De quoi demain est fait ?

De quoi demain est fait ?

J’ai toujours eu peur de perdre ma famille. Car je n’ai plus que mon frère et mes parents.
Lentement, je me suis éloigné du reste. Ma grand-mère, la mère de mon père, celle qui l’a abandonné, est au Soleil : Metz. 2 grands-pères sur 3 sont morts. Le seul encore en vie, ça fait 5 ans que je ne l’ai pas vu. Quand j’étais tipeu, je l’appelais Dieu car je ne le voyais jamais.

Ce qu’il me reste, c’est ce qui est le plus précieux à mes yeux. On est chanceux de les avoir. Malgré tout, ils sont atteints par cette saloperie. Le padre, mon père, a failli rejoindre sa sœur à 3 reprises. On est constamment dans la crainte qu’il nous quitte. Ce n’est pas un mythe mais bien la réalité. La madre, ma mère, celle qui s’oublie pour nous, est aussi atteinte, le cœur qui monte à 240, et je ne parle pas de km/h. Elle a des douleurs en permanence, mais elle fait sa poker face pour pas qu’on voit sa souffrance et cette malchance d’avoir cette douleur depuis 2009. Le Xanax ou même la morphine n’atténuent pas la douleur. Elle ne risque rien mais elle vit avec ces peines. Mon frère qui s’éloigne de jours en jours va finir par quitter le cocon familial pour prendre son envol.

Nous ne sommes pas éternels. Il faut profiter des gens qui nous entourent. On ne sait pas de quoi demain est fait.

Auteur : Yaël, 14 ans, Liège

CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT LORS D’UN ATELIER SCAN-R.

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Etre en centre n’est pas un défaut!

Etre en centre n’est pas un défaut!

Loucas, Marie et Océane vivent à SOS Village d’Enfants, qui offre un nouveau foyer aux enfants n’ayant pas toujours la chance de grandir dans un environnement familial sain. Voici leurs témoignages.

Loucas, 14 ans

Être en centre n’est pas un défaut !

Beaucoup de gens pensent que quand on est dans un centre, on est con ou que c’est parce qu’on fait beaucoup de conneries. Mais souvent, lorsqu’on est dans un centre, c’est à cause des parents ou des personnes qui nous entourent. Par exemple, moi, mes parents ont eu plusieurs problèmes avec leurs parents, comme deux faillites survenues d’un seul coup, des licenciements, etc. Mais bon, le principal, c’est d’avoir des liens avec des personnes que l’on aime.

La vie dans un centre, c’est d’être avec des éducs qui amènent de la bonne humeur, tout au long de la journée. Quel est l’inconvénient ? Notre famille nous manque souvent et on a envie de la revoir.

Marie, 16 ans

Il était une fois, une belle brune prénommée Anaïs. Elle est arrivée au Village d’Enfants, il y a 3 ans. Tout comme moi, elle adore voyager. On partage aussi les mêmes passions : le Carnaval et les soirées. On fait partie du même groupe de jeunes et on s’éclate toujours.

Il y a 2 ans, j’ai commencé le rugby. Puis, Anaïs venait les vendredis. J’étais toujours contente de la voir. Je me réjouis toujours de la voir parce qu’elle est très importante pour moi et que je la considère comme une deuxième maman. Elle m’a beaucoup aidée et elle m’aide encore, tous les jours.

A tous les éducateurs qui se questionnent sur leur métier, regardez l’importance que vous avez pour les jeunes.

Océane, 12 ans

Bonjour, je m’appelle Océane, j’ai 12 ans. Pour le moment, je vis chez SOS Village d’Enfants, à Bande. J’ai des frères et sœurs. Je vais vous dévoiler l’élément perturbateur de mon histoire. Il y a 3 ans, avant d’arriver au Village, je vivais mes chez parents à Tellin. A l’école, j’étais victime d’harcèlements. Donc, je ressentais un sentiment de rejet. Mes parents se sont séparés. Pour moi, c’était difficile de choisir chez qui aller. Mon père était désespéré, je l’ai beaucoup aidé. Il a fini par trouver une autre copine. Tout devint de plus en plus difficile. Je suis arrivée au Village et voilà, j’espère qu’un jour, je retournerai chez moi.

Je m’adresse à tous les enfants qui ne sont pas placés, dites-vous que notre vie est bien pire que la vôtre.

A écouter aussi en podcast ici

Auteur·e·s : Loucas, Marie, Océane

Ces témoignages ont été écrits lors d’un atelier Scan-R

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Exil de deux frères

Exil de deux frères

La politique en Guinée, en tant que militant de parti, est un piège pour tous les jeunes, surtout si votre parti politique est dans l’opposition contre le pouvoir en place.

En 2018, mon grand-frère et moi assistions à une manifestation contre la proclamation des résultats des élections locales et communales de février. Après la publication des résultats, le constat était clair : des fraudes immenses ont été enregistrées. Tous les partis politique de l’opposition demandèrent à leurs militants de manifester.

C’est ainsi que mon frère et moi-même nous sommes retrouvés dans cette manifestions. Le 14 mars 2018. Arrivés au rond-point d’Hamdalaye, nous remarquons la présence de militaires. Ils nous ont encerclés, avant de commencer à tirer sur la foule. Nous nous sommes retrouvés à terre, en essayant de fuir. J’ai pris un coup sur mon pied, nous avons été trainés par terre sur des dizaines de mètres avant d’être embarqués par les militaires.

En prison, c’était la torture et la fièvre, à cause du coup reçu sur mon pied. Nous refusions de plaider coupable en tant que mercenaire de notre parti et d’accuser officiellement notre parti politique comme étant responsable de la tuerie le jour de la manifestation. C’était horrible pour nous. Notre santé se dégradait tellement que nous avons été transférés à l’hôpital pour recevoir des soins. C’était le moment ou jamais. Nous avons réussi à fuir et rejoindre notre village, où nous avons passés 3 mois cachés.

Un jour, après un appel de notre mère nous avertissant de l’arrivée de militaires, nous avons dû fuir une nouvelle fois. Nous avons pris la décision de quitter la Guinée pour survivre. Nous sommes allés au Mali, grâce à un oncle. Ce n’était pas la fin du cauchemar.

Le Mali, Ensuite, en Iran. Nous avons été arrêtés et emprisonnés pendant deux semaines par la police iranienne. Nous avons été ensuite abandonné dans la « brousse » où, sans savoir où nous étions, nous avons marchés pendant deux semaines avant de rejoindre la Turquie. En Turquie, nous avons été exploités et victime de racisme et de discrimination. Grâce à un grand frère africain, nous avons réussi à quitter la Turquie, par la mer, pour rejoindre la Grèce. Selon notre ami, nous y serions en sécurité.

En Grèce, nous avons suivi la procédure d’asile pour enfin recevoir un titre de séjour. Nous étions fatigués et notre santé était dans un état lamentable. Malgré tout, nous voulions nous intégrer et nous avons suivi les cours de langue grecques. Le problème en Grèce, c’est que lorsqu’on reçoit un titre de séjour, l’état nous coupe toute assistance financière ou sociale. Sans aucune aide, la vie est devenue un enfer. L’état de mon pied s’est dégradé. Depuis le coup reçu lors de la manifestation, j’ai été victime d’une infection. J’ai connu, au sein des hôpitaux grecques, l’angoisse et le racisme. C’était trop. J’ai décidé de quitter ce pays, avec mon frère. Nous avons travaillés dur dans une usine de transformation de produits de shampoing. Nous étions exploités, sous-payés. Nous avons de nouveau connu la discrimination et la honte. Nous n’en pouvions plus. Mon frère avait en plus, cette maladie incurable qu’on appelle diabète. Nous étions en difficulté pour nous procurer de l’insuline.

C’est ainsi que nous avons pris la décision de rejoindre la Belgique. Grâce à notre titre de séjour grecque, nous avons pu prendre l’avion. Nous devons recommencer notre procédure à 0 mais ici, nous recevons des soins appropriés.  La santé, c’est notre priorité. Mon frère soigne son diabète et moi, je suis pris en charge par un chirurgien. Nous reprenons espoir…

Auteurs : Lamine et Aboubakar

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Parentification

Parentification

Je ne sais pas vraiment si ce que je vais écrire sera intéressant pour qui que ce soit mais c’est quelque chose qui me tient à cœur et que je voudrais partager, dans le but, peut-être, de permettre à certaines personnes de se reconnaître, de se sentir moins seules.

Je suis née dans une famille très bienveillante, mes parents se sont toujours démenés pour mes sœurs et moi. Quand j’étais petite, nous n’avions pas beaucoup d’argent. Ma mère faisait plusieurs petits boulots et mon père, je ne me rappelle pas exactement s’il travaillait.

Je n’ai pas énormément de souvenirs positifs de mes parents et il m’arrive d’ailleurs de m’en vouloir à ce sujet car ils ont fait de leur mieux. Ma mère est dépressive depuis ses 13 ans, je ne pense pas qu’elle soit déjà réellement sortie de ses dépressions. Elle a toujours été en décalage avec les autres. Elle a eu ma grande sœur à 21 ans avec un homme que je ne connais pas. Ensuite, elle m’a eue à 27 ans, puis ma petite sœur, un an et demi plus tard.

Mon père, lui, a eu une enfance difficile. Il n’a pas connu son père et il a quitté son foyer à 16 ans. Il est tombé dans la drogue et la scarification. Mon père a un trouble borderline.

Maintenant que j’ai planté le décor, je voudrais parler du rôle que j’ai eu dans ma famille. Quand ma sœur est née, on avait à peine un an et demi de différence et je me suis rapidement attachée à elle. Plus on grandissait, et plus on devenait inséparables. Nous étions pourtant complètement opposées : ma sœur avait un fort caractère et a toujours eu beaucoup de colère en elle. Elle piquait souvent des crises. Moi, j’étais plutôt une petite fille discrète, calme, dont personne ne s’inquiétait. On me répétait souvent que j’étais trop sensible.

Quand j’ai eu 7 ans, mes parents ont divorcé. Un peu avant cela, ma mère avait changé de travail et devait donc partir assez tôt et rentrer assez tard. Á partir de là, je suis devenue le parent responsable de ma petite sœur. On devait se réveiller toutes seules et aller à l’école. J’étais la plus grande, donc je devais faire à manger à ma sœur, vérifier que les portes étaient fermées, éteindre les lumières, etc. Toutes ces tâches ne me dérangeaient pas, j’étais la seule à pouvoir le faire. Mais ma sœur a commencé à avoir de plus en plus de crises de colère. Elle se défoulait sur moi. Ce qui était au début des crises de petite fille se sont transformées en coups, en violence. J’étais bien trop petite pour gérer une enfant.

Mais je ne voulais pas créer de problème, je ne disais rien. Je ne voulais pas les embêter parce qu’ils étaient fatigués. J’ai fini par m’habituer aux crises de ma sœur et j’ai commencé à me renfermer sur moi-même. Je n’ai plus été sociable, sans me faire de vrais amis. C’est à la rentrée en secondaire que ma vie s’est compliquée. Je continuais à m’occuper de ma sœur sans savoir que j’étais moi-même. Je voulais seulement être invisible.

Ma sœur, elle, avait une amie. Elles se moquaient de moi, de mon apparence, de mes habits, tout en continuant à piquer des crises de colère. Elle pouvait, d’un moment à l’autre, changer complètement de visage, avoir une vraie rage, me frapper, puis oublier.

Je voudrais dire à tous les enfants qui comme moi, ont dû prendre une place qui n’est pas la leur : vous êtes légitimes. Vous avez le droit de ne pas prendre ces responsabilités parentales, vous avez le droit de dire que vous avez trop à supporter. Vous ne devez pas être les parents, ce n’est pas votre rôle.

Auteure : Suzon, 16 ans

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Origine du mal-être

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Violentée

Mon texte parle de mon mal-être. Etant petite, mon père n’était jamais à la maison, souvent dans les cafés, dans les buvettes de foot… Il rentrait, souvent ivre et violent, le plus souvent avec ma maman, et parfois avec ma sœur et moi.

Ma mère a fini par comprendre et fuir chez ma grand-mère. Ma sœur avait 3 ans, j’en avais 5. Le jour où nous sommes parties, mon père m’a dit qu’il ne voulait plus jamais nous voir. C’est ce qu’il s’est passé, pendant un an.

Violée

Lors de mes 6 ans, mon père a voulu me revoir. Après hésitation, ma mère a fini par accepter « tant qu’il me ramenait à une heure correcte ». Mais ce n’est pas ce qu’il s’est passé. On a d’abord été chez lui, et ensuite dans un bar, à Andenne. Un moment, mon père est parti, sans me dire pourquoi. Il m’a laissé au bar, avec un de ses amis. Cet ami m’a emmené dehors. J’ai essayé de me débattre mais son ami a abusé de moi. J’ai voulu courir, m’enfuir, mais imaginez une fille de 6 ans contre un homme. C’est impossible de s’en sortir. Je saignais de ma partie génitale. Je suis retournée dans le bar sans rien dire, mes vêtements tachés de sang. Une femme m’a prêté un t-shirt, c’était comme une robe sur moi. Ils m’ont offert à boire, je ne sais plus quoi. Après cela mon père est réapparu et m’a ramené chez ma mère. Je n’ai osé rien dire, j’étais traumatisée. Je n’ai plus revu mon père après cela, jusqu’à mes 9 ans.

Abandonnée

Mon père avait une nouvelle femme, il voulait me la présenter. Moi, je n’étais pas d’accord mais j’ai fini par accepter. J’ai fais un effort. Sa femme venait de sortir de prison. Au début, je l’adorais, je dormais dans ses bras. Mais un jour, elle a vrillé, elle m’a volé mon téléphone en me mettant un couteau sous la gorge. Mon père a fini par la quitter, et prendre une autre femme, en reconstruisant sa vie, il a eu 3 autres enfants. Pendant des périodes, je n’avais plus de ses nouvelles, puis il recommençait à nous prendre, mais en étant violent avec moi. J’ai eu des entorses, des bleus.

L’enfer

De nouveau, je n’ai plus vu mon père pendant une période. Puis un jour, j’ai dû y aller pour un nouvel an. Ma belle-mère et mon père se sont disputés et ont remis la faute sur moi, parce que j’étais « une pute ». Ils m’ont frappé. J’ai essayé de partir, de m’enfuir. Mon père m’a rattrapé en voiture, m’a frappé. Je me suis réfugiée chez mon tonton, puis à l’hôpital.

Résilience

C’est dur, je sais. Si j’ai écrit ce texte, ce n’est pas pour avoir de la pitié. C’est pour montrer que l’on peut toujours décider de s’en sortir, se relever, avancer.

A écouter aussi en podcast ici

Auteure : Alyssa, 13 ans

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