Prône-misère, je te contre-haine

Prône-misère, je te contre-haine

Layla, 15 ans, aime beaucoup extérioriser ce qu’elle ressent en écrivant, même si ses journées chargées, l’anxiété sociale et le stress qui en découle ne lui permettent pas toujours de le faire. Layla a aussi un rêve : publier un livre qui se nommerait Prône-misère, je te contre-haine comprenant différents textes qu’elle écrit. Un projet dont elle ignore s’il aboutira un jour mais qui l’aide à avancer, à vouloir apprendre et simplement à vivre… Voici deux de ses textes.

Conscience

« Devenir ce que l’on déteste »

Tais-toi, ce n’est pas toi
Ce n’est qu’une excuse
Pour que tu puisses te rendre justice
Du mal que tu m’as fais

Je ne le méritais pas.

Mal-être

Ses cris qui résonnaient dans ma tête,
Des cris causés par de simples conneries.

– « Arrête de crier, et écoute-moi, comprends-moi », criait mon cœur silencieusement

Je n’ai rien demandé,
Je n’ai pas demandé à être conçue
Alors la moindre des choses
Serait de ne rien attendre de moi
Et de me donner une meilleure vie que celle-là
Je suis peut-être ton choix
Mais, je ne suis pas le mien
Et ton bonheur
N’est pas le mien
Tu peux toujours prétendre que tu m’as tout donné
Mais moi, je ne t’ai rien demandé.

Auteur : Layla, 15 ans, Saint-Georges-sur-Meuse

CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT LORS D’UN ATELIER SCAN-R.

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Quand j’ai entendu « molécule d’identité*», j’avoue, j’ai un peu paniqué. Après tout, ça fait quand même un peu peur de regarder au plus profond de soi et de se décider, juste maintenant, comme ça sur des mots qui peuvent dire tellement de toi. Peut-être que c’est rien, juste un moment qui peut sembler anodin… Et pourtant, au fond, je trouve ça si compliqué. Chaque seconde qui passe, chaque expérience que tu vis ajoute chaque fois un peu plus de terreau fertile pour répondre à la question : « Qu’est-ce qui me définit ? ». Puis, peut-être qu’il n’y a simplement pas de réponses transversales. Peut-être qu’il faut juste accepter que l’humain n’a de cesse d’évoluer et essayer de saisir chaque jour comme une opportunité de se réinventer. Mais alors, à quoi peut-on s’accrocher ?

Derrière nous, le passé et parfois certains rêves oubliés, devant nous peut-être une image de nous fantasmée et idéalisée. Comment entre les deux trouver le juste milieu pour juste continuer à chaque jour faire de son mieux. Au final, il est là, pour moi, le challenge, savoir à quoi m’accrocher, qu’est-ce qui au fond de moi, malgré les mouvements incessants de la vie, reste immuable. Qu’est-ce qui fait le cœur, le centre, bref, la colonne vertébrale de mon âme ? C’est quoi ma mission de vie, qu’est-ce que j’ai envie de partager comme énergie ? Qu’est-ce que je veux laisser de moi comme trace dans ce monde qui me parait si sombre et à qui je veux partager que oui, c’est chouette d’être en vie.

Une question, un moment, un instant dans le présent et pourtant derrière, dans le fond, tellement de grandes questions quand vient le temps de la définition. L’importance, l’envie et aussi la pression, toujours, encore, de « bien » répondre à la question. Pour moi, peut-être, enfin pouvoir trouver ma place parmi d’autres qui pensent eux aussi partager avec moi cette « classe ». Derrière un mot qu’on choisit, qui nous définit se trouve une vision, une manière d’être au monde.

Et au final, si j’ai tant besoin de répondre à ça c’est parce que faute de m’aimer moi, j’ai besoin que les autres le fassent pour moi.

Anodin et pourtant si profond, derrière quelques mots, toujours une envie de faire bonne impression. D’ailleurs, souvent, on nous pousse à faire attention, il ne faudrait pas rater la première impression. On le ressent parfois, un feeling qui passe ou passe. C’est parce que notre cerveau fonctionne un peu comme ça, en psychologie sociale on voit que très vite, pour savoir comment s’adapter à une situation, notre pensée va catégoriser les choses pour nous permettre de savoir comment agir, comment se comporter. Ceci dit, je pense qu’il peut aussi avoir une grande part d’instinct, d’intuition. Enfin, normalement. Je pense qu’aujourd’hui cela se perd, car pour pouvoir faire appel à son instinct, il faut pouvoir s’écouter. Ecouter parfois cette voix en nous qui crie, hurle même car par le passé on a eu de cesse que de l’étouffer parce qu’il fallait obéir aux lois, aux règles de la société normées. Nous voilà donc plus ou moins tous comme des petits carrés, parfois de jolis petits carrés, un peu comme dans un potager. Cette forme nous sied au teint, nous permet de nous sentir plein, épanoui et fleuri.

Parfois à force de coups et de suradaptation, on a réussi à prendre la forme du carré, mais quelque chose cloche, on a de cesse de se sentir coincé, de manquer de place à des endroits et de ne pas en avoir assez à d’autres.

C’est angoissant, je suis angoissée, constamment. Je ne sais pas quoi vous dire ni par où commencer parce que j’ai tellement à raconter. Quel fil tirer en premier de cette pelote si emberlificotée qu’est désormais devenue ma vie au fil des années.

Le choix de la simplicité, comment le faire quand on a l’impression que c’est un chemin dont on nous a dépossédé. Parfois, on se place en victime, on subit la vie, non pas qu’on n’a pas envie d’être courageux ou courageuse, juste, genre, vraiment, on est là et on regarde passer sa vie comme un film devant soi. C’est pénible, on respire mais pourtant, on est à bout de souffle. Il est court, il brûle, il passe mais n’arrive pas. Ma cage thoracique m’oppresse, donnez moi de l’air. A l’image de cette forme indéfinie coincée dans ce carré, je suis coincée dans mon corps, dans ma tête, dans mon passé.

J’avance, lentement mais sûrement, ça me pèse. J’ai l’impression de déplacer le monde sur mes épaules. Qui peut m’aider à porter mes fardeaux, qui peut m’aider à sortir la tête hors de l’eau ? Comment être sans se prendre la tête ? Comment vivre pour et arrêter de survivre ? Comment être léger et voler de ses rêves sans oublier qu’il faut se poser et pouvoir être ancré ? Ici et là sont donc les tourments de mon identité. Le bonheur et la joie vont et viennent au rythme des vagues de la vie. Ceci dit quand la dépression m’enveloppe à nouveau de ces bras, j’oublie, j’oublie le doux goût de l’euphorie. J’étais sur le sable, posée, tranquille, en train de vivre, rire et profiter. Par mégarde, j’ai oublié, je me suis laissée aller, j’ai lâché prise, j’ai décidé d’arrêter de tout vouloir contrôler et me voilà encore une fois happée par une vague immense. Au début, comme à chaque fois, la caresse de l’eau était délicate, souvenir d’une douce caresse vécue et revécue et sans crier garde, le niveau a monté et je me suis laissée emporter. Me voilà tiraillée, que faire ? Ai-je encore une fois l’énergie de nager ? Me battre peut-être pour atteindre cette plage qui portait mon corps que je pensais ancrer.

Devrais-je peut-être crier, appelez à l’aide en espérant que quelqu’un peut-être me lance encore une bouée ? Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis fatiguée.

La vie est une danse, entre errements et ressentiments, amour et tiraillements. Parfois elle mène la danse, parfois on peut choisir de retenter sa chance.

*NDLR: Durant nos ateliers, nous utilisons la méthode de la molécule d’identité qui invite les jeunes à s’identifier eux-mêmes au travers de leurs groupes d’appartenance.

Auteure : Laurie, 24 ans, Bruxelles

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La scolarité en évolution

La scolarité en évolution

La sphère scolaire est la pierre angulaire qui portera la société de demain. Alors, une école à bout de souffle, c’est une société qui se meurt.

L’école en Belgique n’est peut-être pas encore dépassée mais son système s’essouffle. L’enjeu est alors de la repenser afin de rester cohérent avec les enjeux et besoins nouveaux apportés par les bouleversements culturels, sociétaux et économiques que nous vivons actuellement. Les besoins de l’étudiant ont évolué et il nous faut à présent un système qui laisse sa place à la participation et à la pédagogie active, aux identités de chacun et chacune, et aux cellules garantissant le bien-être de ceux et celles présents sur les bancs du savoir. Car les valeurs de la démocratie, de respect, d’inclusion, ne peuvent raisonner en chaque individu si nous ne transformons pas nos mots en actions.

Alors, aujourd’hui, j’envoie ce message à tout qui l’entend et le lira, et plus particulièrement à nos représentants. Préservons, travaillons et faisons évoluer nos écoles.

Auteur : Adam, 18 ans, Liège

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Terre Nuance

Terre Nuance

– C’est un monde où les chiffres sur les billets de banque ont davantage d’importance que les vies humaines sacrifiées.
Un monde où ce ne sont plus les politiques qui font les lois, mais bien les lois qui font la politique.
Un monde où les puissances mondiales ne sont plus des personnes physiques mais bien des personnes morales.

– Est-ce dans ce monde que j’atterris ? demanda le nouveau-né au Destin.

– Oui. C’est un monde productiviste en quête permanente de la perfection et intolérant à l’erreur. Un monde où règne la dichotomie, tout en refusant de voir la réalité de l’autre.
Un monde conformiste allergique à l’altérité.
Oui, c’est dans ce monde et je sais que tu ne l’as pas choisi.

– Mais qu’est-ce que je viens faire ici ?

– Tu devras faire face à des dilemmes moraux. Tu te sentiras impuissante en proie aux doutes et aux jugements. Ta conscience écologique te poussera à être végétarienne et prendre les transports en commun mais tout s’écroulera le jour où poussée par l’envie de changement, tu enduiras tes cheveux de colorants. L’incohérence et le discrédit s’abattront sur toi et tes combats malgré ta bonne foi. Mais ces contradictions ne t’atteindront pas car tu apporteras un élément indispensable à la convergence.

Bienvenue sur Terre Nuance !

Auteur : Laura, 27 ans, Liège

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Parfois, perdre c’est gagner

Parfois, perdre c’est gagner

Je pense que s’il y a bien une chose que ces 17 ans d’existence m’ont appris, c’est de ne pas voir les choses telles qu’elles sont mais telles qu’elles peuvent être.
Je ne prétends ni être un grand penseur, ni un philosophe pourtant, et ce malgré ma jeunesse, je pense avoir des expériences à partager et les leçons que j’ai pu en tirer.

Je pense qu’inévitablement toute personne a la peur de perdre. Que ce soit la perte d’un combat, d’une personne, d’une chose. Perdre a fatalement une connotation négative.
Pourtant je crois sincèrement que la gravité d’une perte dépend uniquement de la façon dont on la perçoit. Evidemment, je n’avance en aucun cas que perdre un proche peut-être joyeux pour vous, là n’est pas la question.

Non, ce que j’essaye de transmettre c’est que nous sommes parfois tant obnubilés par la perte en elle-même que l’on peut très facilement passer à côté des choses qui peuvent nous aider à nous développer.

Pour reprendre mon exemple précédent, la tristesse ressentie à la perte d’un proche est inévitable et son impact sur notre vie le sera tout autant. Cependant, là où les choses diffèrent, c’est la façon dont on perçoit cette perte. On peut accepter et regretter les choses qu’on a manqué ou alors on peut accepter et comprendre la valeur inestimable de cette perte et chérir ce que l’on possède encore. Car tout a une fin. Le regret est quelque chose par lequel nous sommes tous passés mais je pense qu’on devrait plutôt se concentrer sur l’attachement qui nous a poussé à ressentir un tel sentiment et apprécier, pleinement, le temps qu’on a pu passer avec.

Personnellement, j’ai perdu mais j’ai aussi beaucoup gagné.
Les sentiments amers que j’ai pu ressentir se sont toujours dissipés, mais les choses que j’ai pu en apprendre, elles, sont bien restées.

Auteur : Yuken, 17 ans, Bruxelles

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La neuroatypicité

La neuroatypicité

La neuroatypicité, vous demanderez, mais c’est quoi?  

Imaginez-vous dans un groupe d’individu dans lesquels vous connaissez seulement certaines personnes. Vous entamez une conversation sur un sujet qui vous tient à cœur, mais personne ne semble être réceptif, comme si vous étiez exclus volontairement du groupe; alors que la conversation continue à battre son plein sur d’autres sujets. Voilà comment je suis quand je dois essayer d’interagir avec les autres. Je me sens super vulnérable, gênée, anxieuse à l’idée que je ne puisse pas m’intégrer dans le groupe.

Il aura fallu presque 22 ans de vie pour qu’une neuropsychologue me diagnostique neuroatypique. Elle m’a permis de comprendre d’où pouvait venir mon hypersensibilité, mon angoisse, mes difficultés en math, autrement appelée dyscalculie, ainsi que mon manque de confiance et mes troubles relationnels. En apprenant la nouvelle, la première chose que j’ai faite, c’est appeler ma maman. Sa réaction n’était pas du tout étonnante, elle ne croyait pas à ce diagnostic. Les larmes me sont soudainement tombées des yeux, je ne pouvais plus rien contrôler. Peu de temps après, j’ai pris conscience de l’impact que ça allait avoir sur moi et sur mon futur. En réalité, pas grand-chose finalement. Ça m’a surtout permis de mettre des mots sur des pensées envahissantes.  

Ce diagnostic, ça a été le début de belles choses : une meilleure compréhension de moi-même que ce soit dans mes capacités ou dans mes faiblesses, un meilleur contrôle de mes émotions et actions, ainsi qu’une grande confiance en moi.  

Je ne dirais pas qu’il faut obligatoirement passer par un test psychologique et vérifié pour se rendre compte de ses différences. Mais ça peut en aider certains à se libérer d’un poids sur les épaules. Tout le monde n’a pas envie de se retrouver comme Atlas condamné à perpétuité à porter la Terre sur son dos. L’important, c’est de bien s’entourer de personnes bienveillantes qui t’acceptent comme tu es avec ou sans différence spécifiée et surtout que tu te sentes libre de vivre et de t’exprimer tel que tu es vraiment. C’est fini les faux semblants.

Auteur : Camille, 23 ans, Bruxelles

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