Identité arc-en-ciel

Identité arc-en-ciel

Dès le départ, Scan-R essaye de valoriser la parole de chacune et de chacun ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un post, nous les rassemblons donc dans un seul article sobrement intitulé “Les Petits Avis”.

Messaline, 29 :  Identité habitée : teinte amour et violence

Je vois une bataille un enjeu de lutte, de rapport de pouvoir entre moi, la société et les autres mais aussi avec moi-même. Je vois un dé qui représente le hasard de la vie qui mène (lead ?) mon indécision et d’où s’échappe les démons. Je me rends compte en écrivant ceci que mon rapport à mon identité, mon genre, mon corps, ma sexualité, est loin d’être apaisé. Mais je vois aussi la couleur rouge, couleur ambivalente et paradoxale, teinte de l’amour et de la violence : reflet de mon identité tumultueuse, ( ?), vivante, habitée même si c’est fatiguant, je ne suis pas sûr de vouloir en changer et ce même si je le pouvais. Je pense avoir fais la paix avec mon chaos intérieur.

 

Elise : Mon identité, ma mélodie

Je suis cette femme violoncelle. Cette femme, en paix avec elle-même, que ne cesse de jouer différentes mélodies. Ma musique à moi, elle s’inspire de ceux et celles que je rencontre, des personnes qui un jour m’ont transmis un petit quelque chose. Je pense à la petite fille que j’ai gardée, qui a entretenu l’enfant qui est en moi, celui qui s’est confié quand il avait besoin de moi, ce serveur qui m’a souri quand ma journée était pourrie. Toutes ces personnes, elles ont influencé ma mélodie, la personne qui je suis. Mon identité se base sur mes rencontres qui font qui je suis et qui me permettent de continuer à jouer ma mélodie.

 

Anonyme : Comme la mer

Quand je me suis retrouvée

Tu m’as demandé c’est comment ?

J’ai répondu « grand »

Tu m’as demandé « comme la mer ? »

Comme la mer, oui, comme la mer.

Je sais que tu as peur de nager.

Peut-être que c’est pour ça que tu m’as donné ces boucles d’oreilles. Il y a la mer dedans la plage.

L’autre jour à l’aéroport, je les ai cherchées et une manquait. Je me suis paniquée.

Pourquoi je les ai laissées libres, sans y mettre le truc pour le ferme, on dit papillon en italien (en français, aucune idée)

Je l’ai retrouvé finalement, et quand je suis rentrée ici, à Bruxelles, j’ai pris deux papillons et j’ai fermé la mer dans mes oreilles.

Je me suis sentie plus en sécurité, mais égoïste.

Les choses libres se perdent plus facilement.

 

Elise

Je suis terrifiée. Je suis terrifiée de notre société, terrifiée de cet homme qui règne sur les Etats-Unis, terrifiée par les images du génocide palestinien, terrifiée du nombre de personnes décédées à cause du changement climatique. Terrifiée du nombre d’enfant encore harcelés, terrifiée d’une génération qui semble parfois peu se soucier, terrifiée que les gens oublient le sen du mot égalité, terrifiée de ces droits fondamentaux qui semblent oubliés, terrifiée par la polarisation d’opinion, par le manque d’éducation, par les inégalités. Terrifiée de cette liste qui ne cesse de grandir. Terrifiée par mon sentiment d’impuissance face à un monde qui semble s’écrouler. Puis, parfois, ce sentiment se calme, se fait chasser par la grandeur du collectif, par les manifs, par toutes ces personnes qui continuent de me faire croire qu’il y a encore un peu d’espoir.

 

Anonyme

On m’a toujours dit que je serre les dents la nuit.

J’ai des mauvaises dents.

Il y a quelques temps, je me rends compte que je serre les dents pendant le jour aussi.

Je me sens menacée.

Je pense aux chiens quand ils ne veulent pas que tu t’approches – Qu’est-ce que je défends ? Je me demande

Pourquoi je n’arrive pas à détendre ma mâchoire, même dans des endroits où je pense me sentir en sécurité ?

Peut-être je me sens menacée dès que je suis perçue comme une menace

Être perçue comme une menace pour les yeux, dans les yeux des hommes dans la rue, ou au lavoir public.

Je serre les dents mais je ne mords pas.

Je me mords.

Je me sens menacée, alors j’essaie de me contenir.

 

Sarah, 22 ans : Figure feuillue

J’ai choisi ces cartes car je m’y retrouve. J’y vois une figure pleine de feuilles, qui poussent, et qui tombent, mais qu’on ne peut discerner que par sa forme. Une sorte d’être, qui navigue sans but et sans fin, mais qui avance. Sur l’autre image, on retrouve une personne, découvrant des fruits. Une découverte constante ce que le monde a à offrir, C’est un peu comme ça que je me perçois : une forme qui navigue, pas vraiment F, mais surtout pas H. Comme la figure, j’avance, je prends des chemins à droite, à gauche, je fais demi-tour, pour mieux repartir. Ces chemins m’emmènent vers de nouvelles découvertes, comme des indices sur la carte au trésor de qui je suis. Que ce soient des textes, des personnes ou mon reflet dans le miroir, tout ça est un fruit sur ma branche, que je cueille, que je mange. Tous ces fruits font pousser mes feuilles, qui poussent, qui tombent.

 

Sarah, 22 ans : Réalité arc-en-ciel

Ma réalité est paradoxale, toujours en opposition. Pas dans le sens ou je vois tout en noir et blanc, on. Plutôt comme si je n’arrivais pas à me positionner d’un coté ou de l’autre de l’arc-en-ciel. Je ne sais pas être présent sans être absente, je ne peux pas ressentir une émotion sans ressentir son contraire. On m’a souvent décrite comme négative, en me désignant comme motivante et souriant. Je vois trouble mais j’ai des yeux perçants. Ma réalité, je la vis à travers un écran, celui dans ma main, que je peux éteindre, et celui dans ma tête, où je change de chaines à tout bout de champs. Je suis dans le passé et le futur, trop peu dans le présent. Ma réalité est paradoxale, elle escalade des rochers et descend un toboggan. Le vert, le jaune, le bleu, le gris, tout ça se mélange pour faire le brun du tronc de ma vie.

 

Anonyme, 22 ans : Parle-en

Quand je me regarde dans le miroir, la première chose que je vois, ce sont mes seins. Ils sont gros, ils sont là, et dans mes yeux, il n’y a que ça. Je me demande souvent si je ne serais pas mieux sans : sans ce poids sur mon dos, sur mon ventre, sur ma conscience. J’essaie alors de les cacher, vêtements larges ou couche qui aplatit, mais ça ne change pas, ils sont tout le temps là. Mais sans eux, qu’est-ce qu’il me reste ? Si je perds cet outil, qu’en deviendra-t-il des regards, du désir, de ce que j’ai ? Je n’arrive déjà pas à comprendre qui je suis lorsqu’ils sont là, alors qu’en serait-il de moi sans cette partie si voyante ? Si mon genre est fluide, comment faire pour exprimer où j’en suis si je ne peux plus les découvrir ? Comment communiquer sans m’en servir quand ils représentent la facilité ? Je sais que je ne suis pas la seule personne à me poser la question, être lesbienne, c’est un peu comme ça tout le temps. Femme ou Butch ? Masc ? Parfois, pas tout le temps, un entre-deux avec des seins qui portes les mêmes vêtements tout le temps, un peu large, un peu mixte, un peu triste et coloré. Un peu moi et un peu elle. C’est comme si je performais du drag une fois que je sortais de mon pyjama. Vouloir se sentir belle ou bête, ou peut-être juste le lampadaire. C’est compliqué d’exprimer ce sentiment, comment dire aux gens que je peux être « one of the girls », mais que tout adjectif féminin me mette mal à l’aise ? comment faire comprendre que je suis un miroir de la personne à qui je parle, toujours en construction ? Si je devais laisser une trace, un mot, je dirais que la pression est trop grande, que l’importance de mes mots n’est pas si grande, car ces mots dépendent de mon contexte, et celui-ci change.  A mon moi du passé, présent et futur, je dirais « redescends », t’as pas la réponse alors laisse-toi le temps, laisse-toi la place, et parle-en.

Auteurs/es : Anonymes, Elise, Messaline, Sarah

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Scan-R rencontre des adolescent·es dans une école verviétoise. Ces jeunes s’expriment alors au sujet du regard des autres. 

La critique, toujours ?, Florian, 16 ans, Verviers

Il y aura toujours des gens pour critiquer ce que tu es ou ton image… oui, je suis d’accord. Les gens critiquent ce qui est différent, sans savoir les conséquences de leur parole et sans connaître ce qui arrivera aux sentiments des personnes critiquées.

La critique, toujours ?, Shana, 18 ans, Verviers

Oui, je préfère être comme je suis et je m’en fous de ce que les autres disent. Je suis d’accord de suivre cette voie parce que tu n’as pas besoin d’être une autre personne ou d’être avec un troupeau de gens qui ne mérite même pas d’être suivi.

Et il ne faut pas les suivre tous. Tu vis parce que tu fuis.

Les autres, ils ne vont pas le faire et ça ne sert à rien de les suivre. Ils vont toujours te critiquer et ça vaut mieux d’être seul qu’être avec des idiots.

Auteurs/es : Shana, Florian

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C’est important de connaître ses origines.

Beaucoup d’enfants adoptés pensent que ça ne l’est pas à un moment de leur vie, mais ça l’est. Je me suis dit ça aussi, à une époque, mais la question de nos origines finit toujours par nous rattraper, car quoi qu’il arrive, on reste différent. La société finit toujours par nous le rappeler.

Et vient ce moment où l’on se demande qui sont nos vrais parents. Ai-je des frères et sœurs ? Y a-t-il des gens qui nous ressemblent ?

Tout le monde est en quête d’identité et les enfants adoptés n’échappent pas à la règle.

Connaître ses origines, c’est connaître qui nous sommes et où l’on va.

Auteur : Anonyme, 24 ans, Liège

CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT LORS D’UN ATELIER SCAN-R.

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On devrait être mieux informé sur l’adoption, sur le fait que ça peut être très violent pour la personne adoptée et déracinant. Car même si elle est petite, cela peut créer un trouble dans le développement de son identité.

Certains adoptants pensent qu’il suffit d’aller chercher un enfant, puis, voilà. Or, avec l’enfant, c’est tout un passé qui l’accompagne. Souvent, une autre langue, des odeurs différentes.

Tous les adoptés ne ressentent pas les mêmes besoins, mais nier ce pan-là est une grosse erreur. L’accompagnement des services d’adoption ne font pas un suivi assez long de mon point de vue. Non, tout n’est pas beau, tout n’est pas rose, une fois que l’enfant est là.

Auteure : Anonyme, 26 ans, Liège

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Identité urbaine

Identité urbaine

Dans ma vie, se sont succédés des chemins, des rues, des avenues, des obstacles, des bâtiments, des maisons, une architecture bien définie pour toute chose à faire et à pouvoir faire. C’était beau, c’était doux, c’était simple et évident car je n’y pensais pas de façon rigide. Je me suis rendu compte que j’étais face à quelque chose sans signification outre sa nécessité. Tout roulait, tout était de l’ordre de l’intuition, aussi bien pour moi, que pour les choses à observer.

En grandissant, et ce changement fut assez rapide et tôt : une certaine rigidité me fut imposée, un rôle dont je ne voulais pas ; mais comment le comprendre ? Les rues moins lumineuses, les bâtiments banales, les partis pris architecturaux sont apparu·e·s. Tout petit choix imposé, a priori banal, avait cette ordre, cette odeur propre aux choses : les maisons devaient avoir des fenêtres et être chaleureuses, les bâtiments devaient faire mine d’être chaleureux pour faire croire aux gens que passer la plupart de leur temps au travail était bien ; une vie de travail, une vie de passion et tu n’auras jamais l’air de travailler.

Architecture moderne, lisse, plate, meuble ikea, à l’allure de bois mais en réalité du recomposé. Tout est sans âme et sans saveur. Moi déambulant dans tout ça, seule, pétrifiée de devoir subir des choix plutôt qu’en faire. L’accumulation de faux choix m’a souvent mise, inconsciemment, dans des positions délicates et c’est son accumulation qui a plongé ma ville dans le noir. Elle est devenue déserte. Le gluant noir grimpait les murs comme du lierres. Les murs était troués, certains effondrés. Une ville en chômage technique. Je me suis retrouvée seule, dans le noir, tout me collait à la peau, le petit devait lourd et le commun de trop. Quelque chose me suivait, comme une ombre : cela raisonnait comme moi mais sans moi.

J’ai dû réapprendre à m’écouter, à tel point que je me suis demandée qui j’étais mais surtout qu’est-ce qui me composait, qu’est-ce que je voulais laisser en héritage avec ma ville, qu’est-ce qu’elle représentait ? Après un xieme tour de moi, je suis tombée face à face avec une rue inconnue qui montait et pourtant je pensais connaitre par cœur chaque recoin. J’ai décidé de m’y balader pour avoir un nouveau point de vue. J’ai été jusqu’au-dessus, j’ai aperçu la plus belle maison, sur sa petit colline, chaleureuse et lumineuse et surtout différente de toutes les autres. J’ai mis cette rue et cette promenade dans le coin de ma tête pour ne plus jamais y penser.

Un soir d’hiver, des années plus tard, après avoir commencé les rénovations de ma ville, après une rupture amoureuse, j’ai repensé à cette promenade, à cette maison, j’ai voulu y retourner, nostalgique mais surtout de l’ordre de l’immanquable. En bas de cette rue si méconnue, impossible d’y grimper ; mes jambes étaient liquéfiées, le sol était gelée ; impossible d’aller plus loin. Le sol trop glissant me bloquait à son commencement. C’était peut-être pas le bon moment. Alors je suis revenue plus tard ; malgré la belle saison, la route était toujours gelée : j’ai pris conscience qu’il n’y avait jamais de moments parfaits pour faire quoi que ce soit. J’ai avancé, j’ai reculé ; un pas en avant pouvait dire dix pas en arrière. Cela m’a pas arrêtée. J’avais encore gravé sur mes paupières éteintes la douceur qui émanait de la maison sur la colline ; plus j’avançais plus mes jambes reprenaient de la vigueur, plus j’essayais de comprendre plus la glace s’évaporait à tel point que je n’avais jamais compris que toute cette glace ne m’avait jamais vraiment empêchée de monter. Qu’au final, tout s’évapore lentement, avec douceur.

Lorsque ma ville s’est rééclairée, j’étais plus proche de qui je voulais être car ce fut, à partir de là, mes choix et ma douceur pour avancer et me promener dans les coins de ma ville.

Autrice : Zéphyre, 26 ans, Marche-en-Fammenne

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