Chocolat & mozzarella : la mixité culturelle vue par un fils d’immigrés italiens

Chocolat & mozzarella : la mixité culturelle vue par un fils d’immigrés italiens

Si le grand-père d’Alexandre était amené à parler de ses lointains aïeux, il ne commencerait probablement pas par “Nos ancêtres les Gaulois…” mais plutôt par “Nos ancêtres les Romains…” Ce qui est plutôt pénible, c’est qu’encore et toujours, des individus le ramènent, le raccourcissent, le réduisent à ces lointaines origines.

”Je viens du Sud…”

« Je viens du Sud, et par tous les chemins, j’y reviens (1) », cette petite phrase ne vous dit peut-être rien, c’est le refrain d’une chanson, un peu ringarde, de Michel Sardou. Cette citation, c’est, un peu, l’histoire de ma vie : mes grands-parents italiens ont immigré en Belgique à la suite de la demande gouvernementale pour engager des mineurs et relancer l’économie belge (2). Je ne vous apprends rien : quand l’immigration est là, le racisme n’est jamais loin. La Belgique fait ressentir aux immigrés le fait qu’ils doivent – et non peuvent – s’intégrer en acceptant de nouveaux us et coutumes. Cette pression, mes grands-parents l’ont ressentie, mes parents l’ont ressentie, et je l’ai moi-même ressentie. Cela se traduisait notamment par des railleries de cour de récré : « Eh le rital, tu vas manger des pizzas ce soir ? », par des propos racistes : « Retourne dans ton pays ! » ou encore par des regards désapprobateurs lorsque ma mère me parlait en italien dans un lieu public.

Je suis toléré

Le simple fait de venir d’ailleurs m’oblige à m’adapter : on me tolère, mais on ne m’accepte pas. Je finis donc par effacer une partie de mon identité : ce qui faisait ma fierté quand j’étais enfant m’apparait désormais comme un fardeau que je dois porter. Je ne mange plus la cuisine italienne de ma maman avec le même entrain, j’exècre les musiques de tarentelle (3), je ne prends plus de cours de langue pour perfectionner mon italien, je trouve des excuses pour ne plus accompagner mes parents en Italie, etc.

S’effacer

Cette situation n’est pas souhaitable : je suis entièrement contre le fait de devoir effacer ma culture pour que l’on ne me fasse pas de réflexions dérangeantes. Pour moi, un changement sociétal est nécessaire : la différence de culture devrait être célébrée et non réprimée. Une des choses qui me procure énormément de plaisir est de faire découvrir à des amis le gout exceptionnel d’une mozzarella de bufflonne (4), les paysages à couper le souffle de la côte ou la joie de vivre avec laquelle vivent les Italiens.

À quand le mélange ?

Je dois cependant faire la part des choses : mes parents ont également exercé une pression sur moi en me forçant, en quelque sorte, à revendiquer une culture quand je n’en avais pas forcément envie. Je pense qu’ils avaient tant peur que nos racines s’évaporent, qu’ils se sont assurés que je mange italien, pense italien, me comporte en Italien. Selon moi, ce n’est pas une bonne chose non plus et cela peut même entrainer de l’animosité envers la culture du pays d’accueil. Combien de fois n’ai-je pas entendu mes parents dire, sur un ton condescendant, « Mon Dieu, c’est vraiment des Belges ceux-là. », comme si la nationalité belge était quelque chose de négatif. J’ai la conviction que si les nationaux font sentir aux immigrés (et soyons réalistes, ceux qui subissent le plus de discrimination ne sont plus, de nos jours, les Italiens) qu’ils sont acceptés (et non seulement tolérés), le problème sera en grande partie résolu. Je pense que la mixité culturelle est une chose magnifique qui nous permet de comprendre l’autre. La compréhension permet de ne plus avoir peur de l’autre, or comme dirait Maitre Yoda (5) : « La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine … mène à la souffrance. »

(1) Je viens du Sud est une chanson de Michel Sardou, parue en 1981. Elle a été reprise par Chimène Badi (France, 1982). (2) En 1946, à la sortie de la deuxième guerre mondiale, la Belgique doit relancer la machine industrielle. Pour nourrir cette machine, il faut l’indispensable charbon. Problème, les Belges ne veulent plus travailler dans les mines. Dans un premier temps, ce sont les prisonniers de guerre allemands qui descendront dans le trou mais quand, peu à peu, ils sont libérés. Il n’y a plus personne. La solution pour la Belgique ? Aller chercher de la main-d’oeuvre ailleurs. L’accord entre l’Italie et la Belgique est signé le 23 juin 1946. 50 000 travailleurs italiens travailleront dans nos mines. Un lien pour en savoir plus sur cette épisode de l’immigration. (3) Les tarentelles sont des musiques traditionnelles du sud de l’Italie. (4) La mozzarella de bufflonne est un fromage italien réalisé à partir du lait de jeunes vaches d’une race particulière, élevées de manière particulière, nourrie d’une manière, également particulière. (5) Maitre Yoda fait partie de la saga Star Wars, il est à la fois, le plus sage et le plus instruit de toutes les personnes de cet univers. Bien qu’ immensément doué dans le maniement des armes – et notamment le sabre laser – il est profondément pacifiste.

Auteur : Alexandre, 22 ans, Liège

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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Scan-R, dès le départ, essaye de donner la parole à chacune, à chacun, à tout le monde ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un témoignage. On a donc décidé d’en rassembler plusieurs. Voici les témoignages de Luca, Christelle, Luca et Thomas. 

Les héros meurent à la fin par Luca, 16 ans

La lame est remplie de sang, ses genoux touchent le sol, son coeur est transpercé par son ennemi juré. Le roi est tombé. En voyant ses amis courir, il se sent libre, mais la colline où il se trouve est remplie d’ennemis. Un tir le traverse et le fait tomber de la falaise. “ À sept ans, j’ai commencé à écrire une histoire et puis les années ont passé. J’ai aimé ça : écrire une histoire et devenir plus vieux. Le problème, c’est qu’en devenant plus vieux, je n’ai aucune confiance en moi. Ce sentiment a commencé à m’habiter suite à un rejet d’une fille qui me plaisait. J’ai alors compris qu’il était possible de ne pas convenir, de ne pas être assez, de ne pas être aimé pour ce qu’on est spontanément. Le monde réel m’a déçu. Alors, j’ai commencé à modifier les caractéristiques de mes personnages. Je suis en quelque sorte jaloux d’eux, car contrairement à moi, ils ne vivent pas dans le monde réel. Je me déteste car je suis peut-être trop réel. Et comme je crée les personnages à mon image, je les tue à la fin. Je n’aime pas le monde réel, avec la politique ou le travail, je préfère un autre monde que je peux construire. Un monde où mes personnages sont libres. Plutôt que de le quitter moi, ce sont mes personnages que je fais mourir. Mais là n’est pas le fin mot de mes histoires. Après leur mort héroïque, je les ressuscite à chaque fois, au même titre que je décide chaque jour de continuer à vivre dans l’espoir de devenir un homme libre. Toutes ces histoires inventées me donnent envie de devenir écrivain et réalisateur de films fantastiques et d’action. Ma famille me dit qu’il faut que je revienne dans le monde réel et que j’ai plus de chance de réussir dans l’électricité, qui est mon option, plutôt que dans la fiction. Aujourd’hui, je vais avoir 17 ans et j’ai toujours envie d’y croire et de faire de mon plus grand rêve ma réalité. N’est-ce pas ça, le chemin de la liberté ?

#Nobra par Christelle, 18 ans

Je m’appelle Christelle, j’ai 18 ans. Depuis trois ans, je ne porte plus de soutien-gorge. Vivant dans une famille majoritairement composée de filles, il m’a toujours semblé normal d’en porter un : tout le monde en mettait un, je ne voulais pas être jugée parce que je ne m’en mettais pas. Au début, quand je sortais sans en mettre, je me sentais mal à l’aise. On voyait la forme de mes seins et je me sentais regardée. À l’école, il y avait régulièrement des élèves – et principalement des filles – qui venaient me voir pour me dire qu’on voyait la forme de mes tétons et que c’était provoquant et dégoutant. J’essayais de mettre des pulls pour ne pas avoir ce genre de remarque. Beaucoup de personnes pensent que le fait de ne pas en porter peut affaisser la poitrine. Il y a, par exemple, une étude réalisée par le médecin du sport français, Jean-Denis Rouillon qui prouve le contraire, le soutien-gorge compresse la poitrine et empêche une bonne circulation du sang, peut causer des douleurs au dos, des blessures …

 

 

 

 

 

 

 

Je suis parfait par Luca, 15 ans, Vaux-sous-Chèvremont

Mais c’est quoi être parfait ? À vrai dire, c’est facile à vivre, car tout le monde vous envie. Je n’ai aucun problème dans ma vie… Je rigole quand je dis que je suis parfait. En réalité, personne ne l’est. J’ai des défauts comme tout le monde mais je pense qu’il faut avancer tel qu’on est. Personne ne peut vous changer. Personne ne peut me changer. Je suis quelqu’un de très nerveux, je peux me mettre en colère ou stresser pour très peu, par exemple quand je rate quelque chose ou que je dois m’exprimer devant les autres. En fait, j’ai beaucoup de défauts, mais mes amis me connaissent comme quelqu’un de souriant, toujours présent. Le fait de s’accepter soi-même permet d’évoluer. Je suis fier de la personne que je deviens chaque jour. Seul l’avenir me dira comment je vais devenir, si je deviens un homme bien. Peut-être vais-je regretter l’enfant joyeux que je suis à 15 ans ?

Un jour mon rêve viendra par Thomas, 14 ans, Plombières

 À la récré, si je me dirige vers mes amis et que je vois d’autres personnes, que je connais moins bien, je me retourne et je fais comme si je ne les avais pas vus. J’ai peur de déranger. Pour le moment, je stresse : je vais changer d’école et j’ai peur de ne pas avoir d’ami·e·s. À cause de ma timidité, je n’oserai pas aller vers de nouvelles personnes. Aujourd’hui, mon problème de timidité se résout petit à petit. Le théâtre m’aide à la combattre. Pour ne pas me laisser envahir par cette timidité, je dois continuer cette activité. Mais ce qui me fait le plus grand bien, ce qui me fait le plus plaisir, c’est de créer des vidéos pour YouTube. Pour moi, c’est une façon d’échapper à la timidité.

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