AMO

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Quand on passe la porte de l’AMO souvent, on est perdu. Souvent, les jeunes que j’ai rencontrés ici se sentent inutiles, de trop, incompris… Bref, le soleil n’est pas au rendez-vous.

Mon travail n’est pas de les contredire car ce qu’ils vivent est légitime et si je me contentais de leur expliquer une façon de penser unique (la bien-pensante, autrement dit) je ne serais pas plus légitime qu’un enfant qui insuffle de la volonté à ses poupées de chiffons.

Non, ce que je veux, ce que je pense juste, c’est de pouvoir prendre le temps de se poser, de discuter et de rêver ensemble a de meilleurs moments, de meilleures perspectives. Au fond le boulot d’un travailleur social à l’AMO, c’est la quête d’un sens, la recherche d’un chemin exploitable pour que chacun dispose des armes nécessaires pour se construire et devenir qui il a envie de devenir.

Auteur : Nico, 26 ans, Namur

CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT LORS D’UN ATELIER SCAN-R.

Retrouvez ce récit et d’autres dans notre dossier thématique

Lueur d’espoir

Lueur d’espoir

Même si les beaux jours s’annoncent, c’est parfois compliqué de percer le marasme et de trouver la lumière. Chez Wafae pourtant, brille une petite mais indéfectible lueur d’espoir qui flingue tous les brouillards !

C’est compliqué

En tant que jeune Bruxelloise, je m’informe assez régulièrement de l’actualité de notre belle capitale et j’accorde beaucoup d’importance au domaine social. Dans ce secteur, il est vrai que les nouvelles n’ont pas été très rassurantes… Épidémie, mesures sanitaires difficiles, violences policières, racisme, délinquance, précarité sociale, dépression chez les jeunes et les personnes âgées, harcèlement de rue, féminicides et bien d’autres thèmes encore plus durs les uns que les autres, ont été abordés dans les médias ces derniers mois.

Je fais quoi moi ?

La situation sanitaire que nous avons traversée – et traversons – a, réellement, mis en lumière les réalités difficiles de beaucoup de Bruxellois·e·s. Des réalités souvent peu abordées, négligées, voire, parfois, considérées comme socialement « taboues » ou inacceptables. En tant que jeune évoluant dans ce semblant de chaos social, je me suis posée les questions suivantes : comment tout ça a-t-il bien pu démarrer ? Comment arriverons-nous à rétablir un climat social serein ? Que puis-je faire en tant que jeune femme à l’identité multiculturelle ? Quel rôle pourrais-je jouer ? Et surtout comment pourrais-je rester optimiste pour l’avenir de la jeunesse et de la société ?

Une lueur

La situation sanitaire que nous traversons est une rude épreuve et plus encore pour les personnes déjà socialement défavorisées. Avec un peu de recul aujourd’hui, je réalise que ce qui m’a permis de résister dans ces moments difficiles, c’était, en réalité, une lueur d’espoir qui brillait dans mon for intérieur… Cette lueur, c’est peut-être celle qui a poussé de nombreux citoyens, dès le début du confinement, à créer rapidement des chaines de solidarité dans tous les coins de la ville. Jeunes et moins jeunes de tous horizons se sont associés pour proposer une aide aux Bruxellois en difficulté. De nombreux citoyens ont également ressenti le réel besoin et l’envie de se soutenir au mieux, face à certaines violences et injustices sociales. Ce qui a provoqué un foisonnement d’actions virtuelles, de mouvements et hashtags sur divers réseaux sociaux.

Rêver et construire ensemble

Cet espoir de pouvoir, toutes et tous ensemble, reprendre une vie sociale presque épanouie s’est révélé être notre plus grande force et certaines actions ont pu donner de véritables leçons d’humanité ! Cette expérience sociale nous a permis de faire jaillir cette belle capacité de résilience qu’est la nôtre et qui permet de continuer à espérer un avenir meilleur, même quand nos besoins les plus élémentaires sont mis à mal. Je rêve d’une société sereine où tou·te·s les citoyen·ne·s pourront voir leurs droits garantis. Une société où la justice serait davantage établie et où la multiculturalité sera considérée comme une véritable plus-value et non une tare. Comme le dit le proverbe, « l’espoir fait vivre ! » Et c’est dans l’attente de cet avenir social rêvé que je tenterai au mieux d’agir à mon échelle pour cultiver cette humanité parfois perdue. Mais aussi pour lutter contre toutes les formes de violence et préserver le vivre ensemble qui fait de notre Bruxelles, une ville riche et belle.

Auteure : Wafae, 24 ans, Bruxelles

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R à distance

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#Blacklivesmatter, la manif

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De la sortie de la bouche de métro à la place Poelaert, Maya nous emmène à la manifestation du 7 juin 2020. Ce jour-là, plus de 10 000 personnes s’étaient donné rendez-vous pour dire non à la violence faite aux Noir·e·s.

Je suis seule

Masque sur la bouche, je sors de la station de métro. Je suis déterminée, mes épaules sont en arrière, mon dos est droit. Devant moi, deux amies souriantes discutent, un baffle en main, de superbes tresses plein la tête. Je m’engage dans la rue Royale, elle nous amènera au Palais de justice de Bruxelles, sur la place Poelaert. Je sens monter l’effervescence. Je croise d’autres individus. Personne ne se connait mais toutes et tous marchent dans la même direction. Toutes et tous, nous portons le masque, on ne voit que la moitié de notre visage. Pour une fois, ce n’est pas grave, seuls les yeux comptent, ce sont eux qui pétillent, de rage et d’envie de vivre.

Nous sommes sept

On passe devant le Palais Royal. De petits groupes arrivent de partout. Nous sommes cinquante. Nous nous engageons, ensemble, dans la rue de la Régence. On s’engage, dans tous les sens du terme. Un pas, puis l’autre, on avance. Je ne connais personne pourtant on dirait que cette même cause nous unit. Toutes, tous. blanc·he, noir·e, petit·e, grand·e, arabe, asiatique, crépu·e, frisé·e, lisse, yeux ronds ou en amande, baraqué·e ou bien gringalet·te. Des frissons parcourent mon corps. Toutes et tous, nous marchons… Nous sommes cent-vingt.

Nous sommes des milliers

Arrivée place Poelaert, je suis percutée par la vue qui s’offre à moi : une masse de monde. J’entends des cris au loin. Je n’en discerne pas encore le sens mais je me les imagine. Des « I can’t breathe (1)» et des « black lives matter (2) » doivent sortir des 8 000 bouches présentes, avec une conviction folle. 8 000 personnes. La colère, pour ne pas dire la rage, accumulée en moi, en nous, depuis ces derniers jours, semaines, mois et années se disperse de plus en plus vite dans mon corps. J’avance de plus en plus vite. Je me sens portée. Je tente de trouver une place. Pas trop centrale par sécurité, mais entourée, juste pour ressentir cette satisfaction d’être ensemble. La manifestation n’a pas encore commencé que la foule se soulève, qu’elle parle fort, qu’elle crie , qu’elle se fait entendre.

Nous sommes incalculables

Une petite tête bouclée sort de la foule, je suis heureuse de voir mon amie me rejoindre, de partager ce moment avec elle, de voir que je ne suis pas la seule de mes amis à vouloir m’investir. Les gens continuent d’arriver et de s’ajouter à cette immensité de gens masqués. Il y a quelques personnes du troisième âge, des parents avec leurs enfants, des jeunes avec leurs amis, un petit garçon sur les épaules de son père, s’émerveillant devant la quantité de monde.

Justice en travaux

J’observe un moment le palais de justice en travaux devant lequel nous sommes. Je trouve ça tellement symbolique : cette justice cassée qu’on a voulu un jour tenter de réparer avant de se décourager. Cette justice que nous voulons ressusciter à coup de cris et de slogans. Des panneaux de toutes tailles se dressent les uns après les autres. Des phrases portées par un courage fou se font entendre dans un mégaphone. Les gens se réveillent encore un peu plus, applaudissent, crient, se révoltent… La tension monte, une bonne tension, une tension contagieuse qui s’élève durant une heure et demie de manifestation.

Le poing levé

Mais le moment dont je me souviendrai, c’est une minute où nous sommes 10 000 personnes, le genou à terre, le poing levé dans un silence complet, face aux caméras, face à ce monde qui se détruit de jour en jour. 10 000 personnes, avec les millions d’autres manifestants dans les autres pays. Des millions de personnes qui ont comme rêve fou que 7 milliards d’individus soient, un jour, toutes et tous accepté·es comme elles et ils sont.

(1) « I can’t breathe » ou, en français, « Je ne peux pas respirer » est la phrase que George Floyd (USA, 1973 – 2020), a prononcée plus de vingt fois durant les huit minutes pendant lesquelles l’agent de police Derek Chauvin (USA, 1976) lui écrasait le cou.
(2) « Black lives matter », le 13 juillet 2013 à Sanford, aux USA, Travyon Martin (USA 1995-2012) , un adolescent noir de 17 ans, est abattu par le vigile George Zimmerman (USA, 1983). Suite à ce meurtre, l’homme est pourtant acquitté par la justice ; pour elle, il est innocent. Choquée par ce jugement, une journaliste et militante pour les droits des Noir·es écrit et publie un texte qui se termine par « Black People. I love you. I love us. Our lives matter. » Une de ses amies republie ce texte sur Twitter et crée le hashtag #BlackLivesMatter.

A écouter aussi en podcast ici

Auteure : Maya, 17 ans, Bruxelles

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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Quelle solidarité après le confinement ?

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Pour Youri, pour tout le monde, le confinement a été un moment très particulier. Pour Youri, et puis moins de monde, il a été une formidable période de redécouverte de l’autre. Son souhait, que cette dynamique perdure.

Jamais le monde ne s’était imaginé subir une épidémie telle que celle du coronavirus ! Au réveillon tout le monde s’est souhaité une « bonne année » !!! Qui aurait cru que 3 mois après, la planète allait s’arrêter ? Mais tout s’est t-il vraiment arrêté ? Il y a eu des morts, c’est vrai. Mais il y a eu aussi des bonnes nouvelles et je me demande si elles vont continuer après la crise.

Un autre moment dans l’histoire du quartier

Je trouve que les gens ont été différents les uns avec les autres durant cette période de confinement. Il y a eu une solidarité entre voisins que je trouve vraiment géniale ! Dans mon quartier, tout le monde s’est montré vraiment solidaire. Je vis dans le quartier Matongé et déjà en temps « normal », tous se connaissent. Mais là, c’était beaucoup plus fort. Par exemple, les voisins se sont fait des masques, d’autres – comme nous – ont acheté de la nourriture pour les personnes âgées ou pour ceux qui ont du mal à se déplacer. Et c’était naturel, il n’y a pas eu d’échange commercial. C’était comme un troc bienveillant. Et évidemment le soir, tout le monde applaudissait ! 

L’essentiel

Mais depuis une semaine, c’est déjà différent. Tout le monde est rentré dans sa vie d’avant. J’espère qu’on va garder cet esprit de vivre en communauté et que l’entraide va rester. Le monde s’est aussi rendu compte qu’il est fragile. Tout à coup, tout s’est arrêté alors qu’on ne s’y attendait pas. Plusieurs personnes ont perdu un proche. On s’est rendu compte de l’importance de tous les métiers, comme les médecins, les infirmières, mais aussi ceux qui nettoient. Pour mon cours de dessin, j’ai du faire des photos des gens qui ont continué à travailler pour nous, comme les balayeurs de rue, les soignants, les pharmaciens, etc. Je me demande si ces métiers-là seront toujours aussi importants, demain. Ou si, à nouveau, l’argent va prendre le dessus… 

On doit compter sur nous

J’aime me dire que nous ne sommes pas restés les bras croisés, sans réagir. Tout le monde a dû s’organiser. En même temps, je me pose des questions. Si ce virus était resté au fin fond de la Chine ou en Afrique, est-ce qu’on se serait vraiment bougés pour trouver des solutions ? Est-ce qu’on aurait vraiment été solidaires avec ces pays-là ? Aujourd’hui, je lis que le virus frappe l’Amérique latine, l’Inde, et ça me fait mal quand on ne fait rien pour ces pays. Comment garder la solidarité ? En tout cas, pas par la politique, parce que eux-mêmes se disputent sans cesse ! Mais plutôt en créant des fêtes dans la rue, des réunions dans le quartier mais aussi en en discutant à l’école. Je trouve que l’école devrait organiser plus d’activités de solidarité, « des stages » qui donneraient des points comme pour un cours.

Être solidaire ça doit s’apprendre.

A écouter aussi en podcast ici

Auteur : Youri, 16 ans, Bruxelles

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R à distance

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Bryan contre le harcèlement

Bryan contre le harcèlement

On parle toujours trop souvent du harcèlement… Dans les témoignages qu’on lit parfois se pose parfois la question de “Pourquoi est-ce que personne n’a réagi ? Pourquoi est-ce que tout le monde a laissé faire ?” Bryan, est celui qui, justement, a décidé de faire quelque chose.   

Aujourd’hui, je vais vous raconter l’histoire d’une amie qui a été victime d’harcèlement scolaire. Elle s’appelle Lili et est d’origine chinoise. Nous étions dans la même classe en 2ème secondaire. Le jour de la rentrée scolaire, il y avait cette jeune fille de 15 ans qui était très timide. Mais on est tous un peu timide la première fois dans un groupe de jeunes. Par exemple, moi, j’ai l’habitude de garder ma capuche. Quand je commence à avoir l’habitude de les fréquenter, alors je me lâche. Cette année-là, je me suis fait des amis, on était un petit groupe, on faisait des petites conneries en cours, on embêtait les autres de la classe ou même nos professeurs. 

Bête jeu…

Un jour, on s’est amusé à jeter des bouts de gomme sur les filles. Un de mes potes a touché Lili à l’arrière de la tête. Elle s’est retournée toute énervée et lui renvoya le projectile. Mon pote lui a alors fait une grimace en étirant ses yeux. La prof, qui était remplaçante, a surpris le geste mal placé. Il a été sanctionné. C’est à partir de là que le harcèlement, quotidien, a commencé. Tous les jours, Lili se faisait insulter. Il disait qu’elle mangeait du chien et du chat. Quand on devait faire des groupes pour un travail en classe, Lili se retrouvait toujours toute seule, sans ami. J’avais déjà remarqué qu’elle ratait certains cours comme éducation physique ou encore les présentations devant la classe ainsi que toutes les activités liées à un travail de groupe. 

Je pars à sa rencontre

Le jour de mon anniversaire, j’ai invité toute la classe. Tout le monde était là sauf Lili. Je lui avais envoyé un message pour savoir si elle comptait venir mais pas de réponse. Un jour, je suis arrivé en retard au cours, la prof avait donné comme consigne de faire des groupes de deux mais personne ne s’est mis d’accord. Alors la prof a décidé de choisir elle-même les groupes. Je me suis retrouvé avec Lili. J’ai pris son Facebook pour pouvoir s’arranger pour travailler un jour ensemble. Je lui ai proposé de venir travailler un jour chez moi. Elle est venue mais je sentais qu’elle était gênée.

Tous les jeudis, on avait cours de sport mais elle n’y allait jamais. Le prof de sports m’a appelé dans son bureau pour récupérer la farde des présences. Il était étonné que Lili ne vienne plus au cours. D’habitude, elle était présente. Je lui ai demandé pourquoi elle n’allait plus en cours, elle m’a répondu qu’elle n’aimait pas le sport. Mais je voyais que certains de mes potes la mettait à bout. Elle était déjà sortie en pleurant de la classe. J’avais même dit à un de mes potes qu’un jour, elle pourrait faire la pire bêtise de sa vie et que ça serait de leur faute. Il m’a répondu: “Non mais jamais de la vie, elle va faire ça!” 

Elle est revenue travailler chez moi sur notre présentation. Elle n’était plus timide comme la première fois. À un moment donné, je lui ai demandé ce qu’il se passait avec le reste de la classe. Elle m’a ‘expliqué qu’on se moquait d’elle, que certains jeunes de la classe ont créé des faux comptes Facebook pour venir l’insulter, lui envoyer des vidéos de personnes qui mangent des animaux domestiques comme du chien, des souris, du chat … Je lui ai demandé si je pouvais voir les conversations. Il y avait énormément d’insultes sur sa famille, son physique. Elle recevait aussi des vidéos à caractère pornographique. Certains la suivaient parfois après les cours, lui ont déjà donné plusieurs coups, lui ont craché dessus … Elle m’a dit qu’elle n’en pouvait plus. Elle n’avait jamais rien dit à personne même à la prof. Elle avait vraiment peur de ces jeunes. 

Je ne savais pas vraiment comment faire pour qu’ils arrêtent. Je lui ai proposé de rentrer avec moi en voiture. Elle a demandé à ses parents qui ont directement accepté. Je lui ai également proposé de supprimer son Facebook et de créer un nouveau compte pour qu’on ne puisse plus lui envoyer de message. 

C’est assez 

Un jour, on était en classe. Je voyais qu’ils embêtaient Lili. J’étais déjà un peu énervé. J’ai crié un « C’est bon ! Laisse la tranquille ! ». La prof m’a dit de sortir mais j’ai ajouté : “ Tous les jours, ils ne la laissent pas tranquille. Il faut faire quelque chose sinon ça peut aller loin cette histoire.” La prof m’a dit de sortir et de revenir à la fin du cours. 

J’ai alors tout expliqué à la prof, elle a décidé de convoquer Lili. J’ai prévenu Lili que la prof voulait la voir. Je lui ai dit qu’il fallait qu’elle explique et qu’elle montre tout. Elle ne voulait pas y aller, elle avait vraiment peur. Je l’ai forcée un peu. Elle a fini par aller chez le directeur qui a contacté les parents de Lili. Les jeunes ont été renvoyés définitivement de l’école. Les parents ont également porté plainte contre eux.

Auteur : Bryan, 18 ans, Bruxelles

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