Les petits avis, épisode 11

Les petits avis, épisode 11

Scan-R, dès le départ, essaye de donner la parole à chacune, à chacun, à tout le monde ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un témoignage. On a donc décidé d’en rassembler plusieurs. Voici donc les témoignages de Sacha, Dylan, Héloïse et Wiliame.

Engagement, fidélité, loyauté et sincérité : les piliers d’une vraie relation par Sacha, 18 ans, Bruxelles

Je vais vous parler de quelque chose qui est très important pour moi : l’engagement ! Depuis longtemps, j’ai cette envie de m’engager à fond dans tout ce que je fais, au niveau des relations, de ce que j’entreprends. Pour moi, cet engagement doit servir à aider les autres, à être utile pour des personnes qui ont besoin de soutien. Par exemple, j’ai toujours voulu travailler dans le secteur du handicap car pour moi ces personnes ont le plus besoin d’aide et aujourd’hui c’est ce que je fais grâce au service citoyen. De plus, j’ai réussi à trouver un travail à côté qui me permet de soutenir des ONG qui aident des personnes dans le besoin. Pour revenir sur cette notion qui m’est chère, il est important de préciser comment ça fonctionne selon moi. Mon engagement doit se faire avec motivation et détermination. Étant donné que je veux aider au mieux, il est primordial de faire chaque chose à fond ! D’autres notions se rattachent à cet engagement : la fidélité, la loyauté et la sincérité. Ces trois valeurs sont liées, et l’une ne peut fonctionner sans l’autre, d’après moi, ce sont les trois bases d’une relation de confiance. Étant donné que je veux travailler avec des humains, cela va forcément m’amener à construire des relations. Je me dois d’être fidèle, loyal et sincère envers les personnes avec lesquelles je construis ces échanges. Mais avant tout, je me dois de l’être envers moi-même pour pouvoir l’être avec d’autres. De mon point de vue, cette confiance est la base d’une relation humaine stable, sans cet élément important la relation s’effondre. Donner ma confiance à quelqu’un n’est pas un problème, le principal est que ce quelqu’un ait confiance en moi.

Le racisme par Dylan, Bruxelles

Venant d’un milieu modeste et étant typé métissé, j’ai subi divers altercations malencontreuses. Ce n’est pas très facile. Surtout parce que le reste de ma famille est blanc, caucasien. Petit, à cause de cette différence de peau entre le reste de ma famille et moi, je ne savais pas m’y rattacher. Vous penserez que j’ai subi beaucoup de racisme envers la couleur noire de ma peau, mais pas que … On me critiquait juste pour ma couleur de peau différente. Je n’étais qu’un blanc pour un noir et qu’un noir pour un blanc. Dès lors, je me suis très vite adapté à cela. J’ai même commencé à en rire : ce que les autres disent n’a généralement aucun sens.

Il y a toujours des moments difficiles quand tu es typé métissé. Quand tu rentres dans un magasin, souvent le garde te regarde. Plusieurs fois, j’ai été contrôlé à la sortie. Au contraire de mes amis, je n’ai jamais rien volé. Eux, alors qu’ils avaient tout le magasin dans les poches, ne se faisaient point contrôler. Mais bon, le monde est comme ça ! Je l’ai appris quand j’étais petit. À 9 ans, je me baladais avec ma famille. Quelqu’un a alors hurlé dans la rue en me voyant : “sale macaque retourne dans ton pays !”. Ouaip, ça marque … Avec du recul, cette personne devait bien avoir un grain. Autre exemple, c’est une vieille dame à laquelle j’avais proposé mon aide. Elle avait accepté sans broncher jusqu’au moment où, levant la tête, elle a vu ma couleur et a refusé, catégoriquement, que je l’aide. J’ai compris un truc avec tout ça : la plupart des personnes sont juste craintives et ne cherchent, malheureusement, pas plus loin que le bout de leur nez.

Travail avec des candidat·e·s réfugié·e·s par Héloïse, Bruxelles

Depuis peu, je travaille à la Croix-Rouge essentiellement avec des personnes ayant fui leur pays pour diverses raisons qui leur appartiennent et qu’on ne jugera pas. Enfin, qu’on ne devrait pas juger. Oui, le jugement moral est tellement humain avec son lot d’inhumanité … En même temps, on oublie trop vite les effets d’une exposition permanente à ces jugements moraux. Les personnes qu’on tente, comme on peut, de soulager quelques instants en font l’expérience non-stop. Mes collègues, toutes nationalités confondues, aussi. Moi aussi. Et purée, on en a tous marre ! Marre que le droit à la dignité, de base, est rendu impossible et inapplicable par la politique européenne. Marre d’être réduits à proposer des solutions éphémères, un hébergement pour une nuit, quelques heures au chaud, quelques repas çà et là … Marre d’en venir à dire ces « je sais » impuissants et pour certains, comme moi, à moitié honnêtes, quand on n’a pas toujours le temps et que dès lors on ferme la conversation. Oui parfois la frontière entre « Je sais » et « Ta gueule » est fine, et on s’en rend compte, et on a la boule au ventre, et on tentera de rattraper quand on aura de nouveau du temps pour … simplement parler.

L’unité pédopsychiatrique par Wiliame, 12 ans, Bruxelles

Il est 8 h du matin, une éducatrice vient nous réveiller puis quitte la chambre. Je suis toujours debout la première. Car oui, je partage ma chambre avec quelqu’une, une super colloc ! Je me lève, je lui dis bonjour, elle me répond de même et notre journée commence. Dans cette chambre. Chambre, dans laquelle je trouve mon lit assez petit, j’aurais bien aimé en avoir un plus grand, j’ai, heureusement, un grand bureau ! Il y a aussi un rideau qui sépare nos deux côtés de la chambre. Au-dessus de mon lit, il y a des petites lumières que j’ai accrochées moi-même et des mangas que j’ai posés sur mon étagère. Les murs sont blancs avec des petits motifs, sûrement pour ne pas faire trop vide … Même si j’ai déjà mes mangas, j’aurais aimé avoir une petite armoire avec plein de livres à lire à l’intérieur. Une fois bien réveillée, je m’habille, me coiffe, fais mon lit tout en discutant avec ma colloc. Puis, je pars dans le salon pour voir s’il y a déjà les plateaux où on trouve notre déjeuner. Mais la plupart du temps ils ne sont pas encore là… J’aimerais tellement me réveiller et trouver de l’eau fraîche et un bol de fruits frais sur ma table de nuit pour pouvoir en manger toute la journée ! Mais bon, le plateau déjeuner n’est toujours pas là alors je demande mon téléphone, car je sais qu’à la fin de cette journée, il me sera repris.

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Ma chambre d’hôpital

Ma chambre d’hôpital

Après les témoignages de Léa et de Louise voici celui de Lorena, elle aussi hospitalisée dans une unité pédopsychiatrique bruxelloise. La spécialité de cette unité : apporter une aide aux 8-14 ans et lutter contre les souffrances psychopathologiques.

Ma chambre vue sur foot

Je m’appelle Lorena, j’ai 15 ans et pour commencer, j’aimerais vous montrer ma chambre. Ah mais non, c’est vrai. Vous ne la voyez pas : voilà donc une raison de vous la décrire ! Petite précision avant cette visite : notre unité a connu un déménagement et, comme j’étais déjà présente, je fus la première à avoir cette chambre. J’ai donc évidemment pris la partie avec la fenêtre. Elle donne sur un terrain de football. C’est pratique d’avoir droit, quelquefois, à des matchs même si le foot, ce n’est pas vraiment mon dada. Mais, je préfère cette place plutôt que l’autre où on entend le brouhaha des autres jeunes dès qu’elle est ouverte. Je suis dans une chambre double et c’est déjà la troisième patiente avec qui j’en partage une. La chambre, assez grande, est coupée en deux par un rideau pour pouvoir avoir, quand on le désire, un peu d’intimité. Le mobilier est neuf et dans les tons bleus. Il y a deux bureaux séparés pour ranger nos affaires personnelles. De chaque côté du rideau, il y a les lits. Moi, je les trouve assez étroits et les matelas ne sont pas confortables. Ils viennent de l’ancienne unité, ne sont pas neufs… Je vous laisse donc imaginer leur usure et même, pour certains, leur saleté …

Je me sens bien

Dans chaque chambre est disposé un tableau blanc où l’on peut écrire ou dessiner tout ce qui nous passe par la tête. Ce qui est un petit peu moins marrant, c’est que les ouvriers qui sont venus poser les tableaux ont mal fixé le mien et ont fait des trous à côté. Du coup, il n’est pas du tout stable… Mais cela ne m’a pas empêchée de dessiner un petit chat mignon sur le mien. J’ai aussi ajouté une touche personnelle dans ma partie : j’ai affiché quelques photos de mes amies et de ma famille un peu partout sur les murs et il y a aussi une guirlande lumineuse accrochée au-dessus de mon lit. Je trouve qu’il ne manque rien à cette chambre ! D’ailleurs si je devais imaginer lui donner une note sur dix, ce serait un 7. Eh oui, finalement, à part les lits assez usés et le mur défectueux, c’est une belle chambre, c’est ma chambre.

Le mauvais souvenir de l’hôpital …

Un passage à l’hôpital n’est pas vraiment un grand plaisir. J’y suis déjà depuis un petit temps maintenant donc j’ai accumulé pas mal de souvenirs. Malheureusement, c’est plus facile pour moi de trouver de mauvais souvenirs plutôt que de bons… Je tiens à vous préciser que mon texte parlera de faits qui se sont passés en communauté et non par rapport à ma maladie et à ma santé. Je vais commencer par le mauvais souvenir comme ça, le texte se terminera sur une bonne note et vous laissera peut-être même un peu rêver ! 18 mars 2020 : je m’en rappelle encore comme si c’était hier. Le premier jour du confinement. On nous l’a annoncé dans l’après-midi ; tou·te·s les patient·e·s devaient rentrer chez eux, chez elles et je les voyais partir de l’unité les un·e·s après les autres. Tou·te·s partaient. Tou·te·s sauf celles et ceux qui avaient un état de santé trop délicat. J’ai alors vite compris que je devais rester ici, avec deux ou trois autres patient·e·s. Du jour au lendemain, presque tout a changé. On ne pouvait plus se toucher, plus jouer à des jeux de société, chacun de nous avait sa chaise personnelle et le pire dans tout ça, c’est qu’on devait faire le test Covid deux fois par semaine. De plus, devinez qui a chopé le Corona ? C’est bibi… Même si c’était déjà il y a longtemps cela reste le moment le plus difficile que j’ai vécu depuis que je suis à l’hôpital.

… et le bon

Venons-en donc à un sujet plus sympathique ! Cette fois, cela date d’avant le confinement. Le 16 novembre 2019, l’unité a organisé une journée à Disneyland Paris. On nous a réveillé·e·s à quatre heures du matin. Même si j’étais encore fatiguée, je me suis pressée de m’habiller et de me dépêcher pour pouvoir partir à la bonne heure. Durant tout le trajet en car, avec les autres patient·e·s, on réfléchissait déjà aux attractions qu’on ferait pour commencer la journée. Le trajet fut un peu trop long à mon gout, mais quand j’y repense, cela valait vraiment la peine car cette journée était splendide !

Mais hélas, la météo ne l’était pas et j’avais très froid. Mais je savais qu’en faisant une ou deux attractions mon humeur allait changer. De fait, une fois qu’on a commencé les attractions, je ne me suis plus arrêtée ! Je les ai presque toutes faites. Sauf celles à sensations trop fortes bien sur… À la fin de la journée, je ne voulais plus retourner à l’hôpital. J’étais trop bien à Disneyland. Comme nous sommes remonté·e·s dans le car assez tard, c’est seulement vers une heure du matin que nous sommes rentré·e·s à l’hôpital, tou·te·s épuisé·e·s, mais heureuses et heureux ! Cette journée était extraordinaire et j’en garde le meilleur souvenir de mon hospitalisation.

Auteure : Lorena, 15 ans, Bruxelles

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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Léa est à l’hôpital

Léa est à l’hôpital

Durant plusieurs jours, Scan-R a installé sa rédaction dans une unité pédopsychiatrique bruxelloise. Ce service hospitalise de jeunes adolescent·e·s – âgé·e·s de 8 à 14 ans – qui présentent une souffrance psychopathologique importante qui dépasse les compétences d’un service ambulatoire. La concentration et le moral de ces ados ne sont pas toujours au rendez-vous de nos rencontres et écrire en « je » est pour elles et eux un véritable défi.

Mon univers

Je m’appelle Léa, j’ai 14 ans. Ici, je connais des hauts et des bas mais mon récit me montre que chaque jour, j’avance un peu plus. Mon endroit à moi, c’est ma chambre. Elle est grande. J’ai une colocataire prénommée Karolina, elle est géniale. Nos murs sont bleus clairs avec quelques motifs, des ronds et des triangles, qui font penser à des montagnes. Nous avons des lits en bois avec un sommier de lattes métalliques qui font un peu mal au dos, le matelas n’est pas très épais. Quel dommage : il ne rebondit pas ! J’ai des draps colorés ; ma couette est rougeâtre, orange et jaune, mon matelas est mauve. J’ai des étagères où j’y range mes pulls, livres et pantins de bois, que j’utilise quand je dessine ou encore pour peindre. J’ai aussi Ursule : une plante grasse. Très mignon ce prénom pour une plante, n’est-ce pas ? Mon côté de la chambre n’est pas très coloré. Ce qui contraste avec celui de ma coloc’ qui, pour le coup, est très créatif et respire la joie. À côté de son lit se trouve un poster d’éléphanteau. Elle a beaucoup d’affaires : photos, lettres, jeux de société, vêtements, … Et surtout, elle a beaucoup de produits de beauté. C’est une grande fan d’Yves Rocher ! Pour en revenir à mon côté, il n’est peut-être pas aussi joyeux que celui de ma copine, mais il me convient bien. Finalement, on partage la même chambre !

La journée

Le matin, quand je me lève, Karolina fait des étirements et puis, on commence la journée. On se prépare, on se maquille. Elle met mon mascara et me regarde faire mes traits d’eye-liner. On va manger, je vois tout le monde à table. Il y a des motivé·e·s pour commencer la journée et d’autres qui le sont moins. Mais tous gardent le sourire. Les activités commencent : les cours, les entretiens, … Le soir, il y en a qui regardent un film et d’autres, dont moi, qui préfèrent parler. On s’exprime et on rigole, de ce qu’on se dit ou de ce qu’on a aperçu pendant la journée. Puis on va dans nos chambres, on parle encore un petit peu – en cachette – avant de dormir. Quelle joie de voir tout ce monde de bonne humeur ! Je déprimerais si je ne voyais pas ces sourires contagieux à longueur de journée.

Mes ami·e·s

Je suis amie avec presque tout le monde ici. On n’est pas forcément très proches, mais ensemble, on rigole tous bien, on parle de tout, de rien. J’ai aussi quatre ami·e·s à l’extérieur de l’hôpital. Je suis plus proche et je m’entends mieux avec deux d’entre-eux, on se comprend plus. La différence entre eux, elles et les jeunes de l’hôpital c’est le fait que je suis plus proche de mes ami·e·s à l’extérieur et que mes ami·e·s sont peut-être parfois plus joyeux, enjouées ou plus faciles à vivre que les enfants d’ici. Puis, forcément, je connais mes ami·e·s de l’extérieur depuis plus longtemps que ceux et celles d’ ici.

Ma vie à l’hôpital

Mon moment préféré ici a duré deux jours… Un week-end, pour être exacte. Beaucoup de jeunes étaient parti·e·s chez leurs parents ou ailleurs, mais moi, je suis restée ici avec un garçon qui, maintenant, est parti. On s’entendait bien et on a beaucoup rigolé : on a fait une mini bataille d’eau, une bataille de balles de kicker, … On discutait aussi. Je lui ai mis du vernis, il n’a pas apprécié et l’a enlevé. On a fait deux puzzles aussi, un de 500 pièces avec une stagiaire et un autre de 100 pièces, qu’on a fait à deux. Bref, ce sont les seuls moments où j’ai eu des fous rires à l’hôpital. Le moment que j’ai le plus détesté ici… Il y en a plusieurs, mais c’est tous les entretiens et toutes les nuits. Je n’aime pas les entretiens et ils me rendent toujours d’humeur négative car je n’aime pas parler de mes problèmes. Quant aux nuits, je n’ai pas envie de rentrer dans les détails mais je suis insomniaque, et je vois, entends ou ressens des choses que personne d’autre de « normal » ne peut voir, entendre ou ressentir.

Ce qui me manque

Du dehors de l’hôpital, ce qui me manque le plus, ce sont les sorties ou les journées à ne rien faire. J’aimais voir mes ami·e·s, les petites soirées organisées chez eux ou chez moi, les sorties shopping ou autre à Bruxelles. Sortir de chez moi est une habitude importante pour moi : cela me permet de me changer les idées. J’aimais aussi rester chez moi à ne rien faire de particulier, je m’habillais ou restais en pyjama. Je m’occupais en dessinant ou peignant ou je restais sur mon téléphone. Le soir quand j’étais chez mon père, je restais avec lui dans le salon et on regardait des films en mangeant – pas très sainement – jusqu’à tard. Ce n’était pas comme ça tous les soirs bien entendu, mais quand ça se passait c’était vraiment cool. Que cela fait du bien d’être au calme chez soi !

Ma fierté

Ce qui me rend le plus fière, c’est d’avoir été là pour mon père et mes ami·e·s. Après le départ de ma mère, mon père est tombé en dépression et j’étais la seule personne sur qui il pouvait compter, la seule à qui il pouvait se confier car nous étions en plein confinement, il ne pouvait voir personne d’autre. J’étais là pour lui remonter le moral. J’étais là aussi pour mes ami·e·s qui sombraient en dépression. J’étais là pour mon amie et je l’ai empêchée de se faire du mal. J’étais là pour mon ami qui part en vrille foutant sa santé en l’air, buvant et fumant presque tous les jours mais tient beaucoup à moi. Le fait que je sois présente pour lui l’aide. Il sait que je suis là s’il veut se confier ou tout autre chose. Je l’aide comme je peux, je l’incite à parler de son mal-être à des adultes, de son mal-être. Je suis persuadée que bientôt, il ira mieux. Je suis fière d’avoir été là et d’être toujours là pour eux, pour elles, c’est la meilleure chose que j’aie pu faire depuis ma naissance.

Mon secret

À part avec ma famille et mes ami·e·s, je ne parle à personne du fait que je suis ici. Elles et ils ne m’ont pas prise pour une folle ou quoi que ce soit. Non, tout le monde a été compréhensif. Je ne l’ai pas dit à ma classe par exemple car les élèves me prendraient pour une dingue, avec tous les stéréotypes de l’hôpital psychiatrique. Ils jugeront le fait que je ne rentre pas dans la case de l’adolescente normale qui se préoccupe de sa popularité … Je crois que les gens n’aiment pas ce qui est bordélique.

Auteure : Léa, 14 ans, Bruxelles

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Sauvée

Sauvée

Dans l’armada des nouvelles compliquées, des mesures difficiles à comprendre, il y a parfois de la lumière. Les articles qu’on publie traitent parfois de la santé mentale de la jeunesse, articles qui peuvent se résumer par une dièse ou un hashtag, #cestpasfacile, le témoignage de Marissa est unique.

Révélation

L’école, ça me stresse. Parfois quand l’angoisse est trop forte, je fais des crises de panique. Pourtant, même si les points sont bons, même si les professeurs m’aiment bien, je me sens juste oppressée, mal à l’aise, en danger … Parfois j’ai juste eu l’envie de mourir. À force, j’ai été déscolarisée et j’ai développé des phobies sociales. “On” a dû prendre la décision de me faire hospitaliser en pédopsychiatrie. Après avoir appris la nouvelle, j’ai beaucoup pleuré. Je n’étais ni malade, ni folle. Je n’ai pas vraiment eu le choix, alors je me suis résignée à y aller. Au début, j’étais très mal. Je pensais qu’on m’avait placée avec les dingues et les cas désespérés. Alors que pas du tout. J’y ai découvert des jeunes géniaux, avec certes leurs difficultés, mais géniaux tout de même.

Réfugiée dans la lecture

Durant mon hospitalisation, je me suis souvent ennuyée, surtout le soir. Les journées étaient plutôt longues et je n’avais pas de visites. Le matin, on se réveillait à 8h, et on mangeait tou·te·s ensemble. Ensuite, on allait se balader et, à 9h on avait cours à l’hôpital. Les heures de repas étaient toujours les mêmes. L’horloge rythmait nos journées. Le coucher était à 21h15, ce qui était plutôt tôt. J’avais des troubles du sommeil, et dans ces moments là, mon cerveau pensait en permanence. Cela a été horrible pour moi : pas de téléphone, pas de télévision, pas d’ordinateur, alors … je me suis réfugiée dans la lecture. Depuis petite j’aime lire, mais je ne lisais pas spécialement beaucoup. Un peu avant mon entrée à l’hôpital, j’avais commencé à lire plus. Je ne sais pas si on peut dire que les livres m’ont sauvée, mais je remercie chaque auteur·e de m’avoir fait voyager dans des univers extraordinaires ! De m’avoir permis de voir autre chose que les murs de l’hôpital. En dehors de la lecture, j’ai tout de même fait des activités telles que de l’hippothérapie, du sport et de la relaxation.

Merci

Après de multiples séances de psychomotricité et de thérapie avec une psychologue, j’ai pu sortir de l’hôpital. Après 3 mois, j’ai eu du mal à partir : je me suis beaucoup attachée au personnel hospitalier, aux autres jeunes avec lesquels j’étais très à l’aise. Ils et elles m’ont appris à apprécier tous les petits détails insignifiants de la vie. Même si j’ai toujours des difficultés pour aller à l’école, je peux dire qu’aujourd’hui, je vis beaucoup mieux et ça, c’est en partie grâce à leur aide.

Auteure : Marisa, 15 ans, Eupen

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