Pornographie : jouir ou vomir ?

Pornographie : jouir ou vomir ?

Dans ce texte, Sara, 23 ans nous parle porno et masturbation. Si cela devait choquer l’une ou l’un, on l’invite à lire un autre article tout de suite ! Vu et su, ce qui se passe ailleurs sur Internet, nous estimons que cette expression intime, sur ce sujet qu’on voile parfois de prude pudeur, est à la fois intéressante, rare, violente peut-être mais aussi précieuse.

Pornographie, je te hais. Je déteste quand tu me forces à plonger jusqu’au cou dans cette masse de vidéos dégueulasses pour en extraire à grand peine LA scène capable de m’émoustiller sans me faire grimacer. Je suis peut-être trop exigeante. Ça ne m’excite pas trop de voir des filles se faire frapper, insulter, violenter. Et puis, bon, ils ne me facilitent pas là tâche avec les titres de leurs vidéos. Synonymes de l’acte : défoncer, déchirer, exploser, saccager. Défoncer qui ? La mère, la sœur, la belle-fille, l’écolière, la femme d’ici ou la femme d’ailleurs. Elles portent souvent les jolis qualificatifs de salope, traînée, truie. Si elle aime ce qu’on lui fait, c’est une salope. Si elle n’aime pas, c’est quand même une salope. Le décor est planté dès le premier clic aux portes de PornHub. Apprendre à faire le tri, quelle aventure ! On procède par essai-erreur, jusqu’à trouver quelque chose de potable. Elle se prend une claque ? Je change. Elle l’appelle papa ? Je change. Cela tient plus de la torture que de l’érotisme ? Je change. Mais l’art de la navigation pornographique ne s’arrête pas là. Une fois l’internaute habile parvenu à dégager un contenu compatible avec le respect de la dignité humaine, il reste du chemin à faire. Vous l’aurez remarqué, les femmes du porno ont la vie dure. Elles ont souvent l’air de passer un sale quart d’heure. La notion de consentement est floue à souhait. On aimerait bien fantasmer un peu, mais difficile d’avoir envie de s’identifier. 

On nous parle souvent de l’objectification. Une femme, c’est tellement plus qu’une paire de seins, qu’un cul, qu’une vulve. C’est beaucoup plus que ça, mais c’est au moins ça ! L’homme, lui, est réduit à un simple attribut fonctionnel. Le mâle pornographique est un pénis auquel l’être humain se raccroche par nécessité logistique. Au meilleur de son potentiel, il pourra éventuellement laisser échapper quelques insultes gaillardes. Se servir de ses mains, souvent pour donner des gifles, agiter les doigts avec le débit et la délicatesse d’un marteau piqueur. L’homme pornographique n’est pas intéressant, il sert de piédestal à la femme. Son plaisir n’est pas vendeur. On le veut stoïque, dominant. C’est un gars sérieux, il fait son boulot avec 50 entrées et sorties à la minute mais il faut pas lui demander beaucoup plus. Alors moi, une fille qui aime voir du sexe, lors de mes petits rendez-vous avec ma vulve et mon clitoris, je me retrouve dans ce marécage d’inconfort : entre une femme violentée et un homme inintéressant. Inérotique. Plastique. De marbre. Je déteste le porno pour ce qu’il nous montre. 

Qu’une femme, ça aime bien qu’on lui fasse mal. Qu’elle dise non, qu’elle est surprise, mais que tu verras, au fond elle en a envie. Je déteste le porno quand il nous fait savoir qu’un homme, c’est un sexe et que tout le reste est accessoire. Zone érogène unique, infatigable. Pénétration ou fellation, le choix est binaire. Pauvre femmes, et pauvres hommes. Je déteste le porno mais je n’ai pas honte d’en regarder. Quand on gratte cette couche de crasse, d’humiliation, de viol, de corps plastiques et de positions intenables, on trouve des choses plutôt chouettes. 

Aujourd’hui ce n’est pas tabou de dire, je suis une fille et j’aime le sexe. Une affaire de débutants. Niveau avancé : je suis une fille et je me masturbe. Déjà, l’inconfort se fait sentir. Niveau expert : je suis une fille et je regarde du porno. Là, une de mes amies qui se définit comme plus que féministe me regarde avec les yeux écarquillés. « QUOI ? Mais le porno c’est pour les garçons ! ». Ben oui, tu as raison. Le porno, c’est fait pour exhiber la femme. Son plaisir excessif est une ode à la puissance masculine. C’est un message rassurant qui dit que tant que tu dispose d’un pénis, pas de problème, le tour est dans le sac. Mais dans cet univers taillé pour l’esprit masculin, je louvoie. Je chine jusqu’à trouver les perles. Si les hommes ont droit à leur plaisir solitaire et facile, je ne vois pas pourquoi mon clitoris et moi, on s’en priverait. 

Je ne vais pas m’en priver parce que je rêve d’une sphère pornographique où la présence féminine est trop forte pour ne pas se refléter dans les tendances. Où l’homme transcendera sa fonctionnalité pénienne pour devenir une créature sensuelle érotisée. Où la femme se délectera de l’acte plutôt que de le subir avec humiliation. Où les corps seront moins lisses. Où les poils et les fluides auront leur place. Où pornographie ne rimera pas avec perversion et dégradation. Je rêve d’une sphère pornographique dont ne se mêlerait pas ma cervelle, pleine de réflexions féministes, d’indignation et d’étonnement face aux pratiques les plus inimaginables. Je rêve d’une lune de miel entre ma main et ma vulve, vers un orgasme délivré de toute charge intellectuelle.

Auteur : Sara, Bruxelles, 23 ans

Cet article a été produit lors du premier Laboratoire Social et Médiatique.

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De l’IPPJ à la Croix-Rouge

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Difficile de savoir où nos pas nous conduisent… Pour Benjamin, qui se définit, au début de son récit, comme un « gamin de cité », il passera d’une face à l’autre, de la destruction à la réparation, à la reconstruction. Après avoir baigné dans une violente délinquance, il a décidé de s’engager positivement pour le reste de sa vie. Rencontres et projets l’aident à construire son quotidien et celui de l’autre.

Ceci est mon histoire. À 13 ans, j’ai fait des conneries dont je ne suis pas fier. À l’époque, j’étais dans une bande de copains. Avec eux, j’ai fait les 401 coups : je me suis battu, j’ai cassé des voitures et bien d’autres choses de « jeunes de cités ». Un jour tout a basculé. Alors que je me promenais dans la rue, j’ai entendu des cris et je me suis approché. C’était mon bon pote, il était en train de se faire engueuler par ses parents. Ils avaient découvert des vidéos. Sur ces vidéos, on nous voyait en train de commettre les conneries citées plus haut. J’ai tout de suite compris ce qu’il se passait : une victime était là aussi, elle montrait ce que nous faisions. J’ai pris la fuite.

Le déclic
Quelques semaines après, j’ai eu droit à une descente de police chez moi. Les forces de l’ordre ont tout retourné et fouillé mes affaires pour trouver des preuves. Ensuite, j’ai été arrêté. J’ai été interrogé durant de longues heures, ça n’en finissait pas. Je niais des faits que je savais pourtant bien avoir commis. Je gardais la tête haute. J’espérais qu’ils lâchent l’affaire et j’espérais même une libération. Cela ne n’est pas passé comme cela… J’ai été placé en garde à vue et j’ai passé la nuit au poste. Il faisait froid. J’avais juste une couverture de survie pour me couvrir. Je gardais toutefois la tête froide. À bout, épuisé, je finis par m’endormir. Cette nuit-là a été la nuit du déclic. Pour la première fois, j’ai pris conscience que j’avais commis des actes répréhensibles, graves. Le lendemain, j’ai été déféré au tribunal. Face à la juge, je ne cherchais plus à nier les faits. J’assumais pleinement. La juge m’a dit d’un regard ferme et soutenu que je ne devais pas être un méchant gamin mais que la punition qu’elle allait m’affliger me ferait du bien. La sentence tombe : 15 jours d’IPPJ.

DE l’IPPJ à l’école
Ce séjour en IPPJ, je m’en souviendrai. J’y ai fêté mes 14 ans. Ce fut le premier anniversaire sans ma famille. Là-bas, c’était un camp de vacances. Il y avait une salle de cinéma et une autre de sport. Le cadre n’était pas très sévère même si on ne se la coulait pas douce. Mais cela m’a aidé à réfléchir. J’ai rencontré des psychologues et d’autres professionnels. Cela m’a aidé. J’ai vu, pour la première fois, ma mère pleurer. J’ai pris conscience que je devais me calmer. En fait, c’était surtout les menottes et le cachot, avant d’entrer en IPPJ, qui ont provoqué le déclic chez moi.

Après, je suis retourné à l’école. J’ai commencé un petit peu à étudier. Je faisais toujours des petites conneries mais je ne me suis jamais fait choper. Il ne fallait plus que le cauchemar revienne. En dehors de l’école, j’étais chez les scouts. Je me suis intéressé au secourisme. Je me suis formé et je suis devenu secouriste. Cela m’a beaucoup aidé. J’ai fait des bonnes et belles rencontres que je n’aurais pas faites sans la Croix-Rouge. J’ai appris des valeurs essentielles comme l’humanité, la fraternité, assumer et la responsabilité.

Rêver plus loin
La page sombre de mon existence est donc aujourd’hui définitivement tournée. J’ai des projets. Maintenant, je suis secouriste 112, animateur chez les scouts et producteur de films dans une maison de jeunes. J’ai un rêve : ouvrir une asbl pour partager avec d’autres jeunes ma passion pour la création de vidéos.

Auteur Benjamin, Herstal, 19 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R au Service Citoyen

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Nini, 19 ans, dealeuse et toxico

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Après avoir consommé et vendu de la drogue dans les rues de Bruxelles, Nini a été arrêtée et condamnée à une première peine de prison. Après, très précisément, 29 jours derrière les barreaux, elle nous offre son témoignage.

Je suis arrivée dans le noir le 2 août 2019. Le noir, l’ombre, la cage, le noir, c’est la prison. C’est là qu’on enferme les gens comme moi, les criminelles, les violeurs, les meurtriers, les terroristes, les voleurs. Arrivée dans le noir, je pensais que j’allais avoir mal, que j’allais souffrir, que je n’allais pas m’en sortir…

Pourtant, en réalité, le noir ne m’a pas fait de mal, le noir m’a aidée, il a été bénéfique pour moi et je remercie les Grands : les juges, les avocats, les magistrats… de m’y avoir plongée.

Je m’appelle Nini, j’ai 19 ans et je suis dealeuse et toxico… Je vais vous raconter mon histoire dans le noir. Je manquais de sommeil et j’avais faim. Quand je suis rentrée dans le noir, ça faisait des jours que je n’avais pas dormi. Les premiers jours, mes mains tremblaient. Mais rien de tout cela ne serait arrivé si je n’avais pas commencé…

J’ai commencé à m’empoisonner puis, j’ai commencé à empoisonner les autres pour me remplir les poches, me payer tout ce que je voulais, j’avais beaucoup plus d’argent que de scrupules. Je devenais comme mes cats… Cats, c’est comme cela que j’appelle mes clients : ils sont un peu comme des chats errants, méchants, paranoïaques.

À chaque fois que je sortais dans la rue, j’étais la fille la plus respectée par tous les malfamés. À chaque fois je passais chez moi, j’étais la fille la plus détestée de ma famille. Eux, je les avais mis de côté, je ne pensais qu’à moi. Je regrette d’avoir fait tout ça. C’est le noir qui m’a permis de comprendre pas mal de choses, c’est lui qui a permis à mon esprit de faire le point ; de remettre de l’ordre dans ma vie, mon corps et mon esprit ; de me rendre compte de ce et de ceux qui comptent vraiment.

Le noir te permet de connaître ta vraie famille, tes vraies amies. Il m’a rapproché de mes frères, il m’a rapproché de mon papa sur qui j’ai pu compter et que jamais, je ne remercierais assez de ce qu’il a fait pour moi. J’ai pu profiter de son épaule et de celle de ma belle-mère, de la tendresse de mon petit frère, de mon petit gremlins… Bientôt, un nouveau rendez-vous avec les Grands me permettra peut-être de sortir du noir. J’espère et j’attends la lumière.

Auteur : Nini, 19 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R au Centre de jeunes de Jupille. 

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La génitrice et la maman

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Alors qu’il avait un an, Jérémie a été adopté. Aujourd’hui, il se confie à nous et nous explique comment il l’a appris. Ce que ça a changé et change pour lui. Au travers de son histoire, il nous parle de l’adoption, de son impact sur les enfants et les familles.

Vers 1 an, j’ai été adopté. Quelques années plus tard, à 8 ou 9 ans, je l’ai appris. Maintenant, je suis très heureux d’être ici avec ma famille.

L’adoption ne se fait pas d’un seul coup. D’abord, il y a quelques petites choses très importantes, on n’adopte pas un enfant du jour au lendemain et puis, il est préférable d’éviter de ne pas changer son prénom : il a été habitué à être appelé comme ça. Ensuite, il ne faut pas le changer d’environnement trop vite, il faut y aller progressivement. Pour commencer, l’enfant passera une demi-journée par semaine dans sa famille, puis une journée et ainsi de suite jusqu’à 7 jours sur 7.

J’ai donc appris mon adoption vers 8, 9 ans, quand mes parents l’ont décidé, quand ils pensaient que j’avais l’âge de comprendre. Il ne faut pas négliger l’état psychologique de l’enfant après cette déclaration. Moi, je l’ai vécu plus ou moins mal et mes points à l’école en ont pâti. Je suis allé voir un psychologue qui m’a écouté, on a discuté et il m’a proposé d’en parler avec mes parents. Pour certains enfants, ce sera peut-être plus facile d’en parler avec leur famille qu’avec un psychologue. Il peut y avoir d’autres solutions : en discuter avec quelqu’un qui a été, lui-même, adopté, en parler avec un proche. Les parents ne doivent pas non plus hésiter à lui dire pourquoi et pour quelle(s) raison(s) la mère biologique a décidé d’abandonner son enfant. Mais également, de lui demander son ressenti de cette situation.

Parlons maintenant de l’état psychologique des parents adoptifs, je n’ai pas beaucoup d’informations, mais j’aimerais vous dire mon expérience. Ma mère, par exemple, a peur que je la quitte pour aller rejoindre ma famille biologique. Pour ma part, je lui ai déjà expliqué que je ne ferai jamais ça. Je ne désire pas voir ma mère biologique, pour moi, elle m’a juste mis au monde et je l’en remercie. À part ça, elle ne m’a rien donné de plus que des problèmes de santé. Mais chacun a sa vision des choses.

Ma maman ne m’a jamais dit concrètement qu’elle avait peur que je veuille retrouver ma génitrice. Mon père, lui, n’a pas de problème sur ce sujet-là, donc je me confie plus à lui qu’à elle. Si je dois donner un conseil aux parents, c’est de ne pas brusquer l’enfant. Par exemple, il faut prendre le temps de dire les choses, de les expliquer, de s’asseoir à une table et d’en parler calmement, dire à l’enfant qu’il a été adopté, qui a été sa génitrice, pourquoi il a été mis à l’adoption. Il faut essayer de répondre à toutes les questions et surtout, lui faire comprendre que l’on ne le regrette pas, que l’on ne le rejette pas…

Moi, dans MA famille, je me sens super bien. Ma famille, c’est mon trésor, je ne la sacrifierai pour rien au monde et sincèrement, maintenant – et même en étant plus jeune – je n’ai jamais pensé au fait d’avoir été adopté. Comme dit le proverbe «  il existe une famille de sang et une famille de cœur ». Pour rien au monde, je ne changerai ma vie actuelle.

Auteur : Thomas, 16 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R lors de l’Été Solidaire à Chaudfontaine.

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Regards croisés sur l’emprisonnement

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Au mois de juin, une équipe de Scan-R s’est rendue à Institution Publique pour la Protection de la Jeunesse (1) de Saint-Hubert. Elle y a rencontré une dizaine de jeunes dont les témoignages seront publiés dans les jours et semaines à venir. Voici les premiers témoignages de Karim et Frank. Pendant une petite heure, ils ont parlé de leur enfermement, de comment ils se sentaient traités, de ce qu’ils espéraient pour la suite. 

Frank (FR) :  De la cour, on ne voit rien. Des grillages et des barbelés. Le haut des arbres, mais c’est tout. Le tronc ? On ne le voit même pas.  De ma chambre, je vois la même chose : le grillage, quelques brins d’herbe, c’est tout.

Karim (KA) : De ma chambre à la maison, je vois la ville, ma ville, toute ma ville. Mon quartier. Les bâtiments, l’eau, les maisons qui s’étirent à l’horizon. Ici, rien.

FR : Vu de ma fenêtre, à la maison, je vois les voisins, la vie, la liberté. Ici, je vois deux poules. Rien de passionnant. Pourtant, elles, elles marchent comme elles veulent. Parfois le chat noir passe et il reste là.  Il ne bouge pas, il ne sort pas. On dirait qu’il a pris perpete. Pourquoi ce chat ne sort pas alors qu’il pourrait ? Nous, on ne peut pas.

KA : Chats et poules n’ont pas de règles. Nous, nous n’avons que cela… Interdiction de parler dans les rangs. Quand on bouge, c’est toujours tous ensemble, en « mouvement (2) ». C’est normal qu’il y ait des règles. C’est normal d’être enfermé après avoir fait ce qu’on a fait, mais certaines sont justes absurdes. Dès que tu sors de ta chambre, c’est silence complet. J’ai oublié ma bouteille d’eau et je veux la reprendre ? Impossible de poser la question avant d’être dehors ou à table… et après c’est trop tard, il faut attendre… « après, après », toujours attendre…

FR : La règle la plus absurde c’est la règle de la sauce. Impossible de se resservir. On peut se ne servir absolument qu’une seule fois. Pourquoi ? On ne sait pas.

KA : Quand 21h sonne, on est obligé de fermer les fenêtres. Ok c’est pour qu’on ne parle pas, ou éviter les tentatives d’évasion. Mais mieux vaut laisser des jeunes parler que des les laisser cuir dans leur chambre pendant la canicule non ? Ils n’ont pas confiance en nous.

FR : Les visites c’est plus une question de confiance…. C’est de l’ordre du manque de respect. On a aucune intimité. Chaque visite est accompagnée et on a droit à rien.

KA : Votre famille peux vous apporter certaines choses mais tout est quantifié. Les boissons, les chips, le chocolat… On peut en avoir une petite quantité, mais après deux jours, il y a plus rien. Les autres jeunes, les familles, plus les surveillants… bonjour l’inimité.  On est une vingtaine dans une pièce, seuls quelques centimètres séparent les différents groupes. On entend tout ce que les autres disent. On voit tout ce que les autres font, et eux voient nos moindres faits et gestes. Super.

FR : C’est gênant. J’ai déjà dit « je t’aime » à ma mère, moi je m’en moque ça ne me pose pas de problème, j’assume.  Mais pour certains, c’est compliqué de communiquer comme ça ses sentiments, limite en public…

KA : La fin des visites, c’est aussi impressionnant pour nos parents. On repart tous en rang, sans pouvoir parler, entouré de gros bras avec des talkie-walkie…

FR : Ils voient les barbelés, ils ont vu des reportages, ils s’inquiètent pour nous.

KA  : Difficile aussi de les contacter par téléphone… On a droit à 3 appels de 10 minutes par semaine. Mais moi mes parents sont séparés. Alors je fais quoi : j’appelle deux fois ma mère et une fois mon père ? Pourquoi je devrais choisir ? Pas le temps de rien quoi que ce soit et en plus, si on doit tout diviser…

FR : Les appels, c’est notre fenêtre vers l’extérieur. Ça fait du bien. Mais quand on parle à nos parents, on ne raconte pas tout, sinon ça les inquièteraient.

KA : Si je suis sanctionné, hors de question que j’en parle à mes parents. Souvent je mens, pour ne pas les paniquer.

FR : Quand on appelle, contrairement aux visites suveillées, on peut au moins parler de tout si on veut… Mais pas trop fort sinon les autres nous entendent.

KA : Les autres peuvent parfois entendre nos conversations privées ave nos familles, alors qu’on ne peut même pas parler ensemble le reste du temps. Je ne peux pas raconter quelque chose de personnel à X, un éducateur ou un surveillant doit toujours être présent… Où est la logique ?

FR : Ici nous n’avons pas notre mot à dire, nous ne sommes jamais écouter.

KA : Les assistants sociaux font genre qu’ils sont ouverts, qu’ils écoutent… Mais en gros, c’est juste pour tout retranscrire dans un rapport. Eux aussi, ils sont contre nous. Ils doivent juste choisir si on peut retourner en famille, si on est replacé en IPPJ, en centre ouvert ou fermé (3), mais ça ne dépend pas de notre progression, juste de notre comportement envers eux. Peuvent-ils nous supporter ou non ? Ca change tout.

FR : Ils s’en foutent de nous. Ils nous traitent comme si on ne parlait pas la même langue. Comme si on était des animaux… avec encore moins de liberté qu’un vieux chat noir et deux poules.

 (1) Selon la loi, une IPPJ est un centre fermé pour personne délinquante de moins de 18 ans. Tout en protégeant la population de ces jeunes, ces centres doivent permettre à leurs pensionnaires de se reconstruire, de se réinsérer dans la société, dans leur famille, dans leur école. La vision des jeunes qui y passent et parfois plusieurs mois et parfois plusieurs fois, n’est pas celle-là. Elles et ils y voient plutôt une prison.

(2) Mouvement, c’est le mot prononcé par les gardiens ou les éducateurs pour annoncer un déplacement.

(3) Une des différences entre les différents genres de centres porte sur la durée du séjour pour le ou la jeune qui y est hébergé·e.

 

Qu’est-ce que la Communauté germanophone ?

La photo qui illustre cet article a été prise à la prison de Mons.

Des détenues ont élaboré, avec l’artiste Olivier Sonck, toute une série de phrases qui garnissent de poésie l’enceinte de la prison. Pour en savoir plus, voyez ce lien.

Auteurs : KaRIM, 17 ans, Liège et Frank, 16 ans, Bruxelles

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R À l’ippj de SAint-Hubert. 

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Racisme peu ordinaire

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Depuis que Jérôme a écrit son article, il y a eu des changements en Italie. Le gouvernement ne réunit plus l’extrême-droite de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles, parti antisystème, de Luigi Di Maio. Le partenaire a changé, l’allié c’est désormais le Parti Démocrate, un parti de centre-gauche.  

Depuis son enfance, la grand-mère de Jérôme lui transmet les us et coutumes de l’Italie où elle est née. Il trouve cela riche et passionnant… Jusqu’au jour où la grand-mère explique qu’elle est convaincue par la politique anti-immigration de Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur Italien.  Comment réagir lorsque notre grand-mère, immigrée, soutient la politique anti-immigration de son pays d’origine ? Jérôme explique… 

Régulièrement, je suis invité, avec mes frères et sœurs, chez ma grand-mère italienne pour manger un délicieux repas traditionnel qu’elle nous a préparé ! Chez elle, la machine est bien rodée, et, à l’heure exacte, elle change de chaîne pour regarder le JT. Je me souviendrai toujours du 28 juin 2019 et d’un reportage en particulier. 

Ce jour-là, le journaliste expliquait que Carola Rackete, la capitaine du bateau “Sea Watch 3”, avait été arrêtée dans le port de Lampedusa, petite île du sud de l’Italie. Depuis 14 jours, elle était en mer avec 40 migrants à son bord.  Alors qu’elle n’en avait pas l’autorisation, cette jeune femme de 31 ans avait décidé de les débarquer dans ce port italien en Mer méditerranée. Cette Allemande a donc choisi de braver l’interdiction ministérielle italienne pour le bien des gens qu’elle transportait. 

Ma grand-mère me parle alors de la capitaine comme d’un pirate qui n’a aucun droit de voguer sur ces mers. Elle me dit qu’il est normal elle ait été arrêtée. Je suis étonné… Je constate par ces propos que cet acte fort suscite l’intérêt des Italiens et que, bien évidemment, le ministre de l’Intérieur du pays n’a pas attendu pour en faire un sujet de propagande auprès de son peuple en Italie et des Italiens qui vivent ailleurs dans le monde. C’est plutôt réussi car ses idées ont fait leur chemin, y compris jusque dans la tête de ma grand-mère, immigrée italienne résidant en Belgique… 

Les propos de ma grand-mère me surprennent. Le père de ma grand-mère est arrivé en Belgique, comme bien d’autres Italiens à l’époque, pour travailler à la mine. Il est venu avec sa famille. En Belgique, ma grand-mère s’est mariée avec un autre Italien, mon grand-père. L’immigration, ma grand-mère, elle sait ce que c’est. Je suis moi-même le produit de cette immigration. 

Depuis que je suis petit, ma grand-mère me parle beaucoup de l’Italie et de son village comme si elle y vivait toujours. Elle s’intéresse de très près à l’actualité italienne et va souvent dans le sens du pouvoir en place, et ce malgré les différentes mouvances populistes qui se suivent (et se ressemblent) !

Ce soir-là, après le sujet du JT, le débat fut ouvert. Je lui demande si elle trouve normal qu’il soit interdit de sauver des gens en mer ? Je la questionne pour savoir si elle aurait aimé devoir risquer sa vie pour rejoindre la Belgique ou si elle aurait trouvé ça normal que si quelqu’un l’avait aidée à rejoindre la Belgique il soit arrêté ? Je constate qu’elle ne me répond pas vraiment. Elle me dit que Matteo Salvini, le ministre italien de l’intérieur, parle bien et qu’il caresse le peuple dans le sens du poil, qu’il sait rameuter les foules. Pourtant, moi je ne vois en lui qu’un nouveau Mussolini, un fasciste !

Je lui ai alors dit que le problème, selon moi, ce n’était pas que les gens en sauvaient d’autres en mer mais bien que des autorités aient décidé qu’il serait désormais interdit de sauver les vies des migrants. Ce qui me tracasse, m’interroge aussi, c’est la question de savoir comment les informations sont traitées, en Italie, en Belgique et partout ailleurs…

Auteur : Jérôme, Charleroi, 20 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R avec le Service Citoyen

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