Homosexuel, il a dû fuir son pays

Homosexuel, il a dû fuir son pays

Selon Amnesty (1), aujourd’hui dans le monde, une septantaine de pays considèrent qu’avoir une sexualité différente de celle recommandée ou reconnue par la majorité des religions ou les traditions est un crime, une maladie, une honte. Ces pays pénalisent, emprisonnent, torturent ou condamnent à mort les personnes qui ne sont pas dans la norme. Shukri, en danger en Éthiopie, a dû rejoindre la Belgique pour sauver sa vie.

En Éthiopie

Je suis né en Ethiopie (2). D’après une étude datée de 2007, 97% des gens sont homophobes. Ma famille était très conservatrice et religieuse. Depuis que je suis enfant, j’entends des choses négatives sur les LGBTQI+ (3) et cela a été très compliqué pour moi de m’accepter comme je suis. J’ai dû me battre avec moi-même, cacher mon identité. Je devais contrôler la manière dont je parlais, dont je marchais, afin que personne ne remarque que j’étais et suis homosexuel. Cela m’a blessé et ma santé mentale n’était pas au beau fixe. Personne ne me disait : “Eh, Shukri, tu es normal tu sais, il n’y a rien qui dysfonctionne chez toi.” Non, ce que j’entendais depuis mon enfance, c’est que les personnes gays étaient des pécheurs, maudits, et qu’ils iraient en enfer. Grandir dans une communauté comme celle-là n’a pas été simple.

Obligé de me marier

Je suis arrivé à un point où mon oncle a voulu me forcer à me marier avec une fille. Si je ne n’acceptais pas, il m’a dit qu’il me dénoncerait à la police et m’enverrait en prison pour 3 à 15 ans, selon l’article 629. J’ai vu la colère sur son visage et son expression disait tout… Si je n’acceptais pas, j’allais en prison mais je ne pouvais pas non plus me marier. Me marier, cela ne correspondait pas à la personne que je suis. J’ai pensé à ma communauté qui certainement me tuerait s’ils l’apprenaient. J’ai donc décidé de quitter mon pays et de venir en Belgique pour m’exprimer, de la manière dont je le souhaitais. Je suis simplement un humain avec un rêve. Comme un autre être humain, je veux une vie normale, étudier et décrocher le job de mes rêves. Ma question pour tous les homophobes : si je ne fais du mal à personne, pourquoi ne me laissez-vous pas vivre ma vie en paix ? L’amour c’est simplement de l’amour. Depuis quand devrait-il être criminalisé ?

En Belgique

Ici, pour la première fois de ma vie, je fais plein d’activités, je rencontre de nombreuses personnes et je me suis fait un nouvel ami. Ils sont ma nouvelle famille, ma famille choisie. C’est la première fois que j’entends de la part de quelqu’un qu’il n’y a rien qui cloche chez moi, qu’on m’aime, qu’on m’accepte comme je suis. De chaudes larmes de joie ont coulé le long de mes joues. Grâce à eux, j’ai compris ce qu’était l’acceptation de soi et l’amour de soi qui grandissent de jour en jour. Ils m’ont donné de l’espoir.

(1) Cliquez ici pour découvrir les derniers travaux d’Amnesty autour de ce sujet. (2) L’Éthiopie est un pays Afrique de l’est. Il fait presque 37 fois la taille de la Belgique, est 14 fois plus peuplé. L’histoire de ce pays est très riche. C’est le seul pays d’Afrique à n’avoir jamais été colonisé. On l’appelle aussi le berceau de l’humanité, on y a retrouvé le squelette de Lucy, le premier homme de l’humanité (qui était une femme). On l’associe souvent à la famine qui l’a frappé il y a plusieurs années, mais ce pays reste avant tout un lieu riche de traditions. (3) LGBTQI + : Toutes ces lettres désignent les sexualités autres qu’entre une femme et un homme, un homme et une femme : L pour Lesbienne une femme qui a des relations sexuelles avec une femme, G pour Gay un homme qui a des relations sexuelles avec un homme, B pour Bi une personne qui a des relations sexuelles avec une femme ou un homme, T pour Trans, une personne qui est née avec un sexe qui ne correspond à celui de son coeur, Q pour Queer la traduction de ce mot est bizarre, une personne queer est une personne qui ne se reconnait pas dans l’hétérosexualité sans pour autant, ou pas, se définir comme gay ou lesbienne. I pour Intersexe, ce sont des personnes qui, lors de leur naissance, ne sont pas nées femmes ou hommes. + pour toutes les sexualités qui ne sont reprises dans cette définition.

Auteur : Shurki, 23 ans, Liège

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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Chocolat & mozzarella : la mixité culturelle vue par un fils d’immigrés italiens

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Si le grand-père d’Alexandre était amené à parler de ses lointains aïeux, il ne commencerait probablement pas par “Nos ancêtres les Gaulois…” mais plutôt par “Nos ancêtres les Romains…” Ce qui est plutôt pénible, c’est qu’encore et toujours, des individus le ramènent, le raccourcissent, le réduisent à ces lointaines origines.

”Je viens du Sud…”

« Je viens du Sud, et par tous les chemins, j’y reviens (1) », cette petite phrase ne vous dit peut-être rien, c’est le refrain d’une chanson, un peu ringarde, de Michel Sardou. Cette citation, c’est, un peu, l’histoire de ma vie : mes grands-parents italiens ont immigré en Belgique à la suite de la demande gouvernementale pour engager des mineurs et relancer l’économie belge (2). Je ne vous apprends rien : quand l’immigration est là, le racisme n’est jamais loin. La Belgique fait ressentir aux immigrés le fait qu’ils doivent – et non peuvent – s’intégrer en acceptant de nouveaux us et coutumes. Cette pression, mes grands-parents l’ont ressentie, mes parents l’ont ressentie, et je l’ai moi-même ressentie. Cela se traduisait notamment par des railleries de cour de récré : « Eh le rital, tu vas manger des pizzas ce soir ? », par des propos racistes : « Retourne dans ton pays ! » ou encore par des regards désapprobateurs lorsque ma mère me parlait en italien dans un lieu public.

Je suis toléré

Le simple fait de venir d’ailleurs m’oblige à m’adapter : on me tolère, mais on ne m’accepte pas. Je finis donc par effacer une partie de mon identité : ce qui faisait ma fierté quand j’étais enfant m’apparait désormais comme un fardeau que je dois porter. Je ne mange plus la cuisine italienne de ma maman avec le même entrain, j’exècre les musiques de tarentelle (3), je ne prends plus de cours de langue pour perfectionner mon italien, je trouve des excuses pour ne plus accompagner mes parents en Italie, etc.

S’effacer

Cette situation n’est pas souhaitable : je suis entièrement contre le fait de devoir effacer ma culture pour que l’on ne me fasse pas de réflexions dérangeantes. Pour moi, un changement sociétal est nécessaire : la différence de culture devrait être célébrée et non réprimée. Une des choses qui me procure énormément de plaisir est de faire découvrir à des amis le gout exceptionnel d’une mozzarella de bufflonne (4), les paysages à couper le souffle de la côte ou la joie de vivre avec laquelle vivent les Italiens.

À quand le mélange ?

Je dois cependant faire la part des choses : mes parents ont également exercé une pression sur moi en me forçant, en quelque sorte, à revendiquer une culture quand je n’en avais pas forcément envie. Je pense qu’ils avaient tant peur que nos racines s’évaporent, qu’ils se sont assurés que je mange italien, pense italien, me comporte en Italien. Selon moi, ce n’est pas une bonne chose non plus et cela peut même entrainer de l’animosité envers la culture du pays d’accueil. Combien de fois n’ai-je pas entendu mes parents dire, sur un ton condescendant, « Mon Dieu, c’est vraiment des Belges ceux-là. », comme si la nationalité belge était quelque chose de négatif. J’ai la conviction que si les nationaux font sentir aux immigrés (et soyons réalistes, ceux qui subissent le plus de discrimination ne sont plus, de nos jours, les Italiens) qu’ils sont acceptés (et non seulement tolérés), le problème sera en grande partie résolu. Je pense que la mixité culturelle est une chose magnifique qui nous permet de comprendre l’autre. La compréhension permet de ne plus avoir peur de l’autre, or comme dirait Maitre Yoda (5) : « La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine … mène à la souffrance. »

(1) Je viens du Sud est une chanson de Michel Sardou, parue en 1981. Elle a été reprise par Chimène Badi (France, 1982). (2) En 1946, à la sortie de la deuxième guerre mondiale, la Belgique doit relancer la machine industrielle. Pour nourrir cette machine, il faut l’indispensable charbon. Problème, les Belges ne veulent plus travailler dans les mines. Dans un premier temps, ce sont les prisonniers de guerre allemands qui descendront dans le trou mais quand, peu à peu, ils sont libérés. Il n’y a plus personne. La solution pour la Belgique ? Aller chercher de la main-d’oeuvre ailleurs. L’accord entre l’Italie et la Belgique est signé le 23 juin 1946. 50 000 travailleurs italiens travailleront dans nos mines. Un lien pour en savoir plus sur cette épisode de l’immigration. (3) Les tarentelles sont des musiques traditionnelles du sud de l’Italie. (4) La mozzarella de bufflonne est un fromage italien réalisé à partir du lait de jeunes vaches d’une race particulière, élevées de manière particulière, nourrie d’une manière, également particulière. (5) Maitre Yoda fait partie de la saga Star Wars, il est à la fois, le plus sage et le plus instruit de toutes les personnes de cet univers. Bien qu’ immensément doué dans le maniement des armes – et notamment le sabre laser – il est profondément pacifiste.

Auteur : Alexandre, 22 ans, Liège

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Rester vrai

Rester vrai

Devons-nous toujours nous adapter aux standards ? Correspondre à ce que la société semble attendre de nous ? Devons-nous plier aux rythmes exigés par l’école ou l’université ? Est-ce que, si je réponds positivement à ces questions, je serai heureux ? Les réponses de Gabriel, 23 ans, ne manquent pas de nuances.

« L’avenir commence demain »

Ce titre – celui d’un roman du célèbre Isaac Asimov(1) – rend, sans doute compte qu’il ne tient qu’à nous de modeler notre devenir. Quand on est jeune, il faut choisir une orientation professionnelle. À notre époque, on s’oriente souvent vers des études supérieures. Moi, j’ai commencé mes études par un bachelier en droit et me suis vite rendu compte que ça ne me convenait pas. La très grande rigueur de travail, je n’y étais aucunement préparé. Tout compte fait, je me rends compte que je n’étais formé ni renseigné sur ce monde. Lent et calme, autant dans mes gestes que dans ma réflexion, j’ai remarqué que c’était en contradiction avec le droit, avec le monde universitaire en général : j’aime prendre le temps de vivre. Étudier sans relâche, se vouer corps et âme à une tâche – dont on ne sait pas si elle sera fructueuse – est à l’opposé, aux antipodes, de ce que je suis.

S’adapter ou être brisé

Cette surchauffe, elle se ressent aussi dans les relations entre étudiant·e·s : on tisse des liens, mais ces liens ne sont que la conséquence de nos études. Au fil de mon année de droit, j’ai fini par m’isoler : je ne me sentais plus en phase avec la majorité des étudiant·e·s. J’avais l’impression que tout le monde se conformait, à la lettre, aux instructions données par les professeur·e·s. Mes interactions avec le reste du monde étaient de plus en plus restreintes jusqu’à ne plus aller, du tout, suivre les cours. Pendant un moment, j’ai tellement angoissé que je suis tombé malade. Peut-être que je me conditionnais ainsi à ne plus suivre les cours, ou peut-être que mon corps, habitué à vivre lentement, ne pouvait plus suivre le rythme. Je pense que mon comportement général ne se prêtait pas à l’ambiance qui régnait dans ces salles de cours, ces amphithéâtres. J’avais l’impression que les gens avaient un mode de vie bien supérieur au mien en terme de productivité. Ce cours de 300 pages à étudier en moins de deux semaines, quelle horreur, je n’aurais jamais le temps et hors de question de me dépêcher ! Le décalage était bel et bien présent. Moi, je respectais mon rythme ce qui impliquait de rendre des travaux en retard, de ne pas avoir étudié la quantité suffisante pour un examen, d’arriver en retard à un cours, voire de ne pas y aller du tout.

Se trouver, se retrouver

Au terme de cette année-là, j’ai décidé de me ressourcer, de voir si l’image de l’étudiant dysfonctionnel à laquelle je m’étais identifié était forcément vraie. Je me suis demandé ce que j’aimais vraiment faire, quelles étaient mes passions, mes convictions et après un long cheminement, j’ai su qui j’étais vraiment. J’ai changé d’études : du droit, je suis passé à la sociologie. Au départ, j’ai eu la même sensation qu’au début de mon année en cours de droit. Mais très vite, le fait de connaitre ma personnalité et d’avoir trouvé mon identité m’a permis de modeler ce monde afin d’en tirer le meilleur de moi-même. J’ai en quelque sorte fait ce qu’on me demandait sans pour autant me trahir. J’ai appris à faire abstraction du regard des gens. Je me suis intéressé à leurs motivations, à leurs objectifs et j’ai pu aussi m’ouvrir à eux. Par exemple, j’ai commencé à suivre des activités extraacadémiques telles que le sport au sein d’un club universitaire ou, plus récemment, j’ai rejoint le cercle de ma faculté. J’ai eu des conversations avec de nouvelles personnes lors d’évènements, mais j’ai également retrouvé d’anciennes connaissances, tout ça parce que je connais mon identité, mes qualités comme mes défauts. C’est ce qui ressemble à de la confiance en soi, je pense. Par après, je me suis ouvert à des personnes d’autres facultés, puis d’autres orientations pas forcément universitaires.

Réussir ?

D’ailleurs, pas besoin de faire des études supérieures pour réussir. Se définir par rapport à notre orientation professionnelle n’est pas une obligation. Ma personnalité ne doit pas correspondre au milieu dans lequel je suis. La peur de décevoir ne doit pas freiner nos projets ; aux termes du parcours, c’est moi que je décevrai si je ne suis pas mes convictions. Toutes ces expériences m’ont permis de comprendre mon identité et ce que je peux en faire. Je fais ce que j’aime, je réussis, mais à mon rythme. C’est ce dysfonctionnement propre à chacun qui me rend, paradoxalement, capable de trouver mon utilité ici-bas. En d’autres termes, restez vrai·e·s.

Isaac Asimov (Russie 1920, USA 1992), a été professeur à l’Université de Boston mais est surtout connu pour sa carrière d’écrivain de science-fiction. Avec John W. Campbell (USA, 1910-1971), autre écrivain, il a écrit “les Trois lois de la robotique”. Ces lois sont toujours d’actualité, non pas dans le domaine de la fiction mais dans le monde bien réel. Elles disent que : Loi numéro 1 : un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger. Loi numéro 2 : un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi. Loi numéro 3 : un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi. Un lien pour découvrir, gratuitement, les textes de ce fabuleux auteur.

Auteur : Gabriel, 23 ans, Liège

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Jeune et lesbienne

Jeune et lesbienne

Très tôt, Jeanne s’est rendu compte qu’elle n’aimait pas comme les autres… Elle était, est, attirée par les filles. Si l’annonce de son homosexualité a été précoce, elle en souffre encore et toujours aujourd’hui mais ne baisse pas les bras.

Depuis toujours


J’ai ressenti de l’attirance très jeune pour les filles, notamment une amie d’enfance. J’avais 8 ans. Je ne savais pas vraiment mettre des mots sur ce que je ressentais pour elle. Mais j’ai commencé à m’assumer en tant que lesbienne à l’âge de 11 ans. Je sais, c’est très tôt ! Mon coming-out (1) s’est bien passé. Certains membres de ma famille l’ont mal pris, je m’y attendais. Le coming-out n’est pas quelque chose d’obligatoire, mais j’en ressentais le besoin. Mes parents s’en doutaient… J’avais des manières de garçon et je parlais souvent de filles de mon école que je trouvais belles. Ils n’ont donc été ni surpris ni étonnés par cette nouvelle et ont été très compréhensibles.

Souffrances


J’ai été harcelée pendant 2 ans, dans deux écoles différentes, juste à cause de mon orientation sexuelle. Je n’arrive pas à comprendre comment notre société a toujours cette mentalité après tant d’années ?! Aucune personne ne devrait connaitre le harcèlement, peu importe la raison, que cette personne soit LGBT, noire, blanche, musulmane, catholique ou autre ! J’ai été insultée, frappée, critiquée et rejetée. Toute cette tristesse que j’avais en moi s’est transformée en une haine énorme et parfois incontrôlable. Il suffit d’un minuscule problème et j’explose. Durant cette période, mon seul refuge a été la mutilation. J’ai toujours autant de pensées noires qu’avant, mais je ne me laisse plus faire. J’essaie de me retenir et de ne pas passer à l’acte, mais le seul moyen de ne pas me faire du mal, c’est de frapper dans un mur. Mes mains sont abimées à cause des coups dans les murs et mes bras sont cicatrisés à cause de la mutilation. Toute cette haine m’empêche de continuer d’avancer dans la vie, mais j’essaie de faire de mon mieux pour me retenir de faire quoi que ce soit. Je suis à l’hôpital à cause de toute la haine ainsi que la tristesse que j’ai tant de fois évacuée par de mauvais faits et gestes réalisés sur moi ou sur d’autres personnes. Je ne le souhaite à personne !

Amoureuse


Une chose qui me rend heureuse c’est que j’ai une amoureuse, une fille magnifique qui a connu ce que j’ai vécu, qui essaie de tout faire pour me rendre heureuse. Pareil pour moi, j’essaie qu’elle se sente bien. On s’aime et on s’en fout du reste, peu importe ce que d’autres personnes peuvent dire ! Ne vous laissez pas rabaisser par des gens qui ne méritent pas une seconde de votre attention, vous n’êtes pas seul·e·s !

Le coming-out, c’est l’action par laquelle une personne décide d’annoncer son homosexualité

Auteure : Jeanne, 13 ans, Bruxelles

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Honte de mes parents

Honte de mes parents

Longtemps Sofian a eu des difficultés à assumer la profession de ses parents, à accepter que sa culture n’était pas la leur. Arrivé à l’université, c’est dans un tout autre milieu qu’il évolue, mais il ne s’y sent pas à l’aise non plus… Qui est-il au juste ?

J’ai honte de mes parents

J’ai honte que ma mère soit ouvrière dans une usine et ne connaisse pas le Premier ministre de Belgique. J’ai honte que mon père soit chauffeur de bus et ne connaisse pas Victor Hugo (1). J’ai honte du fait qu’ils ne connaissent pas ce que j’aime, et surtout, je regrette de ne pas pouvoir leur en parler.
5h30 du mat’, j’éteins enfin mon ordinateur après l’annonce de la victoire surprenante de Donald Trump à la présidence des USA. J’ai tout suivi : les différents reportages, les différents États des USA clôturant peu à peu leur vote, la victoire serrée du milliardaire. C’est donc avec une fatigue intense, mais surtout une excitation profonde que je descends dans le salon pour annoncer les résultats à ma mère : “Maman, tu ne vas jamais le croire, c’est Trump qui a gagné!” Cigarette en bouche, devant la fenêtre entrouverte, elle me demande “Qui ?”.

Honte de ma famille

“Donald Trump est le nouveau président des USA”, lui dis-je… “Oh, tu sais bien, que je n’y connais rien de tout ça… Moi, la politique…” J’essaie tant bien que mal de lui expliquer les détails de l’élection : comment l’État du Sud a finalement voté républicain (3), les votes serrés… mais rien n’y fait. Elle m’écoute attentivement, mais ne comprend pas ce que je dis. Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive. J’ai toujours été fasciné par la politique, la littérature et les différents évènements sociétaux. Mais lors des repas, lorsque je décide d’en parler à la table familiale, je subis les regards embarrassés de mes parents et les discussions se recentrent sur le dernier feuilleton à la télé. Gêné, mais aussi honteux, j’ai donc fini par ne plus en parler.

Honte de moi

Dans ce contexte, j’avais un espoir : l’université. En m’y inscrivant, je me disais qu’enfin, j’allais pouvoir discuter politique, philosophie… Je me disais qu’enfin, j’allais être compris. J’y ai rencontré des amis qui me comprenaient, mais hélas, c’est moi qui ait fini par ne plus les comprendre : je me suis retrouvé dans un tout autre monde, différent de celui de ma famille et tout aussi éloigné de qui j’étais, de mon milieu familial. Mes amis portaient des vêtements que je ne pouvais m’offrir. Ils parlaient de théâtre ou d’opéra où je n’avais jamais été, de livres ou de musiques classiques que je n’avais jamais écoutés ou lus. J’avais cette fois-ci honte de qui j’étais, honte de ne pas être à la hauteur face à ce tout nouveau monde. Honte d’avouer que je ne pouvais m’offrir le dernier téléphone à la mode. Honte de dire à mes amis quel métier faisaient mes parents.

Décalé

Ma famille venait d’un milieu trop ouvrier pour que je puisse parler de choses intellectuelles avec elle. Mes amis venaient d’un milieu trop riche pour que je puisse les comprendre. J’étais un zèbre : trop blanc pour être avec les chevaux, mais trop noir pour être avec les moutons. Je me sentais en décalage avec la société dans laquelle j’avais grandi. Quelle était donc ma place ? Était-elle aux côtés de mes parents? Devais-je succomber au déterminisme social en devenant ouvrier comme eux et leurs parents ? Etait-elle aux côtés de mes amis ? Avec ces personnes dont je ne comprenais pas la culture et qui ne comprenaient pas la mienne ? Cette question m’a hanté depuis des années et me hante toujours pour être honnête, mais plus je grandis, plus je parle avec ma mère. J’ai compris que son inculture n’était pas un choix, que la vie et la société ne lui avaient pas offert les mêmes privilèges qu’à moi. J’ai haï mes parents, sans me rendre compte que je possédais ce qu’ils n’ont jamais eu la chance d’avoir. Ne devrais-je pas avoir honte de moi-même pour cela ?

Accepter les nuances pour être moi

Tout cela m’a permis de m’affirmer. De ne plus avoir honte de dire que ma mère est ouvrière alors que celles de mes amies sont avocates ou banquières. De ne plus avoir honte d’expliquer à ma mère les dernières infos du monde politique même si elle ne comprend pas toujours de quoi je parle. Je suis fier de mes parents. Je suis fier que ma mère soit ouvrière dans une usine et ne connaisse pas le Premier ministre de Belgique mais qu’elle me montre les anciens quartiers métallurgiques de Liège où sa mère et sa grand-mère ont vécu. Je suis fier que mon père soit chauffeur de bus et ne connaisse pas Victor Hugo mais puisse réciter par cœur les génériques des dessins animés qu’il regardait petit. Je suis fier d’eux, car même s’ils ne comprennent pas ce que j’aime, ils me font découvrir ce qu’ils ont aimé. Je suis fier de qui je suis et d’où je viens.

Victor Hugo (France, 1802-1885), a éclairé la France et le monde de ses romans, de ses poèmes et de ses idées. Aujourd’hui, il inspire encore et toujours d’autres artistes… Deux exemples parmi de très nombreux autres, quand Disney sort le long-métrage “Le Bossu de Notre-Dame”, c’est à partir d’un de ses romans. C’est ce même roman qui a servi de base pour la comédie musicale “Notre-Dame de Paris”… Cette courte vidéo vous éclairera sur sa vie.

Auteur : Sofian, 20 ans, Liège

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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