J’aime

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Lors d’un atelier organisé dans un service d’accrochage scolaire (SAS (1)) à Seraing, Mathieu (15 ans) et Rayan (14 ans), ont expliqué les petites et grandes choses qu’ils aimaient, minuscules ou pétaradantes petites taches de soleil qui réchauffent sans jamais brûler la peau.

Mathieu et les gens 

J’ai appris la mécanique grâce à mon père qui est aussi fou de motos. Depuis tout petit, j’aime la moto, ma première moto, je l’ai eue à mes 5 ans je crois puis après, j’en ai eu plusieurs. J’ai toujours bien aimé rouler, être libre … Quand tu roules, tu peux grimper sur les hauteurs et puis découvrir le paysage. Cette sensation d’être libre est géniale. La moto, c’est de père en fils depuis un moment. Ce que j’adore quand je roule en moto, c’est d’écouter de la musique qui apaise, regarder le paysage, regarder les oiseaux, les rayons du soleil qui tapent sur la visière de mon casque, le bruit du moteur qui fait vibrer tout mon corps.

MATHIEU ET LES CHOSES

Dans les gens qui comptent pour moi, il y a mon très bon pote Anthony. Dès que tu as un problème, il est là pour toi. Avec lui, je peux avoir des fous-rires et tout, on s’amuse toujours bien. Un autre avec qui je m’amuse, c’est Sarah, ma cousine. Elle, je l’adore, on fait plein de choses, on mange, on monte à cheval… J’adore passer du temps avec elle. Avec elle aussi, on rit pour rien et tout le temps ! Un jour, je lui apprendrait à rouler à moto et on aura un truc en plus pour s’amuser. Il y a Sarah, Anthony et puis il y a ma copine. Passer du temps avec elle, sa joie, sa bonne humeur, sa façon de parler, j’adore… J’adore tout chez elle-même si de temps en temps, on s’embrouille, je l’aime. Je serais prêt à tout pour elle, pour qu’elle soit heureuse et qu’elle n’ait pas de problème.

RAYAN, la play  ET L’école 

Le travail scolaire, c’est pas mon fort… Alors, je préfère jouer que de travailler. Jouer à la play, ça m’occupe et ça m’amuse, travailler, ça me rend fou. Je supporte pas, je perds mon temps. Par contre, j’aime le travail manuel, la soudure, la peinture et la menuiserie. C’est comme quand je vais dehors, je m’assois sur un banc et je joue sur mon téléphone, sur des applis. J’aime aussi me retrouver dehors avec des amis et parler de nos journées. Mon objectif, c’est de retourner à l’école, l’école c’est mieux, je dois être respectueux.

(1) Le Service d’Accrochage Scolaire (SAS) apporte une aide sociale, scolaire, éducative aux jeunes de 6 à 18 ans qui ne fréquentent plus l’école mais qui souhaitent y retourner. Il tente, à travers cours et activités, de ramener filles et garçons sur les bancs. À l’inverse de ce qui est fait dans une classe normale, le projet de chacune et chacun est individualisé. Il y a une quinzaine de SAS à Bruxelles et en Wallonie.

AuteurS : mATHIEU – 15 ans, RAYAN – 14 ANS

Ces articles ont été produits lors d’un atelier Scan-R au SAS DE SERAING. 

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Je ne suis pas mort !

Je ne suis pas mort !

Mourad a survécu à un incendie. Il raconte son combat pour revenir à une vie aussi normale que possible. Entre décès de personnes – très proches – et difficultés à reprendre le dessus, il nous emmène sur un chemin compliqué qu’il quitte maintenant, petit à petit, pas à pas.  

2017, avec la famille, on emménage dans une nouvelle maison. Quelques jours après, au matin, des ouvriers de la ville vérifient le compteur électrique. Vers 3 h du matin, il y a eu un gros problème. Tout le rez-de-chaussée s’embrase.

…

À mon réveil, à l’hôpital, je ne savais pas ce du tout ce qui s’était passé, où j’étais, je ne me souvenais de rien, de rien du tout. Je ne savais pas bouger et je n’avais aucune notion du temps. J’étais auprès de mon frère, hospitalisé lui aussi suite à l’incendie. Mon beau-père restait auprès de nous.

Très vite, j’ai compris qu’on me cachait des choses. Je posais des questions et quand j’avais une réponse, si j’en avais une, cela restait toujours très vague, très incomplet, très imprécis. Dès que j’ai pu le faire, alors que ma vue n’était pas encore complètement rétablie, je me suis connecté à Internet. Je voulais découvrir ce qu’on ne me disait pas. En arrivant sur mon profil Facebook, j’ai regardé mon mur et j’ai très vite compris que beaucoup, beaucoup de choses s’étaient passées.

Les messages de mes amis et de ma famille me souhaitaient du courage, ils me présentaient leurs condoléances… J’ai donc appris, via Facebook, que ma mère et un de mes frères étaient morts pendant l’incendie. J’étais resté cinq mois dans le coma.

De mon coma, je ne me souviens que de mon dernier rêve. Je faisais un concours de celui qui buvait le plus d’eau. Avant de me réveiller, dans mon rêve, j’en buvais tellement que je vomissais. Parmi les choses très compliquées, en plus de la perte de ma mère et de mon frère, le plus difficile a été de réapprendre le plus simple : manger, marcher, courir, sociabiliser. Souvent, j’ai failli tout lâcher : j’en avais marre de voir tout le monde faire des choses si facilement, alors que moi, en faisant 20 fois plus d’efforts, j’avais beaucoup du mal.

C’est mon caractère de têtu qui m’a fait tenir en me disant que personne ne ferait ma rééducation à ma place. C’est dans le Centre médical zeepreventorium que j’ai été rééduqué et aujourd’hui après ces immenses efforts, ça va beaucoup mieux.

Auteur : Mourad, Liège, 22 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R. 

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La liberté et ses limites.

La liberté et ses limites.

Peut-on être quand les limites, les frontières existent. Quelles sont les limites, quelles sont les frontières… Est-ce que la liberté est la même pour tout le monde ? C’est à ces grandes questions qu’Alison a consacré la réflexion qu’elle partage aujourd’hui.

Liberté, ce mot si complexe qui peut se décliner de tellement de façons différentes, liberté de circuler, liberté d’accueil, liberté d’agir, liberté de vivre tout simplement. Alors que nos libertés de circulation sont … inestimables en Europe occidentale, notre liberté d’agir s’amenuise petit à petit, peu à peu…

Qu’en est-il de cette liberté de circulation en dehors des frontières européennes ? Il existe un fossé énorme des États de droit – comme par exemple les USA où la liberté semble sans limite – et des États dans lesquels fuir son pays n’est même pas envisageable.

Dans les territoires Palestiniens, par exemple, la majorité des personnes ne sont pas autorisées à quitter leur village. Pour les plus chanceux qui réussissent à partir, ils n’ont pas le droit de revenir après 6 mois passés ailleurs… Entre la volonté de partir et la crainte de ne plus pouvoir revenir, le choix de migrer devient difficile. “Vous ne savez pas dans quelle liberté vous vivez au quotidien. Nous, on sait ce que c’est. C’est ce dont on rêve tous les jours” témoignait une habitante palestinienne de Jérusalem.

Voilà où nous en sommes aujourd’hui, l’endroit de notre naissance et nos origines sont ce qui détermine toutes nos libertés, tous nos droits. Afin de pallier le manque d’actions des politiques nationales face à ce qu’on pourrait appeler une crise d’accueil, des citoyens ont décidé d’agir en créant, par exemple, une plateforme d’hébergement (1). Elle permet aux habitants de Belgique d’offrir un toit, d’accueillir des personnes qui ont fui leur pays. Les actes de certaines de ces personnes ont été criminalisés (2).

Des manifestations et d’autres actions pacifiques ont également été organisées afin d’interpeller les politiques mais la seule réponse qui a été donnée, c’était plutôt la répression. On peut dès lors se poser la question suivante : où est la liberté d’action des citoyens et jusqu’où oserons-nous aller pour être entendus par la sphère politique ?

(1) L’initiative la plus concrète est celle de la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés. Un  espace d’informations et de coordination des actions et initiatives citoyennes de solidarité avec les demandeurs d’asile, les réfugiés, migrants ou exilés, à Bruxelles et en Belgique.

(2) Cet article de La Libre.be permettra d’en savoir plus sur les dernières évolutions.

 

Auteur :  Zoé, Brabant-Wallon, 21 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R. 

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Un chez moi …

Un chez moi …

Regard blasé et paroles “cash”, Mélissa nous parle comme à un pote, tout en nous faisant comprendre que la boss…. C’est elle ! Elle l’affirme et s’affirme d’ailleurs : elle est adulte. Pas de quoi tromper tout le monde cependant. Sous son maquillage, ses piercings et son attitude, son visage poupin pointe. Un physique qui reflète son sentiment, sentiment d’être parfois prise entre deux mondes : celui des responsabilités, le monde des adultes, et celui où on l’infantilise. Comment se construire et grandir lorsque les fondations s’effritent ? La solution ? Elle vient avec un logement à elle, un « chez soi ».

La cité. Mon terrain de jeu. De jeu, et d’attente. Quand j’avais huit ans, je restais dans la rue jusqu’à 2 ou 3 h du matin. Non, ce n’était pas un choix. Si je restais dehors, c’est parce que ma mère était au café, et que je n’avais pas les clés pour rentrer. Alors je traînais… Chez des amis et surtout dans la rue. Avec ma mère, ça a toujours été dur. Très dur. Les années ont passé, j’ai vécu chez d’autres membres de ma famille, chez des amis… La maison familiale ? C’est « chez ma mère », pas chez moi. À 11, 12 ans, j’ai commencé à faire des conneries.

Maman où t’es ?

Les conneries, c’est voler un peu, fumer beaucoup et zoner à la folie. Et tout est vraiment parti en vrille quand mon parrain est mort. Il comptait énormément pour moi. Quand je n’étais pas bien, il était le seul à m’écouter. M’écouter et me comprendre. Il était toujours là pour moi. Quand les autres me rabaissaient, lui, il me soutenait. Quand il est parti, j’ai eu comme un vide. Je me suis mutilée. Et puis je me suis rendu compte que ça ne servait à rien. Je me suis fait virer de l’école. J’étais mal dans ma peau. Je ne faisais plus rien. Et puis j’ai décidé de me battre. Me battre pour m’en sortir. Ça a été dur, mais j’ai finalement trouvé la solution, et j’ai obtenu ce dont j’avais besoin et voulais pour m’en sortir.

Un toit à moi

J’ai réussi à avoir un kot. Une chambre, une cuisine et une salle de bain. Pas de colocataires. J’ai toujours dû me débrouiller toute seule, alors ça ne change pas grand-chose pour moi, mais au moins je ne me prends la tête avec personne. Je peux inviter des amis, sortir. Il y a des éducs pour nous surveiller parce qu’on est plusieurs jeunes à avoir un kot dans le même bâtiment, mais ils sont sympas et nous laissent vivre notre vie. Je ne parle plus à ma mère. Elle m’a empêché d’aller à l’enterrement de mon parrain à l’époque. Je ne l’accepte pas. Mais c’est de sa faute, si elle avait joué son rôle de parent, je n’en serais pas là.

Aujourd’hui, je suis responsable de mes actes. Avoir mon kot, ça m’a rendu plus mature.

AuteurE : Melissa, 16 ans

Cet article a été réalisé lors d’un atelier Scan-R AU SAS DE VERVIERs.

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Opération tutmaç

Opération tutmaç

Zilan aime beaucoup la photographie. Quand elle passe du temps dans sa famille de Turquie, elle aime prendre le temps de regarder tout ce qui se passe autour d’elle. Elle nous emmène avec elle et nous propose de la suivre dans la confection d’une recette typique de soupe au yaourt.

Un matin d’été, très chaud, dans mon village des montagnes du sud-est de la Turquie, côté kurde, la voisine appelle ma tante. Avec d’autres, elle veut préparer des tutmaç, petites pâtes carrées destinées à entrer dans la composition d’une yayla çorbasi(1), délicieuse soupe au yaourt. Pour moi, c’est l’occasion rêvée de dégainer mon appareil photo et de saisir les meilleurs instants de “l’opération tutmaç” !

À l’arrière de la maison, elles s’installent dans un jardin avec vue sur la montagne. On dit qu’autrefois, il y passait des combattants kurdes. Je me vois encore scrutant l’horizon dans l’espoir d’en apercevoir ne serait-ce qu’un seul et ainsi, de pouvoir le raconter fièrement aux autres. Ceci ne se produisant pas, je laisse toute mon attention aux préparations en cours, au parfait travail à la chaîne qui se déroule devant moi. Appareil en main, je les regarde toutes s’appliquer à la tâche et je prends des photos.

Une grande bâche bleue a été étalée sur le sol. Des petites tables, rondes et basses, ont été disposées. Les tâches sont réparties entre toutes les femmes et on se lance dans travail. Une première femme se charge du pétrin. Elle forme des petites boules de pâte qu’elle distribue à quatre autres femmes. Elles ont pour mission d’étaler, avec un long rouleau à pizza, cette pâte au maximum. Tout cela doit être aussi grand et aussi fin que possible. Enfin, ou presque, une sixième vient chercher les pâtons et les dépose, un par un, sur un gigantesque drap pour les faire sécher. Une fois que le soleil a fait son travail, elle les apporte à une toute dernière qui se charge de les entreposer et de les couper pour obtenir les fameux tutmaç.

Ce spectacle était inspirant et enrichissant. Il y avait cet esprit un peu spécial, ce travail d’équipe, cette entraide et ce but commun : préparer une super soupe pour tout le monde. Sous un soleil de plomb, elles travaillaient avec un immense sourire et parfois, avec un esprit de compétition pour savoir qui étalerait le plus de pâte en un minimum de temps.

J’ai saisi chacun de ces instants avec mon appareil photo. Après coup, me reviennent les sentiments ressentis au moment où l’obturateur s’est ouvert. Parfois, les personnes avec qui je partage mes photos sont gagnées par la nostalgie : elles leur donnent l’envie de retourner au village. J’estime alors que ce sont de bons et beaux clichés. J’ai su faire ressortir l’ambiance présente et j’en suis assez fière… Chose rare chez moi.

(1) Découvrez cette recette en cliquant ici.

Auteur : Zilan, BruXELLES, 25 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R. 

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Je suis venu te dire que je m’en veux

Je suis venu te dire que je m’en veux

Au mois de juin 2019, une équipe de Scan-R s’est rendue à l’Institution Publique pour la Protection de la Jeunesse (1) de Saint-Hubert. Elle y a rencontré une dizaine de jeunes. Voici le texte qu’Antoine a écrit. Ce qu’il regrette le plus, ce n’est pas les faits qui font qu’il est là, c’est la distance obligée entre lui et sa maman. Ce qu’il souhaite, c’est sortir, une bonne fois pour toute, de la spirale de la délinquance et suivre une formation.

Reconnaître ses torts

Je suis en IPPJ depuis une semaine tout juste. C’est la quatrième fois que je viens dans un établissement comme celui-ci. Quand le juge m’annonce que je vais retourner en IPPJ. Je suis toujours triste. Cela veut dire que je vais être séparé de ma famille, de mes ami·e·s. Le plus dur, c’est avec ma mère. Elle est très importante pour moi et je sens qu’elle est triste. Chaque fois, je la vois pleurer. Je ne lui jamais demandé pourquoi elle était triste mais je crois que c’est parce que j’ai toujours été avec elle. Ma mère découvre toujours que j’ai fait des bêtises lorsque la police vient à la maison. Elle est en colère et triste en même temps. « Pourquoi tu as encore fait ça ? ». Elle dit que je donne une mauvaise image à mon petit frère. Moi, je suis dégoûté. Je ne dis rien. J’assume les actes. C’est une question d’honneur avec les copains. Je ne les balance pas. Je suis loyal et je reconnais mes torts.

Profil bas

Lors de l’interrogatoire, je pense à mère et mon frère. Je me rends compte que je vais être séparé d’eux. Je fais profil bas devant la police et le juge. Je ne parle que des faits et jamais de mes émotions. Lorsque j’arrive à l’IPPJ, le premier jour, je téléphone tout de suite à ma maman. Je lui explique comment est la chambre. Je lui dis qu’elle me manque et que je regrette ma connerie. Elle ne pleure pas mais j’entends qu’elle est triste. Maman me pose plein de questions sur ce que j’ai fait et elle me dit de réfléchir durant le placement à ce que j’ai fait. Elle m’aide, elle me soutient.

Les visites

Il n’y a que trois appels de dix minutes par semaine. J’appelle donc ma mère parce que je suis loin d’elle et qu’elle me manque. Je sais que pendant deux mois, je ne pourrai pas la voir. À l’IPPJ, nous avons droit à deux visites d’une heure par semaine mais ma mère habite trop loin. Elle ne peut pas venir. Et puis, je n’ai pas trop envie qu’elle me voit ici car mon père, avant, il était en prison. Je n’ai pas envie qu’elle m’assimile à mon père. Mon père, c’est mon père et moi, c’est moi.

Les appels

Durant les appels, je demande des nouvelles de mes 3 frères. Je lui demande qu’elle m’explique ce qu’elle a fait durant la journée. Elle me demande aussi ce que j’ai fait aujourd’hui, ce que j’ai mangé… Ça ne me plait pas trop de raconter mais ça permet de la soulager. Raconter, ce n’est pas mon truc : tous les jours c’est la même chose. On a des cours comme à l’école en groupe, des travaux à faire dans la chambre, du sport. Cela permet de s’occuper.

Dehors

En dehors de mes périodes en IPPJ, je ne suis pas proche de ma maman. Je sors souvent le soir avec mes amis. J’aime me poser avec eux et parfois faire des mauvais coups. Cela dépend. Je n’écoute pas beaucoup pas maman. J’étais un peu con, je devrais l’écouter plus, je ne serais sûrement pas ici. Maman m’encourage à rester à la maison et à limiter les mauvaises fréquentations. Je n’ai pas peur de lui dire que je l’aime et que je tiens à elle parce c’est ma mère et qu’elle le mérite.
Je regrette d’être en IPPJ car je ne suis pas avec elle. Elle ne mérite pas ça. Je culpabilise davantage de mettre ma mère dans cette situation que pour les faits que j’ai réellement commis.

Demain …

Il est temps que tout cela s’arrête. Je n’ai pas envie d’aller en prison. Je veux que ma mère soit fière de toi. L’école, c’est important. J’aimerais y retourner. Je pense suivre une formation en maçonnerie. Mon père était maçon. Il m’a déjà montré son travail et cela m’a plus. Si après, je trouve un boulot. Ce sera plus facile pour moi. J’aurai une vie plus stable. J’espère pouvoir fonder une famille. La solitude, je l’ai connue ici en IPPJ et je ne la souhaite à personne, surtout à mes frères.

 (1) Selon la loi, une IPPJ est un centre fermé pour personne délinquante de moins de 18 ans. Tout en protégeant la population de ces jeunes, ces centres doivent permettre à leurs pensionnaires de se reconstruire, de se réinsérer dans la société, dans leur famille, dans leur école. La vision des jeunes qui y passent et parfois plusieurs mois et parfois plusieurs fois, n’est pas celle-là. Elles et ils y voient plutôt une prison.

Avant de quitter l’IPPJ, gardiens et éducateurs expliquent que si le régime est tellement contraingnant, s’il y a tellement de règles et si elles sont précises à ce point-là, c’est parce que les jeunes qui sont enfermés à Saint-Hubert, ou ailleurs, n’ont plus aucune notion des lois, de ce qu’on peut faire ou pas, de ce qui est admissible ou inadmissible. “En serrant la vis à ce point, on espère que quand ils seront de nouveau libre, ils se rappeleront qu’on ne peut pas faire tout ce qu’on veut…” conclu le chef des gardiens.

La photo qui illustre cet article a été prise à la prison de Mons.

Des détenues ont élaboré, avec l’artiste Olivier Sonck, toute une série de phrases qui garnissent de poésie l’enceinte de la prison. Pour en savoir plus, voyez ce lien.

AuteuR : Antoine, 17 ans, Charleroi

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R À l’ippj de SAint-Hubert. 

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