Merci de nous informer plus tôt !

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Maïra a 16 ans. Elle s’interroge sur l’information donnée aux jeunes gens autour des questions liées à la sexualité. Pour elle, ça arrive bien trop tard !

L’année passée, j’étais en 4 secondaire et, avec mon école, nous avons eu une activité en collaboration avec le planning familial (1) pour parler de la contraception, de la sexualité et des maladies sexuellement transmissibles. Ce qui m’a choqué, c’est d’avoir ces informations seulement en 4ème secondaire et pas plus tôt.

La société pense que les ados ont leur premier rapport vers l’âge de 16 ou 17 ans (2) mais moi, je ne pense pas que ce soit le cas. Je pense, au contraire, que la première fois arrive beaucoup plus tôt. Or, j’ai l’impression que beaucoup de jeunes de mon entourage ne prennent pas conscience des dérives et dangers par rapport au fait d’avoir des rapports non-protégés.

Certes, il y a quand même une sensibilisation par rapport à la sexualité mais je trouve quand même que, même si la moyenne d’âge du premier rapport est à 16 ou 17 ans, il faut quand même en parler aux plus jeunes adolescents.

En conclusion, je pense que cela serait mieux de sensibiliser plus tôt les jeunes dans les écoles, par exemple avec des cours d’éducation sexuelle pour qu’ils apprennent et prennent conscience de la sexualuté.   

 (1) Un centre de planning familial propose toute une série d’informations et de consultations autour de la contraception, la vie affective ou sexuelle, la grossesse, l’avortement, les infections sexuellement transmissibles, … En Belgique, il y a des centres un peu partout. L’accueil est à la fois gratuit et confidentiel. Le site Loveattitude.be permettra aux curieux et curieuses d’en savoir plus, sur le travail que fournissent ces centres, par exemple en ce qui concerne la sexualité.

(2) D’après une étude de l’UCL, l’âge moyen du premier rapport sexuel en Belgique, tournerait autour de 17 ans. Cette donnée est confirmée par une autre étude, menée par le fabricant de préservatifs Durex, en  2012, les Belges – en général – auraient leur premier rapport  à, très précisément  17 ans et 3 mois…

Auteur : Maïra, Namur, 16 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R. 

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Je veux être normal

Je veux être normal

Dans les témoignages qu’ils et elles nous confient, les filles et les gars nous expliquent qu’ils et elles ont parfois le sentiment d’être terriblement commun·es, d’avoir une vie nulle et complètement conforme… Le rêve le plus fou d’Alexandre, notre invité du jour, c’est tout le contraire… Il rêve d’être comme tout le monde. 

Sur la touche depuis toujours…

Durant toute ma scolarité, dès l’école primaire, j’ai été harcelé à l’école. J’ai aussi retourné, plus d’une fois, les instits et les profs contre moi. En cinquième primaire, cela a pris de l’ampleur. J’ai catégoriquement été mis sur le côté. J’étais un élève considéré comme trop différent. Progressivement, exclu, je suis devenu insignifiant pour les autres dans la classe. À 10 ans, sans trop savoir pourquoi, j’ai donc capté qu’il y avait les enfants normaux et les autres, dont moi. Mon école avait choisi de fermer les yeux sur ma différence et me laisser dans mon coin. Depuis lors, les interactions sociales sont devenues particulièrement pénibles et difficiles.

12 ans 

En école secondaire, les situations d’exclusion et de rejet se sont répétées. J’avais très souvent envie de m’énerver sur les autres mais je devais me contenir. J’avais très peur d’aggraver ma situation. J’étais aussi inquiet à l’idée de me faire virer de la « grande école ». Si j’ai tenu bon, c’est grâce à quelques rares professeurs qui ont cru en moi et m’ont accepté tel que j’étais. Ces rencontres, inattendues, m’ont incroyablement motivé.

MaLAde

Lorsque j’ai eu 14 ans, les médecins ont découvert que j’étais épileptique (1). Le diagnostic posé, tout est devenu plus clair pour moi. Je comprenais mieux pourquoi je présentais parfois des troubles de la mémoire, du langage et parfois de l’attention. Je ne suis pas neurologue mais j’ai bien compris que cela n’arrangerait rien à mes problèmes scolaires.  À cette époque-là, plusieurs professionnels ont aussi mis des noms à mes troubles spécifiques d’apprentissage. Je fais partie de ces personnes présentant des troubles dys, vous savez : la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie, la dyspraxie, la dysgraphie ou encore la dysphasie (2). Niveau santé, je ne suis pas épargné.

Passage en technique de qualification

Malgré ces constats, mon mal-être et mes difficultés scolaires ne se sont pas arrangés. En 3ème secondaire, j’ai quitté l’enseignement général pour poursuivre ma scolarisation en techniques de qualification. Dans ce nouvel établissement, à nouveau, j’ai eu des frictions avec certains de mes professeurs. Il faut dire que mes situations scolaire et familiale étaient particulièrement compliquées. Je ne trouvais pas ma place dans l’école. J’ai toujours mené ma barque à ma manière. Je pose beaucoup de questions, j’interpelle, je questionne. Cela dérange parfois. Mais rien n’était fait pour m’aider. Ma seule issue était toujours l’exclusion… Toutefois, je n’ai jamais rien voulu lâcher. À ma grande satisfaction, je suis parti en voyage de rhéto alors que la direction de l’école a essayé de m’en dissuader. Après, à 19 ans, j’ai décroché le CESS en technique de comptabilité. J’en suis très fier.

assistant social ?

Après, je me suis lancé dans des études d’assistant social. J’ai raté ma première année pour seulement 4 cours. Je n’ai pas compris ce qui m’arrivait. Je m’étais pourtant donné à fond et les résultats de mon stage étaient très bons. Socialement, ce n’était pas forcément mieux qu’avant. À ce moment-là, j’étais dans un kot à projet pour personnes « différentes ». Pour intégrer ce logement partagé, je devais avoir montré clairement à l’équipe pédagogique que j’avais vraiment envie de m’en sortir et de réussir des études. J’étais particulièrement motivé mais les contacts avec les éducatrices n’étaient pas faciles. Mon problème est qu’il me faut toujours beaucoup de temps d’adaptation et les éducs changeaient tout le temps. On me mettait la pression et on me demandait de changer mon comportement. C’était trop pour moi surtout que je traversais une période difficile au niveau de ma santé. J’ai dû être évacué plusieurs fois de mon logement en ambulance suite à des crises d’épilepsie. Cela impressionnait tout le monde mais j’ai toujours gardé la tête froide et la motivation.

Tomber et se relever encore et encore…

Malgré tout cela, j’ai recommencé ma première année d’assistant sociale. Je l’ai réussie. La deuxième année s’est faite sans trop d’encombres jusqu’au stage de fin d’année qui a porté préjudice à ma réussite. Je comprenais tout et je connaissais bien la théorie mais « l’humain » ne suivait pas, m’a-t-on dit sur mon lieu de stage. C’est un nouvel échec. J’ai tout arrêté. Je suis entré en dépression. J’ai eu des médicaments pendant un moment. Durant cette période, j’étais seule chez mère.

Les troubles dys et l’épilepsie m’ont conduit à ma perte. Pour me reconstruire, je suis aujourd’hui contraint de me tourner vers d’autres perspectives d’avenir. C’est là que la vraie galère commence. Moi qui rêvais de devenir journaliste, je dois être réaliste, je ne le deviendrai jamais. Mais surtout, je me demande ce que je peux encore devenir maintenant que je suis reconnu en incapacité de travail à 100%. Tout le monde me dit que c’est une manière légale d’être protégé – et de bénéficier d’une allocation financière – mais moi j’y vois surtout un obstacle pour pouvoir entrer sur le marché du travail et devenir « normal ».

Je crois que trouver un travail me permettra progressivement de devenir autonome. Pourtant, je ne suis pas certain que la société veuille vraiment que je le devienne. L’AVIQ (3) vient tout juste de me reconnaître, pour les 10 prochaines années, comme une personne ayant besoin d’un service d’accompagnement spécifique car je manque d’autonomie. L’objectif à long terme est que je puisse devenir autonome. Mais sans un travail, comment puis-je le devenir ? Je ne sais pas mais. Je constate qu’on m’empêche de travailler.

Mon cerveau est littéralement compressé. Je ne suis pas bien avec ça. Je ne comprends pas ce qu’on me veut.

Bref, je suis de plus en plus exclu. J’aimerais peut-être devenir ouvrier manutentionnaire. Je n’ose même pas y rêver. Lors des entretiens d’embauche, il y a toujours quelque chose qui ne va pas chez un patron. J’essaye pourtant. J’ai envie. Tous me disent que je manque d’autonomie que pour pouvoir décrocher un job. C’est vrai, il y a des choses que je ne pourrai pas faire comme conduire à cause de l’épilepsie mais qu’on m’apprenne ce que je puisse faire alors ! Je suis motivé. Je crois que l’autonomie je peux l’acquérir par le travail.

Bénévole ou rien…

Du coup, je dois me tourner vers le bénévolat ou, en tout cas, vers des formes de travail qui ne sont reconnues légalement. Dans ces endroits-là, on veut bien de moi ! Et on ne me parle plus sans cesse de mon autonomie. Les gens voient bien que je peux l’être pour certaines activités. Pour moi, je dois l’avouer, c’est génial le service à la personne là-bas ! Et le travail en équipe, cela me plait vraiment. Pour la première fois, on me fait confiance et surtout j’ai de la reconnaissance pour le travail que j’accompli. J’ai des « mercis » après chaque action. C’est très « puissant » pour moi. J’ai trouvé des valeurs fortes comme la solidarité, l’entraide et le respect.

Mais demain…

L’avenir, il est obscur. Je ne sais pas si je vais me diriger vers de l’emploi ou de la formation… Tout ça va dépendre aussi de ma santé. Mon traitement fonctionne bien. J’ai moins de crises. C’est une bonne chose !

Maintenant, j’ai juste envie qu’on me laisse mener ma vie comme je l’entends. J’ai besoin d’avancer et d’exister.

(1) L’épilepsie est une maladie neurologique qui touche plus de 50 millions de personne dans le monde. Pendant une crise d’épilepsie, le cerveau ne fonctionne pas normalement et entraîne des convulsions, des contractions involontaires et musculaires violentes. La personne qui fait une crise d’épilepsie n’est pas consciente de ce qui se passe sur le moment. Pour en savoir plus, voyez le site de la Ligue francophone belge contre l’Epilepsie.

(2) Les troubles dys, sont des troubles des apprentissages. La dyscalculie – concerne les troubles dans les apprentissages numériques. La dysgraphie, c’est la difficulté à accomplir les gestes de l’écriture. La dyslexie concerne les troubles de la lecture. La dysorthographie concerne l’acquisition de l’expression écrite. La dysphasie est une difficulté liée à l’apprentissage du développement du langage oral. La dyspraxie concerne la capacité à exécuter des mouvements précis. Tout ceci est terriblement résumé… Pour en savoir plus sur ces troubles, voyez le site de l’APEDA – Association belge de Parents et Professionnels pour les Enfants en Difficulté d’Apprentissage.

(3) L’AVIQ est l’Agence pour une Vie de Qualité. Cette agence a été créée par le  Gouvernement wallon. Elle est responsable pour les politiques liées au Bien-être, à la  santé, au Handicap et à la Famille.

Auteur : Alexandre, Tournai, 23 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R.

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La liberté et ses limites.

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Peut-on être quand les limites, les frontières existent. Quelles sont les limites, quelles sont les frontières… Est-ce que la liberté est la même pour tout le monde ? C’est à ces grandes questions qu’Alison a consacré la réflexion qu’elle partage aujourd’hui.

Liberté, ce mot si complexe qui peut se décliner de tellement de façons différentes, liberté de circuler, liberté d’accueil, liberté d’agir, liberté de vivre tout simplement. Alors que nos libertés de circulation sont … inestimables en Europe occidentale, notre liberté d’agir s’amenuise petit à petit, peu à peu…

Qu’en est-il de cette liberté de circulation en dehors des frontières européennes ? Il existe un fossé énorme des États de droit – comme par exemple les USA où la liberté semble sans limite – et des États dans lesquels fuir son pays n’est même pas envisageable.

Dans les territoires Palestiniens, par exemple, la majorité des personnes ne sont pas autorisées à quitter leur village. Pour les plus chanceux qui réussissent à partir, ils n’ont pas le droit de revenir après 6 mois passés ailleurs… Entre la volonté de partir et la crainte de ne plus pouvoir revenir, le choix de migrer devient difficile. “Vous ne savez pas dans quelle liberté vous vivez au quotidien. Nous, on sait ce que c’est. C’est ce dont on rêve tous les jours” témoignait une habitante palestinienne de Jérusalem.

Voilà où nous en sommes aujourd’hui, l’endroit de notre naissance et nos origines sont ce qui détermine toutes nos libertés, tous nos droits. Afin de pallier le manque d’actions des politiques nationales face à ce qu’on pourrait appeler une crise d’accueil, des citoyens ont décidé d’agir en créant, par exemple, une plateforme d’hébergement (1). Elle permet aux habitants de Belgique d’offrir un toit, d’accueillir des personnes qui ont fui leur pays. Les actes de certaines de ces personnes ont été criminalisés (2).

Des manifestations et d’autres actions pacifiques ont également été organisées afin d’interpeller les politiques mais la seule réponse qui a été donnée, c’était plutôt la répression. On peut dès lors se poser la question suivante : où est la liberté d’action des citoyens et jusqu’où oserons-nous aller pour être entendus par la sphère politique ?

(1) L’initiative la plus concrète est celle de la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés. Un  espace d’informations et de coordination des actions et initiatives citoyennes de solidarité avec les demandeurs d’asile, les réfugiés, migrants ou exilés, à Bruxelles et en Belgique.

(2) Cet article de La Libre.be permettra d’en savoir plus sur les dernières évolutions.

 

Auteur :  Zoé, Brabant-Wallon, 21 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R. 

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De Star du quartier à star de la télé ?

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Nana, c’est la « The Voice » de sa famille, de son quartier. Mais son manque de confiance en elle fait qu’elle est persuadée que, jamais, elle ne pourra faire se retourner les célèbres fauteuils rouges. Pourtant, tout pourrait encore changer…

Cette année j’ai envie de faire tomber des bouches en m’inscrivant à The Voice. Beaucoup de personnes me disent qu’il faut absolument que j’aille là-bas mais le souci, c’est que j’ai peur, peur de ne pas réussir…

Quand j’avais 5 ans, ma grand-mère chantait dans une chorale, pour tout le monde, et des berceuses rien, que pour moi. Ça me passionnait beaucoup. J’étais tellement fan qu’un jour, je me suis mise à chanter. Quand elle est morte, j’avais 7 ans et sa disparition a fait que j’ai perdu toute confiance en moi. J’ai vraiment eu du mal à m’en remettre. Mais le spectacle, mon spectacle devait continuer. Quelques années plus tard, à 12 ans, j’ai découvert les karaokés et j’ai tout de suite adoré. 

À 16 ans, un gars qui en organisait m’a proposé d’aller chez lui pour découvrir les vrais métiers du chant. Depuis, j’adore travailler avec lui, il m’a redonné confiance en moi. Il me guide, m’explique tout ce qu’il sait du métier. Ma mère n’a jamais été là pour moi dans le chant. J’avance seule dans ce projet. Avec celui qui est devenu mon manager, j’ai appris comment faire ressortir ma voix et me faire confiance dans le chant.

Maintenant, j’ai 18 ans et je vis à fond pour ma grand-mère. Après la tristesse, les questions et les doutes, je suis fière d’en être arrivée là ou je suis aujourd’hui et je voudrais toujours aller plus loin, beaucoup plus loin.

Quand je chante, j’ai cette palpitation dans le ventre. J’adore chanter, je n’ai jamais ressenti des trucs pareils. À chaque fois que je chante, je pense à ma grand-mère et je me dis : « Merci mamy. Merci d’avoir fait tout ça pour moi et merci grâce à toi, j’y suis arrivée ». Je crois que j’y suis arrivée, chaque fois que je chante, j’entends sa voix qui me dit : « Fais-le pour moi, tu t’en fous des autres. C’est toi, c’est à toi que tu dois plaire et pas aux autres ». ça m’a appris beaucoup de choses et maintenant j’ai super bien évolué.

Aujourd’hui, je me dis que c’est maintenant ou jamais ! Pourquoi ne pas essayer The Voice ? Je n’ai rien à perdre !

Auteur : Nana, Charleroi, 18 ans

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Un chez moi …

Un chez moi …

Regard blasé et paroles “cash”, Mélissa nous parle comme à un pote, tout en nous faisant comprendre que la boss…. C’est elle ! Elle l’affirme et s’affirme d’ailleurs : elle est adulte. Pas de quoi tromper tout le monde cependant. Sous son maquillage, ses piercings et son attitude, son visage poupin pointe. Un physique qui reflète son sentiment, sentiment d’être parfois prise entre deux mondes : celui des responsabilités, le monde des adultes, et celui où on l’infantilise. Comment se construire et grandir lorsque les fondations s’effritent ? La solution ? Elle vient avec un logement à elle, un « chez soi ».

La cité. Mon terrain de jeu. De jeu, et d’attente. Quand j’avais huit ans, je restais dans la rue jusqu’à 2 ou 3 h du matin. Non, ce n’était pas un choix. Si je restais dehors, c’est parce que ma mère était au café, et que je n’avais pas les clés pour rentrer. Alors je traînais… Chez des amis et surtout dans la rue. Avec ma mère, ça a toujours été dur. Très dur. Les années ont passé, j’ai vécu chez d’autres membres de ma famille, chez des amis… La maison familiale ? C’est « chez ma mère », pas chez moi. À 11, 12 ans, j’ai commencé à faire des conneries.

Maman où t’es ?

Les conneries, c’est voler un peu, fumer beaucoup et zoner à la folie. Et tout est vraiment parti en vrille quand mon parrain est mort. Il comptait énormément pour moi. Quand je n’étais pas bien, il était le seul à m’écouter. M’écouter et me comprendre. Il était toujours là pour moi. Quand les autres me rabaissaient, lui, il me soutenait. Quand il est parti, j’ai eu comme un vide. Je me suis mutilée. Et puis je me suis rendu compte que ça ne servait à rien. Je me suis fait virer de l’école. J’étais mal dans ma peau. Je ne faisais plus rien. Et puis j’ai décidé de me battre. Me battre pour m’en sortir. Ça a été dur, mais j’ai finalement trouvé la solution, et j’ai obtenu ce dont j’avais besoin et voulais pour m’en sortir.

Un toit à moi

J’ai réussi à avoir un kot. Une chambre, une cuisine et une salle de bain. Pas de colocataires. J’ai toujours dû me débrouiller toute seule, alors ça ne change pas grand-chose pour moi, mais au moins je ne me prends la tête avec personne. Je peux inviter des amis, sortir. Il y a des éducs pour nous surveiller parce qu’on est plusieurs jeunes à avoir un kot dans le même bâtiment, mais ils sont sympas et nous laissent vivre notre vie. Je ne parle plus à ma mère. Elle m’a empêché d’aller à l’enterrement de mon parrain à l’époque. Je ne l’accepte pas. Mais c’est de sa faute, si elle avait joué son rôle de parent, je n’en serais pas là.

Aujourd’hui, je suis responsable de mes actes. Avoir mon kot, ça m’a rendu plus mature.

AuteurE : Melissa, 16 ans

Cet article a été réalisé lors d’un atelier Scan-R AU SAS DE VERVIERs.

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De Conakry à Bruxelles, parcours d’un jeune réfugié

De Conakry à Bruxelles, parcours d’un jeune réfugié

Aujourd’hui Mamadou a 19 ans. Il est venu de très loin pour enfin arriver en Belgique et il n’est pas dit qu’il pourra y rester. Le 19 octobre, à Namur, avec l’aide d’une autre jeune, il a raconté son parcours depuis la Guinée Conakry jusqu’à Bruxelles. Il nous explique les étapes de ses pérégrinations vers un monde qu’il espère humain.

En février 2017, il y a eu à Conakry, en Guinée(1), plusieurs manifestations pour l’enseignement. Enseignants, syndicats et des élèves exigeaient de meilleures conditions de travail. Si l’accord a finalement été conclu, cela n’a pas été sans violences. Il y a eu cinq morts, quatre hommes, une femme. Mon grand frère participait à cette manifestation. Les policiers étaient là pour nous tabasser tout en disant que c’était nous qui provoquions leur violence…

Depuis son arrivée au pouvoir, en 2010, le Président Alfa Condé (2), a créé des conflits entre les différentes ethnies de Guinée Conakry. Il dit, par exemple, que les Peuls (3), nous sommes des étrangers et nous ne sommes pas dans notre pays. C’est pourquoi, lors des manifestations, les policiers s’attaquent à nous : le gouvernement les encourage à le faire. Toujours lors de cette journée, ils ont saccagé tous les magasins qui se trouvaient au bord de la route. Lorsqu’ils eurent terminé, tout le monde était en colère. Mon père a discuté avec eux. Il a expliqué qu’il porterait plainte. Il a dit qu’il avait besoin de ce magasin pour nourrir sa famille. Les policiers ont répondu qu’ils s’occuperaient de lui avant qu’il ne porte plainte. Mon père leur a dit que c’était à eux de nous protéger mais qu’à la place. Ils nous persécutaient et nous violentaient.

Mon grand frère lui a dit qu’il fallait se clamer, qu’il n’y avait pas de justice… Un policier à ajouté… “Ce n’est pas parce qu’on vous laisse manifester que vous pouvez faire tout ce que vous voulez…” Un de ses collègues a rajouté… “Laisse, on va s’occuper de lui” Ils sont remontés dans leurs 4×4 et ils sont partis. Après, mon grand frère a dit qu’on devait rentrer chez nous. Quand nous sommes rentrés, mon grand frère a cuisiné, on a mangé et on est resté dans le salon jusqu’à 23 h. Mon père a refusé de manger, il était trop en colère. À 23 h 30, nous sommes partis nous coucher.

Un peu plus tard, pendant la nuit, on a entendu un bruit… On s’est dit que ça venait de plus loin… Nous ne pensions pas que les policiers étaient dans la maison… Après, on a entendu un coup de feu. Mon grand frère m’a attrapé et nous nous sommes cachés derrière la maison. On a entendu “Il faut aller voir dans l’autre chambre si les enfants sont là-bas…” 

La fuite 

À la gare, on a rencontré un monsieur qui nous a amenés chez lui. Il nous a dit qu’il allait nous aider, nous faire sortir de Guinée, pour notre sécurité. J’ai demandé à mon frère si on pouvait faire confiance à ce monsieur. Il m’a répondu que, le plus important c’était de sauver notre vie. Comme c’est lui, grand frère, je l’ai écouté…

Malgré tout, nous sommes allés nous coucher. Réveillés à 5 h du matin, le monsieur nous a embarqués dans sa voiture et il nous a amenés au Mali. Là, on a pris un bus pour la frontière entre l’Algérie et le Niger. Nous sommes restés six jours en Algérie après, nous sommes arrivés en Libye… Et on a été directement en prison… Les chauffeurs ont dit aux gardiens que nous n’avions pas payé notre transport… 

Mon grand frère a dit que non, mais les chauffeurs avaient dit qu’ils allaient nous aider mais en vrai, ils nous ont vendus et nous, évidemment, nous n’en savions rien. Pour sortir, il fallait payer… On a reçu un téléphone pour appeler en Guinée afin de demander de l’argent qui permettrait de nous faire sortir. “Tant que vous n’aurez pas payé, vous ne sortirez pas.” Après cela arrivèrent les coups… Pendant trois mois, on s’est fait frapper par les gardiens.

Sauvés ?

Un matin, un homme est venu demander des hommes pour travailler. Il a choisi mon grand frère et il lui a proposé de choisir quelqu’un pour travailler avec lui. Mon grand frère ne voulait travailler qu’avec moi. Je suis donc parti avec lui et pendant des heures, on a travaillé dans les champs. Quand le travail fut terminé, le monsieur nous a donné de l’argent. Mon grand frère l’a refusé… Ce qu’on voulait c’était de l’aide pour sortir de là. Le monsieur était d’accord de prendre des risques pour nous aider… Il nous emmène chez lui, nous donne de l’eau, à manger, on se lave… Il nous promet un endroit où nous ne serons pas maltraités, pas insultés, pas frappés, un endroit où personne ne nous fera du mal.

Après avoir fini de manger, on va se coucher jusqu’à 23h et là, il nous réveille mon frère et moi. Après que nos yeux aient été bandés, on monte dans la camionnette qui était devant chez lui. On a été débarqué au bord de la mer et on est rentré dans la file pour monter un à un dans les bateaux. Il y avait beaucoup de monde…

Tout seul

Je suis monté dans le bateau. Après moi, il n’y avait plus aucune place. Mon frère devrait en prendre un autre. C’était la nuit, c’était la première fois que je montais dans un bateau… et c’est comme ça que j’ai perdu mon frère. Aujourd’hui, je ne sais toujours pas si mon frère est monté dans un bateau ou pas.

De là, je suis arrivé en Italie, à Palerme, en Sicile. On nous a accueillis et on nous a mis dans un centre. Quelquefois, de nouvelles personnes arrivaient mais mon frère, toujours pas. Je suis resté 9 mois dans ce centre à l’espérer. J’ai posé des questions partout mais je n’ai aucune nouvelle.

Le Parc Maximilien

J’ai quitté l’Italie avec un Sénégalais. C’est avec lui que je suis arrivé en Belgique via la gare de Bruxelles-Midi. Il est parti chercher quelque chose à manger mais il n’est jamais revenu… J’ai rencontré un monsieur qui m’a dit d’aller au Parc Maximilien (4). J’y suis allé. Je suis arrivé le samedi 20 janvier et j’y suis resté jusqu’au mardi 23. C’est ce jour-là que j’ai fait ma demande d’asile. L’Office des étrangers (5) m’a donné l’adresse d’un Centre Fedasil (6). J’y suis allé mais je n’ai pas pu y rentrer parce que je n’avais pas fait de visite médicale. Je suis donc retourné au Parc Maximilien. De là, je suis reparti à la Porte d’Ulysse (7). Le mercredi 24, je suis retourné à l’Office des étrangers et j’ai expliqué que je n’avais pas pu rentrer faute de visite médicale. Je suis donc allé faire une visite médicale et suis retourné au Centre Fedasil. Là, nouvelle surprise, je n’avais pas été enregistré à l’Office des étrangers… Une assistante sociale m’a renvoyé là-bas. Je suis retourné au Parc Maximilien… Un chauffeur m’a ramené à la Porte d’Ulysse, j’y ai passé la nuit. Le jeudi matin, on m’a ramené au Parc et j’y ai passé la journée, ne sachant pas trop ce que je pouvais faire.

Une nouvelle famille

Le jeudi soir, j’ai rencontré ma famille d’accueil qui m’a hébergé qui m’a trouvé un avocat pour défendre mon dossier. Dans la famille, il y a Carmen, qui a le même nom que ma grand-mère et Nicolas. Le 14 février, j’ai été convoqué à l’Office des étrangers. Quand j’y vais, on me donne une nouvelle date pour un autre rendez-vous… Le prochain rendez-vous était pour juillet. Quand je m’y suis rendu, j’ai été conduit au Centre fermé 127 bis (8). Ils m’ont dit qu’on allait me ramener en Italie, le pays par lequel je suis arrivé en Europe… Avec mon avocat, on a fait un premier recours que nous avons perdu… On en a fait un deuxième qu’on a gagné mais cette décision n’a pas été acceptée par les autorités qui, à leur tour, ont fait appel… Au bout du compte, la justice m’a donné raison.

En attendant, j’étais toujours au Centre 127 bis… La famille qui m’accueillait a fait signer une pétition qui a reçu 6347 signatures mais nous n’avons pas dû l’utiliser. Quand je suis sorti du Centre, j’ai fait une demande de protection internationale. Après cela, il y a eu des confusions de l’Office des étrangers parce que les dossiers n’étaient pas à jour. Au bout du compte, j’ai été convoqué au CGRA (9) le 31 janvier 2019. Accompagné de mon avocat, j’ai dû expliquer pourquoi j’avais quitté la Guinée Conakry. Huit mois après, on a refait, exactement, la même chose avec mon avocat… Pourquoi est-ce que j’avais quitté mon pays…

Aujourd’hui, j’attends toujours la réponse… Est-ce que je peux rester en Belgique ou pas… J’ai suivi des cours de français, de néerlandais, d’intégration… Je fais du foot, je fais mon Service Citoyen (10), j’apporte mon aide dans un service d’accueil pour les personnes âgées. Je remercie ma famille qui m’a accueilli, mon avocat et les avocats qui défendent les droits humains, les associations d’hébergement et les citoyens belges.

 (1) La Guinée ou Guinée-Conakry est une république de l’Afrique de l’Ouest. Un tout petit peu plus peuplée que la Belgique, la Guinée est une ancienne colonie française. Selon la Banque Mondiale, le chômage touche 80 % des jeunes et un peu plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Elle est le 24ème pays le plus pauvre du monde. Dans son dernier rapport sur la Guinée, Amnesty International dénonçait “Cette année encore, les forces de sécurité ont fait usage d’une force excessive contre des manifestants. Des journalistes, des défenseurs des droits humains et d’autres personnes qui s’étaient exprimées contre le gouvernement ont été arrêtés arbitrairement. L’impunité demeurait monnaie courante. Le droit à un logement convenable n’était pas respecté.

 

(2) Alfa Condé est Président depuis le 21 décembre 2010. Il est, et cela a son importance, de l’ethnie Malinké. Elle représente 30% de la population guinéenne.


(3) Plusieurs ethnies peuplent la Guinée, les Peuls sont les plus nombreux. Sous le régime de Sekou Touré, (lui aussi Malinké) et premier président du pays de 1958 à 1984, un million de Peuls fuirent la Guinée.


(4) Depuis 2017, le Parc Maximilien, situé près de la Gare du Nord, à Bruxelles, est le point de ralliement des réfugiés. 
La Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés y travaille dans le Parc Maximilien et ailleurs. Avec plusieurs centaines voire milliers de personnes pour leur proposer un accueil, des services, les aider à régulariser leur situation.


(5) La Direction Générale de l’Office des étrangers est compétente pour l’accès du territoire belge aux étrangers. Ses bureaux sont à côté du Parc Maximilien.


(6) Fedasil : derrière l’acronyme : l’Agence Fédérale pour l’Accueil des demandeurs d’Asile). Si le nom semble plutôt positif, c’est un peu plus complexe que cela. Son précédent ministre responsable était Theo Franken, qui a plusieurs reprises a défendu des positions douteuses voire racistes par rapport aux réfugiés. Il a aussi tout fait pour que la Belgique soit la moins accueillante possible et ce, à l’inverse des conventions internationales. Des centres Fedasil existent un peu partout en Belgique. Ce sont des endroits, parfois des anciennes casernes, où les réfugiés sont accueillis et aidés dans leurs différentes démarches.


(7) La Porte d’Ulysse est le centre d’hébergement de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés.

 

(8) Le Centre fermé 127 bis n’est pas une prison. Les personnes qui y sont enfermées n’ont pas commis de délits. Elles sont là suite à une mesure de l’administration en attente d’une expulsion du territoire.


(9) Le
CGRA, c’est le Commissariat Général aux Réfugiés et aux apatrides. Sa fonction “Octroyer et délivrer des documents aux hommes, aux femmes et aux enfants qui fuient la persécution, la guerre ou la violence.

 

(10) Le Service Citoyen permet aux jeunes de 18 à 25 de s’impliquer, très concrètement, dans une association et de vivre une expérience à la fois enrichissante, constructive et valorisante. Il permet aussi de prendre un temps de réflexion pour soi avant de mieux (re)bondir.

Auteur : Mamadou, 19 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R

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