Moi, Bilal, “mec efféminé”

Moi, Bilal, “mec efféminé”

Certains sont des poilus, des tatoués, des durs à cuire, des cadors… Bilal n’est pas comme ça. Son truc à lui, son style, ne correspond pas aux standards de la mode. Libre, il fait ce qu’il aime et assume ses choix. Cette liberté est parfois lourde à porter.

Les trucs des filles

Je m’appelle Bilal, j’ai 16 ans et je suis ce qu’on appelle “un garçon efféminé.” J’aime la mode, j’écoute Ariana Grande, Lizzo, Billie Eilish , Nicki Minaj,… bref, des musiques que certain·e·s disent « de filles ». J’ai un style assez particulier, lui aussi perçu comme ”de fille” : jeans moulants, t-shirt coloré, veste qui cache mes fesses, converses. Je suis d’origine arabe, ce qui, semble-t-il à certaines personnes, ne me donne pas le droit, en tant que garçon, de m’habiller de façon “féminine”.

La ruelle sombre des insultes

Un soir, je rentre chez moi après une sortie entre amis. Jeans moulants et t-shirt coloré, je marche avec un style qui m’est propre. Pour atteindre mon chez moi, je dois traverser une place où il y a un groupe de jeunes garçons, les habitués de la place. À chaque fois qu’ils me voient , ils me lancent des regards noirs. Ils ont une capuche pour cacher leur visage, mais leurs yeux, même dans l’ombre, respirent la haine… Comme si j’avais commis un meurtre. Les mains moites, mon regard est baissé, limite honteux. Bien sûr, ces regards noirs ne sont pas seuls, ils sont accompagnés d’insultes riches et variées : “pédé”, “pédale”, “sale gay” ou encore des remarques du genre “suce-moi la bite”, “tu prends dans le cul?”. Un sentiment de solitude m’envahit, je me demande si je suis le seul à ressentir ça. Et là, ma voix intérieure me chuchote à l’oreille : “Pourquoi devrais-je me sentir seul, pourquoi sont-ils tous contre moi ? Non, je ne mérite pas ça”.

Les agresseurs ont peur de nous

Je suis assez timide et réservé. Depuis toujours, je suis insulté, les gens me touchent les fesses pour “rigoler”, comme si j’étais une chose dont on peut faire ce qu’on veut. La plupart des personnes qui m’insultent confondent ma timidité ou ma gentillesse avec de l’inoffensivité. Le fait que je parle correctement et que j’aide volontiers les autres plutôt que de les attaquer comme eux le font parfois les amène à penser que je suis une personne qu’on peut venir insulter gratuitement. Si j’ai le malheur de dépasser ma timidité et de répondre à leurs insultes, ils me frappent. J’ai vite pris l’habitude de me laisser faire, de ne rien dire ou de rire avec les personnes insultantes pour me protéger. Aujourd’hui, j’ai compris qu’ils sont agressifs parce qu’ils ont peur. Ils sont effrayés à l’idée de s’approcher de personnes comme moi, de peur qu’on les drague et qu’on leur saute dessus.

L’agresseur n°1 : la société, machine à stéréotypes

D’abord, je me suis demandé si c’était moi le problème. Mais vu le nombre de personnes dans mon cas, j’en conclus que le problème vient plutôt du conditionnement des gens. À mon humble avis, la société conditionne l’homme à être viril, à ne pas pleurer, à ne pas ressentir de sentiment de faiblesse, à avoir un style et un comportement un peu crades, à ne pas respecter les femmes, à les prendre pour des objets sexuels… Les femmes, elles, doivent être douces, sentir la rose, être coquettes et propres sur elles, assouvir les désirs de la gent masculine. Quand on ne correspond pas à ces stéréotypes, on se fait insulter sous prétexte qu’on est « différent », qu’on soit un garçon aux manières de soi-disant fille ou qu’on soit une fille avec soi-disant des airs de garçon. Mais pourquoi une femme devrait-elle être douce et un homme fort ? Pourquoi être une femme aux cheveux courts ou un homme maniéré serait-il forcément un problème ?

Efféminé ≠ aimé les garçons

Ce qui m’énerve aussi, c’est la confusion entre le style et l’orientation sexuelle. Si j’emprunte des codes associés aux filles alors que je suis un homme, ça voudrait forcément dire que je suis homosexuel. Alors qu’on peut apprécier les jeans moulants et avoir des gouts différents de ceux qui sont attendus d’un garçon, sans pour autant être mis dans une nouvelle case, celle du “type gay”. Le style ne devrait pas dicter ce à quoi nous devrions correspondre. Le style est à nous, il nous appartient, il fait partie de nous. Nous, en tant que citoyens de la société, que nous soyons différents ou pas de la « norme », nous avons tous le devoir de casser les codes, de casser les cases mises en place par le système. Pour ceux qui en souffrent mais aussi pour les futures générations. Et surtout, pour être libres d’être nous-mêmes.

Auteur : Bilal, 16 ans, Ans

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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Je veux de la culture

Je veux de la culture

C’était il y a un mois, une semaine, une heure. Doit-on écrire “c’était” ? Le covid est encore partout, à peine caché derrière nos masques, il pèse sur nos vies, sur nos relations, nos envies… Déshydratée par le confinement, Eloïse espère désormais qu’elle pourra, et tout le monde avec elle, épancher sa soif de culture.

Confinement

Il y a plusieurs mois, le monde s’est arrêté de tourner. Il n’y avait plus d’interactions entre les gens, les contacts sociaux étaient minimisés, les écoles avaient fermé, la culture était mise de côté. Chaque journée ressemblait à la précédente. La vie devenait monotone. Tous les jours, les cas de contamination ne cessaient d’augmenter. Malgré la difficulté de cette période, il fallait garder espoir. Il fallait continuer de rêver. C’est dans les périodes les plus sombres que l’imaginaire devient le plus indispensable. Cette pandémie mondiale permit à chacun·e de se rendre compte de la vulnérabilité de la vie.

Tout à découvrir

La vie est une chance, il faut la conserver précieusement. Chacun·e est né·e, chacun·e est là par hasard, sans rien savoir d’avant et, chacun·e, mourra sans rien savoir d’après. Pourtant, entre le point de départ et le point d’arrivée de la vie, il y énormément de choses à découvrir, à apprendre, à expérimenter. Afin de préserver la vie, nos vies, nous avons dû être solidaires, nous avons dû respecter les mesures de sécurité. La mise en pause de la société était nécessaire pour sauver un grand nombre de vies. Cependant, à cause de cette pause, l’apprentissage, la visite des musées ou de sites archéologiques, les représentations théâtrales ont dû être stoppées. C’est un drame pour les humain·e·s que de devoir mettre de côté l’art, la culture. C’est grâce à ces moyens d’expression que nous pouvons garder notre liberté.

Sortons ! (si on peut)

En allant au théâtre, nous observons différentes façons d’aborder la vie, la joie, l’amour, la tristesse, la mort, la colère, tout y passe… En allant dans les musées, nous apprenons à comprendre notre passé. En allant visiter des expositions, on voit différentes manières de représenter nos émotions… Tous les moyens d’expression, quels qu’ils soient, sont essentiels à l’enrichissement personnel. En lisant, en regardant des films, en allant au théâtre, nous nous remplissons de différentes valeurs et pensées. Grâce à la culture et à tous ces points de vue différents, nous pouvons apprendre à mieux nous connaitre. Nous pouvons retenir les valeurs transmises à travers l’art. C’est pour ces différentes raisons que la culture ne doit pas être mise de côté. Elle est notre plus grande richesse. Alors maintenant que le gouvernement nous autorise à ressortir, allez visiter des musées, au cinéma, allez voir des pièces de théâtre. Mettez votre masque et osez contribuer à la liberté de penser !

Auteure : Eloïse, 17 ans, Chaumont-Gistoux

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R à distance

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En wheelings

En wheelings

Longtemps, Florian a été le roi du canapé, le boss de la manette, le prince de l’intérieur. Aujourd’hui, grâce à ses copains et au vélo, c’est à l’extérieur qu’il passe l’essentiel de son temps. Le jeune Amaytois nous parle de sa Bike Life (1) !

À la maison

Cela fait déjà deux ans que je m’entraine à faire des wheelings, des roues arrières en vélo. Cette passion m’aide à m’évader un peu du monde qui m’entoure. Depuis cette découverte, j’aime être à l’extérieur. Plus petit, ce n’était pas le cas : j’étais accro à la console et je ne sortais pas de chez moi. Je sortais uniquement pour aller à l’école. À chaque fois que mes amis venaient me chercher pour aller jouer dehors, je décidais de ne pas y aller. Le lendemain, à l’école, ils me demandaient pourquoi je ne sortais jamais, ils me disaient que je ratais plein de trucs cools. J’ai commencé à me remettre en question et à me dire que je ratais peut-être de bons moments de ma vie.

Se faire une idée…

Parmi les personnes qui comptent à Bruxelles et en Belgique, il y a notamment Bikelife_1020

 

 
 
 
 
 
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Sur la roue arrière

Un ami m’a alors montré ce qu’il faisait sur son vélo, il m’a montré les wheelings. J’ai tout de suite kiffé ! Si j’ai commencé le vélo, c’était juste par plaisir, mais maintenant c’est pour évacuer. Cela m’aide à oublier les cours, la pression de l’école, celle des examens, cela me permet de fuir les problèmes familiaux, les disputes à la maison… De plus, il y a quelques années, quand je suis entré en secondaire, je me suis fait harceler. Même si cela peut paraitre fort, c’est grâce à cette passion que j’ai pris le dessus sur la personne qui me harcelait : quand j’étais sur mon vélo, cela me passait au-dessus de la tête. Au final, il a abandonné et la situation s’est inversée, s’est retournée contre lui, même si je sais que ce n’était pas bien. Aujourd’hui, tout cela est loin.

La passion sauve

Avoir une passion peut, vraiment, vous aider à surmonter les coups durs, à relâcher la pression des études, à panser les blessures d’une rupture… Vous prenez du bon temps entre ami·e·s ou même seul et vous oubliez les problèmes.

Selon Tomas Couvry, fondateur de Vélocipède, c’est dans les années 90, à Baltimore, aux USA que le début du mouvement “Bike Life”voit le jour. Dans un premier temps, les deux roues utilisés étaient plus à moteur qu’à pédales. En 2014, en Angleterre, avec le slogan « Bikes up, knives down », en français : Levez les vélos, baissez les couteaux), des Bikestormz – tempêtes de vélos – sont organisées. Elles rassembleront des centaines puis des milliers de jeunes dans une ambiance positive et pacifiste le tout… toujours sur la roue arrière de leur vélo ! Toujours selon Tomas Couvry, il faut, à l’instar du skate ou du street art, voir ce mouvement comme une réappropriation de la ville par les jeunes des quartiers moins favorisés. Bruxelles n’échappe plus à la tendance. En juillet 2020, suite à un rassemblement de cyclistes, la RTBF publiait un article en abordant surtout les aspects légaux de cette nouvelle manière de faire de la bicyclette.

Auteur : Florian, Amay, 15 ans

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Un pied hors du bateau

Un pied hors du bateau

Quand Maya veut partir en vacances, pour peu que sa fortune le lui permette, tout est possible pour elle ! Prendre l’avion, voyager facilement, rencontrer d’autres personnes… Malgré cette possibilité fantastique, elle garde en bouche un peu d’amertume, une triste pensée. Elle va aux personnes forcé·e·s de quitter leur pays et doivent rejoindre des pays plus cléments. Elles et eux ne bénéficient pas de ces facilités, c’est plutôt tout le contraire.

Clandestin·e

Il a vingt-deux ans et vient d’Afghanistan. Elle a trente-quatre ans et a dû quitter la Syrie. Il a dix-huit ans. Derrière lui, il a laissé son pays, le Soudan. Elle a cinquante-sept ans et a pris la mer pour quitter le Moyen-Orient. Elles et ils arrivent en Belgique. Le voyage a été dur, long. Sur ce même chemin, certaines et certains se sont perdu·e·s en route. D’autres ont abandonné une bonne partie de leur dignité… Elle s’est noyée dans les vagues. Derrière eux, derrière elles, des paysages familiers deviendront de vagues souvenirs. Derrière eux, derrière elles, le père qui commence à se faire vieux, la petite sœur insouciante, la mère inquiète… On pose un pied sur terre, on fait un pas, puis deux. Les jours et les semaines passent. Ils attendent dans le froid. Confronté·e·s à la violence et surtout à ce regard de dégout que des gens posent sur elles et eux. Dans la rue, ils et elles se sentent désemparé·e·s, perdu·e·s, veulent se raccrocher à quelque chose, à un soutien, un sourire. Rien ne vient.

Toursite

Je suis dans l’avion. Je pars vers l’Italie. Je suis heureuse de partir en vacances. Le voyage est rapide, confortable, la vue est belle et d’en haut, la mer parait calme. À l’aéroport, nos amis nous attendent à bras ouverts, un immense aux lèvres. Arrivés au village, les gens nous saluent, nous claquent deux bises sur les joues et nous accueillent chez eux pour manger. Mes vacances étaient géniales. Et pourtant… Je suis gênée, je ne peux pas en profiter pleinement. Pourquoi est-ce facile – pour moi – de voyager et de partir ailleurs alors que d’autres n’arrivent même pas à décrocher un sourire ?

Injustice majuscule

Un peu partout, on entend : « L’immigration est un fardeau. », « On ne peut pas supporter toute la misère du monde. », « Je ne suis pas raciste, mais notre économie n’a pas besoin de ça »… Un peu partout, ces phrases sont lâchées, parfois elles sont chuchotées et parfois, elles ne se taisent plus du tout et font du bruit. Comme une maladie, elles s’incrustent dans la tête des gens et se répandent de tête en tête. Elles cultivent la colère et la frustration dans les esprits fermés. Comme une trainée de poudre, ces idées véhiculées par l’extrême droite s’accumulent partout dans le monde et confortent, un peu plus encore, les gens dans leur réalité égoïste. Moi, j’ai seulement dix-sept ans et je suis tellement triste et en colère de voir tant de monde dans cette indifférence. Je suis consciente que ce n’est pas possible d’accueillir tout le monde. Mais alors quoi ? On va rester dans nos petites vies confortables et continuer à critiquer ? J’espère un jour vivre dans un monde où nous irions tous vers les autres. Un monde où on essaierait de se comprendre, où on essaierait de trouver des solutions. Un monde où au lieu de fermer les frontières, on irait franchir celles des autres pour aider là où on a besoin de nous. Un monde où chacun pourrait découvrir, faire des rencontres, voyager et vivre où il le souhaite.

Auteure : Maya, 17 ans, Bruxelles

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Les cases

Les cases

Pour Zane, d’une part, il y a ce qu’on devrait être, aimer et faire à tel ou tel autre âge, ce à quoi on devrait correspondre à l’idée générale, dominante. D’autre part, il y a ce que l’on aime, ce que l’on est, qui on est. Cette seconde part souvent, parfois, isole des autres parce qu’on n’est pas dans la norme, dans les bonnes cases… C’est l’histoire de la vie de Zane.

Il me laisse tomber

Cinquième primaire, temps de midi, dans la cour. Je discute avec mon meilleur ami, à l’époque, le seul ami. Quelqu’un nous appelle. On se lève et on lui dit : “Que veux-tu ?”. Dans ma tête, la question était plutôt : “Mais qu’est-ce qu’il veut encore celui-là ?”. Il nous demande si on veut jouer avec lui. On acquiesce, mais il me rétorque : “Non, pas toi.” Je regarde mon meilleur ami en espérant qu’il fasse quelque chose, mais il part avec eux. Il me dit qu’il reviendra vite. Je me rassois, je les regarde jouer. De loin, j’observe la réalité des “gens populaires”. Le temps passe, je m’ennuie. Je marche d’un pas las, je fais le tour de la cour plusieurs fois, je les regarde s’amuser en me répétant inlassablement : “Pourquoi m’a-t-il recalé ?”. Je ne dois pas être assez bien, mon profil est trop loin de la case du « mec populaire”. Mon ami est le seul à être parti avec eux. Lui, il sait s’adapter. Moi ? J’en suis incapable. Essayer les dernières choses du moment, le dernier jeu qui vient de sortir, les dernières tendances dans la cour, les nouveaux gadgets… Ça ne m’intéresse pas. Vers 13h15, je marche vers eux, ils me dévisagent. Je m’apprête à parler quand mon ami me prend à l’écart et me supplie : “Ils sont sympas, s’il-te plait, ne gâche pas tout.” Il me laisse là, seul, choqué. La cloche sonne. Fin de la récréation. Début du cauchemar. Le lendemain ? Ça recommence…

À part

Sixième primaire, je vis le même genre de rejet. Certains groupes m’acceptent mais je suis fréquemment pointé du doigt. Par exemple, j’enfile – systématiquement – le rôle le moins amusant du jeu, ou le rôle “à part”. On joue aux policiers et aux voleurs… Je suis le seul policier contre cinq ou six voleurs. Je décide de ne plus jouer avec eux. Ce n’est pas marrant d’être seul dans la cour. Je pense que c’est surtout ma personnalité et mes centres d’intérêt atypiques qui m’ont éloigné de ces personnes. Les élèves jouent aux jeux de combat, d’horreur et d’armes alors que moi, je n’ai jamais trop aimé la violence.

À chaque âge sa galère ?

Je crois que ce genre de décalage ne touche pas que les jeunes. À chaque âge, son lot de stéréotypes et sa case « populaire ». À 3 ans, on attend de l’enfant qu’il soit souriant, qu’il soit tout mignon, qu’il ne pleure pas trop … À 10 ans, “on” attend d’un petit garçon qu’il joue à la guerre, “on” attend de la petite fille qu’elle joue à la poupée. À 15 ans, si tu n’as pas déjà joué au dernier jeu tendance, t’es traité de ringard. À 18, tu as intérêt à entamer de grandes études, sinon tu es traité de “raté” par les autres, de “sans avenir”. À 30 ans, c’est bien que tu sois marié et que tu aies tes premiers enfants, parce que sinon “l’horloge biologique tourne, n’oublie pas que tu ne seras pas jeune toute ta vie!”. À 60, tu as intérêt à avoir bien profité de la vie, mais attention aux rides, ça ne doit pas trop se voir sur ton visage.
N’oublions pas que, lorsqu’on est harcelé et ce à tout âge, il ne faut pas hésiter à en parler à sa famille, à l’équipe pédagogique de son école, à la personne concernée ou à un ami (un vrai).

Ce que je voudrais

Moi, ce que j’aimerais, c’est qu’on puisse être soi-même et être accepté par les autres malgré les différences et les décalages de centres d’intérêts. Le rejet bloque et nous amène à ne pas oser explorer ce qui nous plait vraiment, or c’est précisément là que se trouvent les richesses qui nous rendent uniques.

Auteur : Zane, 15 ans, Schaerbeek

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Quand une situation de harcèlement survient, c’est intolérable. Aujourd’hui, c’est Lucile qui nous en parle. Elle nous invite à nous interroger sur les jugements, sur le poids qu’ils font...

À coeur grand ouvert

Aimer sans limite, y laisser son coeur, détester de tout son être, pleurer sans raison ou encore sourire à en avoir des crampes,... Tout cela dans l’espace d’une seule et même journée… Parlons...

Média d’expressions
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