Mineure, en Belgique pour échapper à un mariage forcé.

Mineure, en Belgique pour échapper à un mariage forcé.

Rabiatou habite dans un centre d’accueil pour réfugié·es à Bruxelles. Avec une septantaine d’autres femmes ou jeunes femmes – ainsi que quelques bébés et enfants – elle est demandeuse d’asile (1). Elle attend que sa situation soit régularisée, autrement dit, elle espère obtenir le statut de réfugiée (2).

Ma famille est tout pour moi. Ma mère et ma grand-mère sont toujours en vie. J’ai quatre frères et deux sœurs. Mon père,… Je ne le connais pas. Ils habitent tous en Somalie (3) et moi, je suis ici, à Bruxelles, dans le centre d’accueil d’accueil pour demandeurs d’asile. Je voudrais, aussi vite que possible, que tout le monde me rejoigne ici mais c’est très, très compliqué. C’est plutôt un rêve…

Quand j’ai quitté la Somalie, je ne savais pas du tout dans quel pays j’allais débarquer. Si je suis arrivée en Belgique, c’est pour échapper à un mariage forcé. Ce n’était pas possible de refuser ce mariage. On ne peut pas refuser un mariage avec un djihadiste, on n’a pas d’autre choix que fuir ou subir. Toute la famille s’est donc cotisée et on a réussi à récolter 10 000 dollars qui m’ont permis de partir.

Je suis ici depuis quelques mois, j’ai un dossier en cours qui me permettra, je l’espère, d’obtenir le statut de réfugiée. Pour le moment, si j’arrive à ne pas penser à ma famille qui est toujours en Somalie, ça se passe bien pour moi. Mes journées sont celles de tout le monde, je vais à l’école et j’apprends tout doucement le français.

(1) Demandeur d’asile : personne qui a fui son pays parce que sa vie était menacée et qui ne veut pas y retourner.
(2) Réfugié : après enquête sur le terrain, le demandeur d’asile peut obtenir le statut de réfugié. Tant que la situation du pays ne change pas, la personne ne peut être renvoyée vers son pays d’origine. Le statut est de réfugié est valable 5 ans. S’il n’est pas retiré à la personne, le droit de séjourner en Belgique pour la personne est définitivement acquis. Une brochure du ciré est disponible pour en savoir plus sur le sujet.
(3) La République Fédérale Somalie constitue une large partie de la Corne de l’Afrique. Depuis qu’il a accédé à son indépendance en 1960, le pays est traversé par des guerres claniques. La Somalie a connu de terribles famines, en 1991-92 (300 000 morts), en 2011 (29 000 morts). Aujourd’hui encore l’équilibre du pays est plus que précaire. Depuis 2006, le pays souffre d’une guerre civile à laquelle mêlant les troupes régulières, divers groupes d’islamistes radicaux et différents clans.

Auteure : Rabiatou, Bruxelles, 17 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R dans un Centre d’accueil pour demandeurs d’asile.

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De l’IPPJ à la Croix-Rouge

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Difficile de savoir où nos pas nous conduisent… Pour Benjamin, qui se définit, au début de son récit, comme un « gamin de cité », il passera d’une face à l’autre, de la destruction à la réparation, à la reconstruction. Après avoir baigné dans une violente délinquance, il a décidé de s’engager positivement pour le reste de sa vie. Rencontres et projets l’aident à construire son quotidien et celui de l’autre.

Ceci est mon histoire. À 13 ans, j’ai fait des conneries dont je ne suis pas fier. À l’époque, j’étais dans une bande de copains. Avec eux, j’ai fait les 401 coups : je me suis battu, j’ai cassé des voitures et bien d’autres choses de « jeunes de cités ». Un jour tout a basculé. Alors que je me promenais dans la rue, j’ai entendu des cris et je me suis approché. C’était mon bon pote, il était en train de se faire engueuler par ses parents. Ils avaient découvert des vidéos. Sur ces vidéos, on nous voyait en train de commettre les conneries citées plus haut. J’ai tout de suite compris ce qu’il se passait : une victime était là aussi, elle montrait ce que nous faisions. J’ai pris la fuite.

Le déclic
Quelques semaines après, j’ai eu droit à une descente de police chez moi. Les forces de l’ordre ont tout retourné et fouillé mes affaires pour trouver des preuves. Ensuite, j’ai été arrêté. J’ai été interrogé durant de longues heures, ça n’en finissait pas. Je niais des faits que je savais pourtant bien avoir commis. Je gardais la tête haute. J’espérais qu’ils lâchent l’affaire et j’espérais même une libération. Cela ne n’est pas passé comme cela… J’ai été placé en garde à vue et j’ai passé la nuit au poste. Il faisait froid. J’avais juste une couverture de survie pour me couvrir. Je gardais toutefois la tête froide. À bout, épuisé, je finis par m’endormir. Cette nuit-là a été la nuit du déclic. Pour la première fois, j’ai pris conscience que j’avais commis des actes répréhensibles, graves. Le lendemain, j’ai été déféré au tribunal. Face à la juge, je ne cherchais plus à nier les faits. J’assumais pleinement. La juge m’a dit d’un regard ferme et soutenu que je ne devais pas être un méchant gamin mais que la punition qu’elle allait m’affliger me ferait du bien. La sentence tombe : 15 jours d’IPPJ.

DE l’IPPJ à l’école
Ce séjour en IPPJ, je m’en souviendrai. J’y ai fêté mes 14 ans. Ce fut le premier anniversaire sans ma famille. Là-bas, c’était un camp de vacances. Il y avait une salle de cinéma et une autre de sport. Le cadre n’était pas très sévère même si on ne se la coulait pas douce. Mais cela m’a aidé à réfléchir. J’ai rencontré des psychologues et d’autres professionnels. Cela m’a aidé. J’ai vu, pour la première fois, ma mère pleurer. J’ai pris conscience que je devais me calmer. En fait, c’était surtout les menottes et le cachot, avant d’entrer en IPPJ, qui ont provoqué le déclic chez moi.

Après, je suis retourné à l’école. J’ai commencé un petit peu à étudier. Je faisais toujours des petites conneries mais je ne me suis jamais fait choper. Il ne fallait plus que le cauchemar revienne. En dehors de l’école, j’étais chez les scouts. Je me suis intéressé au secourisme. Je me suis formé et je suis devenu secouriste. Cela m’a beaucoup aidé. J’ai fait des bonnes et belles rencontres que je n’aurais pas faites sans la Croix-Rouge. J’ai appris des valeurs essentielles comme l’humanité, la fraternité, assumer et la responsabilité.

Rêver plus loin
La page sombre de mon existence est donc aujourd’hui définitivement tournée. J’ai des projets. Maintenant, je suis secouriste 112, animateur chez les scouts et producteur de films dans une maison de jeunes. J’ai un rêve : ouvrir une asbl pour partager avec d’autres jeunes ma passion pour la création de vidéos.

Auteur Benjamin, Herstal, 19 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R au Service Citoyen

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Alors qu’il avait un an, Jérémie a été adopté. Aujourd’hui, il se confie à nous et nous explique comment il l’a appris. Ce que ça a changé et change pour lui. Au travers de son histoire, il nous parle de l’adoption, de son impact sur les enfants et les familles.

Vers 1 an, j’ai été adopté. Quelques années plus tard, à 8 ou 9 ans, je l’ai appris. Maintenant, je suis très heureux d’être ici avec ma famille.

L’adoption ne se fait pas d’un seul coup. D’abord, il y a quelques petites choses très importantes, on n’adopte pas un enfant du jour au lendemain et puis, il est préférable d’éviter de ne pas changer son prénom : il a été habitué à être appelé comme ça. Ensuite, il ne faut pas le changer d’environnement trop vite, il faut y aller progressivement. Pour commencer, l’enfant passera une demi-journée par semaine dans sa famille, puis une journée et ainsi de suite jusqu’à 7 jours sur 7.

J’ai donc appris mon adoption vers 8, 9 ans, quand mes parents l’ont décidé, quand ils pensaient que j’avais l’âge de comprendre. Il ne faut pas négliger l’état psychologique de l’enfant après cette déclaration. Moi, je l’ai vécu plus ou moins mal et mes points à l’école en ont pâti. Je suis allé voir un psychologue qui m’a écouté, on a discuté et il m’a proposé d’en parler avec mes parents. Pour certains enfants, ce sera peut-être plus facile d’en parler avec leur famille qu’avec un psychologue. Il peut y avoir d’autres solutions : en discuter avec quelqu’un qui a été, lui-même, adopté, en parler avec un proche. Les parents ne doivent pas non plus hésiter à lui dire pourquoi et pour quelle(s) raison(s) la mère biologique a décidé d’abandonner son enfant. Mais également, de lui demander son ressenti de cette situation.

Parlons maintenant de l’état psychologique des parents adoptifs, je n’ai pas beaucoup d’informations, mais j’aimerais vous dire mon expérience. Ma mère, par exemple, a peur que je la quitte pour aller rejoindre ma famille biologique. Pour ma part, je lui ai déjà expliqué que je ne ferai jamais ça. Je ne désire pas voir ma mère biologique, pour moi, elle m’a juste mis au monde et je l’en remercie. À part ça, elle ne m’a rien donné de plus que des problèmes de santé. Mais chacun a sa vision des choses.

Ma maman ne m’a jamais dit concrètement qu’elle avait peur que je veuille retrouver ma génitrice. Mon père, lui, n’a pas de problème sur ce sujet-là, donc je me confie plus à lui qu’à elle. Si je dois donner un conseil aux parents, c’est de ne pas brusquer l’enfant. Par exemple, il faut prendre le temps de dire les choses, de les expliquer, de s’asseoir à une table et d’en parler calmement, dire à l’enfant qu’il a été adopté, qui a été sa génitrice, pourquoi il a été mis à l’adoption. Il faut essayer de répondre à toutes les questions et surtout, lui faire comprendre que l’on ne le regrette pas, que l’on ne le rejette pas…

Moi, dans MA famille, je me sens super bien. Ma famille, c’est mon trésor, je ne la sacrifierai pour rien au monde et sincèrement, maintenant – et même en étant plus jeune – je n’ai jamais pensé au fait d’avoir été adopté. Comme dit le proverbe «  il existe une famille de sang et une famille de cœur ». Pour rien au monde, je ne changerai ma vie actuelle.

Auteur : Thomas, 16 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R lors de l’Été Solidaire à Chaudfontaine.

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Regards croisés sur l’emprisonnement

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Au mois de juin, une équipe de Scan-R s’est rendue à Institution Publique pour la Protection de la Jeunesse (1) de Saint-Hubert. Elle y a rencontré une dizaine de jeunes dont les témoignages seront publiés dans les jours et semaines à venir. Voici les premiers témoignages de Karim et Frank. Pendant une petite heure, ils ont parlé de leur enfermement, de comment ils se sentaient traités, de ce qu’ils espéraient pour la suite. 

Frank (FR) :  De la cour, on ne voit rien. Des grillages et des barbelés. Le haut des arbres, mais c’est tout. Le tronc ? On ne le voit même pas.  De ma chambre, je vois la même chose : le grillage, quelques brins d’herbe, c’est tout.

Karim (KA) : De ma chambre à la maison, je vois la ville, ma ville, toute ma ville. Mon quartier. Les bâtiments, l’eau, les maisons qui s’étirent à l’horizon. Ici, rien.

FR : Vu de ma fenêtre, à la maison, je vois les voisins, la vie, la liberté. Ici, je vois deux poules. Rien de passionnant. Pourtant, elles, elles marchent comme elles veulent. Parfois le chat noir passe et il reste là.  Il ne bouge pas, il ne sort pas. On dirait qu’il a pris perpete. Pourquoi ce chat ne sort pas alors qu’il pourrait ? Nous, on ne peut pas.

KA : Chats et poules n’ont pas de règles. Nous, nous n’avons que cela… Interdiction de parler dans les rangs. Quand on bouge, c’est toujours tous ensemble, en « mouvement (2) ». C’est normal qu’il y ait des règles. C’est normal d’être enfermé après avoir fait ce qu’on a fait, mais certaines sont justes absurdes. Dès que tu sors de ta chambre, c’est silence complet. J’ai oublié ma bouteille d’eau et je veux la reprendre ? Impossible de poser la question avant d’être dehors ou à table… et après c’est trop tard, il faut attendre… « après, après », toujours attendre…

FR : La règle la plus absurde c’est la règle de la sauce. Impossible de se resservir. On peut se ne servir absolument qu’une seule fois. Pourquoi ? On ne sait pas.

KA : Quand 21h sonne, on est obligé de fermer les fenêtres. Ok c’est pour qu’on ne parle pas, ou éviter les tentatives d’évasion. Mais mieux vaut laisser des jeunes parler que des les laisser cuir dans leur chambre pendant la canicule non ? Ils n’ont pas confiance en nous.

FR : Les visites c’est plus une question de confiance…. C’est de l’ordre du manque de respect. On a aucune intimité. Chaque visite est accompagnée et on a droit à rien.

KA : Votre famille peux vous apporter certaines choses mais tout est quantifié. Les boissons, les chips, le chocolat… On peut en avoir une petite quantité, mais après deux jours, il y a plus rien. Les autres jeunes, les familles, plus les surveillants… bonjour l’inimité.  On est une vingtaine dans une pièce, seuls quelques centimètres séparent les différents groupes. On entend tout ce que les autres disent. On voit tout ce que les autres font, et eux voient nos moindres faits et gestes. Super.

FR : C’est gênant. J’ai déjà dit « je t’aime » à ma mère, moi je m’en moque ça ne me pose pas de problème, j’assume.  Mais pour certains, c’est compliqué de communiquer comme ça ses sentiments, limite en public…

KA : La fin des visites, c’est aussi impressionnant pour nos parents. On repart tous en rang, sans pouvoir parler, entouré de gros bras avec des talkie-walkie…

FR : Ils voient les barbelés, ils ont vu des reportages, ils s’inquiètent pour nous.

KA  : Difficile aussi de les contacter par téléphone… On a droit à 3 appels de 10 minutes par semaine. Mais moi mes parents sont séparés. Alors je fais quoi : j’appelle deux fois ma mère et une fois mon père ? Pourquoi je devrais choisir ? Pas le temps de rien quoi que ce soit et en plus, si on doit tout diviser…

FR : Les appels, c’est notre fenêtre vers l’extérieur. Ça fait du bien. Mais quand on parle à nos parents, on ne raconte pas tout, sinon ça les inquièteraient.

KA : Si je suis sanctionné, hors de question que j’en parle à mes parents. Souvent je mens, pour ne pas les paniquer.

FR : Quand on appelle, contrairement aux visites suveillées, on peut au moins parler de tout si on veut… Mais pas trop fort sinon les autres nous entendent.

KA : Les autres peuvent parfois entendre nos conversations privées ave nos familles, alors qu’on ne peut même pas parler ensemble le reste du temps. Je ne peux pas raconter quelque chose de personnel à X, un éducateur ou un surveillant doit toujours être présent… Où est la logique ?

FR : Ici nous n’avons pas notre mot à dire, nous ne sommes jamais écouter.

KA : Les assistants sociaux font genre qu’ils sont ouverts, qu’ils écoutent… Mais en gros, c’est juste pour tout retranscrire dans un rapport. Eux aussi, ils sont contre nous. Ils doivent juste choisir si on peut retourner en famille, si on est replacé en IPPJ, en centre ouvert ou fermé (3), mais ça ne dépend pas de notre progression, juste de notre comportement envers eux. Peuvent-ils nous supporter ou non ? Ca change tout.

FR : Ils s’en foutent de nous. Ils nous traitent comme si on ne parlait pas la même langue. Comme si on était des animaux… avec encore moins de liberté qu’un vieux chat noir et deux poules.

 (1) Selon la loi, une IPPJ est un centre fermé pour personne délinquante de moins de 18 ans. Tout en protégeant la population de ces jeunes, ces centres doivent permettre à leurs pensionnaires de se reconstruire, de se réinsérer dans la société, dans leur famille, dans leur école. La vision des jeunes qui y passent et parfois plusieurs mois et parfois plusieurs fois, n’est pas celle-là. Elles et ils y voient plutôt une prison.

(2) Mouvement, c’est le mot prononcé par les gardiens ou les éducateurs pour annoncer un déplacement.

(3) Une des différences entre les différents genres de centres porte sur la durée du séjour pour le ou la jeune qui y est hébergé·e.

 

Qu’est-ce que la Communauté germanophone ?

La photo qui illustre cet article a été prise à la prison de Mons.

Des détenues ont élaboré, avec l’artiste Olivier Sonck, toute une série de phrases qui garnissent de poésie l’enceinte de la prison. Pour en savoir plus, voyez ce lien.

Auteurs : KaRIM, 17 ans, Liège et Frank, 16 ans, Bruxelles

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R À l’ippj de SAint-Hubert. 

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Africain en Belgique

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Il y a six ans, Wilfried a quitté le Cameroun. Il est venu en Belgique pour rejoindre sa mère. Elle est arrivée en Europe, avant lui, pour sortir de la misère et trouver un meilleur avenir. Wilfried, 16 ans aujourd’hui, se sent chargé d’une mission : s’occuper de ceux qui sont restés au pays. C’est ce qui l’aide au quotidien pour passer au-dessus du racisme, des discriminations.

Être Africain au sein d’un pays qu’on rejoint, c’est parfois difficile… Le regard des gens et sur les choses, sur presque toutes les choses, est différent. Cela fait six ans que j’ai quitté le Cameroun pour rejoindre ma mère en Belgique. Je sais de quoi je parle. Quand je sors dans la rue, ici, la majorité des adultes, blancs, m’observent avec un regard hautain même dans le monde du travail. C’est très frustrant. Tu peux en effet avoir toute l’expérience nécessaire ainsi que les qualifications et les diplômes requis, ta couleur de peau sera prise en considération dans l’attribution d’un emploi. J’ai 16 ans, je ne travaille pas, mais j’ai déjà tout compris.

RETOURNE DANS TON PAYS

Récemment, dans un magasin, on a fait l’objet d’une critique raciste de la part d’une personne âgée qui voulait nous dépasser à la caisse. En fait, mon père n’a pas accepté de se faire dépasser et le monsieur lui a simplement rétorqué que s’il n’était pas content, il n’avait qu’à rentrer chez lui, en Afrique quoi ! En gros, j’ai compris qu’on n’était pas, toujours, les bienvenus ici.

Depuis que j’habite en Belgique, ces situations se répètent régulièrement. Heureusement, tout le monde n’est pas comme cela. J’ai aussi réussi à m’adapter, prendre ma place et à m’intégrer. Même si le mot intégrer est souvent synonyme d’accepter les insultes de l’autre sans rien dire.

LE CACHOT OU LES MOTS

Quoi qu’il en soit, je suis bien ici et j’ai des potes. Je dois prendre parfois sur moi mais j’avance. Je fais ma route. Je ne veux surtout pas porter la cause des Noirs, changer la société. Je trouve que la vie est parfois assez compliquée comme ça. C’est possible d’enlever les préjugés chez les gens mais cela demande du temps. Répliquer, être violent, cela ne sert à rien et cela peut se retourner contre nous. Par exemple, si on te traite de « sale Noir », et puis que tu frappes la personne, c’est direct la police ! Je préfère user des mots, sortir de bons arguments et passer à autre chose.

D’AILLEURS ET ICI, D’ICI ET AILLEURS

Franchement, je ne vois rien de positif à être Africain en Belgique. Je suis très fier, très heureux de ma culture, de mes origines, de ce que nous ont laissé nos ancêtres : la langue, la musique, la terre… Je pense d’ailleurs que le Cameroun est l’un des pays les plus actifs au monde au niveau agricole.On ne va pas se mentir, les Africains viennent en Europe pour sortir de la misère et avoir un meilleur avenir et pour s’occuper de ceux qui sont là-bas. Je dois donc assurer. C’est ma motivation pour passer au-dessus du racisme et des discriminations.

À ceux qui sont restés au pays, on ne se vante pas trop de ces histoires-là mais on ne se cache pas non plus. On se dit les choses : nous exprimons la répression, les discriminations et le racisme que nous vivons parfois. Ils nous soutiennent. Ils disent de prendre sur nous. On nous dit de faire le taf et de revenir au pays, si l’on veut, à la retraite. On n’a de toute façon pas d’autres choix. On ne peut pas revenir au pays avant d’avoir ramené de l’argent. Ce serait synonyme d’échec alors qu’en Europe, à leurs yeux, on avait toutes les cartes en mains.

Pour ma part, je rentrerai peut-être au pays plus tard. A 18 ans, je devrai travailler. Serais-je venu si j’avais vraiment eu le choix ? Je ne sais pas. Je pense qu’on peut se construire un bon avenir ici comme là-bas. C’est une question de volonté même si la pauvreté, elle est plus grande au pays.

Auteur : Wilfried, Braine-le-Château, 16 ans

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Quelle serait la trace que j'aimerais laisser sur Terre ? C’est assez difficile pour moi de répondre à cette question ou de trouver exactement ce que j’aimerais laisser comme trace de mon existence....

Victimes

Les critiques, les commentaires et les clichés, j’essaie que ça me passe par-dessus la tête.Mais quand t’es jeune et que t’as des parents conservateurs, c’est difficile. 22 ans. Je veux vivre avec...

Anxiété

Je suis anxieuse mais on ne dirait pas. Je suis très anxieuse mais les gens ne le voient pas / je ne le montre pas. Tout le monde pense que je suis « je m’en foutiste » et évidemment je ne vais pas...

LES PETITS AVIS, EPISODE 159

Dès le départ, Scan-R essaye de valoriser la parole de chacune et de chacun ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un post, nous les rassemblons donc...

Planète tatou

Le dessin, ça a été, et c’est toujours d’ailleurs, mon exutoire. Une porte de sortie pour les émotions que j’ai eu tendance à emballer. C’est une façon de me concentrer dessus et de les expulser,...

A mon futur enfant

En 2026, Scan-R organise des ateliers d’expressions pour des jeunes adopté·es, leurs proches ou les personnes connaissant la thématique. L’objectif final sera de retrouver leurs témoignages dans une...

LES PETITS AVIS, EPISODE 158

Dès le départ, Scan-R essaye de valoriser la parole de chacune et de chacun ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un post, nous les rassemblons donc...

La loyauté

« Je ne suis pas un loup solitaire, c’est juste que j’ai perdu toute la meute », YL, Larlar 10 (Pardon) J’ai choisi cette phrase car elle nous explique l’importance de s’entourer de bonnes...

Média d’expressions
Individuelle et collective
Destiné aux jeunes
En Fédération Wallonie Bruxelles

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