Une famille de huit en confinement ? C’est possible !

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À la fin des années 70, au début des années 80, « Huit, ça suffit ! », une série télévisée américaine était très populaire. Une cinquantaine d’années plus tard, et une fois de plus, la réalité a rattrapé et même dépassé la fiction. Chez Florence, à Malmedy, elles et ils sont huit aussi et eux, et elles, sont en plus confiné-es ! Comment se passe une journée ? Lisons le tout de suite !

Lever

On a l’habitude d’entendre sonner le réveil pour aller au travail ou encore à l’école… Aujourd’hui nous sommes le 15 avril, jour de confinement. Il est 7h30 du matin. Ce n’est pas le réveil qui fait son office mais la voix douce et paisible de maman. Qu’est-ce que je n’ai pas envie de me lever, surtout si j’ai « congé ».

Laver

Une grande famille demande une certaine organisation. Pas question que certains profitent quand d’autres travaillent. Dans le régiment, tout le monde est au même régime. Le pire, quand on se lève tous les huit ensemble, c’est le passage par la salle de bain. Tout le monde veut se faire beau. Maman a anticipé et est prête en nous réveillant. Ensuite, Papa passe dans la salle de bain, s’habille, se rase, se lave la figure, les dents. Pendant ce temps-là, Bertrand se traîne vers la salle de bain, se lave la figure, les dents, passe aux toilettes, se lave les mains,… Toutes ses actions sont lentes et molles. La flemme a pris possession de son corps. Aurélie est prêt de la porte de la salle de bain, elle attend. Elle s’y précipite dès que possible ferme la porte, prend une bonne douche,… À sa sortie entre Lisa qui prend le temps de se faire un petit make up, se lave la figure, les dents,…

Déjeuner

À 8h00 tout le monde est en bas et déjeune. Arrivé dans la cuisine, on entend des râleurs… Aujourd’hui, pour le petit déjeuner, c’est du pain et non des céréales : « On non ! Pas encore du pain ! » ou « Il n’y a plus de gouda ? ». Mathéo ne déjeune pas, il n’aime pas ce pain-là. Il aimerait manger des céréales. Maman explique que le pain doit se manger et ce n’est pas quand il sera sec que l’on en voudra. Eloïse est déterminée à faire changer d’avis Maman et redemande des céréales. Baptiste a envie de manger des flocons d’avoine.

Travailler

Après l’épopée de la salle de bain et celle du déjeuner, celle des ordinateurs. Nous, les enfants, sommes encore tous élèves ou étudiants. Aurélie est au conservatoire, il lui faut un endroit pour répéter et enregistrer. Lisa est en dernière année  d’architecture a besoin d’un ordi rien qu’à elle, d’un endroit calme pour ses appels. Le bureau d’Emma, en 5ème secondaire, est trop petit, elle étudie dans le salon. Mathéo, occupe la pièce de musique. Baptiste, en 1ère année, ne travaille que lorsque maman le lui dit. Et moi, j’ai la chance d’avoir un bureau et un ordi attitré. C’est bien beau tout cela mais comment faire quand on doit tous travailler sur internet et que le wifi bug ?

Dîner

La cloche retentit. Elle appelle tout le monde à table et c’est là, que ça dérape. Le menu, quel problème ! Compliqué de trouver un menu qui plaise à 8 personnes aux goûts différents. Ce midi, saucisses, navets, riz. Certains n’aiment pas le navet, le riz, certains ne mangent pas de viande.  Les moins difficiles mangent de tout les autres…. Lisa est végétarienne, Baptiste ne jure que par les pizzas, Mathéo n’aime rien, Eloïse ne mange qu’avec les yeux. Pour qu’elle mange ça doit être joli et. Moi ? Je ne vis que pour les pâtes ! Pour la personne qui a cuisiné, c’est tout sauf réjouissant. Rares sont les menus qui font l’unanimité avec deux exceptions spaghettis bolognaise et pâtes au saumon. Même pour les frites, il y a des difficiles !

Laver

Après le repas, la vaisselle. Le tout à la main, dans la joie et la bonne humeur (heu). Nous avons instauré un système de vaisselle au début de confinement. Le matin, 2 personnes doivent se dévouer, pour le dîner elles seront 3, pour le repas « pain » 2, cela permet de ne faire la vaisselle qu’une seule fois sur la journée. Quel avantage d’être 8 ! 

Jouer

La soirée est le meilleur moment de la journée, diverses activités sont organisées tel que un Blind Test. Et oui nous avons le pouvoir de créer 6 voire 7 équipes ! Quelle chance ! La vie en confinement à 8 est aussi quelque chose de très enrichissant. La famille a besoin de se réorganiser et de se redécouvrir, de se retrouver, de passer des bons moments. On aurait jamais pu vivre de tels moments sans ce confinement. 

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Auteure : Florence, 19 ans, malmedy

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Pour Maude, 22 ans, tous les jours de ce confinement se ressemblent. Entre les jeux vidéo et les applis de rencontres, elle passe le temps et tente de combler le vide.  

Confinement jour 3. Ou 4. Je sais plus.

Chaque matin, c’est le même rituel. 7h du matin, je me réveille, je traîne au lit. Je suis sur mon téléphone, je réponds vaguement aux messages que je reçois sur les différentes applications de rencontres que j’ai installées. Aaaah, ils se ressemblent tous, quelle tristesse. 

8h du matin, je mets de la musique. Pas trop fort, mais pas trop doucement non plus. Je sais que ça va réveiller les voisins mais bon… Est-ce que je m’en soucie ? Pas vraiment. Je vis ce confinement seule et j’ai besoin de meubler le vide. Menu : thé vert, fruit, céréales. Là aussi, la routine ne change pas.
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de ma journée ? Appeler mes potes ? Ça fait déjà six fois en trois jours que je les appelle.  Appeler mes parents ? Non, ils se feraient un malin plaisir de trouver quelque chose à critiquer, même à distance. Bon et bien… Il ne me reste plus grand-chose. J’ai acheté un jeu vidéo, dans lequel tu peux simuler une vie parfaite. Peut-être que je devrais faire ça, vivre ma meilleure vie à travers la simulation puisque dehors c’est interdit.
Le temps passe si vite, et en même temps j’ai l’impression que le monde est mis sur pause. Au bout d’une -petite- semaine de confinement, j’ai déjà fait le tour des amis à appeler, des activités à faire… Peut-être serait-il temps de se retrouver avec soi-même, dans le silence ? Ah, quelle idée déplaisante. Alors, je fais une sieste. Et je rejoue aux jeux vidéo. Et je mange. Et j’ennuie mes amis. Et un nouveau jour se lève.

Confinement jour 5

Céréales, thé, fruit. Musique. Voisins qui râlent. 

Je cherche sur internet les codes de triche du jeu pour avoir plus d’argent, à défaut d’en avoir en vrai. Bon, je vais discuter un peu en ligne. Dans ma petite boîte à messages d’un site de rencontres bien connu, un message se démarque des autres.  ‘’Ravi de rencontrer quelqu’un qui déteste les champignons autant que moi’’. Incroyable, quelqu’un qui sait lire une description. Je réponds. Il est plutôt mignon, la conversation est chouette, il est où le piège ? Ah, le voilà, il habite dans le pays d’à côté, et on ne parle pas la même langue. Peut-être pourrais-je profiter de ce «congé » forcé pour apprendre le néerlandais, qui sait ? 

Je pourrais aussi en profiter pour me remettre au dessin. J’ai toujours voulu faire une école d’art, mais je n’ai jamais trouvé que ce que je créais était assez bien que pour me proclamer artiste. Et puis mes parents étaient contre. Mais maintenant que je vis seule, dans mon propre appartement, je vais dessiner. Bon, ça doit être comme faire du vélo, ça ne s’oublie pas. Finalement, je m’en suis plutôt bien sortie. J’ai quelques fois déraillé, mais ça ressemble à quelque chose d’à peu près correct. Le plus dur pour moi dans le confinement, c’est vraiment d’être seule. Je viens d’une grande famille, où il y avait toujours du bruit, peu importe l’heure, toujours quelque chose à faire. Et là… Rien. Le vide. Moi, moi-même, et mes pensées. L’idée de me retrouver seule face à moi-même a toujours été quelque chose qui m’effraie, et pourtant, m’y voilà forcée ! Quelle ironie. Merci le pangolin.

Avant ce confinement, je n’étais jamais restée aussi longtemps chez moi. Je redécouvre mon appartement. Je le décore. J’y accroche mes dessins. 

Oh, et j’ai fait des cookies. Bon y en a une dizaine, je ne vais pas pouvoir tous les manger seule. Puis j’ai toujours préféré la pâte à cookies plutôt que le biscuit cuit. Peu importe. Ils feront office de décoration dans ma cuisine ! 

« Slaap lekker » On a discuté toute la journée. 

Confinement jour 6 

Rituel classique du matin, on rajoutera que j’ai traîné au lit devant cette application bien connue qui consiste à faire une chorégraphie derrière une musique. Je me suis toujours moquée des gens qui adoraient cette application, et j’en fais mon plaisir coupable, c’est drôle. 

« Good morning cutie ! » Les messages matinaux font toujours chaud au cœur, c’est toujours drôle de savoir que tu fais partie des premières pensées de quelqu’un.

Bon, mon frigo et mes armoires paraissent un peu vides… Puis je m’ennuie, j’irais bien faire des courses. En arrivant au magasin, il y a de la file. Chaque personne doit obligatoirement prendre un caddie pour y entreposer ses courses. J’ai laissé ma monnaie à la maison puisque c’est quelque chose de sale et qui véhicule on ne sait combien de microbes. Finalement le vigile me montre comment obtenir un caddie sans pièce, ça consiste à insérer sa clé dedans. Pas bête cette astuce, pourquoi je n’y ai pas pensé… Quand je rentre dans le magasin, je me rends compte que c’est la première fois qu’il est autant bourdonnant de monde. J’ai acheté du mousseux, je ne sais pas ce que je vais fêter, mais je trouverai bien une raison. J’arrive à la caisse et là… Masque, gants bleus, combinaison qui lui recouvre tout le corps : une espèce de chirurgien s’approche de mon caddie. « Pardon, je désinfecte votre caddie ». Ah… d’accord. C’est donc ça la pandémie qui nous frappe ? Des minions géants et des rayons de papier toilette vides ? Ce monde est vraiment bizarre.

Je rentre, je mange, encore une fois rien de très surprenant. 

Sauf que ce soir, en cuisinant, on a décidé de se faire un appel vidéo. Il est encore plus mignon que sur les photos, il y a quelques moments de silence, c’est gênant. On rigole beaucoup. Je suis contente qu’il soit là pour combler le silence de temps en temps.

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Auteure : Maude, liège, 22 ans

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Pendant un an et demi, Amélia a eu une sale histoire et on ne peut pas appeler ça une histoire d’amour. Victime de celui qu’elle aimait, elle pense aujourd’hui à toutes les autres femmes qui sont deux fois prisonnières. Une première fois du virus, une seconde fois de leur gars.

Le confinement ce n’est pas chouette. On ne peut plus aller au cinéma, prendre un verre avec des copains, faire ses courses tranquillement ou seulement, bêtement, se balader en paix. Du haut de mes 20 ans, j’ai vécu un tout autre confinement qui, lui, a duré 1 an et demi. Livrée à moi-même, je tombe sous le charme d’un homme qui, au début, avait tout d’un gentleman. Il se présenta comme un héros, il m’a promis la lune et dans mon malheur… je l’ai cru.

L’oiseau était dans la cage. Interdiction de sortir, souffrances physique et mentale, surveillance constante, rabaissement et j’en passe. Aveuglée par ses moments de tendresse entre deux « personne d’autre que moi, jamais ne voudra de toi, Amélia » je ne vivais que par lui. Je restai car j’étais conditionnée, IL m’avait conditionnée. 

Certaines femmes le sont aussi, mais avant le confinement, elles avaient l’opportunité de s’aérer l’esprit. Aujourd’hui, je pense à toutes ces femmes qui, malgré elles, se retrouvent confinées avec leur bourreau. Ces femmes qui s’acharnent à éduquer leurs enfants du mieux qu’elles peuvent, qui malgré leur fatigue et la pression, s’occupent de leur maison comme des chefs et qui ne reçoivent jamais la reconnaissance qu’elles mériteraient. Je veux qu’on pense à elles car quand nous nous plaignons que le wifi bug, elle reçoivent une gifle pour une assiette mal rincée. 

A écouter aussi en podcast ici

Info en plus. Dans “Coronavirus en Belgique: les lignes d’écoute pour les victimes de violences conjugales sont saturées”, une dépêche de l’agence Belga publiée sur le site de la RTBF, on apprend que, depuis le début du confinement, le nombre d’appels passés au 0800/30.030 a doublé. Ce numéro est celui de Ecoute violence conjugale, disponible 7/24, il permet – gratuitement et dans l’anonymat – de parler de la situation. Parler, c’est un premier pas vers une solution.

Auteure : Amélia, 20 ans, namur

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R à distance.

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Qui l’eut cru ?

Qui l’eut cru ?

Qui l’eut cru ? Personne, je crois. Il nous est tombé dessus aussi vite qu’un œuf qui glisse sur le plan de travail (oui, j’aime beaucoup les métaphores atypiques). Je parle de ce qui a bouleversé, en un instant, notre mode de vie, le confinement.

Toi, moi, nous, jeunes humains enfermés quotidiennement dans notre chambre… Ça commence à faire long tu ne trouves pas ?  On a tous sauté de joie en sachant que les cours étaient suspendus, mais qui s’attendait à ne plus voir les moches têtes de nos meilleurs potes pendant si longtemps ? Personne, ni toi, ni moi…Enfin peut-être que tu as réfléchi un peu plus que moi et que t’y a pensé toi…

Dans tous les cas, on est beaucoup à ne pas avoir réalisé ce qui allait se passer. Peut-être que tu t’ennuyais au repas de famille chez mamie et grand-père mais…il ne te manque pas un petit peu là ? N’as tu pas l’impression de ne pas leur avoir dit au revoir ? Ou adieu pour certains ? Stop, on va s’arrêter là, car en plus de ne plus avoir de papier toilette, les mouchoirs nous manqueront aussi.

Ce que je veux dire, c’est que ce confinement doit nous faire comprendre à tous adolescents, enfants, parents, grands-parents,… Que rien n’est acquis. On peut perdre les choses les plus précieuses du jour au lendemain. On peut se rendre compte que nos petits ennuis du quotidien peuvent nous manquer parfois.

Mais relevez la tête, tout n’est pas perdu, bientôt toutes les petites têtes d’humains qu’on adore (ou qu’on déteste) seront à nouveau dans notre paysage et nous serons quand même bien contents. En attendant (car oui, c’est la seule chose qu’on puisse faire…attendre), profite, crée la meilleure version de toi si tu en as de la motivation.

Fais du sport, découvre de nouvelles passions, prends du temps pour toi, prends soin des gens qui vivent sous ton toit, profite de ta famille si elle est là et surtout reste chez toi.  Tout compte fait, le confinement est là pour nous faire ouvrir les yeux sur beaucoup de choses ! 

Auteure : Opaline, Tamines, 15 ans

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Et le reste alors ?

Et le reste alors ?

À voir tous ces articles sur le coronavirus, sur le confinement imposé à ceux qui le peuvent, et à me mettre moi-même en télétravail, je pense à tous les misérables qui sont encore plus laissés pour compte avec ce virus de merde. À la réflexion, je me dis que de nombreuses personnes ne sont pas trop mal… On est vraiment bien dans nos petits appartements, avec nos petites courses, notre wifi et nos livres. Mais les autres ? 

Merde quoi, ce sont encore les plus pauvres qui vont crever pendant qu’on se la coule douce dans notre canap’, à manger des trucs sains et à se remettre au sport ou au dessin. Et ça me met terriblement en rogne !! Franchement, l’humanité me déçoit, et je ne peux m’empêcher – même si je respecte les règles du confinement – de penser qu’encore une fois, ce virus nous montre à quel point notre système est pourri et décadent. Quand un virus peut te tuer directement, toi ou tes proches, tout le monde fait des efforts et respecte les consignes, le gouvernement met en place un système d’urgence, les supermarchés privés font des actions civiles, tout le monde donne du sien et remercie ceux qui sont en première ligne …


“on” a tous des oeillères

En temps normal cependant, quand il s’agit de vivre sa petite vie pépère alors qu’il y a la famine, les guerres, les réfugiés, le réchauffement climatique et j’en passe, là, personne n’est plus là… On en parle peu, on n’y fait pas attention, on consomme et tout va bien parce qu’on ne regarde pas. Quelle hypocrisie ! Des centaines de personnes meurent tous les jours, mais tant que ce n’est pas notre voisin, tout va bien. Et si tous ces maux étaient des virus qui pouvaient nous tuer, seraient-ils alors en voie de résolution ?


Une crise, vraiment ?

Oui, le coronavirus tue, des proches, des voisins, des personnes de notre pays et dans le monde. Le 7 avril, au niveau mondial, la carte de l’université John Hopkins affichait 1 348 628 personnes contaminées et 74 834 décédées. Et tout ce déploiement médiatique, pour un ratio de personnes touchées si moindre comparé à d’autres « crises ». Oui oui, parce que…

Famine

Savez-vous que la famine touche une personne sur neuf dans le monde ? Deux milliards de personnes sont en proie à une grave insécurité alimentaire. Et ce même si nous produisons plus de nourriture que ce qu’il faut pour nourrir les 7,7 milliards d’êtres humains. Et ce même si les principales victimes de la faim sont les populations paysannes, qui produisent donc la nourriture que l’on mange… (1)

 Conflits

Savez-vous qu’en 2017, ce sont 65,6 millions de personnes qui ont dû quitter leur foyer à cause d’un conflit ? Que la guerre et la violence armée est en cours dans plusieurs régions, comme la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, la République Démocratique du Congo, le Nigeria, le Yémen, la Somalie, la République centrafricaine, les Philippines, le Myanmar, la Palestine, le Soudan, la Libye, l’Afrique subsaharienne, le Cameroun, le Sahel, … et que beaucoup de ces régions sont sujettes à de l’ingérence européenne, américaine, russe, chinoise et j’en passe. Juste pour rappel, notre chère FN de Herstal produit des armes qui se retrouvent dans des conflits au Yémen.(2)

Toute cette violence, ce sont les civils qui en sont les premières victimes : hommes, femmes, enfants.

Réfugiés

Savez-vous que nous comptons 22,5 millions de réfugiés dans le monde, dont 1,2 millions ont besoin d’une réinstallation maintenant, et que 84 % d’entre eux sont accueillis par des pays en développement…pas par nous donc. Crise migratoire, oui, mais pour nous ou pour eux ? Le droit d’asile prévu par la Convention de Genève de 1951 ne semble plus d’actualité : les coopérations policières et militaires des états européens à leur frontière, la mise en place de Frontex (Agence européenne de gestion des frontières extérieures) et le discours politique sécuritaire général qui vise à stigmatiser les réfugiés, à banaliser leur cas et à leur rendre la tâche la plus compliquée qu’il soit pour obtenir le droit d’asile, ne font que démontrer la politique commune d’éloignement des étrangers arrivant en situation irrégulière. (3)

Réchauffement climatique

Savez-vous que le réchauffement climatique va entraîner un nombre incalculable de dégâts en tout genre : augmentation du niveau de la mer, ouragans et cyclones en masse, épisodes caniculaires et épisodes de froid polaires, multiplication des feux de forêts, flambée des prix alimentaires dus aux phénomènes météorologiques extrêmes, impact sanitaire, disparition des espèces animales, détérioration extrême de la grande barrière de corail, etc. Et vous pensez que tout ça n’aura aucun impact sur nos vies ? Pensez- vous que l’avancée technologique nous permettra de tout palier ? Et pensez-vous que l’on s’en sortira sans pertes écologiques et humaines désastreuses ? Que nos démocraties à bout de souffle tiendront le coup et géreront ce « collapse » ?  Que l’on continuera à vivre comme on le fait maintenant ? (4)

Je rigole.

Ce coronavirus n’est qu’une petite blague face à l’immensité de l’effondrement civilisationnel qui nous attend. On n’est pas dans un film post-apocalyptique de mauvais goût, on est dans une réalité logique et analytique. Pour preuve ? Simplement la lecture des rapports du GIEC – Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. 

Ce n’est (encore) tout !

Et encore, ce ne sont que quelques exemples parmi les centaines qui existent et cohabitent dans cette humanité malfaisante : cancer, déploiement de la 5G (5), violences familiales et domestiques, criminalité organisée, extrémisme, menace nucléaire, perturbateurs endocriniens, bulle économique, extinction des espèces animales et végétales, amenuisement de l’eau potable, destruction massive des espaces naturelles, acidification des océans, pollution atmosphérique, déclin du pétrole, hyper-globalisation, inégalités effarantes, corruptions, délocalisation, ultralibéralisme, etc. etc. etc. Seulement, tous ces maux-là, tous ces problèmes, on y prête peu ou pas attention. C’est plus facile, ça permet de vivre tranquille, et puis surtout, ça ne se passe pas chez nous ou ça ne se vit / ne se voit pas directement, donc pourquoi s’inquiéter ? Notre confort, nos voyages, notre consommation passent bien avant le souci et la préoccupation de toutes ces vies, qui ceci-dit en passant, sont détruites par notre conduite.  

Système paradoxal, là où un virus nous renvoie à la tronche ce que les plus misérables, les moins bénéficiaires du système vivent tous les jours : la mort qui peut survenir à tout moment. Seulement, les plus pauvres eux, ils ne s’en soucient même plus. Parce que les plus pauvres, eux, ne pensent qu’à survivre malgré toutes les atrocités qu’ils vivent.

Récemment, je lisais d’ailleurs à ce propos le texte de Nesrina Slaoui (6), dans lequel elle expliquait que son père, entrepreneur ouvrier, ne pouvait pas télétravailler et qu’il continuait donc son travail. Pendant que certains se la coulent douce, moi y compris, d’autres continuent à abattre du travail, obligés par leurs conditions socio-économiques. Bah oui, le report des charges sociales, ce n’est pas ce qui va lui sauver la mise en tant que petit indépendant. Madame Slaoui concluait très justement « pour ces privilégiés, le confinement est une accalmie. L’occasion de profiter de leur grande maison en dehors des vacances d’été. L’occasion d’être en famille (…) Ils vous diront que c’est une quête spirituelle, le moment idéal de lire plein de livres, l’opportunité de se remettre au dessin, d’apprendre une nouvelle langue… Ils se sentent, eux, épargnés par la mort ». La boucle est bouclée donc, même si on ne veut pas les voir, les pauvres, les précaires, les misérables, sont eux touchés de pleins fouet par ce système capitaliste et son extrême instabilité, et ce n’est pas un virus qui les épargnera, que du contraire. Pendant que les grosses richesses continuent à s’en mettre plein les poches en détruisant toute forme de vie sur leur passage. 

Réveil, effondrement ?

Quand allons-nous nous réveiller, je vous le demande ? Parce que ce n’est pas avec le peu qu’on fait qu’on y arrivera. Et ce coronavirus n’est sûrement pas « un mauvais moment à passer », mais bien le début du pire. Il faut nous préparer à l’effondrement. En se préparant psychologiquement et matériellement à l’après-croissance, à la post-civilisation thermo-industrielle – s’il y en aura une. En apprenant la décroissance, en créant des espaces de résilience paysanne et socio-culturelle, en abandonnant nos privilèges consuméristes et en respectant notre premier habitat, la Terre. Mais pour l’instant, tout ce que je vois, tout ce que je ressens, c’est que ça fait bien longtemps qu’on nage dans la merde. Et qu’on n’est pas prêt de s’en sortir, virus ou pas virus. Inch’allah j’irai au paradis après cette vie. 

Et juste pour le plaisir, quelques paroles de Dominique Bourg (7) « On ne va pas sortir de la crise, c’est ce qu’il faut bien comprendre. On ne va pas revenir comme avant. (…) On rentre dans une dynamique de changement extrêmement profond et on y entre en fanfare. Il n’y aura pas d’après, il y aura un rappel permanent des difficultés, de la fragilité, du caractère non durable de notre société. Je ne vois pas du tout un retour à la normale. » 

(1) Sources : Nous sommes responsables de la plus grande famine de l’Histoire qui frappe actuellement l’Afrique Australe et des drames à venir,  29 janvier 2020, par la docteure Dorota Retelska de l’Université de Lausanne, Suisse – Source : En 2020, des millions de personnes seront confrontées à la faim, notamment en Afrique subsaharienne, 31 décembre 2019, sur le site des Nations Unies – Source : L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde – rapport 2019, 31 décembre 2019, sur le site des Nations Unies – Source : Pour la troisième année d’affilée, la faim progresse dans le monde, 15 juillet 2019, Mathilde Gérard, sur le site du journal Le Monde, Paris.

(2) Sources : Plus d’enfants meurent dans les pays en guerre que de combattants, 15 février 2019 ATS, sur le site du journal Le Temps, Lausanne – Source : Conflits armés et populations, sur le site d’Amnesty International France  – Source : Quelles sont les principales crises mondiales? La réponse en carte, 23 septembre 2016, Ximena Sampson sur le site de Radio Canada, Montréal.

(3) Sources : Où la guerre fait-elle rage dans le monde ?, 14 juillet 2018,  Ximena Sampson sur le site de Radio Canada, Montréal. Source : Conflits armés, sur le site d’Amnesty International France  – Source : Les réfugiés dans le monde, en chiffre, sur le site d’Amnesty International France  – Source : Le monde compte plus de 70 millions de déplacés, un record selon l’ONU, France 24, 19 juin 2019, sur le site de France 24, Paris.

(4) Source : 13 conséquences concrètes du réchauffement climatique, Emilie Jardin, 26 janvier 2020, sur le site de CNEWS, Paris.

(5) Le déploiement de la 5G par Proximus ces derniers jours réveille des questions auxquelles il n’y a pas encore de réponse. Le principe de prudence voudrait qu’on ne prend aucun risque et qu’on attend des études avant de déployer ce nouveau système. Hélas, ce principe n’est pas respecté.

(6) Nesrine Slaoui (Maroc, 1994), journaliste franco-marocaine à France Télévisions et à Bondy Blog

(7) Dominique Bourg (France, 1953), philosophe franco-suisse et candidat écologiste aux élections européennes de 2019 en France. 

Auteure : Céline, 24 ans, Bruxelles

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R à distance

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Le temps perdu, c’est comme le pain perdu…

Le temps perdu, c’est comme le pain perdu…

Le temps perdu, c’est comme le pain perdu… ce n’est pas perdu. Ça fait 18 ans que je suis sur terre. 18 ans que je vis ma vie de la même façon, enfin presque. Ma vie, on m’a toujours dit de la vivre à fond, de ne pas faire de pause, de croire en mes rêves, d’avancer, de ne jamais être en stand-by, de ne jamais perdre mon temps. En gros, ma vie, je la vis comme on me dit de la vivre; h24 7j/7 au maximum de mes capacités. Sauf que cette vie d’actions, cette vie à 1000 à l’heure, cette vie sans pause a été contrainte de se mettre en pause durant ce confinement. Et cette pause, elle nous offre la possibilité de perdre notre temps ; parce que ce ne serait pas beau, au final, de perdre son temps ?

En écrivant mon texte, assise face aux rayons sporadiques du soleil, j’ai, pendant 5 minutes, 5 longues minutes, perdu mon temps à réfléchir à ce que c’était exactement que de perdre son temps. Bon, j’avoue, je me suis surprise à rire, seule. La situation était burlesque. Perdre son temps à penser à perdre son temps… enfin bref, je me suis rendue compte de cela : si je mets bout à bout tous les moments de ma vie où j’ai perdu mon temps, ça se compte en années. Et sur mes dix-huit petites années de vie, c’est anxiogène de me dire que j’ai perdu autant de temps.

À la place de cela, j’aurais pu construire une deuxième planète pour pallier le réchauffement climatique, inventer un remède contre le coronavirus, trouver la potion magique pour être heureuse ou même mettre au point une stratégie pour que la tartine tombe du bon côté quand elle choit. Enfin, j’aurais pu rendre mon temps utile et rentable. Mais si on se met à penser à tout ça, vous vous imaginez quels êtres humains on deviendrait ? Des machines en quête perpétuelle d’efficience et d’efficacité. Moi, ce n’est pas comme ça que j’ai envie de voir la vie en tout cas.

En réalité, il existe une infinité de manière de perdre son temps. Il existe une infinité de manière de percevoir le temps, de l’apprivoiser, de le dompter, de le gérer. Alors temps perdu, temps gagné ? Ça veut dire quoi ? Et puis cette vision du temps est très binaire. Or, ce dernier s’écoule inexorablement. Nous y sommes plongé-es sans jamais pouvoir nous en abstraire. Donc, puisqu’on ne peut pas le gagner, on ne peut pas le perdre non plus. En fait, ce temps, ce moment quand il est considéré comme perdu par la société ou par son sujet, il est en réalité seulement passé. Qu’il ait été perdu ou gagné, c’est une vision de l’ ”avoir”. Or le temps, jusqu’à preuve du contraire, on ne le possède pas.
Pour l’opinion publique, perdre son temps, c’est surtout s’ennuyer. Parce que lorsqu’on s’ennuie, les minutes s’allongent, deviennent lourdes et pesantes. Or en s’ennuyant, on effectue une tâche qu’il nous est rarement octroyé de réaliser. Celle de penser, librement, à tout ce qui défile dans notre cerveau. De la plus infime futilité à la question la plus existentielle. C’est une dimension qui malheureusement, dans le feu de l’action de nos vies, passe régulièrement à la trappe. Souvenez vous, enfant, laissé seul dehors, vous pouviez passer des heures à contempler les brins d’herbe. Les milliers, les millions de brins d’herbe autour de vous. Alors oui, on aurait pu vous emmener au zoo, au cirque ou à un stage multi-sport à l’Adeps. Oui, de l’extérieur, on aurait pu considérer que vous avez perdu votre temps. Alors qu’en réalité, vous avez formé votre cerveau d’enfant, vos émotions, vos perceptions, votre imagination. Enfin, tout ce qui rime en “tion”.

Puis perdre son temps c’est également faire des choses que l’on n’apprécie pas. Mais là aussi, la perte de temps peut nous être utile car on sait ce qui ne nous correspond pas. Et quel pas dans la vie que de se rendre compte de ce que l’on aime et de ce que l’on aime pas. Tout moment nous est utile, de près ou de loin, il suffit simplement de parvenir à percevoir dans quelles mesures cette perte de temps va nous être favorable. Car, il est certain que les effets ne sont pas systématiquement instantanés. Le temps est dit perdu quand il n’est pas utilisé pour améliorer le futur. Cependant, comment peut-on savoir que l’instant présent est perdu, alors que nous n’en connaissons pas les effets dans le futur. Donc perdre son temps, finalement ça sert toujours. À se construire soi-même, à nourrir son âme. Ou bien si ça ne sert pas, c’est que ça servira à un moment ou à un autre.

Être capable de trouver satisfaction même dans ce que l’on perd, c’est être capable de mener un vie simple. Et… Vie simple, vie heureuse. Le vrai bonheur, il est dans la jouissance du temps perdu, parce que c’est un luxe que d’avoir le temps de perdre son temps. C’est une chance que de pouvoir se perdre des heures dans ses pensées sans culpabiliser de ne pas faire tel ou tel chose, de ne pas entreprendre tel ou tel projet, de ne pas rendre tel ou tel travail. Se laisser vivre, faire preuve de lâcher-prise, il est là le bonheur. Et, bien que la situation que nous vivons ce début d’année 2020 ne soit pas favorable à tous, si elle peut l’être dans une mesure, c’est dans celle-ci : ce confinement nous invite à lâcher prise. Ce confinement nous invite à avoir un autre regard sur ce qu’est la perte de temps.

Finalement, perdre son temps c’est se permettre de perdre la notion du temps. Oublier que le temps passe, oublier cette peur qui anime beaucoup de vivants, cette peur du sablier qui s’écoule. Ne pas être esclave du temps. Ne pas, ne plus en dépendre. Perdre la notion du temps c’est vivre sans compter, finalement. C’est vertueux. Alors dans ce cas, moi je veux bien perdre mon temps. Parce que, quand on perd son temps, on ne le perd jamais vraiment. Alors, prenons le temps, le temps de perdre notre temps, et tant pis pour l’argent.

A écouter aussi en podcast ici

Auteure : Laure, Jupille, 18 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R à distance.

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