La pensée positive

La pensée positive

Partir avec un jeu compliqué, très compliqué, connaitre les foyers, passer une partie de ses premières années pas loin de l’enfer et, au bout du compte, rencontrer une personne qui change tout. Cela vous fait passer de l’ombre à la lumière. C’est la belle histoire de Pola-Wiktoria.

Pas bien

De ma naissance jusqu’à l’âge de 14-15 ans, je n’allais pas bien. J’étais submergée par mes problèmes. Mon histoire est un peu dramatique. En gros, mon enfance était un mélange de constantes disputes, de police, de suicide, d’alcool et de foyers,… J’ai vécu avec un père, présent mais alcoolique, et avec une mère qui devait parfois jouer le rôle de la mère et du père. C’était et c’est une mère exemplaire, elle est mon modèle.

Les foyers

À l’âge de 8 ans, mon grand frère et moi avons été placés en foyer. Ce n’était pas joyeux, je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait. Je venais en fait de vivre un traumatisme… Après avoir passé 6 ans en foyer, j’étais quelqu’un de négatif, n’avais pas confiance en moi. J’ai été dans trois foyers différents, dans trois villes différentes. Je devais tout le temps reconstruire ma vie. À force, je ne m’attachais plus aux gens : je déménageais trop souvent. À ce moment-là, j’avais déjà rencontré beaucoup de personnes, vu des choses qu’une petite fille n’est pas censée voir : des personnes qui se mutilent, des enfants éclatant en crises de colère, cassant ce qui les entoure, criant des paroles abjectes. Je me faisais voler, frapper… J’en passe. Au début, j’étais naïve puis j’ai fini par apprendre des insultes, par devenir agressive, je me bagarrais, je faisais n’importe quoi. J’étais mal.

Thérapie ?

Aujourd’hui j’ai 18 ans, pourtant, avec tout ce qui est arrivé dans ma vie, j’ai l’impression d’en avoir 30. On m’a imposé des visites chez des psychologues et j’ai suivi des thérapies. En vérité, rien de tout cela ne m’aidait vraiment. Un jour, un homme est apparu dans ma vie. Aujourd’hui, il est mon beau-père. Il s’intéresse beaucoup à la psychologie, il est coach en développement personnel. Depuis notre rencontre, il m’aide en partant de mes propres expériences. Il me dit que c’est à moi de contrôler ce que j’ai dans ma tête. Il me dit de rester positive tout simplement parce que c’est inutile de voir les choses négativement. Si nous avons le choix de voir la vie d’une manière ou d’une autre, autant choisir le point de vue positif. C’est préférable de garder espoir quand ça ne va pas. Le soleil finit toujours par apparaitre, il faut juste savoir se positionner d’une certaine manière afin de pouvoir sentir les rayons de soleil. C’est-à-dire que, malgré la situation, il ne faut pas baisser les bras et essayer de rester un minimum positif.

Positive !

D’après Daniel Goleman, un psychologue américain, l’intelligence émotionnelle est, que nous le voulions ou non, l’authentique clé pour être heureux. Il ne faut, en aucun cas, essayer d’ignorer les problèmes ou de se transformer en pierre mais au contraire, creuser jusqu’à comprendre ce qui ne va pas. Il faut juste être humain, montrer ses émotions, avoir différentes perspectives et essayer. Maintenant, grâce à mon beau-père, mais aussi grâce à ma mère, je suis en bonne santé mentale. Ils se sont rencontrés quand j’avais 11 ans, et depuis ce moment-là, ma mère prend les conseils de mon beau-père pour bien vivre, elle a donc appris comment s’en sortir psychologiquement : elle aussi a vécu pas mal de choses. J’ai donc à mes côtés deux personnes qui m’aident, m’apprennent comment vivre mieux en ayant un mental en bonne santé.

Les grandes difficultés n’en sont pas

Grâce à eux, je m’en sors dans les situations les plus stressantes comme, par exemple, les examens. Quelques jours avant et le jour J, je me dis des petites phrases du genre : “Tu es intelligente et tu peux le faire”,”C’est juste un examen, rien de compliqué”. Je vous conseille de faire de même pour n’importe quelle situation ! Attention, je ne vous demande pas de vous voiler la face, si vous devez passer un examen et que vous n’avez pas assez révisé, ne pensez pas que ce genre de petites phrases vous sauvera la vie ! Il faut être positif tout en faisant de votre mieux pour réussir.

Un super truc pour tout le monde !

Mes parents m’ont aussi aidée à avoir confiance en moi grâce aux livres qu’ils m’ont conseillé de lire, grâce à nos débats,… Mon beau-père m’avait proposé un exercice sur la confiance en soi. Tous les matins, au moment du brossage de dents, je me regarde dans la glace et je me dis un compliment sans utiliser de négation. Imaginons que je me trouve sympa, je ne vais pas dire : “Je ne suis pas une personne méchante” mais “Je suis une personne sympa/gentille”. Déjà là, la phrase est positive en elle-même.

La vie en rose… ou presque

C’est important d’être optimiste car dans une vie, ça peut tout changer. Avant j’étais quelqu’un de triste, négatif, colérique… et aujourd’hui quand mes amis me décrivent comme une personne souriante, positive ou encore, je cite : “T’es une personne qui voit la vie en rose”, je suis très heureuse et juste fière de moi. Si vous êtes en train de traverser une période compliquée en ce moment-même, je vous souhaite de commencer à changer vos pensées même si c’est très dur, ne baissez pas les bras car tout est dans la tête.

Auteur : Pola-Wiktoria, 18 ans, Sevenum (Pays-Bas)

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R à distance

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« Bastard »

« Bastard »

Longtemps, Eddy a écouté un rap qui racontait l’histoire d’un fils abandonné par son père. Nombreuses, très nombreuses furent les écoutes et Eddy finit par être persuadé que ce que le chanteur racontait n’était rien de moins qu’une vérité absolue. Avec le temps, il a évolué et est parti faire connaissance avec un inconnu… Son père.

Chanson pas douce que ne me chantait pas mon père

Je suis un très grand fan de musique. Tous les jours, depuis tout petit, je passe 50% de ma journée à en écouter. Ce que j’écoute a eu beaucoup d’influence sur moi. Vers les 14-15 ans, je me cherchais, me posais aussi énormément de questions. La plus brulante de toutes : pourquoi est-ce que mon père est parti quelque temps après ma naissance ? Par rapport à cet état de fait, j’ai longtemps été très influencé par une chanson en particulier. Elle est signée Tyler, The Creator et est titrée Bastard (1). Tyler y raconte son histoire, sa vraie histoire : comment il en est arrivé là et surtout, il insiste sur l’énorme contraste entre la forte présence de sa mère, au quotidien, et l’absence de son père qu’il n’a jamais vu. Tout au long du morceau, il a des propos très violents par rapport à son père. C’est en cela que je me suis reconnu, identifié. Ayant un père absent, je haïssais mon père autant qu’il haïssait le sien. Pour moi, comme pour lui, le père nous avait abandonnés, ma mère et moi.

Haï et inconnu

Grandissant, je ne savais pas ce que c’était d’avoir une figure paternelle. Je suis le dernier de la famille, tous mes frères et sœurs avaient grandi avec un « père », tous sauf moi. Je me suis souvent senti à l’écart par rapport à ça. Eux avaient eu un père, moi pas. Ça me brisait encore plus le cœur. Plus j’y réfléchissais, plus j’avais mal. Mon père était parti vraiment quelques jours après ma naissance. Vous vous rendez compte du sentiment de dégout que j’ai pu avoir à ce moment-là ? J’étais très proche de ma mère, et le suis encore plus aujourd’hui, par contre avec mon père, c’était très étrange. Pour moi, c’était comme un inconnu que je détestais pour des raisons peut-être pas du tout justifiées, sans même vouloir le comprendre ni quoi que ce soit. Bien évidemment, avec l’âge, les choses ont changé, au fur et à mesure de la musique que j’écoutais et surtout en grandissant.

Je ne suis pas Tyler

Vers 18-19 ans, je me suis enfin rendu compte à quel point cet artiste avait de l’emprise sur moi. Par son vécu similaire au mien, je m’identifiais très facilement. Je me voyais en lui, haïr mon père, à ce moment-là, me semblait normal. Plus de 5 ans après, j’ai compris que ce n’était pas ma vie, je m’identifiais à lui mais c’est tout. Moi, mon père, je le voyais mais à cause de cette chanson, je le haïssais sans pour autant aller lui en parler, j’ai vite compris qu’on ne vivait pas la même chose et c’est à ce moment que j’ai essayé de retisser les liens avec lui, pour mieux le connaitre. Avant cela, je l’ai haï à cause d’un simple morceau de musique.

La puissance du son

La musique est un facteur émotif puissant. Un jeune qui a un père absent, qui écoute cette chanson va accroitre son sentiment de haine pour son père. Le justifier par le fait que si un artiste reconnu le chante, c’est qu’il existe. Avec cela, on pourra conclure que la haine est tout à fait normale. Un passage m’a vraiment marqué : « Fuck a deal, I just want my father’s email. So I can tell him how much I fucking hate him in detail / Merde, je veux juste l’e-mail de mon père et je pourrai lui dire combien je le hais en détail ». Cette phrase m’a vraiment fait réfléchir et je me suis demandé pourquoi avoir autant de haine pour quelqu’un qu’on ne connait pas, pourquoi ne pas réfléchir de moi-même au lieu de l’écouter.

Papa

Aujourd’hui j’ai 20 ans et j’ai une relation très saine avec mon père et cette musique, je l’écoute toujours mais plus de la même façon. Elle me rappelle que cela a été un moment difficile dans ma vie et surtout mon évolution. Ça me fait du bien juste de l’écouter et de me dire que j’ai bien changé avec le temps.

(1) Tyler, The Creator (Los Angeles, USA, 1991) est à la fois rappeur, designer, graphiste, scénariste… Bastard est le titre de sa première mixtape et le titre du morceau dont Eddy nous parle. Elle a été publiée sur internet en 2009. Le son est disponible sur YouTube.

Auteur : Eddy, 20 ans, Liège

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Mes grands jours du guidisme

Mes grands jours du guidisme

En Belgique, elles et ils seraient, environ, 400 000 jeunes âgé·es de 6 à 20 ans à participer à un mouvement guide ou scout (1). Depuis 1915, en Belgique, existent aussi les Guides, le pendant féminin du mouvement. Lilou en est membre. Lors d’un atelier Scan-R, elle a décidé de nous raconter un grand moment du camp.

Réveil en douceur

Je dors dans ma tente sur pilotis (2) quand les cheffes guides viennent nous réveiller au son des casseroles. Quel réveil en douceur ! Je comprends alors que le jour que j’attends depuis mon arrivée dans ce champs est enfin là… Le hike (3) ! Je me réjouis de ces trois jours où je vais pouvoir apprendre aux plus jeunes de ma patrouille (4) comment lire une carte, comment être responsable. En plus de ça, je sais, par expérience, que le hike renforce grandement les liens entre les filles de la patrouille. Cette année, on en a bien besoin ! Mais des doutes m’envahissent très vite. Je me demande si je vais être à la hauteur de mes responsabilités et surtout, j’ai la pression parce que ma patrouille et moi voulons gagner le fameux fanion (5). Je m’empresse de faire mon sac, d’enfiler des habits confortables et mes baskets. Je m’assure de prendre la trousse de secours, au cas où une des filles se blesse. J’adore devoir penser à tout. Je me sens utile, c’est une sensation géniale.

Saut dans le vide

Une fois les sacs faits, c’est l’heure des aurevoirs. C’est parti, on attrape notre dagobert (6) et nous voilà, livrées à nous-même. On marche des heures et des heures qui passent aussi vite que des secondes étant donné qu’on s’amuse, se taquine, rigole, se livre les unes aux autres. Un bon nombre de fous rires arrive, le genre de fou rire dont on se souvient toute sa vie ! Par exemple, un jour, à un feu rouge, on a dansé le lac des cygnes. Une dame a cru qu’on faisait la manche ! Une fois l’heure du repas arrivée, c’est le moment du chifoumi (7) pour savoir qui sont les deux filles qui vont devoir aller sonner chez des habitants du village pour chauffer nos raviolis en conserve.

La grande soif

Après une bonne nuit de sommeil, c’est reparti pour un jour de marche. Sauf qu’au bout de quelques heures, la chaleur devient vraiment pesante et on ne peut pas se mettre à l’ombre. Le chemin que l’on doit emprunter se situe au milieu d’une multitude de champs. Nos gourdes sont vides, il n’y a aucune habitation autour de nous. Certaines des petites commencent à faiblir et moi aussi mais je ne montre rien car je suis la C.P. (7) C’est à moi de les motiver donc je les booste. Elles continuent à marcher malgré cette chaleur étouffante. Je commence à me sentir vraiment mal et ma tête tourne et me semble super lourde, tout mon corps me semble lourd… Après une heure de marche supplémentaire j’aperçois une maison, je n’ai jamais été aussi heureuse de voir une habitation. À ce moment-là, je me dis: “C’est bon, on va arriver au bout de ce hike, on remplit toutes les gourdes et on repart de plus belle!” Il n’y a plus de stress que quelqu’un tombe dans les pommes, l’angoisse laisse alors la place à une joie immense de pouvoir continuer et de voir les autres filles heureuses. Le dernier jour se passe sans aucun problème, mise à part cette chaleur toujours aussi pesante .

Le fameux fanion

Après 6 heures de marche, j’aperçois enfin le champs. On se regarde toutes et la fierté nous envahit car, en plus d’avoir fini notre hike et de s’être rapprochées, on est arrivée les premières, ce qui veut dire que le fanion hike nous revient ! C’est une grande fierté ! Après cette fameuse remise de fanion, je m’isole quelques instants. Je me rends compte que, pendant ces camps, on vit des moments très intenses de notre vie. Je suis triste que ce soit déjà ma dernière année aux guides mais je suis heureuse. Heureuse d’avoir pris mes responsabilités pour ma patrouille, heureuse des rencontres que j’ai pu faire et surtout heureuse d’avoir vécu tous ces moments qui resteront gravés à jamais dans ma mémoire ! Ca m’a appris beaucoup de choses sur moi et sur le monde. Un camp est toujours enrichissant et même si il y a parfois des moments difficiles, on ne garde, à la fin, que le positif au final et dès qu’on part de cette prairie, on est déjà survoltées à l’idée de revivre cette expérience l’année suivante.

  • 1. Le Scoutisme est un mouvement de jeunesse inventé par le lord et militaire anglais Baden Powell (1857-1941), aujourd’hui contesté parce qu’accusé, suite à l’assassinat de Georges Floyd (1973-2020) de racisme, d’homophobie et de liens de complaisance avec le régime nazi.

    2. Pilotis, un pilotis est une cabane construite sur une série de piliers appelés pilotis. Le but de la manoeuvre est d’avoir, avec ces piliers, une surface plane pour installer les lits.

    3. Le hike est un moment de deux ou trois jours durant lesquels les guides – et les scouts – sont laissé·es en autonomie, elles et ils doivent se débrouiller pour boire, manger et dormir avant de retourner au campement.

    4. Une patrouille est composée de six à huit personnes. Les plus jeunes sont encadré·es par les plus vieux et ont à transmettre des valeurs et des compétences. Dans une patrouille, il y a un·e CP, pour chef·fe de patrouille et un SP, pour second·e de patrouille. Elles et ils sont souvent les plus âgé·es.

    5. Le fanion est un drapeau honorifique. Il attribue à celles et ceux qui l’ont obtenu de prouver certaines qualités : autonomie, débrouillardise,…

    6. Le dagobert n’a rien à voir avec le roi de la chanson ni avec le scoutisme ! À Liège, à Namur et ailleurs, c’est le mot qu’on utilise pour désigner une baguette garnie de jambon et de fromage.

    7. Chifoumi est un autre nom pour le jeu de pierre-papier-ciseaux. Chifoumi est le nom japonais du même jeu. Notons que la traduction de ce jeu, en français n’est pas pierre-papier-ciseaux mais un-deux-trois.

Auteure : Lilou, 17 ans, Liège

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Anxieuse comme jamais

Anxieuse comme jamais

Dans les médias, on parle souvent de santé mentale et de confinement. La question est de savoir comment on peut continuer à fonctionner dans un univers qui se rétrécit, en ne voyant plus ou moins nos ami·es, en vivant d’une manière complètement anormale par rapport aux besoins du genre humain. Lison va plus loin que la théorie, plus loin que les médias. Elle, elle nous explique cette réalité de l’intérieur.

J’ai peur d’exploser

Et voilà, ça recommence. J’ai du mal à respirer, j’ai l’impression de suffoquer. Les larmes coulent sur mes joues déjà trempées, mon regard devient de plus en plus trouble. Je me secoue, je me frappe la tête pour me calmer mais rien n’y fait, ça ne s’arrête pas. Je suis assise sur mon coussin, sous l’étagère dans ma chambre. Recroquevillée sur moi-même, je me fais toute petite pour me cacher des regards, du monde… par peur d’exploser. Ma chambre devient mon seul abri dans ces moments-là mais à force, elle se transforme progressivement en une prison. Il n’y a plus d’issue.

Retour à la case maman

Je jette un regard par la fenêtre en ayant espoir d’y trouver quelconque réponse, de l’aide. Je ne veux pas qu’on sache que j’ai mal. Je ne veux pas être regardée, jugée, méprisée. Ça fait maintenant presque un mois que je suis revenue vivre chez ma maman, le temps du confinement. Je n’ai plus de boulot, plus de projet, plus rien à faire. Je suis face à moi-même et à mes peurs. J’ai dû me réhabituer à un environnement familial que j’avais quitté depuis déjà plus d’un an. Revivre avec mon frère, ma mère, tout le temps. Du matin au soir. Reprendre une routine qui m’est maintenant étrangère et dure à adopter.

Seule

Il n’y a que moi qui dois porter sur mes épaules le poids des pensées douloureuses que je m’inflige. Pourtant je suis entourée de mes proches. On vit sous le même toit, on mange ensemble, on discute de tout et de rien. On se dispute aussi comme toute famille dysfonctionnelle. Aujourd’hui, j’ai eu ma deuxième crise d’anxiété depuis le début du confinement. Elle semble pire que d’habitude, j’ai l’impression que cela empire.

A écouter aussi en podcast ici

Auteure : Lison, 21 ans, Bruxelles

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Flemmarde pendant le confinement ?

Flemmarde pendant le confinement ?

Paraît que les jeunes sont des flemmards qui ne veulent pas retourner à l’école et ne pensent qu’à geeker à longueur de journée. Pour Amal, médias et enseignant·es insistent, trop, sur le fait que ce ne sont pas les vacances, qu’il faut garder, à tout prix, un contact scolaire. Amal n’aime pas ces lourdes étiquettes collées sur la tête des jeunes. Elle invite, le temps d’une lecture, à voir ce qu’il se passe, réellement, à l’intérieur d’une tête de jeune confinée.

Découvrir l’essentiel

Avant, j’étais une acheteuse compulsive. Être confinée m’a donné l’opportunité de me retrouver moi-même, de méditer et de me repositionner par rapport à mes valeurs. J’avais tendance à sous-estimer les choses habituelles, celles qui ne s’achètent pas : rester chez soi, tourner en rond, être privée de la liberté… inimaginables. La mise en quarantaine fait de moi une personne moins distraite par les superflus de la vie. La fermeture des magasins et l’obligation de ne sortir qu’en cas de nécessité m’ont fait prendre conscience que je n’ai pas besoin de gaspiller mon argent pour vivre. J’apprends à être plus reconnaissante que ce que je ne l’étais pour tout ce que je possède et que d’autres n’ont pas forcément, comme un toit, de quoi manger et se vêtir, de quoi faire passer mon temps avec un simple smartphone.

Peu à plaindre

Je sais qu’il y a des personnes opprimées confinées qui ont vécu et continuent de vivre dans de moins bonnes conditions, entre des femmes qui subissent des violences conjugales, des enfants qui se font maltraiter ou des familles entières qui vivent dans un espace restreint. Mes pensées vont plus particulièrement pour ces gens-là. Alors oui, la “flemmarde” que je suis ne veut plus d’une société de consommation qui profite aux riches et délaisse les plus faibles.

Ça change

En confinement, j’ai vu ma routine changer du jour au lendemain. Je prends conscience que vivre le moment présent est très important, on ne sait jamais de quoi sera fait demain. Je découvre les choses simples de la vie auxquelles je ne prêtais pas attention avant. Sortir, pour moi, n’avait jamais été un problème, car je sortais lorsque j’en avais envie ou par obligation, comme pour l’aller à l’école ou à un rendez-vous. “Sortir”, par l’effet de manque, prend aujourd’hui un sens nouveau. Avoir les cheveux collants à cause du gloss après s’être ramassé un courant d’air est une routine qui ne s’est plus présentée pendant des jours, des semaines, voire des mois. Sortir me manque, simplement. M’évader. Respirer un autre oxygène que celui de ma chambre. La “flemmarde” que je suis reconnaît la valeur des choses simples et essentielles du quotidien.

Loin des ami·es, proche de la famille

Être loin de mes amis est frustrant, mais d’un côté, c’est une bonne occasion pour moi de me rapprocher de ma famille et de forger des liens. Bien sûr, on a la chance d’avoir toutes ces technologies qui nous permettent de rester en contact, virtuellement, mais ce n’est pas pareil. Quand on voit la personne en face-à-face, la conversation est plus fluide, avec certaines personnes on peut faire passer le message simplement par des regards ou des gestes. Les rassemblements en famille sont aussi très importants pour moi, se retrouver tous dans une maison autour d’une table en partageant tous la même assiette est essentiel, car j’ai besoin de sentir que j’appartiens à une communauté. La “flemmarde” que je suis a le sens de la famille et apprend à forger des liens forts avec celle-ci.

Je me découvre

Je me suis aussi trouvé une nouvel aspect de ma personnalité : la patience. Ça n’a pas toujours été facile, je suis passée par plusieurs émotions qui étaient le stress, l’anxiété et la peur. Étant étudiante en cinquième année secondaire, je me suis d’abord sentie abandonnée par certains de mes professeurs qui ne donnaient plus de matière, alors que j’ai encore une année diplômante devant moi qui est principalement basée sur les deux dernières du secondaire. Finalement, avec ce confinement, je réfléchis beaucoup à ce que je veux faire plus tard de ma vie, mes études, mes projets. J’y prête beaucoup plus d’attention car le temps passe vite, et là, j’ai beaucoup de temps libre devant moi pour me poser les bonnes questions sur les études que je voudrais entreprendre.

Flemmarde ? Vraiment ?

Alors, c’est ça pour vous, une flemmarde ? C’est une jeune qui apprend à se recentrer sur elle-même? C’est celle qui refuse une société capitaliste et inégalitaire ? Celle qui s’inquiète de son avenir ? Qui se bat pour obtenir le meilleur d’elle-même ? Celle qui sait se poser les bonnes questions ? Nous, jeunes, sommes remplis d’ambition. Nous aussi, nous voulons réussir notre vie, obtenir le meilleur des diplômes. Nous pensons à notre avenir et quand je vois le monde dans lequel nous vivons, je m’inquiète. Pourquoi dénigrer vos jeunes au lieu de les encourager ? Les jeunes d’aujourd’hui, ceux-là même qui sont traités de flemmards ou réprimés par un policier, seront peut-être, demain, les médecins qui vous soigneront, les avocats qui vous défendront dans quinze ans. Nous sommes la future génération. Nous sommes les docteur·es, les professeur·es, les juges, les pompiers et pompières, les policières et policiers de demain.

Auteure : Amal, 18 ans, Bruxelles

CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT LORS D’UN ATELIER SCAN-R À DISTANCE.

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