Plonger dans la drogue et en sortir

Plonger dans la drogue et en sortir

Après une rupture amoureuse, après avoir longtemps refusé de tirer sur un joint, Pierre a cédé à l’envie, à la tentation… Il raconte les mécanismes qui, selon ses mots, l’ont conduit en enfer. Toujours selon ses mots, dans sa vie, il a fait beaucoup de mauvais choix mais le pire a été de commencer à fumer de la beuh.(1)

Premier joint

Au départ, mon frère fumait du cannabis et me proposait, souvent, de tirer quelques bouffées, quelques tafs… J’ai toujours refusé. Quand ma copine de l’époque m’a quitté, j’étais vraiment pas bien. Je suis allé chez un pote pour me détendre. Pendant deux heures, tous les deux, on a beaucoup discuté. Puis il m’a proposé un joint en me disant que ça me ferait du bien. J’ai fini par accepter. Sur le moment, ça m’a fait du bien, je riais. C’était comme si mes problèmes s’étaient envolés. Comme c’était la première fois que je fumais, la tête tournait un peu, j’étais déshydraté. Ce que j’ignorais à ce moment-là, c’est que c’était le début de ma descente aux enfers.

Dépendant

Au début, fumer me rendait euphorique puis, petit à petit, j’ai commencé à devenir dépendant. Je manquais d’attention, j’avais des pertes de mémoire, je devenais plus fainéant, plus rien ne m’intéressait. Les années ont passé et rien ne s’arrangeait. À 18 ans et sans aucun diplôme en poche, j’ai arrêté l’école. Je passais mes journées à boire et à fumer. Je ne faisais que trainer avec des potes. Je me suis fait arrêter plusieurs fois pour détention de drogue.

Papa

J’avais 20 ans quand mon fils est né. Cela faisait un an et demi que j’étais avec sa mère. Certes c’était beaucoup trop tôt, mais on était heureux, on a emménagé ensemble. Le problème, c’est qu’on n’avait pas de travail. J’étais au chômage. Heureusement, nos familles étaient là pour nous épauler. Après trois ans de relation, on s’est séparés. Je suis alors retombé dans mes travers : l’alcool et la drogue rythmaient mon quotidien. Les seuls jours où je ne buvais pas, c’était parce que j’étais trop mal après ma beuverie de la veille. Un jour, alors qu’un ami m’a invité à passer le nouvel an chez lui, il m’a servi un verre de whisky – comme on faisait d’habitude  – mais, chose inattendue de ma part, après deux gorgées, j’ai été malade. À force de boire, mon estomac ne supportait plus l’alcool. Mes problèmes de santé ont alors commencé.

Malade

Quand je sortais de chez moi, j’étais malade. Au début, ce n’était que de temps en temps mais plus le temps passait, plus ces problèmes devenaient réguliers… Jusqu’au moment où, c’est devenu systématique : dès que je sortais, au bout de 10 minutes, j’étais malade. Du coup, j’ai complètement arrêté de boire mais j’ai continué à fumer. J’ai passé des examens médicaux mais les médecins étaient incapables de dire ce que j’avais. Les psychologues pensaient que j’étais devenu agoraphobe, en gros, que j’avais toujours peur de sortir. Pour moi, ce n’était pas logique. J’étais toujours entouré de beaucoup de monde, je sortais énormément le soir, je continuais à aller en boite et dans des festivals alors ce diagnostic me semblait bizarre, mais comme rien d’autre ne pouvait expliquer mon état, je n’avais d’autre choix que d’y croire.

Je me dégoute

Comme je ne sortais plus de chez moi, je comptais sur mon frère pour me fournir en beuh. Je suis resté enfermé ainsi chez moi pendant cinq ans à fumer la pipe à eau, à jouer à la console et à regarder des séries. Je ne mangeais presque pas, je manquais d’appétit. Je faisais 1m79 et pesais 55 kg. Chaque nuit, j’étais pris d’angoisses, j’avais des boules au ventre, je ne dormais presque pas et quand cela m’arrivait, je faisais des insomnies. Je n’arrivais à m’endormir que vers 6 ou 7 heures du matin. Quand j’avais des rendez-vous, j’étais incapable d’y aller. Je me demandais ce que je foutais. À mes yeux, ma vie n’avait plus aucun intérêt. J’avais un fils mais j’étais incapable de m’en occuper. Je me faisais honte, je n’arrivais plus à me regarder en face, je me dégoutais littéralement.

La police

Un matin, j’ai été réveillé par la police. Elle venait faire une perquisition, chez moi, parce que mon frère vendait de la beuh. Manque de bol pour moi, sur la table de chevet j’avais 20 grammes (2) … Quelques jours plus tard, j’ai été convoqué par la police. Elle m’a posé plein de questions sur mon frère. Lui avait été arrêté le jour de la perquisition. Comme j’avais 20 grammes, j’étais à deux doigts de me faire arrêter. Heureusement, ils n’ont pas donné suite à notre entrevue. Cette expérience a été un électrochoc.

Arrêter de fumer

Pour moi, il était temps d’arrêter de fumer, cela faisait un moment que j’y pensais mais je ne m’en sentais pas capable. Par contre, je ne tenais pas à aller en prison. Je ne voulais pas que mon fils me voie comme un bon à rien. À peine deux semaines après avoir arrêté de fumer, je me sentais déjà beaucoup mieux. Je n’avais plus de problème de santé, j’avais un meilleur appétit.

Retour à la vie

Maintenant, je me sens capable de changer et d’avancer pour me réintroduire dans la société. Je suis une formation qui me permet de reprendre un rythme de travail. Après cinq années passées chez moi et dans mon lit, je n’ai plus aucune force physique ni d’endurance mais je dois continuer. J’ai réussi mon permis théorique. Maintenant, ce qu’il me manque, c’est un appartement, une voiture et un boulot. J’ai 30 ans et je sens que les choses changent. Je suis capable de me lever pour suivre ma formation, je suis déterminé à réussir pour moi mais surtout pour mon fils. Je commence à voir le bout du tunnel même si la route est encore longue. Si je continue sur ma lancée, j’arriverai à mon but : vivre avec mon fils.

La beuh, est une drogue. “Beuh” c’est un des noms que porte une plante, le cannabis. De nombreux autres noms existent : marijuana, ganja, weed, H, … Les effets du cannabis sur l’être humain varient en fonction de toute une série de données, si le produit est très concentré ou pas, quelle est la consommation… Dans les effets, il y a, par exemple, un sentiment de bienêtre, une impression de planer… Il arrive aussi des effets contraires comme un sentiment de profond malaise, d’angoisse… D’autres effets secondaires existent aussi, Pierre en parle dans son article. (2) En Belgique, la loi considère que posséder trois grammes d’herbe n’est pas une infraction. Cette quantité est celle d’un usage personnel. Dépasser les trois grammes, cela veut dire qu’on a aussi de la drogue pour d’autres personnes et cela constitue une infraction.

Auteur : Pierre, 30 ans, Huy

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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Un pied hors du bateau

Quand Maya veut partir en vacances, pour peu que sa fortune le lui permette, tout est possible pour elle ! Prendre l’avion, voyager facilement, rencontrer d’autres personnes… Malgré cette possibilité fantastique, elle garde en bouche un peu d’amertume, une triste pensée. Elle va aux personnes forcé·e·s de quitter leur pays et doivent rejoindre des pays plus cléments. Elles et eux ne bénéficient pas de ces facilités, c’est plutôt tout le contraire.

Clandestin·e

Il a vingt-deux ans et vient d’Afghanistan. Elle a trente-quatre ans et a dû quitter la Syrie. Il a dix-huit ans. Derrière lui, il a laissé son pays, le Soudan. Elle a cinquante-sept ans et a pris la mer pour quitter le Moyen-Orient. Elles et ils arrivent en Belgique. Le voyage a été dur, long. Sur ce même chemin, certaines et certains se sont perdu·e·s en route. D’autres ont abandonné une bonne partie de leur dignité… Elle s’est noyée dans les vagues. Derrière eux, derrière elles, des paysages familiers deviendront de vagues souvenirs. Derrière eux, derrière elles, le père qui commence à se faire vieux, la petite sœur insouciante, la mère inquiète… On pose un pied sur terre, on fait un pas, puis deux. Les jours et les semaines passent. Ils attendent dans le froid. Confronté·e·s à la violence et surtout à ce regard de dégout que des gens posent sur elles et eux. Dans la rue, ils et elles se sentent désemparé·e·s, perdu·e·s, veulent se raccrocher à quelque chose, à un soutien, un sourire. Rien ne vient.

Toursite

Je suis dans l’avion. Je pars vers l’Italie. Je suis heureuse de partir en vacances. Le voyage est rapide, confortable, la vue est belle et d’en haut, la mer parait calme. À l’aéroport, nos amis nous attendent à bras ouverts, un immense aux lèvres. Arrivés au village, les gens nous saluent, nous claquent deux bises sur les joues et nous accueillent chez eux pour manger. Mes vacances étaient géniales. Et pourtant… Je suis gênée, je ne peux pas en profiter pleinement. Pourquoi est-ce facile – pour moi – de voyager et de partir ailleurs alors que d’autres n’arrivent même pas à décrocher un sourire ?

Injustice majuscule

Un peu partout, on entend : « L’immigration est un fardeau. », « On ne peut pas supporter toute la misère du monde. », « Je ne suis pas raciste, mais notre économie n’a pas besoin de ça »… Un peu partout, ces phrases sont lâchées, parfois elles sont chuchotées et parfois, elles ne se taisent plus du tout et font du bruit. Comme une maladie, elles s’incrustent dans la tête des gens et se répandent de tête en tête. Elles cultivent la colère et la frustration dans les esprits fermés. Comme une trainée de poudre, ces idées véhiculées par l’extrême droite s’accumulent partout dans le monde et confortent, un peu plus encore, les gens dans leur réalité égoïste. Moi, j’ai seulement dix-sept ans et je suis tellement triste et en colère de voir tant de monde dans cette indifférence. Je suis consciente que ce n’est pas possible d’accueillir tout le monde. Mais alors quoi ? On va rester dans nos petites vies confortables et continuer à critiquer ? J’espère un jour vivre dans un monde où nous irions tous vers les autres. Un monde où on essaierait de se comprendre, où on essaierait de trouver des solutions. Un monde où au lieu de fermer les frontières, on irait franchir celles des autres pour aider là où on a besoin de nous. Un monde où chacun pourrait découvrir, faire des rencontres, voyager et vivre où il le souhaite.

Auteure : Maya, 17 ans, Bruxelles

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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Idées reçues

Idées reçues

Pour Joanne, c’est clair, on fonctionne toutes et tous avec des stéréotypes, des aprioris, des idées reçues. Ce qui est tout aussi évident, et c’est magnifique, c’est qu’en apprenant à découvrir et à connaitre l’autre, on s’en rend compte très vite et que la différence se retrouve diluée dans l’humanité.

Les stéréotypes sont universels

Noir, blanc, jaune, arabe, juif, SDF, malade… Quelles sont les premières images qui vous sont apparues en lisant ces mots ? Quelles formes, quels détails avaient-elles ? Ces questions vous rendront peut-être indifférents, mais pour la majorité des personnes, ces mots les amèneront tout de suite à des stéréotypes. Dans les médias, avec les ami·e·s, un peu partout, on parle beaucoup du racisme ou des préjugés qu’on aurait sur une personne de couleur noire, une personne aux yeux bridés … Je crois qu’il faut, aussi, savoir que sur moi, sur nous, femmes et hommes blanc·he·s existent aussi stéréotypes et idées reçues. Moi par exemple, je suis blonde aux yeux bleus, quelques-un·e·s de mes ami·e·s m’ont révélé après quelque temps qu’elles et ils avaient eu, au début, peur de moi ! Pourquoi cela ? À cause de ma couleur de peau très blanche, de mes yeux « transperçants » … Le fait est que la première impression que je leur ai renvoyée n’était pas, pour elles et eux, très rassurante. Mais tout cela s’est estompé, rapidement, après que nous ayons fait connaissance, après que nous nous soyons rencontré·e·s. Pour cela, il faut donner, un peu, de sa personne, cela demande un minimum d’efforts.

Dans le métro

Depuis toute petite, j’habite à la campagne : j’ai toujours côtoyé les mêmes personnes et la mixité était fort réduite. Alors, quand je me retrouve dans une ville comme Bruxelles, où plus de 179 nationalités différentes se côtoient, c’est vrai que cela fait un petit choc. Lorsque l’on va dans un milieu comme celui du métro, on se dirige généralement davantage vers des personnes nous ressemblant que vers l’inconnu·e. Je pense que c’est d’abord pour avoir une certaine forme de confort, de sécurité et puis on aura également tendance à se faire des idées reçues même très brèves sur les personnes que l’on verra. Il est vrai que lorsque je vois une personne sans abri vraisemblablement ivre ou une personne d’une autre couleur, habillée en training avec un sac banane et une casquette à l’envers, je ne vais pas forcément m’assoir à côté d’elle. Pourquoi finalement ? Peut-être parce que cela m’est inhabituel ou encore à cause de mauvaises représentations assimilées via les médias, les films… La réalité est que l’on baigne dans les stéréotypes, mais que, comme dit précédemment, ils peuvent disparaitre au bout d’un moment. Comment ? Tout simplement en apprenant à connaitre les personnes, en découvrant, finalement, qui se cache derrière l’habit.

Au Quatar

J’y ai vécu pendant plus d’un an, j’ai pu, notamment par le biais de l’école, passer mes journées avec des personnes venues des quatre coins du monde. Le fait est qu’au fur et à mesure que le temps passe, ces idées reçues finissent par disparaître. Ce fut une des expériences les plus enrichissantes que j’ai pu avoir dans ma petite vie. Généralement, on dit que l’homme arrive à se faire une idée de la personne qu’il a en face de lui en moins de trois secondes. Pour ma part, je pense qu’il faut surtout essayer d’aller au-delà de ces trois secondes, d’accepter ces idées reçues qu’on reçoit, mais par la suite, il faut essayer de connaitre ces différentes personnes. Ce qui nous permettra, à nous comme à eux, d’enrichir nos vies.

A écouter aussi en podcast ici

Auteure : Joanne, 16 ans, Orp-le-Grand

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Les petits avis, épisode 9

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Scan-R, dès le départ, essaye de donner la parole à chacune, à chacun, à tout le monde ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un témoignage. On a donc décidé d’en rassembler plusieurs. Voici les témoignages de Luca, Christelle, Luca et Thomas. 

Les héros meurent à la fin par Luca, 16 ans

La lame est remplie de sang, ses genoux touchent le sol, son coeur est transpercé par son ennemi juré. Le roi est tombé. En voyant ses amis courir, il se sent libre, mais la colline où il se trouve est remplie d’ennemis. Un tir le traverse et le fait tomber de la falaise. “ À sept ans, j’ai commencé à écrire une histoire et puis les années ont passé. J’ai aimé ça : écrire une histoire et devenir plus vieux. Le problème, c’est qu’en devenant plus vieux, je n’ai aucune confiance en moi. Ce sentiment a commencé à m’habiter suite à un rejet d’une fille qui me plaisait. J’ai alors compris qu’il était possible de ne pas convenir, de ne pas être assez, de ne pas être aimé pour ce qu’on est spontanément. Le monde réel m’a déçu. Alors, j’ai commencé à modifier les caractéristiques de mes personnages. Je suis en quelque sorte jaloux d’eux, car contrairement à moi, ils ne vivent pas dans le monde réel. Je me déteste car je suis peut-être trop réel. Et comme je crée les personnages à mon image, je les tue à la fin. Je n’aime pas le monde réel, avec la politique ou le travail, je préfère un autre monde que je peux construire. Un monde où mes personnages sont libres. Plutôt que de le quitter moi, ce sont mes personnages que je fais mourir. Mais là n’est pas le fin mot de mes histoires. Après leur mort héroïque, je les ressuscite à chaque fois, au même titre que je décide chaque jour de continuer à vivre dans l’espoir de devenir un homme libre. Toutes ces histoires inventées me donnent envie de devenir écrivain et réalisateur de films fantastiques et d’action. Ma famille me dit qu’il faut que je revienne dans le monde réel et que j’ai plus de chance de réussir dans l’électricité, qui est mon option, plutôt que dans la fiction. Aujourd’hui, je vais avoir 17 ans et j’ai toujours envie d’y croire et de faire de mon plus grand rêve ma réalité. N’est-ce pas ça, le chemin de la liberté ?

#Nobra par Christelle, 18 ans

Je m’appelle Christelle, j’ai 18 ans. Depuis trois ans, je ne porte plus de soutien-gorge. Vivant dans une famille majoritairement composée de filles, il m’a toujours semblé normal d’en porter un : tout le monde en mettait un, je ne voulais pas être jugée parce que je ne m’en mettais pas. Au début, quand je sortais sans en mettre, je me sentais mal à l’aise. On voyait la forme de mes seins et je me sentais regardée. À l’école, il y avait régulièrement des élèves – et principalement des filles – qui venaient me voir pour me dire qu’on voyait la forme de mes tétons et que c’était provoquant et dégoutant. J’essayais de mettre des pulls pour ne pas avoir ce genre de remarque. Beaucoup de personnes pensent que le fait de ne pas en porter peut affaisser la poitrine. Il y a, par exemple, une étude réalisée par le médecin du sport français, Jean-Denis Rouillon qui prouve le contraire, le soutien-gorge compresse la poitrine et empêche une bonne circulation du sang, peut causer des douleurs au dos, des blessures …

 

 

 

 

 

 

 

Je suis parfait par Luca, 15 ans, Vaux-sous-Chèvremont

Mais c’est quoi être parfait ? À vrai dire, c’est facile à vivre, car tout le monde vous envie. Je n’ai aucun problème dans ma vie… Je rigole quand je dis que je suis parfait. En réalité, personne ne l’est. J’ai des défauts comme tout le monde mais je pense qu’il faut avancer tel qu’on est. Personne ne peut vous changer. Personne ne peut me changer. Je suis quelqu’un de très nerveux, je peux me mettre en colère ou stresser pour très peu, par exemple quand je rate quelque chose ou que je dois m’exprimer devant les autres. En fait, j’ai beaucoup de défauts, mais mes amis me connaissent comme quelqu’un de souriant, toujours présent. Le fait de s’accepter soi-même permet d’évoluer. Je suis fier de la personne que je deviens chaque jour. Seul l’avenir me dira comment je vais devenir, si je deviens un homme bien. Peut-être vais-je regretter l’enfant joyeux que je suis à 15 ans ?

Un jour mon rêve viendra par Thomas, 14 ans, Plombières

 À la récré, si je me dirige vers mes amis et que je vois d’autres personnes, que je connais moins bien, je me retourne et je fais comme si je ne les avais pas vus. J’ai peur de déranger. Pour le moment, je stresse : je vais changer d’école et j’ai peur de ne pas avoir d’ami·e·s. À cause de ma timidité, je n’oserai pas aller vers de nouvelles personnes. Aujourd’hui, mon problème de timidité se résout petit à petit. Le théâtre m’aide à la combattre. Pour ne pas me laisser envahir par cette timidité, je dois continuer cette activité. Mais ce qui me fait le plus grand bien, ce qui me fait le plus plaisir, c’est de créer des vidéos pour YouTube. Pour moi, c’est une façon d’échapper à la timidité.

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#Blacklivesmatter, la manif

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De la sortie de la bouche de métro à la place Poelaert, Maya nous emmène à la manifestation du 7 juin 2020. Ce jour-là, plus de 10 000 personnes s’étaient donné rendez-vous pour dire non à la violence faite aux Noir·e·s.

Je suis seule

Masque sur la bouche, je sors de la station de métro. Je suis déterminée, mes épaules sont en arrière, mon dos est droit. Devant moi, deux amies souriantes discutent, un baffle en main, de superbes tresses plein la tête. Je m’engage dans la rue Royale, elle nous amènera au Palais de justice de Bruxelles, sur la place Poelaert. Je sens monter l’effervescence. Je croise d’autres individus. Personne ne se connait mais toutes et tous marchent dans la même direction. Toutes et tous, nous portons le masque, on ne voit que la moitié de notre visage. Pour une fois, ce n’est pas grave, seuls les yeux comptent, ce sont eux qui pétillent, de rage et d’envie de vivre.

Nous sommes sept

On passe devant le Palais Royal. De petits groupes arrivent de partout. Nous sommes cinquante. Nous nous engageons, ensemble, dans la rue de la Régence. On s’engage, dans tous les sens du terme. Un pas, puis l’autre, on avance. Je ne connais personne pourtant on dirait que cette même cause nous unit. Toutes, tous. blanc·he, noir·e, petit·e, grand·e, arabe, asiatique, crépu·e, frisé·e, lisse, yeux ronds ou en amande, baraqué·e ou bien gringalet·te. Des frissons parcourent mon corps. Toutes et tous, nous marchons… Nous sommes cent-vingt.

Nous sommes des milliers

Arrivée place Poelaert, je suis percutée par la vue qui s’offre à moi : une masse de monde. J’entends des cris au loin. Je n’en discerne pas encore le sens mais je me les imagine. Des « I can’t breathe (1)» et des « black lives matter (2) » doivent sortir des 8 000 bouches présentes, avec une conviction folle. 8 000 personnes. La colère, pour ne pas dire la rage, accumulée en moi, en nous, depuis ces derniers jours, semaines, mois et années se disperse de plus en plus vite dans mon corps. J’avance de plus en plus vite. Je me sens portée. Je tente de trouver une place. Pas trop centrale par sécurité, mais entourée, juste pour ressentir cette satisfaction d’être ensemble. La manifestation n’a pas encore commencé que la foule se soulève, qu’elle parle fort, qu’elle crie , qu’elle se fait entendre.

Nous sommes incalculables

Une petite tête bouclée sort de la foule, je suis heureuse de voir mon amie me rejoindre, de partager ce moment avec elle, de voir que je ne suis pas la seule de mes amis à vouloir m’investir. Les gens continuent d’arriver et de s’ajouter à cette immensité de gens masqués. Il y a quelques personnes du troisième âge, des parents avec leurs enfants, des jeunes avec leurs amis, un petit garçon sur les épaules de son père, s’émerveillant devant la quantité de monde.

Justice en travaux

J’observe un moment le palais de justice en travaux devant lequel nous sommes. Je trouve ça tellement symbolique : cette justice cassée qu’on a voulu un jour tenter de réparer avant de se décourager. Cette justice que nous voulons ressusciter à coup de cris et de slogans. Des panneaux de toutes tailles se dressent les uns après les autres. Des phrases portées par un courage fou se font entendre dans un mégaphone. Les gens se réveillent encore un peu plus, applaudissent, crient, se révoltent… La tension monte, une bonne tension, une tension contagieuse qui s’élève durant une heure et demie de manifestation.

Le poing levé

Mais le moment dont je me souviendrai, c’est une minute où nous sommes 10 000 personnes, le genou à terre, le poing levé dans un silence complet, face aux caméras, face à ce monde qui se détruit de jour en jour. 10 000 personnes, avec les millions d’autres manifestants dans les autres pays. Des millions de personnes qui ont comme rêve fou que 7 milliards d’individus soient, un jour, toutes et tous accepté·es comme elles et ils sont.

(1) « I can’t breathe » ou, en français, « Je ne peux pas respirer » est la phrase que George Floyd (USA, 1973 – 2020), a prononcée plus de vingt fois durant les huit minutes pendant lesquelles l’agent de police Derek Chauvin (USA, 1976) lui écrasait le cou.
(2) « Black lives matter », le 13 juillet 2013 à Sanford, aux USA, Travyon Martin (USA 1995-2012) , un adolescent noir de 17 ans, est abattu par le vigile George Zimmerman (USA, 1983). Suite à ce meurtre, l’homme est pourtant acquitté par la justice ; pour elle, il est innocent. Choquée par ce jugement, une journaliste et militante pour les droits des Noir·es écrit et publie un texte qui se termine par « Black People. I love you. I love us. Our lives matter. » Une de ses amies republie ce texte sur Twitter et crée le hashtag #BlackLivesMatter.

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Auteure : Maya, 17 ans, Bruxelles

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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