Dio Sacro

Dio Sacro

Hey, ça fait un bail… la dernière fois qu’on s’est vu, tu te dandinais dans le corps d’un chat. En mars, tu jouais à la roue de la fortune, cheveux au vent et bottes de cuir aux pieds. Durant l’hiver, tu te baladais entre les flocons.

Dieu, qui es-tu vraiment ? Doit-on remercier pour chaque nouvelle naissance en ce bas monde ? Doit-on te haïr, lorsque les meilleurs partent en premier ?

Tu connais la bière belge ? Ah ben ouais, c’est vrai… t’en bois tellement que des humains s’explosent en plein désert à cause de tes rots.

Et tu connais la loterie, bien sûr… quand c’est le jackpot pour les miséreux, le pétrole dégomme la face des poissons.

La Vérité, tu la sais. C’est que tu ne sais pas danser.

Pourtant, tu souhaites apprendre tes pas à tout le monde. Tu veux nous mettre à l’épreuve. Tu désires tester notre Foi. Je ne comprends pas ce qui te motive, ce qui t’enflamme, ce qui te passionne…

Je n’ai pas envie de te connaître. Si tu étais sur Tinder, tu serais cette meuf qui veut trouver un mec d’un mètre nonante, prêt à la protéger.

Tu nous en demandes trop. Qui es-tu pour dicter chacune de nos décisions ?

Je ne suis que poussière dans l’infini. Alors, moi je veux bien jouer à Belote avec toi. Mais il ne faudra pas m’imposer tes codes.

La vie est trop courte pour subir autant de règles.

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Auteur : Bruno, 24 ans

CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT POUR SCAN-R RADIO

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L’anorexie est une maladie qui touche de plus en plus de personne, aussi bien les garçons que les filles. Pour beaucoup de personne, l’anorexie est un physique, or, c’est avant tout une maladie mentale qui nous détruit. Une personne en surpoids peut très bien être anorexique et une personne maigre ne l’est pas forcément.

J’ai décidé de vous raconter mon combat. Voilà un an et demi que je suis tombée dans l’anorexie mentale, un an et demi que cette petite voix me hante. Au début, je voulais juste perdre deux-trois kilos pour devenir comme les mannequins sur les réseaux sociaux, pour être mince comme le veut la société. Mais très vite, j’ai perdu le contrôle, plus les chiffres descendaient sur la balance, plus je voulais encore perdre et plus j’étais contente. Depuis toute petite, j’ai toujours eu peur de grossir, j’ai toujours eu peur du regard des gens, de ce qu’ils pensent de moi. Quand j’ai commencé à perdre du poids, la voix dans ma tête que j’ai appelée voix maléfique me hantait chaque jour, chaque minute, chaque seconde. Je n’étais plus moi-même. C’est mon anorexie qui me contrôlait, elle était plus forte que moi.

Jusqu’au jour où je suis tombée à 30 kilos. J’avais perdu 20 kilos, je n’étais plus qu’un cadavre, une morte vivante, je vivais dans le corps d’une morte. Je me suis senti partir, j’ai cru que j’allais mourir, que j’avais été trop loin. Je ne me nourrissais plus et je ne buvais plus. J’ai été hospitalisée en urgence, je me suis retrouvée en chaise roulante et sondée.

Maintenant, je me suis débarrassée de ma sonde il y a un mois et demi mais je suis toujours hospitalisée. Je reprends du poids petit à petit, pas toujours assez vite pour les médecins mais j’y arrive à mon rythme même si ce n’est pas tous les jours facile. La maladie est parfois plus forte que moi, elle me fait me faire du mal, me haïr, me détester mais j’essaye de me battre, de m’en sortir, de reprendre le dessus pour pouvoir vivre. vivre à fond ma vie d’adolescente avec mes amis, ma famille. J’essaye de retrouver mon sourire.

Je ne lâcherai rien. Je ne laisserai pas la maladie gagner. Je veux vivre, reprendre mes kilos de vie. Je n’ai pas le droit de me faire du mal comme la maladie le voudrait. Je n’ai plus envie de me prendre la tête pour un poids, pour une pâte ou un grain de riz mangé en plus. Moi aussi j’ai le droit d’être heureuse.

J’ai écrit et je partage ce texte pour soutenir toutes les personnes qui souffrent d’un trouble du comportement alimentaire et pour vous dire qu’on est fort. On va s’en sortir. Non, ce n’est pas juste un caprice. Il ne suffit pas de « juste remanger ». C’est bien plus compliqué que cela.

Courage, nous allons y arriver.

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Auteure : Emy, 16 ans

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16 ans et placée en IPPJ

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J’ai 16 ans, je suis placée en IPPJ. Comment j’en suis arrivée là? Je vais vous le raconter.

Tout à commencé avec mon géniteur. Ce gars est un inconnu, je ne sais même pas comment il s’appelle. Il m’a abandonné le jour de ma naissance. Pire, il s’était arrangé avec quelqu’un pour me refiler à quelqu’un d’autre.

Ma mère adoptive, elle, a toujours voulu un enfant. Elle a décide de m’adopter. En fait, je suis née au Maroc et ma mère adoptive était en Belgique. Pendant deux, trois ans, j’ai vécu au Maroc pendant que ma future mère adoptive faisait des A/R pour gérer les papiers d’adoptions. Pendant ces années-là, je vivais chez des oncles ou des tantes en attendant.

Quand j’étais petite, j’ai toujours eu du mal à m’intégrer. J’ai du très vite me débrouiller seule. En fait, personne ne s’occupait de moi, les gens qui me gardait ne le faisait que pour de l’argent.

Quand je suis arrivé en Belgique, vers 5-6 ans, j’étais super heureuse, j’ai pensé que tout allait s’arranger. Mais non, je suis arrivé dans une école où je me suis faites harcelée. Cela a duré toutes mes primaires.

En 6ème, j’ai alors appris que ma mère n’était pas ma mère. Que j’étais adoptée. Mon idole, la femme parfaite à mes yeux, ma super-héroïne, m’avait menti. Elle n’était pas ma vraie mère. Le monde s’est effondré. C’est à ce moment-là que ma vie est devenue un enfer.

J’ai commencé à fumer à 11 ans, à trainer avec des mauvaises personnes. Je volais de l’argent, je fuguais, je n’allais plus à l’école. Lorsque j’ai eu 14 ans, on m’a agressée sexuellement. Trois garçons m’ont déshabillée et j’ai subi des attouchements. Ils m’ont pris en photo et ont publié tout ça sur les réseaux sociaux. Je me suis alors fait insulter de pute, de puante, partout où j’allais.

C’est en fin de 2ème secondaire que le Service d’Aide à la Jeunesse est intervenu dans ma situation. C’est aussi à ce moment-là que j’ai appris que ma mère avait un cancer pulmonaire. J’ai été placée en centre, c’était horrible. J’ai fugué, je me suis faite renvoyée de mon école. J’avais un traitement lourd pour ma thyroïde et j’ai commencé à ne plus prendre mes médicaments, je suis tombée dans le coma. Quand je suis sortie de l’hôpital, j’avais des trous de mémoire. J’ai continué à fuguer du centre. Finalement, le SAJ a accepté que je rentre chez moi. Mais ma mère a du être hospitalisée. J’étais livrée à moi-même. J’ai commencé à inviter plein de monde chez moi. On faisait la fête, j’ai perdu le contrôle de ma propre maison. Je me suis disputée avec ma meilleure amie, on en est venu au main. Elle a porté plainte.

J’ai de nouveau été placée. J’ai de nouveau fugué. Ma mère est alors décédée une semaine après ma fugue. Elle est partie. Elle m’a laissé. On m’a alors placée en IPPJ, section fermée. Finalement, dans la section fermée, j’ai eu une belle évolution. Après 3 mois, je suis passée en section ouverte. J’essaye de m’en sortir, aujourd’hui, j’essaye de garder la confiance des adultes qui m’entourent. Ce qui me fait avancer et me lever le matin, c’est mon projet d’autonomie.

Auteure : Anonyme

CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT LORS D’UN ATELIER SCAN-R.

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Quand je dis qui je suis, je dis que je suis une femme, musulmane, d’origine marocaine et lesbienne. Assise devant le groupe de cet atelier, je ne regarde personne quand je l’annonce. Non pas parce que j’ai honte, mais parce que pour moi, « lesbienne » est une information comme une autre. Je suis la dernière à me présenter et personne n’a annoncé son hétérosexualité dans le groupe.
Je sens la question du coming-out venir, alors je les devance : « Non, mes parents ne le savent pas. »
« Tes parents ne vont pas l’accepter ? » me demande la journaliste du groupe.
Je ne sais pas si c’est une question ou une affirmation. Ça m’agace. L’animateur explique le prochain exercice en me prenant pour exemple. Il dit : « Tu as avoué ton homosexualité. »
« Avouer », comme si c’était quelque chose de honteux que je devais cacher. Il va lire ces lignes et va surement vouloir s’excuser. La journaliste va me dire qu’il n’y avait aucune mauvaise intention derrière sa question.
On voudrait que je dise que je suis lesbienne et que j’ai peur, que je suis lesbienne et que j’ai honte. Désolée de décevoir, mais je suis lesbienne et je le vis très bien. Il n’y a rien de plus libérateur et de plus pur qu’être une femme et aimer les femmes. J’aime les femmes comme aucun homme ne pourra jamais le faire. Je n’ai pas de schéma à suivre, ni de rôle à avoir. J’ai la chance de pouvoir aimer les personnes les plus courageuses de cette Terre et je me sens privilégiée.
Je crois en un Dieu qui, pour beaucoup, ne veut pas de moi. Je ne suis pas d’accord, il n’y a pas qu’une seule manière d’être musulmane. Croire en Dieu m’apaise et m’apporte du réconfort chaque jour. Je ne suis pas seule, je fais partie d’une communauté et je suis entourée de gens qui m’acceptent comme moi je les accepte.
Je suis une femme, musulmane, d’origine marocaine et lesbienne, je suis chacune de ces choses et toutes à la fois. Je suis qui j’ai envie d’être et surtout, je le vis très bien.

Anonyme

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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Ce corps qui est mien mais ne l’est pas

Ce corps qui est mien mais ne l’est pas

Scan-R a pour objectif de donner la parole à tous les individus, sans différence et discrimination, dans le but de sensibiliser et améliorer le vivre ensemble.

Un jour, je changerai mon corps. Je suis née fille, mais je suis et j’ai toujours été un garçon. Je n’aime pas ce corps. Ce n’est pas moi. Quand je me regarde dans un miroir, le corps que je vois n’est pas moi. Je dois porter et voir ce corps tous les jours de ma putain de vie. Je le déteste.

Pour me sentir mieux, j’ai acheté des vêtements de mec et en plus, je porte un binder pour m’aider à avoir le torse que j’ai toujours rêvé d’avoir. Tous les matins et tous les soirs, j’imagine sur moi le corps de mes rêves, celui qui me donnerait satisfaction en étant torse nu ou en maillot. Pas ce corps qui n’est pas le mien.

Ce corps me rappelle que nous ne pouvons pas toujours avoir le corps que nous voulons. Mais je ne perds pas espoir.

Auteur : Anonyme, 14 ans.

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R.

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Système scolaire, vecteur de stress

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Lors d’un atelier organisé en partenariat avec Service Citoyen, Scan-R a rencontré Corentin. Dès les premiers échanges, les premiers exercices, on sent chez Corentin une soif de militantisme et d’espoir pour faire bouger une société figée sur elle-même. Aperçu : 

A l’heure où élèves et enseignants se demandent quand finira l’état de crise infligé par le COVID-19, où il devient difficile de suivre continuellement les nouvelles mesures prises par le gouvernement, la question de la santé mentale semble être, plus que jamais, au centre des débats. Cette même santé mentale qui était trop peu souvent questionnée dans le quotidien des acteurs de l’enseignement devient cruciale. Faut-il uniquement se contenter de limiter les dégâts pour les mois à venir ? Ou doit-on interroger le système pédagogique en lui-même ?

Comment en était-on arrivé à un tel point de rupture pour les élèves et les professeurs ? C’est la première question à laquelle nous devons faire face si nous espérons trouver des pistes de solution pour les années à venir. Il faut remonter le temps et revenir à la période « pré-covid » quand école rimait avec stabilité et règles clairement établies.

En tant qu’ancien élève ayant tout juste terminé ses secondaires, je dois avouer avoir été frappé par la place que prenait le stress dans le quotidien des jeunes. Une pression continue qui semble peser de tout son poids sur les épaules des étudiants tout comme sur celles des enseignants les encadrant. Il y a continuellement une échéance importante à venir qu’elle prenne la forme d’un projet à rendre ou d’une évaluation à passer. Qu’est ce qui explique que les matières scolaires provoquent un tel stress chez les élèves ? Pourquoi voit-on une interrogation « ratée » comme une fatalité ? Pour apporter des réponses à ces questions, il faut prendre du recul, sortir du système scolaire pour analyser les idées toutes faites véhiculées par la société. Nous avons tendance à survaloriser la réussite et à dénigrer l’échec. La défaite est vue comme une fin en soi et non comme une étape vers un résultat positif.
Lorsque l’élève ayant des difficultés depuis des années en mathématiques reçoit sa feuille d’interrogation avec un simple 8/20 écrit en rouge, quel message lui renvoie-t-on ?
Il va considérer que les efforts qu’il a mis en œuvre pour arriver à ce résultat ne valaient pas la peine. Le problème étant que si cette situation est appelée à se répéter, le jeune va perdre confiance en lui et laisser tomber. Il ressentira donc soit un profond stress soit un découragement total à l’annonce de la prochaine évaluation. Il est crucial de mettre davantage en lumière les efforts fournis par les élèves. Il faut que chaque étudiant comprenne l’origine de ses fautes. Dans ce cadre, l’existence de remédiations est primordiale afin que le jeune associe son erreur non à un manque de travail ou de capacité mais à un manque de compréhension. Enfin, l’entraide entre les élèves permet à chacun d’échanger sur ses difficultés, de s’inspirer des méthodes de ses pairs et de reprendre confiance pour se sentir utile et compétent.

Il ne faut pas non plus être utopiste. Comment les enseignants peuvent-ils être au courant du cas de chacun ? La première étape serait, sans doute, de réduire la charge de travail des professeurs pour qu’ils puissent renforcer leur relation, base de l’apprentissage, avec les jeunes.

En parlant de charge de travail, il serait totalement contre-productif de l’aborder sans évoquer les programmes scolaires. Ces quotas de savoir à transmettre aux élèves mettent l’équipe pédagogique dans une position délicate. Véritable dilemme entre s’assurer de la bonne compréhension de chacun ou aborder tous les points du programme, il est vecteur de stress pour les enseignants. Ce même stress se répercute sur les jeunes que cela prenne la forme d’un rythme soutenu ou simplement dans la façon de donner cours. Nous devons apprendre à favoriser la qualité à la quantité.

Ensuite, si nous parlons de la question du rythme scolaire, il est impossible de ne pas aborder l’importance des moments de pause. Nous avons tendance à l’oublier mais il reste difficile pour bon nombre de jeunes de rester concentrés pendant plusieurs heures. C’est dans ce cadre qu’il faut mettre en place davantage de pauses dans le quotidien des élèves comme des professeurs. Il est évident qu’une journée entière passée à l’école suivie de plusieurs heures à la maison pour travailler ou étudier des matières scolaires est vecteur de fatigue mais également de stress.

Pour conclure, nous devons voir la crise sanitaire comme une véritable opportunité de remettre en question les systèmes qui nous entourent dont le système scolaire. Transformons cette pandémie en un moteur pour le changement de demain. Commençons par redonner du sens à l’échec, à inverser la tendance pour privilégier la qualité à la quantité et ayons courage de briser le rythme infernal dans lequel nous sommes enfermés bien trop souvent. Ne voyons pas cette remise en cause comme un projet uniquement porté par les étudiants mais également par les enseignants car le bien-être mental est crucial pour l’apprentissage comme pour la transmission de savoirs !

A écouter aussi en podcast ici

Auteur : Corentin, 18 ans, Bruxelles

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