Marika, volontaire !

Marika, volontaire !

Disons-le tout de suite, c’est sous le soleil de Sicile que Marika a grandi. C’est de là qu’elle part et c’est là qu’elle revient chaque fois. Pour nous, cela ne change pas grand-chose mais pour elle, c’est très important et c’est aussi une grande fierté ! Elle ne manque pas de le faire savoir à chaque fois. Quand elle a annoncé à son papa qu’elle allait venir en Belgique pour réaliser un volontariat d’une année au sein de la Croix-Rouge, il a tout de suite dit… « Mais t’es pas nette toi ! ».

Je suis choisie

Sept mois après mon arrivée, je peux le dire : j’ai l’impression d’avoir vécu tellement d’émotions qu’une seule page ne sera pas suffisante. J’ai choisi la Croix-Rouge parce que j’avais envie de changements et surtout de me sentir utile. Il y a un an, j’ai commencé à chercher des volontariats sur le portail du Corps Européen de Solidarité. Après quelques semaines, j’ai trouvé l’annonce de la Croix-Rouge. Je me suis dit : « Et pourquoi pas ? ». Quelques semaines après mon entretien, je reçois un appel de la part de la responsable et boum, elle m’annonce que je suis choisie. Avec mon cœur entre les mains, je laisse Lisbonne où j’ai vécu pendant presque un an et demi et je rentre en Sicile une dernière fois, avant de partir pour la Belgique. Mon père était tellement étonné qu’il m’a dit « à chaque fois que tu me parles, j’ai peur que tu m’annonces que tu t’enfuies en Nouvelle Zélande et que tu ne rentres jamais…». Mais très vite, je le rassure en lui disant « Ne te tracasse pas, pour le moment, c’est à Bressoux que je vais vivre ». C’est alors que j’arrive en Belgique début septembre 2020, avec une immense envie de faire et d’aider, mais aussi avec beaucoup d’anxiété, défaut de fabrication personnelle depuis 1992 …

Au centre d’accueil

Je fais donc mon volontariat dans un centre d’accueil pour demandeurs de protection internationale. Aujourd’hui, je peux dire que je suis reconnaissante envers la Croix-Rouge. Pour la simple et bonne raison que j’ai eu l’occasion de me mettre au défi plusieurs fois et de faire plein d’activités avec les enfants et les jeunes. J’ai aussi fait preuve de patience : croyez-moi, le jour où vous réussirez à garder votre calme après qu’une dizaine d’enfants vous appellent en moyenne quarante fois « Madame Marika, Madame Marika, Madame Marika », vous serez en mesure d’être candidate au Prix Nobel de la Paix. N’hésitez pas à contrôler vos spams pour être sûr·e que vous n’ayez pas reçu de message vous l’annonçant !

Avec et pour les autres

Au-delà de ça, je suis vraiment contente : j’ai appris que peu importe d’où on vient ou quelle que soit notre destination, on a tou·te·s besoin que quelqu’un·e soit là pour nous. Ça, c’est la mission de la Croix-Rouge de Belgique. Ce que j’apprécie beaucoup dans le centre où je suis bénévole, ce sont les interactions humaines et le mélange de cultures et de traditions. Vu que je ne suis pas belge, cela m’arrive de parler de ma vie et de mon parcours avec quelques résident·e·s, et je trouve que, très souvent, on a plus de points en commun que ce que j’imaginais. Quelques-un·e·s ont même vécu en Italie, ou y sont passé·e·s et je trouve génial de pouvoir dialoguer avec elles et eux de mon pays comme s’il s’agissait de ˝notre pays ̏.

Je suis reconnaissante envers la Croix-Rouge pour tout ce que j’ai appris. Je suis sure que ce bénévolat restera comme un trésor pour mes futures expériences professionnelles, mais aussi et surtout pour mes futures expériences humaines. D’ailleurs, il aura finalement fallu huit mois pour que mon père me dise « Bravo ma fille, tu n’es pas complètement folle »…

Auteure : Marika, 28 ans, Bressoux 

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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Animatrice à la Croix-Rouge Jeunesse : une diversité enrichissante

Animatrice à la Croix-Rouge Jeunesse : une diversité enrichissante

Il y a sept ans, un peu par hasard, Anne-Marie est passée par un stand de la CRJ. Là, sans le savoir, voulant juste dépanner un de ses amis, elle a mis le doigt dans un formidable engrenage qui l’a conduite à de nombreuses et très belles découvertes !

Un coup de main de 5 minutes qui dure depuis 7 ans !

Il y a sept ans, et dans des circonstances tout à fait anodines, je suis entrée à la Croix-Rouge Jeunesse (CRJ) – (1). Lors d’un salon, un ami s’occupait d’un stand de sensibilisation aux premiers soins pour les enfants. Lors de la discussion, il m’apprend qu’il a besoin de mains pour accompagner une petite fille sur son stand. Elle avait pour mission (fictive, on s’entend) de sauver un blessé de guerre. Pour cela, elle devait l’amener sur un brancard jusqu’au poste de soin se trouvant de l’autre côté du champ jonché d’embuches : fausses mines menaçant de se déclencher, obstacles devant être enjambés… Mon aide à l’animation, qui devait durer cinq minutes, a duré toute la journée et puis 7 ans ! La CRJ ne m’a plus lâchée. Avec le recul, je n’aurais jamais pu imaginer que la simple visite d’un salon allait me faire vivre autant d’aventures différentes !

Il faut sauver Henriette !

Mes premiers pas à la CRJ se limitaient à animer les enfants sur des stands de sensibilisation aux premiers secours. Mon rôle ? Animer un parcours en brancards. Quel enfant n’aurait pas envie de se déguiser en secouriste et de soigner Henriette, notre ourse blessée… Une fois ce parcours terminé, les enfants étaient pris en charge par d’autres animateurs qui les sensibilisaient à l’appel 112, aux soins des brulures et des plaies, etc. Petit à petit, je me suis formée aux techniques pour soigner, aux techniques d’animation de la CRJ. On commence par apprendre ce qu’on doit faire pour animer les petites activités sur les stands, on termine par savoir occuper tous les postes de ce stand et par pouvoir prendre en charge la gestion d’un tel évènement avec le soutien des coordinateurs.

Un deuxième projet

Quelques semaines après le stand, on m’a proposé de participer au stage. Pendant une semaine, nous devions sensibiliser les enfants aux thématiques de la Croix-Rouge. Ce fut l’une des plus belles expériences que j’ai eu l’occasion de vivre ! Un groupe d’animateurs et d’animatrices venant d’horizons différents pour offrir à des enfants une semaine de vacances accompagnée de bonne humeur, rires, découvertes et apprentissages de toutes les sortes. Une semaine cela peut paraitre court et pourtant cela demande de la dextérité, surtout quand nous devons nous occuper de l’ensemble du projet : la logistique, l’animation, l’encadrement, la subsistance. Nous aurions pu nous répartir les rôles et chacun·e rester dans une catégorie fixe, mais non, le choix a été de tou·te·s nous mélanger et de réaliser l’ensemble des tâches entre nous. Cela nous a permis de tou·te·s nous rencontrer, nous découvrir et surtout, de mettre en avant les forces de chacun et chacune. Ces cinq jours sont intenses, éreintants, mais pourtant, quel bonheur de voir le regard de ces enfants s’illuminer lorsqu’ils arrivent à relever les défis qui leur sont proposés, quelle bulle d’oxygène de pouvoir mettre en pratique sa créativité pour une cause utile !

Sept ans, le bilan

En sept ans au sein de la CRJ, j’ai pu m’adonner à de nombreuses activités et projets différents. Chaque fois que je discute avec les coordinateurs et coordinatrices d’un nouveau projet, d’une nouvelle animation, je me demande ce qu’ils et elles vont encore me proposer. Chacune de mes expériences est unique de par son contenu, son cadre ou encore par les personnes avec lesquelles j’ai eu l’occasion de la mener à bien. Il m’est arrivé de devoir animer en français mais également en néerlandais, en anglais ou encore dans une langue totalement invitée dans le seul but de déstabiliser les enfants. Imaginez-vous avec un soldat face à vous qui ne vous répond qu’en utilisant des syllabes ou une seule voyelle : quel casse-tête pour comprendre ce qu’il vous veut ! Et pourtant par ce jeu, nous sensibilisons les enfants aux difficultés des migrant·e·s à lorsqu’ils et elles arrivent dans un pays dont la langue leur est inconnue.

En sept ans à la CRJ, j’en ai fait du chemin, du parcours en brancard jusqu’au soldat parlant une langue inventée tout en créant et en mettant en place de nouvelles activités. J’ai parcouru des kilomètres pour rencontrer des enfants de tout horizon. J’ai eu des fous rires, j’ai fait des rencontres qui marquent mon existence, j’ai eu l’occasion de (re)découvrir des aspects de ma personnalité que je ne mets pas en avant dans ma vie de tous les jours. Tout cela, je ne l’aurais jamais imaginé ce matin-là, il y a sept ans, où je me suis déguisée en brancardière pour permettre à une petite fille de mener à bien la mission qui lui avait été confiée. Aujourd’hui, je ne m’imagine pas arrêter mon volontariat à la CRJ grâce à cette diversité, chaque nouvelle animation est un nouveau défi à relever.

 

 

Notes de la rédaction

 (1) La CRJ est l’organisation de jeunesse de la Croix-Rouge de Belgique. Depuis 1981, elle a pour mission d’accompagner, de soutenir et de stimuler les jeunes à devenir des CRACS (Citoyens Responsables, Actifs, Critiques et Solidaires), tout en valorisant leur potentiel comme acteur de changement. Elle travaille autour de trois axes : animer et sensibiliser sur les premiers soins, accompagner et soutenir les jeunes dans leur engagement citoyen, participer et représenter des jeunes au sein des instances de gouvernance et aux processus décisionnels à la CRJ et à la Croix-Rouge de Belgique.

Auteure : Anne-Marie, 26 ans, Écaussines 

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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S’impliquer

S’impliquer

Comme d’autres, Gaëtan est rentré par la petite porte au CRJ, aujourd’hui, il prend ses fonctions très à cœur et s’implique même dans les différentes instances de cette organisation de jeunesse un peu particulière !

Lors d’un Grand Prix de F1, je rencontre deux volontaires qui me parlent de la Croix-Rouge Jeunesse (CRJ) – (1), du rôle d’animateur pour transmettre aux plus jeunes, des soins donnés aux plus démuni·e·s, etc. À ce moment-là, ma curiosité et mon intérêt sont éveillés. Comme beaucoup de jeunes, le premier service qui m’a attiré à la CRJ est le secours, le fait de soigner mais aussi d’écouter les gens. Certains détestent. Personnellement, j’adore ces échanges. Parler ou écouter la personne qui se fait soigner ou simplement, partager un moment de discussion, cela me plait et quoi de mieux pour apprendre que de commencer mes animations par le festival des Ardentes (2).

Animer …

Le mot d’ordre à la Croix-Rouge jeunesse c’est “transmettre”. Je me dis pourquoi pas. Une première animation arrive, je m’amuse tout de suite, je m’épanouis et les enfants sont attirés, curieux, et je dirais même avides de nouvelles connaissances. Les secours, l’aide aux plus démuni·e·s et l’animation d’enfants commencent à être pas mal, mais un message va véritablement changer le cours des choses !

et bien plus encore

Une bulle Messenger s’affiche sur mon téléphone. On me propose d’aller à une assemblée générale de la CRJ. Des doutes s’installent … L’assemblée générale, ce n’est pas la réunion « somnifère » durant laquelle on valide les comptes, les budgets, les orientations stratégiques ? Je réfléchis, j’hésite, j’y vais ou pas ? Le principe d’une assemblée générale, je le connais de par mes études, ce n’est pas quelque chose de “fun”… Une petite voix me dit d’y aller et que je serai probablement surpris. J’y vais, je n’ai rien à perdre !

L’assemblée générale

Après la matinée conforme à mes connaissances : comptes, budget, orientations stratégiques, … Voici le moment de la pause de midi et, surprise, un lunch sympa favorise les échanges et la discussion. Petit à petit, mon appréhension disparait … On me fait comprendre que si ça ne m’intéresse pas d’être membre effectif, ce n’est pas un drame, mais que, au moins, je serai venu voir ce qui se passe. L’après-midi se déroule sous la forme d’ateliers durant lesquels l’échange et le partage d’expériences sont au centre de tout. Les vagues appréhensions qui restaient disparaissent totalement … C’est décidé, je deviens membre effectif et je rejoins en même temps le conseil d’administration.

Participer

Regretter mon choix ? Jamais ! Les noms de ces instances sont peu réjouissants, mais ce sont de réels espaces de discussion, d’échange, de partage dans la bonne humeur et le respect. Si c’était à refaire? Je le referais sans hésiter. Si je conseille à d’autres de tenter ? Un grand OUI. Depuis je suis même devenu responsable local au niveau jeunesse pour ma Maison Croix-Rouge et comme pour le CA et l’AG je ne regrette pas du tout. Ça fait bientôt sept ans que je participe à tout cela, et honnêtement, je ne regrette pas ces choix-là et j’espère pouvoir continuer de nombreuses années encore. Ces différentes prises de responsabilités m’ont offert un épanouissement auquel je ne m’attendais pas.

 

Notes de la rédaction(1) La CRJ est l’organisation de jeunesse de la Croix-Rouge de Belgique. Depuis 1981, elle a pour mission d’accompagner, de soutenir et de stimuler les jeunes à devenir des CRACS (Citoyens Responsables, Actifs, Critiques et Solidaires), tout en valorisant leur potentiel comme acteur de changement. Elle travaille autour de trois axes : animer et sensibiliser sur les premiers soins, accompagner et soutenir les jeunes dans leur engagement citoyen, participer et représenter des jeunes au sein des instances de gouvernance et aux processus décisionnels à la CRJ et à la Croix-Rouge de Belgique.(2) Lancé en 2006, le Festival des Ardentes se déroule début juillet à Liège, il consacre le Hip Hop et les musiques urbaines. 

Auteur : Gaëtan, 30 ans, Liège

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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Ma famille est une maison

Ma famille est une maison

Pour Chiara, la famille c’est un peu comme une maison. Un endroit dans lequel on se sent bien, à l’abri des intempéries, un endroit qu’on peut quitter et retrouver un peu plus tard. Un lieu où tout peut être dit et entendu.

La famille, c’est la chose la plus importante pour moi. La famille est un pilier, c’est elle qui me guide dans le bon sens afin que je réussisse ma vie. Par exemple, sans ma famille, je ne me serais pas dirigée vers l’enseignement supérieur, j’aurais vite fait des études professionnelles pour aller directement travailler. Vers 14 ans, je voulais suivre la filière « boulanger-pâtissier », maman ne m’a pas contrariée. Pour Noël et pour débuter, elle m’a même offert un magnifique livre de pâtisserie pour débuter. Voyant qu’au bout d’un an, je n’avais toujours pas ouvert le livre, elle m’a délicatement fait comprendre que ce métier ne serait pas ma passion. De plus, mes parents m’ont inculqué des valeurs comme l’honnêteté, la politesse, le courage, le respect, la tolérance, la fidélité et la bienveillance.
Ils me guident vers les bonnes choses et les bonnes personnes. Parfois, je me dis que ma famille est oppressante et puis je me rends compte qu’ils trouvent toujours le bon moyen pour me diriger vers les choses les plus positives.

Papa

Mon père est comme moi. Il est la personne que je veux rendre la plus heureuse de ma réussite. Mon père ne parle pas de ses sentiments ou de ses émotions. Il se protège sous une carapace en tournant tout en dérision même les sujets les plus graves. Il ne me dit pas qu’il m’aime mais quand il est fier de moi, je peux le voir dans ses yeux. En cinquième secondaire j’avais cinq examens de passage et tout le monde était persuadé de mon échec, le jour des résultats quand j’ai dit que j’avais réussi, j’ai pu voir les yeux de papa s’emplirent de larmes et de fierté.

Première rencontre

L’année dernière, j’ai rencontré un garçon gentil et drôle. Il louait un appartement et vivait seul. Progressivement j’ai passé de plus en plus de temps chez lui, j’y trouvais une sorte d’indépendance. Au début, maman se disait que je devais être heureuse. Mes parents m’ont laissé faire pourvu que je travaille toujours à l’école, que mon stage se passe bien. Ils comprenaient bien mon désir d’indépendance. Rapidement pourtant, maman s’est rendue compte que je n’allais pas aussi bien que je le prétendais. En effet, ma relation avec ce garçon s’était détériorée, il était devenu méchant et violent.

Les accidents

Un jour, suite à une dispute avec lui et alors que j’étais derrière le volant, il a provoqué un accident en tirant sur le frein à main. Quand j’ai appelé maman en pleurs, elle est venue me chercher avec papa. Je n’osais pas avouer ce qu’il s’était passé mais maman avait des doutes, beaucoup de doutes. Mon copain était revenu chez mes parents avec moi le temps qu’on répare ma voiture. Cela a permis à mes parents de le connaître un peu plus, maman l’observait discrètement et l’écoutait. Puis, papa a eu un grave accident en chutant du toit et là mon excuse pour ne pas retourner chez lui était trouvée, je lui disais que maman avait besoin de moi pour les courses et pour s’occuper de papa immobilisé dans un lit médicalisé.

Discussions

Quelques semaines plus tard, maman a demandé à me parler. Doucement, elle m’a expliqué que ce qu’elle allait me dire ne me ferait pas plaisir mais que c’était parce que papa et elle m’aimaient plus que tout … Bref, il fallait qu’elle me parle. Elle avait bien compris que ce garçon n’était pas pour moi, que nous étions totalement différents et qu’elle avait peur que je sois malheureuse avec lui. À ce moment, ma décision de rompre était prise et je suis allée rechercher mes affaires chez lui et lui dire que c’était terminé. Sans ma famille et sans la bienveillance de mes parents, je ne sais pas où j’en serais aujourd’hui. Ma famille m’a aidée à surmonter cette épreuve.
Ma mère est comme ma confidente, ma meilleure amie. Elle a compris ce que je vivais avec mon compagnon. Quand mon père a eu son accident, j’ai senti dans ce malheur une délivrance pour moi, j’allais pouvoir quitter définitivement mon compagnon et rester chez mes parents. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment compris l’importance de ma famille. C’est grâce à elle que je m’en sors aujourd’hui et que je termine mes études actuellement. Petit à petit j’ai raconté tout ce que j’ai vécu pendant la période où je suis partie, et mes parents ont pu comprendre les raisons pour lesquelles je n’osais rien dire. Ce garçon a continué à me harceler de messages et même de courrier. Grâce au soutien de ma famille, j’ai tenu bon, je n’ai pas répondu, je n’ai pas cédé à ses belles paroles.

Ensemble

Nous sommes très soudés. Je pense que c’est important. Je pense que pour réussir, il faut se sentir soutenue et bien entourée. Aujourd’hui, je me sens complètement libérée de l’emprise que ce garçon a eu sur moi. Je me sens bien à la maison, c’est un peu comme un cocon et même si maman m’oppresse encore un peu, voulant savoir où je suis quand je pars, si je suis bien arrivée quand je vais quelque part, et me pose encore souvent des questions pour connaître mon moral ou mon bien-être, je sais que ce n’est que par amour qu’elle le fait. Et je lui dis toujours en riant qu’elle doit me laisser vivre … Donc aujourd’hui, je n’ai qu’une envie, réussir mon année et envisager l’avenir sereinement.

Auteure : Chiara, 20 ans

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Elles + il = ils

Elles + il = ils

On ne doit pas attendre d’être capable de poser un pied devant l’autre avant de devoir subir des remarques sexistes, on peut même en recevoir avant même son premier mois. Le pire, dans le récit de Laura, 20 ans, c’est que ça ne s’arrête pas et que tout, tous et toutes s’échinent à la faire rentrer dans un moule, à marteler qu’en tant que femme, elle ne sera libre d’être de faire, de dire, ce qu’elle souhaite.

Fille ou garçon ?

Lorsque ma mère était enceinte de moi, on lui a souvent demandé si j’étais une fille ou un garçon. Lorsque les gens apprenaient que je naitrais de sexe féminin, ils disaient souvent que ma mère avait de la chance d’avoir une fille car les filles sont plus calmes et plus douces que les garçons. Ils disaient également que quand je grandirais je pourrais l’aider à faire les tâches ménagères. Même avant ma naissance, je faisais déjà face au sexisme. Quand je suis née, j’ai eu des tonnes de cadeaux à la maternité… Des cadeaux tout roses, des poupées … J’ai aussi eu la chance de naitre avec énormément de cheveux et heureusement car je suis une fille après tout. Les filles qui naissent sans cheveux on les prend pour des garçons. Quelques jours après ma naissance, j’ai eu une grave infection et je suis passée à deux doigts de la mort. Je pleurais dans la salle d’attente aux urgences pédiatriques. Un papa a alors dit à son petit garçon en me désignant « pour faire une comédie comme ça, c’est forcément une fille ». C’est donc à 10 jours de vie que j’ai eu ma première remarque sexiste.

Se faire toucher, c’est normal ?

Quand j’avais 3 ans, les garçons de ma classe n’ont pas hésité à me jeter au sol dans la cour de récré pour soulever ma jupe et toucher ma culotte. Lorsque j’ai réussi à leur donner des coups de pied pour me défendre, les adultes m’ont punie en me disant que les garçons voulaient juste jouer et que je n’avais pas à les frapper. En même temps, les adultes ont sans doute raison, je reste tout de même une fille et les filles, ça ne se bagarrent pas. Quand j’avais 5 ans, ma mère vivait avec un pervers narcissique. J’ai été témoin d’actes et j’ai entendu des mots qui resteront à jamais gravés en moi : « Les femmes ne sont qu’une sous-merde qui ne mériterait même pas de vivre en dehors d’une cuisine ou d’une buanderie ». Il avait surement raison, c’est bien connu que la place de la femme c’est à la cuisine.

”Il pleure comme une fille”

Quand j’avais 7 ans, ont m’a appris que dans une partie de bataille, le roi battait la reine, que le chef de la maison c’est papa, et que « elles + il = ils ». Autrement dit, dix filles sont inférieures à un seul garçon. J’ai donc appris très jeune que les femmes n’avaient aucune valeur dans la société et que nous serions toujours considérées comme inférieures. Cela m’a choquée, je ne comprenais pas ce que j’avais en moins que les garçons mais dans tous les cas, je n’ai pas mon mot à dire, ce sont les hommes qui me l’ont appris. Quand j’avais 9 ans, je jouais dans la cour de récréation avec mon ami. Il est tombé et a commencé à pleurer de douleur. Les professeurs lui ont alors dit qu’il pleurait « comme une fille » et que les hommes, les vrais, ça ne pleurent pas. Le lendemain, nous avons appris que deux de ses doigts étaient cassés. Quand j’avais 11 ans, j’ai eu mes toutes premières règles chez mon père. Il a été incapable de m’expliquer ce qu’il m’arrivait et m’a donné son téléphone pour appeler ma mère. J’ai donc eu le bonheur de devoir me limiter à une brève explication pour ensuite devoir faire appel à Google.

Jamais libre

Quand j’avais 12 ans, j’ai sorti une serviette hygiénique neuve et emballée de mon cartable. Mon camarade de classe m’a regardée avec de grands yeux écarquillés en disant que je l’avais choqué. En quoi je l’avais choqué ? Je ne le sais toujours pas. Tout ce que je sais, c’est que j’ai cessé d’embêter les garçons avec « mes problèmes de filles ». Quand j’ai commencé à avoir de la poitrine, ma mère m’imposait de mettre des soutiens-gorge en présence d’homme, même si c’étaient des membres de ma famille. Après tout, il ne faudrait pas que je donne d’idées à mon grand-père ou à mon petit frère, ça reste des hommes. Quand j’avais 13 ans, mon comportement était guidé par tout le monde sauf par moi. Les gens me disaient « tu n’aimes pas le rose ? tu n’es pas une vraie fille », « maquille-toi, tu sembleras plus jolie », « tu te maquilles déjà à ton âge ? ça fait vulgaire ! », « habille-toi comme une fille, mets des robes. Non pas celle-là c’est trop court, tu comptes aller faire le trottoir ? », « que tu es sensible ! tu as tes règles ou quoi ? »

Quand j’avais 14 ans, j’ai été abusée sexuellement par un homme de 25. Il m’a manipulée et menacée. Je n’étais pas sa seule victime, au total, une dizaine de filles de mon âge et de mon école ont été confrontées à cet homme. Nous sommes plusieurs à avoir porté plainte et malgré cela, l’affaire a été classée sans suite. La police a considéré que des enfants n’avaient pas la maturité pour comprendre ce qu’était un viol et donc que nous n’étions pas capables d’affirmer que nous avions été agressées sexuellement. Par après, lorsque j’en parlais, j’avais des réflexions du genre : « si tu ne pleures pas, c’est que tu mens », « Vous les filles vous criez au viol dès qu’on respire le même air que vous », « tu étais habillée comment ? » …

Quand j’avais 15 ans, lors de mon premier stage au sein d’un home, il y a eu une semaine de canicule avec 40°. J’ai donc osé mettre une robe, pour mieux supporter la chaleur. Un résident, âgé de 80 ans, n’a pas hésité à complimenter mes « nichons » ainsi que de toucher ma jambe lorsque je lui ai apporté son plateau repas.

Un an plus tard, mon petit copain de l’époque, âgé de 18 ans, m’a quittée car je ne voulais pas avoir de relations sexuelles avec lui. Par après, j’ai appris qu’il avait forcé une fille de 12 ans à en avoir et qu’elle était tombée enceinte. À l’heure actuelle je me dis que ça aurait pu être moi, ou alors, que si j’avais accepté ses avances, il n’aurait peut-être pas violé cette fille.

Je dis non

Quand j’avais 17 ans, je décide de changer radicalement. Fini pour moi de rentrer dans la case du sexe faible, dorénavant je me battrai pour mes droits. Au début, je ne savais même plus reconnaitre une situation ou un propos sexiste tellement cela est normalisé dans notre société. J’étais loin de me douter que mon plus grand combat serait au sein de ma propre famille. En effet, la plupart des remarques sexistes auxquelles je fais face au quotidien viennent de ma mère. Ces réflexions quotidiennes telles que « ton rouge à lèvre fait pute, met un soutien-gorge quand tu n’es pas seule, rase-toi, on dirait un homme » et j’en passe ne font que confirmer le fait que les idéologies sociétales envers les femmes sont abusives. En tant que femmes nous ne pouvons pas nous habiller, coiffer, maquiller comme nous le souhaitons. Peu importe ce qu’on fait, nous serons toujours jugées par quelqu’un. Ce que certaines personnes trouveront négligé, d’autres trouveront cela extravagant et ce dans tous les aspects de nos vies. Quand j’avais 18 ans, j’essayais de faire prendre conscience à mon entourage des inégalités autant pour les femmes que pour les hommes. On disait souvent de moi que j’étais une de ces féministes hystériques qui voulait à tout prix prendre le pouvoir sur les hommes.

Ça ne s’arrête pas …

Quand j’avais 19 ans, lors d’une nuit caniculaire, j’étais dans ma chambre et je regardais un film. Ma chambre est mansardée, mes fenêtres sont au sol au lieu d’être des velux. Il était 1h30 du matin et la fenêtre de ma chambre, côté rue, était ouverte pour que la chaleur soit un peu plus supportable. C’est alors qu’un homme qui passait dans la rue m’a appelée. Je ne pensais pas que les personnes dans la rue pouvaient me voir. Il a essayé de me convaincre de le laisser entrer chez moi. Comment pourrais-je me sentir en sécurité dans un monde ou le danger rode à l’intérieur même de ma propre maison ?

Aujourd’hui j’ai 20 ans, quand je dis aux autres que je ne veux pas d’enfant, ils me répondent « ça viendra », « tu changeras d’avis », « toutes les femmes ont l’instinct maternel » … On me fait comprendre que sans enfant, ma vie sera misérable et ennuyeuse, que personne ne veut d’une femme comme ça. Pourtant, je sais au fond de moi que ne pas devenir mère est le bon choix pour ne pas gâcher la vie de mes futur·e·s enfants non désiré·e·s.

Peurs

Concernant l’avenir, j’ai peur. Peur de ne pas avoir le même salaire qu’un homme, peur de me faire agresser à n’importe quel moment, peur que la société n’accepte pas mon choix de ne pas vouloir devenir mère, peur de subir du harcèlement sexuel, peur que tout ce que je fasse ne soit jamais considéré aussi bien que ce que pourrait faire un homme, peur de devoir gérer seule la charge mentale des tâches ménagères, peur de voir comment vont évoluer mon petit frère et ma petite sœur, tous deux remplis de pensées inégales, et bien sûr, j’ai peur du féminicide … J’ai tout simplement peur de ne pas pouvoir vivre ma vie à cause d’une partie de mon corps qui se trouve à l’intérieur de moi au lieu de l’extérieur. Merci à toutes et tous pour l’intérêt que vous portez à ce texte et à ma vie en tant que femme.

Auteure : Laura, 20 ans, Dour

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R 

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