Fatiguée de l’homophobie

Fatiguée de l’homophobie

« L’un·e “fait” la fille, l’autre le mec », « Les femmes deviennent lesbiennes parce qu’elles ne plaisent pas aux hommes », « Les homos sont plus infidèles que les hétéros ». Voici quelques préjugés qu’on peut entendre sur les amours homosexuelles. Natacha, le prénom a été changé, a 16 ans et elle est fatiguée de ces préjugés, de ces comportements homophobes.

Société plus ouverte ?

Bien qu’on vive dans une société plus moderne, que le mariage pour tous soit possible depuis 2003, beaucoup sont encore fermés, mal à l’aise face à la différence, à côté d’une personne qui a sexualité autre. On a encore beaucoup de progrès à faire.

La normalité de l’insulte

Pourtant ce sont nos différences qui deviennent souvent nos forces. Pour beaucoup de jeunes, il est encore difficile d’assumer leur sexualité, peur d’être insulté·es ou jugé·es par ses ami·es ou même ses parents… Ce qui, quand on entend les insultes que les ados se lancent, est normal : “pédé, tapette, sale gouine…” et j’en passe. Je ne comprends même pas pourquoi cela choque encore, ce n’est que de l’amour et en plus c’est personnel, intime. 

Liberté

Je pense qu’on devrait en parler plus librement et que ça ne devrait plus être un sujet tabou. Les religions ne disent pas autre chose, une relation homosexuelle, ce n’est pas naturel. C’est ce mépris qui explique que parmi les jeunes qui se suicident ou qui font une tentative de suicide, il y a entre 2 et 7 fois plus de jeunes homosexuel·les ou bisexuel·les.

Un autre regard

Si on changeait notre regard sur ce sujet, on aurait peut-être un monde meilleur, ce monde que je souhaite à nos prochaines générations. Pour l’instant je pense que notre société est surtout basée sur le regard des autres et l’importance que l’on porte à celui-ci. L’homosexualité n’est pas, pour moi, quelque chose de sale et personne ne devrait en avoir honte. On est tous différents mais tous égaux.

Auteure : Natacha, 16 ans, Frameries

Cet article a été produit lors d’un atelier virtuel de Scan-R à distance.

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Quand une situation de harcèlement survient, c’est intolérable. Aujourd’hui, c’est Lucile qui nous en parle. Elle nous invite à nous interroger sur les jugements, sur le poids qu’ils font...

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14 ans, doutes et questions

14 ans, doutes et questions

Dans les statuts facebook pour parler des histoires de coeur ou de fesses, il y un certain nombre de possibilités… En couple, en concubinage, marié·e, veuve ou veuf, fiancé·e… et l’option, c’est compliqué. Pour Lou, il semble que ce soit un peu comme ça, un peu compliqué. Entre questions à l’infini et réponses qui n’en sont pas… Lou, cherche, se cherche.

Certains penseront que c’est un énième témoignage d’adolescente racontant les aléas de sa vie qui peuvent paraître compliqués et qui ne sont que des problèmes de l’adolescence. Non c’est un témoignage qui prouvera que chaque situation vécue par un adolescent va provoquer une situation qui va forger sa personnalité et l’adulte qu’il sera demain. Que chaque chose qui se passera dans sa vie va lui retourner le cerveau, lui poser un tas de questions, s’il réagit bien ou non, s’il aurait pu faire mieux. 

Questions ?

Dans ma tête, il y a toujours et encore plein de questions … Qui suis-je ? Je veux être qui face aux autres ? Quelle sera ma place dans la société ? Pourquoi devons nous rentrer dans le cadre ? Pourquoi je n’arrive pas à être naturelle face aux autres ? Est-ce que je suis mieux que lui ? Est-ce que je suis nulle. Si je peux vendre de la drogue pour gagner plus que ceux qui font de grandes études ? Si je suis dans l’illégalité, est-ce que ça fait de moi une mauvaise personne ?  Sur quoi est basé une amitié ? Serai-je vraiment la personne que je veux devenir ? À quoi ça sert de travailler ?

Réponses ? 

Je ne sais plus quoi penser. Alors je bois. Je fume. J’enchaîne les relations. Je dis que je suis comme ça. Je me forge juste une carapace pour arrêter de penser. D’arrêter de me poser toutes ces questions sans réponses. Je ne sais plus où j’en suis. Je ne suis pas heureuse. Ce que je sais, c’est que demain je serai contente de voir mon ami. On m’a dit que j’étais nulle à l’école parce que je ne vois pas l’intérêt d’apprendre toute sortes de choses. Je ne sais même pas ce que je veux faire plus tard mais je veux une vie trépidante. 

Doute permanent

Quand j’ai oublié mes problèmes, je recommence. C’est mon habitude. Boire, fumer, enchaîner les relations. Ça partait si bien au début de cet article et maintenant … Chaque chose dans ce moment de transition est importante même la plus insignifiante. Chaque chose qu’on va endurer va nous faire changer d’avis sur la vision du monde. Avec un peu de recul. C’est pas que des problèmes d’adolescent.

 

Auteur : Lou, Stavelot, 14 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R 

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Pourquoi juger ?

Pourquoi juger ?

Quand une situation de harcèlement survient, c’est intolérable. Aujourd’hui, c’est Lucile qui nous en parle. Elle nous invite à nous interroger sur les jugements, sur le poids qu’ils font irrémédiablement peser sur celles et ceux qui les subissent. 

Aujourd’hui, je vais vous parler du jugement à l’adolescence. Vous allez me dire que c’est un sujet abordé des milliers de fois, que le harcèlement ce n’est pas bien,… On le sait et voilà. Mais les questions que je vous poserais plutôt c’est, comment se fait-il qu’on en soit arrivé là, pourquoi tant de personnes parlent de ces jugements entre adolescents ? Je répondrais à ces questions par d’autres questions comme : à votre avis, sur quels sujets les jeunes entre 12 et 18 ans se jugent ? Imaginez-vous les conséquences désastreuses que peuvent avoir ce genre de critiques sur une personne qui est déjà, dans une période difficile de sa vie ? Il y a toutes sortes de mauvaises façons et de mauvaises raisons de juger quelqu’un. 

Des exemples…

À la fin du primaire, certaines personnes avaient tendance à rire lorsqu’elles me voyaient en maillot à la piscine, il est vrai que j’étais plus enveloppée qu’elles, mais est-ce vraiment une raison valable pour se moquer de quelqu’un ? D’autre part, j’ai déjà entendu des remarques sur les amis que je fréquentais car ils n’étaient pas assez ceci, trop cela. Encore une fois, pourquoi les autres devraient nous dire qui l’on doit côtoyer ou non ? Mon comportement et mes points à l’école ont déjà entraîné certaines idées, totalement fausses, de moi dans l’esprit de mes camarades de classe. Parce que je travaillais énormément pour mes cours et obtenais de beaux points, certains disaient que j’étais trop « intello » pour m’amuser, pour sortir ou pour avoir le même point de vue qu’eux. 

Lorsqu’on est jugé par des personnes, qu’on ne connaît pas, qu’on a déjà vues, voire qu’on apprécie, c’est, dans tous les cas de figures, une douleur immense. On a honte, on s’en veut alors que parfois, nous n’avons rien fait. Alors, on souhaite juste que ça s’arrête, que l’histoire soit oubliée… C’est pour ça que certains ados mettent fin à leurs jours suite à du harcèlement : peut-être que déjà, ils ne se sentent déjà pas bien dans leur peau et on leur ajoute ce poids sur les épaules. 

On s’attaque à tout…

Les jugements émis peuvent être fondés sur tellement de bases. C’est ce qui fait qu’ils sont très (trop selon moi) présents dans notre société et particulièrement en cette période de développement qu’est l’adolescence. On s’attaque à tout : le physique, le comportement, les habitudes, les fréquentations, la sexualité, les photos qu’on envoie, celles qu’on poste sur les réseaux sociaux, le style vestimentaire, … Je trouve cela dommage. Bien souvent, on critique sans savoir les raisons pour lesquelles la personne fait telle ou telle chose, sans connaître véritablement la cible de nos commérages, sans faire attention aux conséquences. Un simple regard méchant, insultant ou moqueur peut faire mal, un bête mot peut blesser, même une bousculade intentionnée peut en dire long. 

Petit message

Alors, de ma part mais aussi de celle de plein d’autres jeunes, j’invite à ce qu’on réfléchisse à ce que chacun et chacune fait et dit. Pourquoi dire du négatif alors que l’on pourrait, au contraire, relever le positif ? Si quelqu’un est heureux, pourquoi le rendre mal dans sa peau ou triste en le rabaissant ? De mon point de vue, le système de conformité à un groupe, à une classe sociale ne devrait pas amener à de la discrimination, à des insultes ou à un rejet brutal. Soyons attentifs, il y a des différences entre ce qu’on est et ce que les autres pensent voir, entre ce que l’on paraît être et ce que les autres veulent croire.  

 

Auteur : Lucile, 15 ans, Stoumont

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Un coeur qui bat très très fort…

J’ai un cœur qui s’investit parfois un peu trop dans ma vie. La sensibilité(1) est cette merveilleuse capacité qu’a l’être humain de se mettre à la place de l’autre, d’essayer de savoir comment il se sent, ce qu’ils pense. La sensibilité, c’est encore une capacité à apprécier de la musique, un poème, une œuvre d’art. Décrit comme ça, cela peut paraître génial d’être sensible, sauf que la vie n’est pas toujours rose et que nous sommes aussi sensibles aux mauvais aspects de la vie. Le moindre petit geste de travers, la moindre parole, peut engendrer des minutes, des heures, et même parfois, une nuit d’interrogation… Un grain de sable peut remettre toute l’existence de la plage en question. Je me laisse parfois détruire intérieurement, il m’est arrivé de ne pas fermer l’oeil de la nuit parce que je réfléchissais. 

C’est compliqué

Les interactions sont parfois si compliquées. On ne sait jamais ce que l’autre a voulu dire ou ce qu’il pense. Je remets alors tous mes faits et gestes en question. C’est parfois fatiguant. Je sais que je suis toujours là pour les autres et je me laisse parfois manger par leurs secrets, leurs inquiétudes. À l’inverse, quand il s’agit de me confier, c’est toujours plus compliqué. Je dois choisir mes mots, décider de raconter certaines choses et pas d’autres, pour que personne ne se tracasse de mon état. Alors, quand je fais des insomnies, je couche mes pensées sur le papier. Être sensible me permet d’écrire, écrire jusqu’à ce que les mots sonnent justes. 

La vie en autre

Et puis, ne serait-ce pas la meilleure façon de vivre cette extraordinaire expérience qu’on appelle la vie ? Je pose sur les événements un regard poétique. Je me dis qu’être sensible n’est pas un problème, mais une grande chance.  Pour Marc Lévy (2) « Les rêves les plus fous s’écrivent à l’encre du cœur .» Et si les écorchés de la vie, ceux qui ne pensent pas comme tout le monde, ceux qu’on considère comme fous avaient raison ? Même s’il faut parfois s’arrêter de réfléchir pour profiter de la vie, ressentir plus fort  les émotions ne la complique pas mais y donne plus de goût !

(1) Louise nous parle de sensibilité. Certains thérapeutes parlent d’hypersensibilité. Les personnes hypersensibles sont, c’est évident, encore plus sensibles que les personnes sensibles. En général, ces personnes ressentent les choses plus vivement que les autres, réagissent plus facilement, ont une grande, une très grande empathie. Sont aussi plus à l’écoute des réactions des autres individus.
(2) Marc Lévy (Boulogne-Billancourt, France, 1961) est un écrivain français extrêmement populaire. Cette citation est tirée de son livre, Vous revoir. Le livre raconte la reprise possible d’une histoire d’amour qui jusque-là, était terminée.

 

Auteure : Louise, herve, 16 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R 

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MENA, une vie derrière l’acronyme

MENA, une vie derrière l’acronyme

Wema, 14 ans, vient du Congo. Elisabeth, 13 ans, vient d’Ouganda. Elles sont des MENA, des mineures étrangères non accompagnées. Avec 85 autres filles, femmes et jeunes garçons, elles habitent dans un Centre d’accueil pour demandeuses d’asile à Bruxelles. Une constance dans leur témoignage : l’absolue importance de la famille, celle qu’on a laissé aux pays, celle qu’on rêve. Elles confient leurs espoirs, doutes et envies. 

Wema 

Moi, dans 20 ans, je serai une grande et célèbre designeuse, réputée pour mon travail. J’aurai même ma propre marque qui s’appellera “W, un w majuscule sans rien de plus… Toutes mes réalisations, tous mes travaux seront griffés de cette marque. Mon métier me permettra de gagner de l’argent et quand j’en aurai assez pour vivre correctement de mon côté, j’aiderai les autres, les ami·es, la famille, les voisin·es. J’ai toujours aimé aider les gens et souvent, je me dis que si j’avais la possibilité de le faire, je le ferais.

Dans 20 ans, j’aurai aussi ma propre famille, mes enfants… Je ne sais pas encore combien mais j’en veux. Je veux aussi avoir une maison, dans laquelle il y a beaucoup de places, avec un vrai jardin tout vert. Je voudrais encore un chien et un poulailler, j’adore m’occuper des animaux, de tous les animaux.

Dans 20 ans, j’aurai déjà découvert le Japon dans les traditions et la cuisine qui me font tant rêver. Je serai devenue experte de Kung-Fu et la beauté de mes gestes sera apprécié par tout le monde. 

Enfin, dans 20 ans, je serai une conductrice aguerrie, j’aurai ma propre voiture et je pourrai aller où je veux avec mes amies, ma famille. On ira un peu partout en Belgique parce que oui, dans 20 ans, je serai en Belgique. 

Elisabeth

Dans la vie, je n’ai pas peur de ce que les autres personnes craignent… Pour moi, la rentrée, c’est un jeu d’enfant. Je n’ai jamais eu peur et je me fais des amies très vite. J’adore les études et cela rend les choses plus faciles. Après toute mes études, je veux commencer à travailler et me marier avec une personne bien. Je voudrais aussi avoir trois enfants et vivre dans une petite maison à la campagne et même une ferme. Je veux deux chiens et des poules, et des vaches, des chevaux. Ce que je voudrais c’est travailler et ne pas être une femme au foyer. 

Pendant les vacances, avec toute ma famille, on ira à la piscine, à la mer. Je ne veux pas divorcer. Je veux que mes enfants soient avec mon mari et moi et ce que je voudrais enfant, c’est que mes parents vivent près de moi tout le temps …

Auteures : WEMA, 14 ans, ELisabeth, 13 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R Dans un centre d’accueil pour Demandeurs

d’asile.

Et d’autres réfractations

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Regard blasé et paroles “cash”, Mélissa nous parle comme à un pote, tout en nous faisant comprendre que la boss…. C’est elle ! Elle l’affirme et s’affirme d’ailleurs : elle est adulte. Pas de quoi tromper tout le monde cependant. Sous son maquillage, ses piercings et son attitude, son visage poupin pointe. Un physique qui reflète son sentiment, sentiment d’être parfois prise entre deux mondes : celui des responsabilités, le monde des adultes, et celui où on l’infantilise. Comment se construire et grandir lorsque les fondations s’effritent ? La solution ? Elle vient avec un logement à elle, un « chez soi ».

La cité. Mon terrain de jeu. De jeu, et d’attente. Quand j’avais huit ans, je restais dans la rue jusqu’à 2 ou 3 h du matin. Non, ce n’était pas un choix. Si je restais dehors, c’est parce que ma mère était au café, et que je n’avais pas les clés pour rentrer. Alors je traînais… Chez des amis et surtout dans la rue. Avec ma mère, ça a toujours été dur. Très dur. Les années ont passé, j’ai vécu chez d’autres membres de ma famille, chez des amis… La maison familiale ? C’est « chez ma mère », pas chez moi. À 11, 12 ans, j’ai commencé à faire des conneries.

Maman où t’es ?

Les conneries, c’est voler un peu, fumer beaucoup et zoner à la folie. Et tout est vraiment parti en vrille quand mon parrain est mort. Il comptait énormément pour moi. Quand je n’étais pas bien, il était le seul à m’écouter. M’écouter et me comprendre. Il était toujours là pour moi. Quand les autres me rabaissaient, lui, il me soutenait. Quand il est parti, j’ai eu comme un vide. Je me suis mutilée. Et puis je me suis rendu compte que ça ne servait à rien. Je me suis fait virer de l’école. J’étais mal dans ma peau. Je ne faisais plus rien. Et puis j’ai décidé de me battre. Me battre pour m’en sortir. Ça a été dur, mais j’ai finalement trouvé la solution, et j’ai obtenu ce dont j’avais besoin et voulais pour m’en sortir.

Un toit à moi

J’ai réussi à avoir un kot. Une chambre, une cuisine et une salle de bain. Pas de colocataires. J’ai toujours dû me débrouiller toute seule, alors ça ne change pas grand-chose pour moi, mais au moins je ne me prends la tête avec personne. Je peux inviter des amis, sortir. Il y a des éducs pour nous surveiller parce qu’on est plusieurs jeunes à avoir un kot dans le même bâtiment, mais ils sont sympas et nous laissent vivre notre vie. Je ne parle plus à ma mère. Elle m’a empêché d’aller à l’enterrement de mon parrain à l’époque. Je ne l’accepte pas. Mais c’est de sa faute, si elle avait joué son rôle de parent, je n’en serais pas là.

Aujourd’hui, je suis responsable de mes actes. Avoir mon kot, ça m’a rendu plus mature.

AuteurE : Melissa, 16 ans

Cet article a été réalisé lors d’un atelier Scan-R AU SAS DE VERVIERs.

Et d’autres éclairages

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