Sans papier, sans droit, sans dignité

Sans papier, sans droit, sans dignité

Un jour en me baladant à Louvain-la-Neuve, je rencontre T. Ressortissant tunisien, il me demande une information : il vient d’arriver en Belgique. S’en suit une discussion sur nos vies, la sienne, la mienne. “De toute façon, je n’existe pas, je n’existe plus aux yeux des personnes.” Il m’explique alors son parcours, les craintes, les difficultés qui découlent de son absence de papiers. Je comprends alors qu’un sans papier n’est plus une personne, plus vraiment. Le sans-papier est un humain qui a, souvent, tout perdu ou tout sacrifier dans l’espoir d’une vie meilleure mais c’est surtout quelqu’un à qui on retire quelque chose d’essentiel, une partie de son identité.


Une absence totale de statut.

 


Pour clarifier mon propos il convient, dans un premier temps, de préciser ce qu’est un sans-papier. Il s’agit d’une personne qui n’a pas, ou plus, de titre de séjour lui permettant de résider en Belgique. Le fait d’être sans-papier constitue, en tant que tel, un délit au vu du droit belge. L’article 75 de loi sur les étrangers de 1980(1), on parle de séjour illégal. Ces termes sont inacceptables dans un état respectant les droits fondamentaux, une personne ne peut être considérée comme illégale en soi.

Ce vocabulaire renvoie à un imaginaire criminel et pousse à l’amalgame. Cette criminalisation systématique et insidieux soulève des questions. Est-il acceptable de nier l’existence juridique et administrative de quelqu’un ? De traiter cette personne comme un criminel alors que son seul tort est de ne pas pouvoir accéder à un statut, celui de réfugié ?

Le terme de sans-papier est presque un oxymore (2). C’est une étiquette qu’on colle à quelqu’un, qui va définir sa place dans la société. On vous retire vos droits jusqu’au plus élémentaire, celui d’avoir des droits. En outre, les sans-papiers sont tous qualifiés de la même façon alors qu’ils représentent une mosaïque d’histoires et de parcours distincts les uns des autres, les unes des uns. Quand on est tous pareils, la richesse de leur différence n’existe plus. On estime qu’il y a en Belgique, aujourd’hui, entre 100 000 et 150 000 (3) humains inexistants d’un point de vue juridique. On tourne autour d’1% de citoyens fantômes. Alors est-il réellement légitime de refuser des droits à certains dans l’optique d’un meilleur contrôle sur les agissements d’autres personnes ? J’espère que non. En fait non, je prie même pour que ce ne soit pas le cas. Dans le cas inverse, notre justice n’aurait vraiment pas de sens… Ne pas reconnaître le droit de tous à exister représente une injustice absolue.

Une volonté politique.


Commençons par quelques chiffres. Il convient de rappeler que 84% des réfugiés sont accueillis dans des pays en voie de développement ce qui constitue en soi une injustice? Selon les chiffres d’Amnesty International, le top 10 des pays accueillant le plus de réfugiés est la Turquie, la Jordanie, le Liban, le Pakistan, l’Ouganda, l’Ethiopie, le Soudan, la République Démocratique du Congo et l’Allemagne. On peut constater assez facilement, par ce classement, que l’UE est loin d’être envahie. De ce fait, il conviendrait davantage de parler de crise de l’accueil que de crise migratoire en Europe.
 
Dans le discours politique actuel, l’argumentaire sur la question migratoire s’axe surtout une logique conséquentialiste : “Que se passera-t-il si on accueille plus ? On ne peut pas accueillir toute la misère du monde quand même,…” Régulariser les sans-papiers et mettre en place des procédures simplifiées et comportant moins de risque serait compliqué et risqué.

Le risque serait de créer un “appel d’air”, un genre de signal d’encouragement pour “les autres”. Malgré de nombreuses études sérieuses à ce sujet (4), cet argument est tenace dans l’imaginaire collectif. On veut bien d’une immigration choisie mais surtout pas d’une d’une immigration subie. Mais qu’en est-il de ceux qui fuient ? Ont-ils choisi de migrer ou subissent-ils des contraintes qui les poussent à fuir leur pays ? Il est temps de se poser la question. Au moins pour respecter les droits fondamentaux de ceux qui en ont le moins.

Dans Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt (5) analysait notamment le concept du droit d’avoir des droits. Elle analysait dans le contexte de la seconde guerre mondiale. Les constats d’enseignements qu’on peut tirer de ce livre peuvent étrangement s’appliquer aux sans-papiers. Le sans-papier, c’est presque Jean-Baptiste Clamence (6) dans La Chute coupable de tout jusqu’à sa propre existence. Être sans-papier, c’est être coupable de fuir. Si on écoute le discours politique actuel et qu’on relève tous les problèmes et complications inhérentes à la procédure de régularisation, on peut se demander si une volonté politique existe. Les procédures de régularisation peuvent durer des années entières comment ne pas y voir une volonté de décourager ? 

Être sans papier, c’est être sans dignité, sans avenir, sans présent. Être sans-papier c’est avant tout être sans. Combien de fantômes ? 100 000 ou 150 000 ? C’est beaucoup et un seul, c’est déjà de trop. Je refuse de me laisser hanter par une politique migratoire inhumaine et j’espère ne pas être le seul.

(1) “Art. 75. Sous réserve de l’article 79, l’étranger qui entre ou séjourne illégalement dans le Royaume est puni d’un emprisonnement de huit jours à trois mois et d’une amende de vingt-six francs à deux cents francs ou d’une de ces peines seulement. Est puni des mêmes peines l’étranger à qui il a été enjoint de quitter des lieux déterminés, d’en demeurer éloigné ou de résider en un lieu déterminé et qui se soustrait à cette obligation sans motif valable. En cas de récidive dans le délai de trois ans d’une des infractions prévues aux alinéas 1 et 2, ces peines sont portées à un emprisonnement d’un mois à un an et à une amende de cent francs à mille francs ou à une de ces peines seulement.”

(2) Un oxymore est une figure de style… D’autres exemples : une guerre tranquille, la jeune vieillesse, jouons sérieusement,… 

(3) Voir cet article de l’organisation caritative catholique Caritas International pour en savoir plus.

(4) Avant de devenir président du parti Défi, François De Smet était le directeur de Myria, Centre Fédéral Migration. Il s’exprime sur le trou d’air dans un article publié sur le site de l’organisation. 

(5) Hannah Arendt est née Allemande en 1906 et morte Américaine en 1975. Juive, elle fuit le nazisme en 1933. Après avoir habité en France et au Portugal, elle rejoint les États-Unis en 1941. En 1951, elle donne des conférences dans différentes universités. Philosophe, elle travaille sur les réalités de son époque. En 1951 toujours, elle publie Les Origines du totalitarisme. Dans cet ouvrage, elle place un même niveau le stalinisme et le nazisme et fonde le concept de totalitarisme. Selon elle, un système totalitaire, c’est une dynamique pour anéantir réalité et structures sociales. Pour elle, c’est un mouvement « international dans son organisation, universel dans sa visée idéologique, planétaire dans ses aspirations politiques ». Pour en savoir plus sur cet extraordinaire personne, découvrez la sélection de France Culture. Pour lire quelques passages de ce livre, cliquez sur ce lien.

(6) Jean-Baptiste Clamence est le personnage principal du livre, La Chute publié par Albert Camus (1913-1960, Français, Prix Nobel de littérature). Dans La Chute, Jean-Baptiste Clamence, ancien avocat parisien parle de sa vie et de ses bouleversements. Pendant quelques années, il a été un brillant et grand séducteur et il s’aime beaucoup… Tout allait bien jusqu’au moment où il n’apporte aucune aide à une jeune femme sur le point de se noyer. C’est le début de la chute. Il se rend tout doucement compte de ses erreurs passées, il se rend compte qu’il a été une belle ordure et il est dégoûté de lui-même. Voici une version du livre pour smartphone ou tablette.

 

Auteur : Mounji, Louvain-la-neuve, 22 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R. 

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Certains m’appelent la Terre

Certains m’appelent la Terre

Les textes écrits lors des ateliers proposés par Scan-R, prennent parfois par des formes plus poétiques. C’est le cas avec ce texte d’Ali. Son proverbe personnel ? « Souri à Ali et Ali te sourira. »  

Certains m’appellent la Terre
D’autres mère nature
Dès vos premiers pas, j’ai été là.
Je vous ai regardé grandire, sans rien dire.
J’existe depuis plus de 4 milliards et demi d’années
Soit 22500 fois plus longtemps que vous
Je n’ai pas besoin de vous.
Mais vous avez besoin de moi.
Oui !!! Votre future dépend de moi.
Lorsque je prospère, vous prospérez.
Lorsque je faiblis, vous faiblissez… ou pire
Je suis là depuis l’éternité
J’ai soumis des espèces plus grandes que vous
Et affamé de bien plus nobles que vous.
Mes océans, ma terre, mes rivières, mes forêts
Tous peuvent vous emporter
Ou vous laissez en paix.
Vous n’êtes qu’une infinie partie de mon Histoire
Une phrase sur une centaine de pages
Les choix que vous faites chaque jour
Que vous vous préoccupiez de moi ou pas
M’importe peu.
Vos actions déterminent votre sort.
Pas le mien
Je continuerai d’exister, vous pas
Grâce à moi, vous êtes en vie.
Et cela jusqu’à aujourd’hui.
Je suis éternelle
Mais vous
Votre temps est compté 

Auteur : Ali, Bruxelles

Cet article a été réalisé lors d’un atelier Scan-R.

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Entreprendre, du ridicule à l’évidence

Entreprendre, du ridicule à l’évidence

Certaines et certains rêvent de longs voyages autour du monde, de devenir professionnel·le du jeu, d’être couvert·e d’or, de sauver le monde, de 325478 abonné·es sur Tik Tok, d’avoir une licorne ou une voiture de luxe… Le rêve d’ Odemis est tout autre : il veut innover, entreprendre, monter sa petite entreprise !

Tout homme productif n’est pas forcément épanoui mais tout homme épanoui sera productif. Pour entreprendre, il faut être clair dans sa tête. Savoir où on va, savoir ce que l’on veut. Un homme épanoui aura, toujours, la possibilité d’entreprendre autant au niveau professionnel que dans sa vie privée.

Au niveau d’entreprendre, au niveau des idées, je pense qu’il ne faut pas avoir peur : toutes les grandes idées, toute les révolutions sont toujours passées par trois grandes étapes : ridicule, dangereux, évident. Cela ne veut pas dire que chaque idée ridicule aboutit à une évidence mais que pour cela le devenir. Un exemple ? Non trois exemples !

Vers 1840, il n’existait pas de chaussure droite ou de chaussure gauche… Il était ridicule de penser autrement pour nos pieds. Pour changer cette état des choses, il fallait produire autrement et c’était dangereux puisqu’il faut serait aussi nécessaire de procéder, ce qui coûterait trop, trop cher mais aujourd’hui,… C’est évident. (1)

Lors de la naissance de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, à la révolution française, en 1789, il était ridicule de penser que les femmes auraient les mêmes droits que les hommes. Quand les hommes ont commencé à réfléchir, ils se sont dits que ce serait dangereux de leur donner ces droits … Est-ce que les femmes étaient assez intelligentes pour s’occuper d’argent, de droits, de devoirs ? Aujourd’hui, c’est une évidence presque partout, hélas, mais presque partout  tout de même. (2)


Dernier exemple, une idée révolutionnaire qui a été lourdement critiquée en son temps : le courant alternatif. Pour prouver sa dangerosité, Thomas Edison (3) est allé jusqu’à exécuter, via le courant alternatif, des animaux. Y compris une éléphante nommée Topsy, en plein New-York… Aujourd’hui, ce courant est évident.(4)

Pour conclure, mon exemple… J’ai dans l’idée de créer une marque de vêtements élégants en utilisant le plus de matériaux biodégradables. Cette idée peut paraître ridicule, sûrement que des grandes enseignes l’ont déjà fait, ridicule de vouloir se frayer une place dans cette industrie. Dangereux, car je pourrais perdre beaucoup d’argent et de temps. Mais peut-être que, dans quelque temps, le vêtement biodégradable sera une évidence pour tout le monde.

Alors n’ayons pas peur d’entreprendre quoi que ce soit ! L’erreur est la meilleure des écoles pour apprendre.

(1) Un article pour en savoir plus, le paragraphe “La révolution industrielle a complètement changé la société et les exigences en matière de chaussure” sur le site du fabricant de chaussures Sioux.

(2) En 1791, Olympes de Gouges (France, 1748-1793), considérée comme la première féministe, publiera la Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne. C’est un des éléments qui, en 1793, lui coûtera la tête.

(3) Dans la Guerre des courants, article disponible sur Wikipedia, on explique que Thomas Edison (USA, 1847 – 1931) a tout fait pour ridiculiser Nikola Tesla (Croatie 1856 – USA 1943) et George Westinghouse (USA, 1846 – 1941). Le premier défendait donc le courant continu, les deux autres le courant alternatif.

(4) Ce lien pour en savoir plus sur cette sordide histoire.

 

Auteur : Odemis, Liège, 25 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R. 

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Engagé parce que roux

Engagé parce que roux

Toutes les mauvaises blagues, toutes les humiliations petites et grandes, il les a connues… Sa rousseur aurait pu être un fardeau, aujourd’hui, Quentin, se rend compte qu’elle a eu un impact considérable sur son parcours !

Je suis étudiant à l’Université de Louvain-La-Neuve. Du haut de mes 20 ans, je me porte plutôt bien. Entouré, accompagné d’une adorable copine, de plein de potes, de belles réussites et de petits échecs, je ne me plains pas. Ces années d’étudiant ont été riches en rencontres,  en découvertes de nouveaux projets pour moi. D’abord investi dans de nombreux comités de toutes les sortes, touchant de près ou de loin à des activités ludiques, j’ai aujourd’hui la chance de m’impliquer dans un projet entouré de nombreuses et bonnes personnes. Force est d’admettre que, entre investissement personnel et guindaille, je n’ai pas énormément eu l’occasion de penser aux raisons pour lesquelles j’en suis là. Cette volonté de participer constamment dans des projets n’émane pas, sans doute, uniquement de ma personnalité, il y a peut-être une raison plus pragmatique, plus tangible… Laquelle ? Après réflexion, je ne trouve qu’une réponse à cette question. Je suis roux.

Nous savons que l’école secondaire met fortement en doute la confiance qu’on peut avoir en nous. Entre moqueries de toutes les sortes, tapes dans les couloirs et doigts pointés,… Mieux vaut être dans la team des winners pour ne pas être trop embêté. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de prendre les choses en mains, je me suis donc investi dans un tas de projets différents, j’y ai gagné une reconnaissance de tous les autres. Quel meilleur moyen que de devenir sportif, drôle et d’organiser petits et grands événements. C’est en tout cas la réflexion que je m’étais faite… On ne taquine pas celui qui est toujours accompagné et qui est le copain du copain du copain. 

Arrivé à l’Université, j’ai poursuivi sur cette lancée… Mais, aujourd’hui, cela me mène tout de même à me poser d’avantages de questions. Est-ce réellement ce que je suis, moi qui me complaît souvent dans mes propres pensées plutôt que dans celles des autres ? N’est-ce pas une démarche un rien artificielle que de passer par des projets avec d’autres individus plutôt que d’en mener de plus personnels ? Sous question, où serais-je si je n’avais pas pris cette voie ? Peut-être que mon organisation et mes rencontres n’aurait jamais été aussi fructueuses. Il m’arrive même de me demander jusqu’où ma confiance personnelle serait tombée si je ne m’étais pas engagé comme je l’ai fait comme je le le suis toujours aujourd’hui.  

Toutes ces questions, qui resteront sans réponse, me ramènent aux faits : je suis engagé, et ce, parce que je suis roux. Et c’est précisément pour cette raison que je me suis forgé un cercle d’amis divers et variés, c’est pour cette raison que je suis impliqué, que je travaille à un futur solide, que j’ai développé une certaine assurance, une certaine confiance en moi. Face à la violence des autres, je me suis pris en main et un élan de puissance me parcoure actuellement l’échine. 

Auteur : Quentin, Louvain-La-Neuve, 20 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R. 

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Pornographie : jouir ou vomir ?

Pornographie : jouir ou vomir ?

Dans ce texte, Sara, 23 ans nous parle porno et masturbation. Si cela devait choquer l’une ou l’un, on l’invite à lire un autre article tout de suite ! Vu et su, ce qui se passe ailleurs sur Internet, nous estimons que cette expression intime, sur ce sujet qu’on voile parfois de prude pudeur, est à la fois intéressante, rare, violente peut-être mais aussi précieuse.

Pornographie, je te hais. Je déteste quand tu me forces à plonger jusqu’au cou dans cette masse de vidéos dégueulasses pour en extraire à grand peine LA scène capable de m’émoustiller sans me faire grimacer. Je suis peut-être trop exigeante. Ça ne m’excite pas trop de voir des filles se faire frapper, insulter, violenter. Et puis, bon, ils ne me facilitent pas là tâche avec les titres de leurs vidéos. Synonymes de l’acte : défoncer, déchirer, exploser, saccager. Défoncer qui ? La mère, la sœur, la belle-fille, l’écolière, la femme d’ici ou la femme d’ailleurs. Elles portent souvent les jolis qualificatifs de salope, traînée, truie. Si elle aime ce qu’on lui fait, c’est une salope. Si elle n’aime pas, c’est quand même une salope. Le décor est planté dès le premier clic aux portes de PornHub. Apprendre à faire le tri, quelle aventure ! On procède par essai-erreur, jusqu’à trouver quelque chose de potable. Elle se prend une claque ? Je change. Elle l’appelle papa ? Je change. Cela tient plus de la torture que de l’érotisme ? Je change. Mais l’art de la navigation pornographique ne s’arrête pas là. Une fois l’internaute habile parvenu à dégager un contenu compatible avec le respect de la dignité humaine, il reste du chemin à faire. Vous l’aurez remarqué, les femmes du porno ont la vie dure. Elles ont souvent l’air de passer un sale quart d’heure. La notion de consentement est floue à souhait. On aimerait bien fantasmer un peu, mais difficile d’avoir envie de s’identifier. 

On nous parle souvent de l’objectification. Une femme, c’est tellement plus qu’une paire de seins, qu’un cul, qu’une vulve. C’est beaucoup plus que ça, mais c’est au moins ça ! L’homme, lui, est réduit à un simple attribut fonctionnel. Le mâle pornographique est un pénis auquel l’être humain se raccroche par nécessité logistique. Au meilleur de son potentiel, il pourra éventuellement laisser échapper quelques insultes gaillardes. Se servir de ses mains, souvent pour donner des gifles, agiter les doigts avec le débit et la délicatesse d’un marteau piqueur. L’homme pornographique n’est pas intéressant, il sert de piédestal à la femme. Son plaisir n’est pas vendeur. On le veut stoïque, dominant. C’est un gars sérieux, il fait son boulot avec 50 entrées et sorties à la minute mais il faut pas lui demander beaucoup plus. Alors moi, une fille qui aime voir du sexe, lors de mes petits rendez-vous avec ma vulve et mon clitoris, je me retrouve dans ce marécage d’inconfort : entre une femme violentée et un homme inintéressant. Inérotique. Plastique. De marbre. Je déteste le porno pour ce qu’il nous montre. 

Qu’une femme, ça aime bien qu’on lui fasse mal. Qu’elle dise non, qu’elle est surprise, mais que tu verras, au fond elle en a envie. Je déteste le porno quand il nous fait savoir qu’un homme, c’est un sexe et que tout le reste est accessoire. Zone érogène unique, infatigable. Pénétration ou fellation, le choix est binaire. Pauvre femmes, et pauvres hommes. Je déteste le porno mais je n’ai pas honte d’en regarder. Quand on gratte cette couche de crasse, d’humiliation, de viol, de corps plastiques et de positions intenables, on trouve des choses plutôt chouettes. 

Aujourd’hui ce n’est pas tabou de dire, je suis une fille et j’aime le sexe. Une affaire de débutants. Niveau avancé : je suis une fille et je me masturbe. Déjà, l’inconfort se fait sentir. Niveau expert : je suis une fille et je regarde du porno. Là, une de mes amies qui se définit comme plus que féministe me regarde avec les yeux écarquillés. « QUOI ? Mais le porno c’est pour les garçons ! ». Ben oui, tu as raison. Le porno, c’est fait pour exhiber la femme. Son plaisir excessif est une ode à la puissance masculine. C’est un message rassurant qui dit que tant que tu dispose d’un pénis, pas de problème, le tour est dans le sac. Mais dans cet univers taillé pour l’esprit masculin, je louvoie. Je chine jusqu’à trouver les perles. Si les hommes ont droit à leur plaisir solitaire et facile, je ne vois pas pourquoi mon clitoris et moi, on s’en priverait. 

Je ne vais pas m’en priver parce que je rêve d’une sphère pornographique où la présence féminine est trop forte pour ne pas se refléter dans les tendances. Où l’homme transcendera sa fonctionnalité pénienne pour devenir une créature sensuelle érotisée. Où la femme se délectera de l’acte plutôt que de le subir avec humiliation. Où les corps seront moins lisses. Où les poils et les fluides auront leur place. Où pornographie ne rimera pas avec perversion et dégradation. Je rêve d’une sphère pornographique dont ne se mêlerait pas ma cervelle, pleine de réflexions féministes, d’indignation et d’étonnement face aux pratiques les plus inimaginables. Je rêve d’une lune de miel entre ma main et ma vulve, vers un orgasme délivré de toute charge intellectuelle.

Auteur : Sara, Ambassadrice d’Exrpession Citoyenne, Bruxelles, 23 ans

Cet article a été produit lors du premier Laboratoire Social et Médiatique.

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De l’IPPJ à la Croix-Rouge

Difficile de savoir où nos pas nous conduisent… Pour Benjamin, qui se définit, au début de son récit, comme un « gamin de cité », il passera d’une face à l’autre, de la destruction à la réparation, à la reconstruction. Après avoir baigné dans une violente délinquance, il a décidé de s’engager positivement pour le reste de sa vie. Rencontres et projets l’aident à construire son quotidien et celui de l’autre.

Ceci est mon histoire. À 13 ans, j’ai fait des conneries dont je ne suis pas fier. À l’époque, j’étais dans une bande de copains. Avec eux, j’ai fait les 401 coups : je me suis battu, j’ai cassé des voitures et bien d’autres choses de « jeunes de cités ». Un jour tout a basculé. Alors que je me promenais dans la rue, j’ai entendu des cris et je me suis approché. C’était mon bon pote, il était en train de se faire engueuler par ses parents. Ils avaient découvert des vidéos. Sur ces vidéos, on nous voyait en train de commettre les conneries citées plus haut. J’ai tout de suite compris ce qu’il se passait : une victime était là aussi, elle montrait ce que nous faisions. J’ai pris la fuite.

Le déclic
Quelques semaines après, j’ai eu droit à une descente de police chez moi. Les forces de l’ordre ont tout retourné et fouillé mes affaires pour trouver des preuves. Ensuite, j’ai été arrêté. J’ai été interrogé durant de longues heures, ça n’en finissait pas. Je niais des faits que je savais pourtant bien avoir commis. Je gardais la tête haute. J’espérais qu’ils lâchent l’affaire et j’espérais même une libération. Cela ne n’est pas passé comme cela… J’ai été placé en garde à vue et j’ai passé la nuit au poste. Il faisait froid. J’avais juste une couverture de survie pour me couvrir. Je gardais toutefois la tête froide. À bout, épuisé, je finis par m’endormir. Cette nuit-là a été la nuit du déclic. Pour la première fois, j’ai pris conscience que j’avais commis des actes répréhensibles, graves. Le lendemain, j’ai été déféré au tribunal. Face à la juge, je ne cherchais plus à nier les faits. J’assumais pleinement. La juge m’a dit d’un regard ferme et soutenu que je ne devais pas être un méchant gamin mais que la punition qu’elle allait m’affliger me ferait du bien. La sentence tombe : 15 jours d’IPPJ.

DE l’IPPJ à l’école
Ce séjour en IPPJ, je m’en souviendrai. J’y ai fêté mes 14 ans. Ce fut le premier anniversaire sans ma famille. Là-bas, c’était un camp de vacances. Il y avait une salle de cinéma et une autre de sport. Le cadre n’était pas très sévère même si on ne se la coulait pas douce. Mais cela m’a aidé à réfléchir. J’ai rencontré des psychologues et d’autres professionnels. Cela m’a aidé. J’ai vu, pour la première fois, ma mère pleurer. J’ai pris conscience que je devais me calmer. En fait, c’était surtout les menottes et le cachot, avant d’entrer en IPPJ, qui ont provoqué le déclic chez moi.

Après, je suis retourné à l’école. J’ai commencé un petit peu à étudier. Je faisais toujours des petites conneries mais je ne me suis jamais fait choper. Il ne fallait plus que le cauchemar revienne. En dehors de l’école, j’étais chez les scouts. Je me suis intéressé au secourisme. Je me suis formé et je suis devenu secouriste. Cela m’a beaucoup aidé. J’ai fait des bonnes et belles rencontres que je n’aurais pas faites sans la Croix-Rouge. J’ai appris des valeurs essentielles comme l’humanité, la fraternité, assumer et la responsabilité.

Rêver plus loin
La page sombre de mon existence est donc aujourd’hui définitivement tournée. J’ai des projets. Maintenant, je suis secouriste 112, animateur chez les scouts et producteur de films dans une maison de jeunes. J’ai un rêve : ouvrir une asbl pour partager avec d’autres jeunes ma passion pour la création de vidéos.

Auteur Benjamin, Herstal, 19 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R au Service Citoyen

Et d’autres éclairages

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Wema, 14 ans, vient du Congo. Elisabeth, 13 ans, vient d’Ouganda. Elles sont des MENA, des mineures étrangères non accompagnées. Avec 85 autres filles, femmes et jeunes garçons, elles habitent dans...

Un chez moi …

Regard blasé et paroles “cash”, Mélissa nous parle comme à un pote, tout en nous faisant comprendre que la boss…. C’est elle ! Elle l’affirme et s’affirme d’ailleurs : elle est adulte. Pas de quoi...

Racisme peu ordinaire

Depuis que Jérôme a écrit son article, il y a eu des changements en Italie. Le gouvernement ne réunit plus l’extrême-droite de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles, parti antisystème, de Luigi...

#balanceton?

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