du “politique” pour que citoyens et citoyennes aient envie de faire confiance à l’information et se sentent représenté·e·s.

(1) Les résultats du sondage de l’agence Reuters en ce qui concerne la confiance qu’accorde les Belges aux médias est intéressante. Dans l’ensemble, ils et elles sont 45% à faire confiance aux infos reçues, pour la tranche des 18-24 ans, ces chiffres chutent à 35 la méfiance est grande quant aux informations sélectionnées par les médias classiques.

Auteure : Clémentine, Bruxelles

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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Année sabbatique, année gagnée !

Année sabbatique, année gagnée !

À en croire certains bruits familiaux, les conseils des sages ou certaines assemblées bien pensantes, l’année qui suit les études secondaires ne peut être qu’une nouvelle année d’étude, dans le supérieur cette fois. Il s’agit de savoir, très tôt, très vite, tout de suite ou carrément pour hier, quel est le chemin vers le monde professionnel … Maëlle n’est pas du tout d’accord avec ça. Elle nous explique pourquoi !

Se donner le temps pour mieux choisir

Aaah, cette époque bénie dont on se souvient comme de celle de la liberté et de l’indépendance. Sortant des longues années d’obligations scolaires, la vie, enfin, s’offre à nous ! Enfin, ça c’est l’image qu’on a de la fin des secondaires avant de la vivre. Désormais, la perspective de cette étape est source d’anxiété et d’une myriade de questions. Le nombres de cursus d’études supérieurs ne cesse d’augmenter, de plus en plus d’universités étrangères sont accessibles … La diversité actuelle n’a rien à voir avec celle que nos parents ont connue. De plus, on pense être libre mais on est attaché·e aux normes de notre classe sociale, aux désirs de nos parents. Certains, par exemple, doivent se former pour reprendre l’entreprise familiale, d’autres doivent directement travailler pour gagner leur vie … Au moment de commencer, tout le monde n’a pas le même nombre de pommes dans son panier.

Mon chemin

Je ne vais pas comparer tous les cas, lister les inégalités dont j’ai conscience. Aujourd’hui, je vais vous parler de mon expérience et de mes interrogations. Je suis sortie des secondaires l’année passée, pendant cette funeste année entachée par le virus. Bonne élève, toutes les portes s’ouvraient à moi. Seul problème : aucune illumination ne m’était apparue quant à la voie que je devais prendre. Celle des études me paraissait peu attrayante, sans attrait pour une matière en particulier. S’ouvre alors le chemin de l’année « sabbatique » : année dédiée à la découverte de soi, à l’expérience de la vie et à la recherche de sa destinée.

Une année « off »

Mon but est d’expérimenter le travail dans les deux domaines qui me tiennent à cœur : le social et l’artistique. Après quelques recherches et tergiversations, je commence mon Service Citoyen. Je commence donc à travailler en tant que bénévole dans un centre social. Ainsi, je vais donner six mois à la communauté tout en me formant et en cherchant mon chemin. Magnifique projet vous ne trouvez pas ? Ce n’est pas l’avis de tous. De nombreuses personnes sont peu convaincues et tiennent le discours suivant : « Cette année, c’est une année de perdue dans ton parcours universitaire. Une année de plus qui te sépare du monde du travail. Une année où il n’y a pas de réussite à la clé et où l’investissement et le travail ne sont pas mesurables par des points. Une année où tu ne dois pas te battre pour gagner ta vie. » Tout cela sont des faits que je ne réfute pas. Je demande seulement de penser aux réalités que traversent les jeunes qui entament des études supérieures.

« Rater » sa première année

N’entendez vous pas le nombre grandissants d’étudiant·e·s qui ratent leur première année, l’ arrêtent en vol, changent de cursus après deux ans ? Ces jeunes aussi ont « perdu » du temps dans leur parcours universitaire, professionnel, etc. Et je ne parle pas de celles et ceux qui ont arrêté parce que c’était compliqué mais bien de celles et ceux qui n’avaient pas la motivation nécessaire pour rester sur les rails qu’ils ou elles avaient pris. Sur le papier, ces années ne valent rien.

Étudier plutôt que de prendre le temps

Pourtant on va pousser les jeunes incertains à plonger dans des études, peu importe lesquelles. « Au pire, tu changes ! », ai-je entendu dire. Ne vaut-il pas mieux goûter à la réalité de la vie professionnelle pour comprendre l’utilité de faire des études et assurer ses choix ? Le temps passé à découvrir la suite nous évite de « perdre » du temps plus tard. Mieux vaut utiliser son temps dans des projets et une démarche qu’on a choisie que de se faire du mal à cause de choix hasardeux.

La préciosité du temps de la jeunesse

Pourquoi nous presse-t-on autant à décider vite ? Une fois sur une voie qu’on aime, on aura toute notre vie pour la suivre. Tout le monde reconnaît que la période de transition entre l’adolescence et la vie d’adulte est précieuse et unique. Alors pourquoi vouloir immédiatement et obligatoirement envoyer les jeunes dans des chemins préconstruits ? Je m’adresse à vous, jeunes à qui on demande de faire un choix mais aussi à vous, parents soucieux pour vos enfants : mieux vaut choisir bien que choisir vite ! Refusez de suivre le troupeau par facilité. Découvrez, essayer, apprenez ce que vous aimez puis, ensuite, décidez ! Vous prendrez plus de plaisir par la suite en ayant pris le temps avant…

Dans deux semaines, ça fera trois mois que je travaille en tant que bénévole et même si les temps ne sont pas les meilleurs, je suis plus heureuse de me lever le matin que quand je le faisais pour aller à l’école. J’observe comment les choses fonctionnent autour de moi, apprends et découvre ce qui me plait ou non. Petit à petit, je me positionne et oriente mes envies et mes choix pour plus tard. Je ne regrette pas un instant mes décisions car je sens que, quoi que je choisisse de faire après cette année, je le ferai en connaissance de cause.

 

Dans ce documentaire de l’émission Thalassa, Elisa – 18 ans – s’envole pour la Thaïlande pour vivre, elle aussi, une année sabbatique.

Auteure : Maëlle, 18 ans, Bruxelles

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R à distance

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Le sauveur et la victime : ce n’est pas un Disney

Le sauveur et la victime : ce n’est pas un Disney

Compliqué de trouver les bonnes distances entre une jeune femme et un jeune homme, compliqué d’avoir, ne serait-ce qu’une vague idée de ce qu’est ou n’est pas l’amour, compliqué toujours de couper les ponts quand on les a patiemment construits au fil des années …

Jack

Je m’appelle Camille, j’ai 24 ans et je vais vous parler d’une situation que je vis en ce moment et que j’appellerais la relation victime-sauveur. Dans cette histoire, je me positionne en tant que victime. Aujourd’hui, je suis encore en plein travail de déconstruction pour sortir de cette relation toxique. Vers mes 16 ans, moi jeune fille mal dans sa peau, je le rencontre lui, garçon pas à l’aise non plus. Appelons-le Jack. Une amitié se crée et grandit au fur et à mesure des années. On ne le voit pas encore mais une dépendance se mêle à cette amitié. Tous les projets de ma vie sont liés à Jack : je suis dans une équipe d’animation avec lui, il organise les soirées où je vais, mes potes sont avant tout ses potes… Je ne suis pas Camille mais la pote de Jack qui le suit partout.

Confinement …

Un confinement se passe et nous n’avons plus l’occasion de nous voir pendant plusieurs mois. Avant, on se croisait très régulièrement. De mon côté, pendant ce confinement, j’ai pu mettre le doigt sur des problèmes personnels tels que le manque de confiance en moi, l’estime que je me donne, etc. J’ai alors pris la décision d’essayer de mettre des choses en place pour en sortir et aller mieux : aller voir une psychologue, me féliciter plus quand je réussissais quelque chose…

… Déconfinement

Je me retrouve à vivre avec Jack et je ressens une attirance décuplée pour lui. Je lui annonce et on décide de coucher ensemble, régulièrement. Au début, j’ai pris cette attirance pour de l’amour avec un grand A. Cependant, certains points ne collaient pas. La communication n’était pas fluide, je n’osait pas m’exprimer, me sentais jalouse… J’ai ensuite déménagé pour des raisons étranges à notre relation. Je me suis trouvé une autre colocation avec de nouvelles personnes et cela m’a donné de la place pour prendre du recul. Ce recul m’a permis d’identifier la relation toxique qu’il y a entre nous deux : la victime et le sauveur.

La relation

Selon mon interprétation et ma propre expérience, une victime est une personne qui va se rabaisser, ne pas se mettre en valeur et rester dans ce modèle : elle pense s’y sentir bien. Un sauveur est une personne qui va vouloir “sauver” des victimes mais pas de la bonne façon. L’idée c’est que la victime reste une victime pour qu’il puisse garder son rôle de sauveur. Il va vouloir aider la personne, être présent pour elle mais tout en la maintenant dans son malêtre. Souvent, le sauveur et la victime ne sont pas conscients de leurs rôles et de leurs actions. Un exemple typique d’un comportement de victime est que quand elle ne va pas bien, elle se retourne vers le sauveur qui va pouvoir la rassurer. Mais elle ne va pas essayer de sortir elle-même de sa situation. Elle va plutôt aller se réfugier dans le réconfort que lui apporte son sauveur.

Obsédée par mon sauveur

Avec le recul, je me suis rendu compte que dans mon cas, je faisais une obsession sur mon sauveur. Tout mon monde va tourner autour de lui et je vais aller chercher son appréciation en particulier. Je vais prendre ses remarques plus à cœur. Lorsqu’il va dire quelque chose que je vais prendre mal, il ne va pas essayer de comprendre et de me faire comprendre, pourquoi je l’ai mal pris mais plutôt me réconforter, me complimenter, etc. La jalousie est aussi un signal d’alerte que quelque chose ne va pas. Pour moi, la jalousie est synonyme d’un manque qu’on ressent en nous. On est jaloux d’une personne parce qu’elle a quelque chose que l’on souhaite (plus d’argent, plus de charisme, un partenaire plus attentionné…). Dans mon cas, j’étais jalouse des amis de Jack. Quand il passait du temps avec eux, c’est du temps qu’il ne passait pas avec moi. Dans ces moments, il ne me donnait pas d’attention. Je ne suis pas attirée par la personne mais par ce qu’elle m’apporte.

Ne plus s’accrocher aux manques

Plus je m’accroche à ce sentiment et plus je ne veux pas perdre cela. Je vais de plus en plus me limiter, me restreindre et entretenir cette victimisation pour rester dans son estime. Je finis par ne plus être moi-même et à subir tous les moments où je n’ai pas son attention. Le meilleur moyen pour réussir à sortir de ce cercle vicieux est de prendre du recul et du temps pour soi. Même si on n’a pas envie de se retrouver face à soi-même par peur de ce qu’on va y découvrir il est important de le faire. Autant que de se poser la question : “pourquoi je ressens ceci ou cela ?”. Il ne faut pas hésiter à aller chercher de l’aide chez des professionnel·le·s si on ne réussit pas à comprendre. Je pense que chacun est responsable de ses actes et il faut vivre pour soi et non pour les autres.

Auteure : Camille, 24 ans, Forest

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De Belgique à l’Amazonie, mes chemins de traverse

De Belgique à l’Amazonie, mes chemins de traverse

Il n’y a pas de poésie, pas de beauté dans les autoroutes… ça file tout droit, ça va vite, on s’arrête rarement pour discuter avec quelqu’un·e d’autre que le vendeur ou la vendeuse du restoroute … Pour me rendre d’un point A à un point B, rien de tel que les bandes bitumées mais n’existe-t-il pas aussi, des petits chemins de traverse ?

Le déclic

Après avoir terminé un bachelier en langues et littératures modernes, je me suis rendu compte que ces études ne m’inspiraient absolument pas lorsque je songeais à mon avenir. Le déclic s’est fait lors de mon Erasmus à Madrid. Ce voyage m’a permis de prendre du recul par rapport à ce que je faisais en Belgique. J’ai commencé à réaliser qu’il y avait plein d’autres parcours possibles, il suffisait juste de sortir des sentiers battus. J’ai donc décidé de tout arrêter pendant un an afin de faire le point sur ma vie, sur ce qui m’inspirait réellement. Rien de mieux que les expériences de voyage pour nourrir ma décision ! J’ai longtemps hésité entre le domaine social et environnemental ; entre l’aide humanitaire et l’aide aux animaux. Malheureusement pour les humains, la balance a toujours penché pour le monde animal.

Les singes d’Amazonie

Pour autant, cela ne signifie pas que les deux domaines ne pouvaient pas être liés et complémentaires. Après cette année loin des syllabus et des examens, je me suis relancée dans un master en Sciences et Gestion de l’Environnement. Il s’agit de l’étude de l’environnement dans différents aspects de la société, tels que l’énergie, l’agriculture, la politique, le droit, les entreprises ou encore l’économie. Encore une fois, les voyages ont pris une place essentielle dans mes décisions. Avant même de m’inscrire dans ce master, mon objectif était de faire la deuxième année en Équateur afin d’étudier les primates en Amazonie, une idée née lors de mon année de voyage post-bachelier. Aussitôt dit aussitôt fait, après à peine un an en Belgique, j’étais déjà repartie en Équateur pour un échange de six mois. Cet échange de six mois s’est vite transformé en un an, puis en quinze mois : j’y suis restée pour faire mon stage et mon mémoire. Étant donné mon parcours, qui n’était ni spécialisé dans les sciences humaines ni dans les sciences exactes, je n’ai eu d’autre choix que de concilier ces deux disciplines dans mon mémoire qui traitait, sans surprise, de la conservation des primates en Amazonie (1). Ce qui était à la base une contrainte devint un atout, puisque j’ai finalement inclus les populations indigènes dans mes recherches, des acteurs incontournables pour le sort des singes en Équateur.

Retour à la case départ

Alors que j’étais au fond de la forêt Amazonienne et que j’arrivais à l’aboutissement de ce qui m’avait poussé à faire ces études, je me demandais toujours quel était le sens de ce que je faisais. Tous ces questionnements m’ont finalement ramenée en Belgique afin de faire le point sur ma vie et sur ce qui m’inspirait réellement. Ce n’est pas en regardant les offres d’emploi que j’ai trouvé la réponse. En effet, comment se rendre utile dans la protection animale en Belgique alors qu’on parle 4 langues sauf le néerlandais, et que les seules espèces en danger qu’on connaît vraiment sont les singes de la forêt amazonienne ? Après toutes ces années d’études, j’avais les langues, mais pas les bonnes ; un profil de chercheuse, alors que je voulais de la pratique; et des connaissances de la faune équatorienne, alors qu’il me fallait connaître la faune belge.

Le service citoyen

Afin d’arrêter de me poser des questions qui me donnaient mal de tête, j’ai décidé de me lancer dans un service citoyen. Une fois de plus, j’ai hésité entre une mission sociale ou environnementale, à quoi bon ? Une fois de plus, les animaux ont gagné. J’ai commencé ma mission au centre de soins pour la faune sauvage de Bruxelles et je m’y sens comme un poisson dans l’eau !

Morale de l’histoire

Même si ça ne saute pas aux yeux, il y a bien un fil rouge à tout cela ! Il faut voir la vie comme un labyrinthe ; ça part dans tous les sens mais petit à petit, on se rapproche de ce qui a du sens pour nous. On teste, on se prend un mur, on recommence, on change, on évolue, on apprend. Je sais que mes expériences zigzagantes m’ont servi et me serviront, mais pas forcément pour les raisons que j’aurais imaginées.

(1) L’Amazonie est une forêt de 6,7 millions de km2, autrement dit, elle est 218 fois plus grande que la Belgique et 10 fois plus grande que la France. Cette forêt s’étend sur huit pays d’Amérique du Sud (Brésil, Bolivie, Pérou, Colombie, Équateur, Venezuela, Guyana, Suriname et Guyane française). Cette immense forêt est encore et toujours menacée par différents projets : déforestation pour faire pousser d’autres plantes, construction de barrages,… C’est une menace pour les 34 millions qui la peuple et en particulier pour les trois millions d’amérindien·ne·s qui vivent dans 420 tribus différentes. Pour en savoir plus sur cette forêt et ceux et celles qui la défendent, on peut voir ce documentaire de Arte..

Auteure : Anne, 24 ans, Gembloux

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Trouvez le job de ses rêves et être confinée

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Pour Suzon, 23 ans, l’année 2020 allait être son année, fraîchement diplômée, elle avait envie de croquer la pomme, de réaliser ses objectifs qu’elle s’était fixés, de vivre tout simplement. Les objectifs ont été atteints mais … L’animatrice de la Maison des Jeunes (MJ) de la ville de Soignies, nous explique …

Ça commençait bien !

2020 commence. Nouvelle année, nouveau départ. Fraîchement diplômée en communication, je me fixe trois objectifs : trouver du travail dans le secteur de l’animation socioculturelle, passer mon permis, trouver un chez moi. 25 janvier : j’ai le permis en poche, 28 janvier : je signe mon contrat à la MJ de Soignies en tant qu’animatrice. Je ne pouvais pas rêver mieux. L’année commence très bien. Le 16 mars, comme tous les jours depuis plus d’un mois, je me rends au travail dans la joie et la bonne humeur, je suis tellement heureuse d’avoir décroché ce poste, je me sens si bien dans ce milieu. Mais on me dit que je dois rentrer chez moi et faire du télétravail. Déception. Je rentre chez moi, et je ne vois plus mes collègues ni les jeunes pendant plus d’un mois.

Ça recommençait pas mal !

Le confinement se termine, je peux retourner travailler sur place. C’est l’été, il fait beau, je suis de nouveau la plus heureuse du monde. Trois gros mois se passent très bien, nous mettons des projets en place avec les jeunes, organisons des stages, passons d’agréables moments tou·te·s ensemble et nous essayons de faire abstraction de la crise sanitaire même si nous respectons les gestes barrières. En plus, je réalise mon troisième et dernier objectif … Je trouve mon chez moi ; le 1er octobre, je déménage. Je me dis que c’était un mal pour un bien, et que je l’ai très bien surpassé. Cependant, quand j’écoute les infos, mes espoirs n’arrivent pas à garder la tête haute. Je le sens, un deuxième confinement ne saurait plus tarder. Comme de juste, le voilà qui arrive à grands pas. Le 26 octobre ; on est reparti. Je me retrouve à nouveau chez moi. Vraiment chez moi. Seule. L’été est parti, il a laissé la place au froid, aux feuilles mortes, à des couleurs plus sombres. Ce n’est pas le moment de baisser les bras, ça va aller. Je peux y arriver.

Un vrai nouveau départ, c’est pour quand ?

Le temps passe, mais la situation ne change pas. Je ne sais pas quand je pourrai, de nouveau, travailler en “présentiel”, ce mot qui n’était auparavant pas dans mon vocabulaire et qui maintenant a trouvé sa place. Je me dis que cela ne doit vraiment pas être évident pour les jeunes et puis je me rappelle, je me rappelle que, moi aussi, je suis jeune. Même si cette année est particulière, j’ai quand même réussi à valider mes objectifs. Mais dans le fond, je n’imaginais pas ça comme ça. Je pensais faire plein d’activités avec les jeunes, passer des moments avec eux à rire et discuter, ou même fêter avec mes ami·e·s la signature de mon boulot tant rêvé, ou encore fêter mes 23 ans … Profiter de la vie, tout simplement. Au lieu de ça, je mets des projets en place en sachant que ceux-ci seront sûrement annulés, j’essaie de proposer des activités aux jeunes qui sont surchargés de travail scolaire et qui me lâchent des “vus”, je fais de mon mieux pour leur insuffler du courage, courage que je reçois de mes collègues au quotidien.

Affronter aujourd’hui et croire en demain

Ma motivation yoyote. Certains jours, je me lève pleine d’énergie, décidée à faire bouger les choses, puis d’autres, je suis déprimée par la situation dans laquelle nous vivons et j’ai l’impression que je ne m’en sortirai jamais. Si quelqu’un m’avait dit que ma première année de travail serait comme ça, je lui aurais surement ri au nez. Mais je ne baisse pas les bras, je reste présente pour les jeunes, et je fais mon possible pour réaliser mon travail au mieux. Finalement, être animateur-trice en 2020, c’est faire preuve de réflexion, c’est apprendre à lâcher prise et à faire face à ses angoisses, c’est découvrir de nouvelles manières de travailler, c’est prendre le temps de bien faire les choses, c’est trouver l’équilibre entre la vie privée et professionnelle et le garder, c’est s’accrocher et se prouver à soi-même de quoi on est capable, c’est un défi au quotidien qui, somme toute, nous rend plus fort, et nous prépare à affronter l’avenir.

Auteure : Suzon, 23 ans, Soignies

Cet article a été écrit lors de l’action Raconte-nous ta MJ

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Ma découverte de l’art

Ma découverte de l’art

Loïc aura eu besoin d’un peu de temps pour découvrir et aimer l’art. Aujourd’hui, musique, musées, tout y passe ! Plus encore, cela peut nous rapprocher les unes des uns et des autres et nous faire voyager dans le temps.

Pas fan à la base

Quand j’étais enfant, je détestais les musées. Je me sentais oppressé. Oppressé par un savoir qui me dépassait. Alors, au lieu de focaliser mon regard sur les peintures, j’observais minutieusement les visiteuses et visiteurs, se pavanant de tableau en tableau. Ils et elles bougeaient, parlaient, respiraient. Les tableaux, eux, restaient muets et ça ne me convenait pas.

L’art c’est le …

Durant mon adolescence, j’ai suivi une longue formation de piano classique. Comme j’étais d’un naturel studieux, mon niveau évoluait rapidement, mais cet apprentissage restait de l’ordre du simple loisir et non de la véritable passion. À la fin de mon cursus secondaire, deux évènements concomitants remirent en question ma relation avec les beaux-arts. Lors de la dernière heure de cours d’un vendredi pluvieux, une dissertation, un travail d’écriture, d’argumentation et de réflexion est à l’ordre du jour. Il s’agit de commenter en quelques lignes une citation de Malraux (1) : « L’art, c’est le chemin le plus court de l’homme à l’homme ». Sur le moment même, ce postulat, cette déclaration n’a pas retenu mon attention… Ce qui ne l’empêcha pas, les jours suivants, de résonner dans ma tête. À la même époque, je découvre par hasard que les concerts de l’Orchestre Philharmonique de Liège sont gratuits pour les jeunes (2). Suite aux recommandations d’un ami mélomane, qui me disait que « j’allais regretter toute ma vie de ne pas profiter de cette opportunité », je décide donc de m’y rendre, non sans appréhension.

Je commence à comprendre

Progressivement, mon aversion envers l’art s’est estompée. Il m’a fallu du temps pour mettre des mots sur ce mystérieux changement de paradigme, de point de vue. En réalité, je me rendais compte que l’art était profondément humain, qu’il connectait les Hommes dans le temps et dans l’espace. À l’heure de la consommation effrénée des mass-médias, du règne de l’instantanéité, quelques tableaux, quelques œuvres, ont traversé les siècles. Ces petits fragments d’éternité participent à la création d’un monde commun qui résiste au passage du temps et n’est plus soumis au rythme de la nature. Plusieurs générations qui m’ont précédé se sont également retrouvées face à cette œuvre. Elles ont éprouvé des émotions. Elles ont exercé leur faculté de jugement, de gout. Cette permanence me fascine.

L’art nous rassemble

L’art nous relie aussi dans le présent. Des femmes et des hommes des quatre coins de la planète se bousculent aux portes des musées. Notre premier réflexe, lorsque nous aimons une œuvre, est souvent de susciter un débat, d’essayer de faire naitre chez autrui l’expérience émotionnelle que nous avons ressentie. « As-tu vu le dernier film de Quentin Tarantino (3) ? Il est génial » « Écoute le dernier album de Cabrel (4), c’est incroyable » « Regarde cette peinture, elle est magnifique ». L’art est donc une expérience publique, il sert de socle au dialogue, et crée des passerelles entre les humains. Aujourd’hui, j’ai 20 ans, et quand je rentre dans un musée, les tableaux bougent, parlent et respirent.

1. André Malraux (France, 1901-1976) avait plus d’un chapeau sur la tête. À 18 ans, il publie un premier livre Lunes en papier; à 20 ans, après s’être marié, il est arrêté et emprisonné au Cambodge, un pays d’Asie du Sud-Est pour trafic d’art. Après avoir été libéré grâce aux soutiens du monde littéraire français, il s’engage dans un premier contre la colonisation, de nombreux autres suivront, notamment contre le fascisme. En 1933, il gagne le prix Goncourt pour son roman La condition humaine. Soldat pendant la seconde guerre, il est fait prisonnier, s’évade et rejoint la résistance. Après guerre, il écrit encore et toujours et s’engage en politique. Durant neuf ans, il sera ministre des Affaires culturelles. .
2. On espère que ce sera toujours le cas pour les moins de 16 ans quand se terminera cette drôle de période.
3. Quentin Tarantino (USA, 1963) est un cinéaste américain. Dans ses films, souvent très violents, comme Pulp Fiction, ou Django Unchained, il apporte un grand soin aux dialogues, aux choix musicaux. Plutôt présentés comme des livres, ils sont découpés en chapitres et non en parties.
4. Francis Cabrel, (France, 1953), est un auteur-compositeur-interprète très populaire. On lui doit, par exemple, le morceau La Corrida, titre contre cette lutte, assez particulière, entre l’homme et le taureau. 

Auteur : Loïc, 20 ans, Flémalle

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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