Scan-R présentait son nouveau livre « Viens faire genre »

🤩🥳 AFTERMOVIE : Le 7/2 avait lieu la soirée de lancement de notre NOUVEAU livre « Viens faire genre » et le vernissage de l’expo Transformations de Swan Garnier chez Barricade ASBL📚

Retour sur ce bel événement en images 🎥

Le livre est dispo ci dessous et l’expo reste visible jusqu’au 25/2 📸

🎥 Puramis

La pire des violences, c’est celle qui s’insinue

La pire des violences, c’est celle qui s’insinue

Le plus dur quand on est une femme, c’est quand on se prend à regarder sa propre mère subir ce qui lui a été légué, lente transmission immiscée entre les générations.

Elle est là, dans la cuisine, immobile de tous les combats qu’elle pourrait mener, ravagée par le silence de toutes. Elle ramasse la vaisselle pendant que lui part loin, retrouver sa liberté. Elle porte tout en elle, dans son cerveau aux milles labyrinthes, dans son cœur tentaculaire, de la pointure de chacun de ses enfants jusqu’à la rage universelle, mais se contient dans ces gestes quotidiens, un à un ; il manque du vinaigre et du papier cuisson, demain Jules revient à midi, penser à lui donner son nouveau vélo, penser, amasser, ramasser, et la colère qui gronde en elle alors qu’elle nettoie le micro-ondes. Celle qu’on dit femme au foyer, et le poids qu’on ne voit pas, perché sur ses épaules.

Le plus dur quand on est une femme, c’est… mais quand son torrent se déversera, il sera fort, il sera grand, il vous renversera.

Auteure : Maya, 25 ans, Liège

CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT LORS D’UN ATELIER SCAN-R.

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Harcèlement, sexisme et société, un mélange explosif

Ce qui me révolte, c’est que les discriminations font de plus en plus partie du quotidien de chaque personne.

Les personnes qui forment aujourd’hui des messages haineux ou qui, dans la vie de tous les jours, se permettent de faire des commentaires sur les autres vont sûrement éduquer leurs enfants avec les valeurs qu’ils défendent. Je trouve ça bien dommage, car le harcèlement et le cyberharcèlement vont augmenter en chiffres. Mais au final, comment pouvons-nous changer les pensées de ces personnes si même la justice ne fait rien ? De nos jours, la justice s’acharne sur des pauvres sans papiers qui travaillent au noir plutôt que sur des personnes au comportement plus que déplacé ? Les politiciens, eux, se présentent comme des hommes parfaits aux élections, mais une fois qu’il est temps d’agir, tout le monde est à la pause-café bizarrement. Dans les pays démocrates, il serait possible d’instaurer des lois contre ce type de harcèlement. Certes, il faudrait y travailler difficilement, mais cela serait possible d’après mon point de vue.

Depuis quelque temps, je suis l’histoire de Gérard Depardieu, car je trouve cela honteux. Ça me révolte qu’on défende un homme pareil, enfin si on peut appeler cela un homme. Dire d’une petite qu’elle se donne du plaisir en montant à cheval et de traiter les cavalières de « grosse salope », c’est vrai que nous ne devrions pas être choqués. Non seulement, il prône l’équitation comme une action qui donnerait du plaisir aux femmes, ce qui décrédibilise ce sport et peut donner aux cavalières un sentiment de honte. Mais, il ruine également la vie de cette petite-fille, en énonçant de tels propos à son égard. N’a-t-il pas honte, ayant lui-même des enfants. Et que dire de cette fameuse pétition pour le défendre qui, pour moi, n’a aucun sens. Effectivement, allons-y défendons les personnes aux propos sexistes, le monde se portera sûrement mieux. Quelle blague !

Et bien, quelle belle génération dans laquelle nous vivons. Cela fait peur et, de mon point de vue, cela ne va qu’empirer.

Auteur : Anonyme, Liège

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Re-construire

Re-construire

15 mars 2022, ce soir-là, il a tout pris de moi.

Tout ce que j’étais, tout ce que j’avais, tout ce en quoi je croyais, tout ce à quoi je pouvais rêver.
Ce soir-là, en entrant chez moi, en entrant en moi, il a fait disparaître ce « moi ».

Après ça, que dire, que vivre, que faire ?
Une seule solution proposée, imposée, la reconstruction.
Bientôt deux ans plus tard, je ne cesse de me demander s’il est possible d’atteindre, de façon totale et absolue cette fameuse reconstruction tant rêvée.
Reconstruire, pour aller où ? Re-construire en re-prenant quoi du « avant » ? Du « avant », qui m’a amené là.
Construire, avec quoi ? Avec quelle énergie ? Mais surtout, construire quoi ?

Je ne suis pas sûre de penser qu’il soit possible, d’atteindre cette terre promise.
Terre d’optimisme et de pardon. Terre d’oubli et d’idéalisme.
Je ne suis pas sûre que ça soit possible, mais au fond, je me demande si ça n’est pas une bonne chose.

Ne pas oublier.
Ne pas pardonner.
Ne pas accepter.

Mais tenter, d’avancer.

Avancer, non pas pour avoir l’air d’aller mieux, avoir l’air apaisée, avoir l’air moins en colère.
Avancer, pour soi, à son rythme.

Reconstruire ou simplement construire ?
Je ne crois pas qu’on puisse, aussi simplement qu’on nous le dit, reconstruire une partie de son âme qui a été arrachée aussi violement.
Non, je ne le crois pas, mais finalement, je crois que c’est une merveilleuse chose.

Arrêtons, toi, moi, nous, de tenter de recoller les bouts de cette feuille déchirée, arrachée, meurtrie. Prends une nouvelle feuille, blanche, neutre, solide.
Et commence, encore et toujours, s’il le faut.
Mais ne supprime pas, n’efface pas, n’oublie pas, cette part de toi que tu ne pourras peut-être jamais,

Reconstruire.

Auteure : Elise, 21 ans, Marchienne-Au-Pont

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R.

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Comment je suis devenue une femme

Comment je suis devenue une femme

Quand je vois des petites filles courir et crier, si libres et fières, je pense à chaque fois à la célèbre phrase de Simone de Beauvoir: “On ne nait pas femme, on le devient”. Ces enfants ne sont pas encore des femmes, elles le seront un jour car elles vivent dans un monde qui les construira en tant que telles, et ça me brise le cœur d’imaginer toute la violence qui les attend. Car moi, comme les autres, je le suis devenue par la violence.

Premièrement, la violence physique. J’y ai échappé, mais je n’ai pas échappé à sa menace constante. «Ne sors pas seule le soir, il pourrait t’arriver quelque chose». Je l’entends presque tous les jours, souvent de femmes qui le disent par bienveillance, mais qui renforcent cette peur constante. « Donne-moi, son prénom, son nom et l’adresse du lieu de rendez-vous avant d’y aller ». Entre nous, on essaye de se protéger les unes les autres. On a entendu assez d’histoires de rendez-vous qui tournent mal. « Pourquoi tu ne l’as pas quitté ? », balancé avec mépris par un garçon quand quelqu’un lui a confié avoir été frappée par son copain.Le message est clair : Ne te fais pas agresser. C’est ta responsabilité et tu dois faire attention.

Il y a aussi la violence verbale. Les insultes. Dites par des inconnus dans la rue ; par des potes, mais ça va, c’était juste une vanne ; par des mecs qui veulent me payer un verre et qui ne supportent pas un refus ; par un ex-copain pour qui j’avais refusé de cuisiner un repas; par un prof même, qui m’a dit que si je ratais son cours je pouvais toujours devenir strip-teaseuse. Toutes ces fois, c’est parce que j’étais sortie de mon rôle. J’avais dit non, j’agissais comme si j’étais libre et tous ces hommes ont ressenti le besoin de me remettre à ma place de femme.

Quand j’étais ado, je ne me maquillais pas et je ne me coiffais jamais. On me faisait souvent la remarque, c’était banal, c’était anodin. Parfois, ça me mettait mal à l’aise, mais, malgré ça, je n’arrivais pas à me forcer à me lever plus tôt pour me faire belle. Je ne comprenais pas pourquoi, mais, maintenant, je le sais : je résistais. Je l’ai fait, jusqu’à ce qu’une pression insidieuse, une faille interne me fasse céder.

Parce qu’il y a encore un autre type de violence : une violence qui vit en soi. À un moment, on devient son propre martyriseur. On se surveille soi-même.

Ça commence avec la honte. On s’est tellement moqué de ma faiblesse physique, et on m’a tellement répété que c’est normal, les filles sont moins fortes, que j’ai, de moi-même, arrêté d’essayer de faire du sport : j’avais trop honte. On m’a tellement regardé, scruté avec lubricité que j’ai changé ma manière de m’habiller : j’avais honte de me sentir comme une proie. On finit par se contrôler soi-même, on n’a plus besoin de nous imposer des choses. Peut-être que si on regarde assez de films romantiques dans lesquels les hommes sont jaloux, on désire un homme qui nous contrôlera. Peut-être que si on nous répète assez qu’il faut être belle, et qu’un corps beau est un corps mince, alors on se contraint à des restrictions et on épuise notre énergie à essayer de perdre du poids. Peut-être que si on nous ignore assez en parlant de certains métiers, on ne réalisera même pas les possibilités que l’on a, et on continuera à être globalement moins payées, voire à travailler gratuitement en prenant toute la charge du travail domestique.

La violence devient symbolique, et on baisse les yeux et on a les joues rouges de honte. On devient une femme.

Tout ça est un poids énorme. Je voudrais que les petites filles restent libres pour toujours, même si, je le sais, elles pressentent sûrement déjà le poids de ces violences.  Qu’est-ce que je peux leur dire par rapport à tout ça ?

Il faut parler de ses expériences, car c’est comme ça qu’on combat la honte. Il faut se rendre compte qu’un monde différent existe, un monde libéré de ce système, un monde où le rôle de femme n’a plus de sens, pour que personne n’y soit enfermé. Ce monde est possible, et c’est à nous de le créer.

A écouter aussi en podcast ici

Auteure : Olivia, 20 ans, Liège

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