Turcs de Belgique, Belges de Turquie

Turcs de Belgique, Belges de Turquie

Altan, Mikaïl, Mirsad, Ibrahim et Alper ont entre 11 et 12 ans. Ils habitent à Cheratte, un village de la commune de Visé, dans la province de Liège. En juillet, ils ont participé à un atelier Scan-R.

Pas raciste

Chez nous, le racisme, on ne connait pas. Ça ne se fait pas de rejeter des gens à cause de leur couleur de peau. Et c’est une chance pour nous. Ça nous ferait de la peine de voir un·e ami·e se faire tabasser pour sa couleur. S’il n’y a pas de racisme, c’est parce que tout le monde, ou presque, se connait. On est 24 heures sur 24 ensemble. Quand il fait chaud, on joue souvent dehors, on s’entraine au football, on s’amuse…

La mine mystérieuse

Derrière notre école, il y a encore la mine, mais elle est fermée. C’est interdit d’y rentrer. Pourtant quand on passe devant, on aimerait bien savoir à quoi ça ressemble. On a tous des grands-pères ou arrières-grands-pères qui ont travaillé dans la mine (1). On se demande comment ils faisaient pour vivre là dedans, pour résister, pour travailler.

Belge ou Turcs ?

C’est bizarre de se dire que si nos ancêtres n’étaient pas venus travailler ici, nous grandirions en Turquie. Souvent, on se demande comment ce serait. Est-ce que ce serait comme ici ? Voir les ami·e·s, aller à l’école, jouer au foot… On ne sait pas mais on est contents d’être ici, on se sent bien ici, en Belgique, on parle principalement en français, même si on ne sent pas belges. On ne partage pas la même culture, nos parents ne boivent pas d’alcool. Plus tard, nous ne pourrons pas marier une Belge : elle devrait se convertir à l’Islam et, pour nous, la religion a encore énormément d’importance (2).

(1) Après la Seconde Guerre mondiale, la Belgique a besoin de travailleurs. Les Belges ne veulent plus d’un travail extrêmement pénible, ne veulent plus travailler dans les mines et de nouveaux emplois sont possibles ailleurs. La Belgique décide donc d’ouvrir ses frontières et va chercher des travailleurs dans d’autres pays. En 1946, un premier accord est signé avec l’Italie. En 1964, un autre accord est passé avec la Turquie. Il permettra aux Turcs de venir travailler dans les mines de Cheratte et d’ailleurs.
(2) À ce sujet, les interprétations des textes du Coran, le livre sacré de l’Islam, sont multiples. Pour certaines, c’est une obligation, pour d’autres, il est permis à un musulman d’épouser une femme non musulmane mais elle doit être croyante, de religion chrétienne ou juive. Si la femme est d’une religion polythéiste ou ne croit pas, cette union n’est pas possible. Une musulmane, par contre, ne peut épouser un non-musulman, sauf si l’homme se convertit.

Auteurs : Altan, Mikaïl, Mirsad, Ibrahim et Alper (11 ou 12 ans) Cheratte

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R

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Mon avenir

Mon avenir

Il est presque minuit et, dans son lit, Simon n’arrive pas à s’endormir. Il sait que demain, il devra aller à l’école mais le sommeil ne vient pas. Plongé dans l’obscurité, tout en essayant de trouver une bonne position pour s’endormir, il se questionne sur tout et n’importe quoi et surtout sur son avenir et cette question qui lui revient sans cesse : qu’est-ce qu’il veut et va faire plus tard ?

Rater sa vie ?

Je vais bientôt passer en 5ème année du secondaire, et je n’ai toujours aucune idée du type d’études que je veux faire, de mon futur métier… Il y a bien certaines matières qui m’intéressent plus que d’autres comme les maths et les sciences, mais tout ça reste très flou et ça… ça commence à m’inquiéter. J’ai peur de ne rien trouver et donc, en quelque sorte, de « rater » ma vie. J’ai aussi peur de me lancer dans quelque chose que je n’aime pas et de finir comme Monsieur et Madame Tout le monde à se retrouver dans la routine métro, boulot, dodo. J’ai peur d’une vie morose, de gagner un salaire moyen, d’avoir un travail que je déteste.

Rentrer dans le moule

Seul dans le noir, je commence à angoisser et à me dire que, dans une société où tout tourne autour de l’argent, si je ne trouve pas un vrai travail qui me plait, je finirai par décrocher, à me retrouver sans vrai salaire, à vivre dans la misère ou carrément, à la rue. J’ai peur de rater ma vie. Mais arrive alors une nouvelle question : c’est quoi réussir sa vie ? Pour moi, réussir sa vie, c’est être heureux. Se lever le matin et avoir envie de sortir de son lit en pensant à tous les petits ou grands plaisirs qui nous attendent tout au long de la journée. Être heureux, c’est pouvoir être libre, ne devoir obéir à personne et vivre chaque jour, une journée différente ou presque avec des rebondissements, des surprises, des rencontres, des contacts humains. Être heureux, ce n’est pas rester devant un ordinateur – toute la journée – à se faire crier dessus par un patron imbuvable. Je me dis qu’en fait, on essaie de rentrer dans le moule de la société pour se fondre dans la masse et ne pas se faire remarquer, au lieu de faire ce qui nous plait vraiment, et de nous démarquer parce qu’on aura écouté nos tripes, quitte à essuyer des critiques.

Les bons points

Facile à dire, moins facile à faire. On m’a appris à étudier pour avoir de bons points, mais on ne m’a pas appris à écouter mes tripes. Je vois la plupart de mes ami·e·s qui ont une passion qui leur permet de savoir vers quoi elles et ils veulent aller plus tard… Et puis il y a moi qui suis perdu. Certes, j’ai de multiples centres d’intérêt mais rien qui me permette de me diriger vers des études, un métier. Je me rappelle les discours incessants de tou·te·s mes professeur·e·s qui disent que les cours sont très importants, que si on ne réussit pas ici, on n’ira pas loin dans la vie, qu’il faudrait vraiment commencer à penser à nos études, qu’il va être temps de faire des choix, etc. Pour l’instant, tout va bien parce que l’objectif est d’avoir de bons résultats à l’école mais une fois que tout cela sera passé ? J’ai l’impression que je serai totalement perdu et sans objectif, que je ne saurai pas où me diriger. Pour moi, avoir un objectif, un but est primordial. Je trouve qu’à l’école, on nous apprend à réussir sa vie d’un point de vue sociétal mais pas d’un point de vue personnel et je trouve ça dommage. On nous apprend ce qu’on doit faire mais pas comment le faire.

Être reconnu

À tout cela s’ajoute le fait de ne pas vouloir décevoir mes parents, mes grands-parents… La famille m’a toujours dit qu’elle était fière de moi. Elles et ils me disent que je suis très intelligent, que j’ai de super bons points à l’école, que j’irai loin dans la vie. Tout cela me met la pression. Je n’ai pas envie de les décevoir et qu’ils et elles pensent s’être trompé·e·s à mon sujet. J’ai envie que, plus tard, toutes soient fières, tous soient fiers de ce que je suis devenu, de leur fils et de sa vie. Je veux être soutenu et aidé dans les décisions à prendre, je veux qu’on m’écoute, le sourire aux lèvres, lorsque je parlerai de ce que j’ai accompli. Je m’imagine dans quelques années dans une belle maison, avec ma femme et mes enfants et mon père qui me prenne dans ses bras et me dise « Je suis fier de toi mon fils ».

Demain…

Je suis dans mon lit, seul, et je ne sais toujours pas quoi faire. Et je réfléchis. Je m’imagine adulte, j’essaye d’imaginer mes études, mon avenir. Ce qui est sûr, c’est que dans mon futur métier, je serai libre de pouvoir donner mon avis, de pouvoir me poser toutes les questions et me livrer à toutes les réflexions que je veux. Je suis comme ça, c’est plus fort que moi. Au final, tout cela tourne dans ma tête, je me rends compte que je n’ai toujours pas de réponse à mes questions, qu’il est déjà 2h du matin et que je vais être crevé demain.

Auteur : Simon, 16 ans, Odet

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Pourquoi juger ?

Quand une situation de harcèlement survient, c’est intolérable. Aujourd’hui, c’est Lucile qui nous en parle. Elle nous invite à nous interroger sur les jugements, sur le poids qu’ils font...

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Les petits avis, épisode 8

Les petits avis, épisode 8

Scan-R, dès le départ, essaye de donner la parole à chacune, à chacun, à tout le monde ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un témoignage. On a donc décidé d’en rassembler plusieurs. Voici les témoignages de Nour, Boris, Mimi, Eva et Maryem.

Discrimination liée au voile par Nour, 18 ans de Bruxelles

D’après une enquête française menée en novembre 2019, quatre musulmans sur dix estiment avoir été victimes de discrimination. Autour de moi, j’entends plein de gens qui parlent de l’islamophobie et qui, contrairement à moi, ont été touchés par cela. Personnellement, je n’ai jamais eu de problème. Il y a quelques jours, à Bruxelles, une manifestation était organisée. Pourquoi ? Parce que, dans l’enseignement supérieur et à l’université, les femmes ne peuvent désormais plus porter leur voile. Une amie à moi m’a dit que, en tant que femme voilée, elle devait être là. Les discriminations, elle les vit quotidiennement. Une amie à moi dit qu’elle n’a pas eu un emploi parce qu’elle était voilée. Triste et déçue, elle a terminé par quitter le pays. Parfois, les journaux relatent aussi différentes affaires comme celle d’un restaurant situé sur les Champs-Élysées qui a
refusé un groupe d’amies
qui n’a pu s’installer parce que l’une d’entre elles portait le voile. Pour conclure, je pense qu’il faut habituer les gens à nous accepter comme nous sommes.

Moi, dans 10 ans par Boris, 14 ans de Grivegnée

Je sais, précisément, où j’en serai dans dix ans ! Je vois des choses que personne ne sait voir. Côté travail, je serai devant ma planche de cuisine en train de décortiquer des gambas avec les couteaux gravés de mon papa. Sur le plan familial, mes parents seront toujours dans la même maison, celle où j’ai grandi. L’un de mes frères aura une femme et un fils, l’autre vivra avec son mari et ses sept chats persans. Moi, depuis sept ans déjà, je serai seul, en cuisine, pour gagner ma vie, travaillant les produits de la mer et de la terre. Ce sera comme ça jusqu’au jour où je pourrai, peut-être, trouver l’amour !

Méningite par Mimi, 16 ans de Vaux

Ce jour-là, au matin, je ressens des douleurs. J’en parle à mes parents mais mon père ne me prend pas au sérieux. Il est midi. Je sors de l’école avec mes amies pour aller chercher à manger. Tout à coup, je commence à avoir super mal à la tête, j’ai des douleurs partout et je suis prise de vertiges. Mes amies me disent de rentrer directement. Tout en essayant de joindre mes parents, elles m’accompagnent sur le chemin du retour. Mon père répond et pense que j’ai juste un petit mal de tête, rien de très grave. Peu de temps après, tout devient sombre autour de moi. Je quitte ma place et je retrouve mon père. Il est quand même venu me chercher. Arrivés à la maison, mes parents me donnent des antidouleurs. Mon état s’empire et quelques jours après, je me retrouve à l’hôpital dans un état très pénible. Mes douleurs étaient celle d’une méningite (1), une maladie qui, parfois, peut être mortelle, surtout chez les enfants et les adolescents.

La méningite est une inflammation des méninges, une sorte d’enveloppe qui protège notamment le cerveau. Il faut entre trois et quatre jours pour que la maladie se déclare. Elle est caractérisée par des maux de tête, une fièvre élevée, des nausées, des vomissements…

Être l’ainée par Eva, 12 ans de Vaux

Dans ma famille, je suis l’ainée. Mon frère et ma soeur sont de faux jumeaux. Mon frère a plus tendance à être contre moi, ma soeur avec moi. C’est super cool d’être l’ainée, je peux interdire certaines choses et donner des ordres. Parfois, c’est aussi très énervant. Quand je leur demande d’aller ranger leur chambre, elle et il ne font rien et me répondent ! Un jour, je venais de rentrer et je suis montée dans ma chambre. Ma maman a crié mon prénom après cinq minutes. Elle m’a dit que j’étais trop sur mon téléphone, j’ai donc arrêté. Directement, mon frère et ma soeur m’ont demandé mon téléphone. Je leur ai dit non, évidemment. Ma mère m’a sorti : « Allez, donne-le-leur, tu ne partages jamais, toi ! » Je lui ai dit : “C’est une blague ?!” Mais j’ai fini par le leur donner. Une autre fois, je rentrais de l’école et je suis allée dans ma chambre. Ils jouaient sur mon ordi. J’ai pété un plomb et je les ai virés. C’est bien d’être l’ainée, mais qu’est-ce que c’est énervant !

Trop petite pour me marier ? Maryem, 20 ans de Bruxelles

C’était censé être un jour important pour moi. J’allais choisir ma robe de mariée et j’étais si heureuse, j’espérais trouver la robe de mes rêves. Arrivée dans la boutique avec ma grande sœur et ma mère, je commence à regarder autour de moi quelques robes. Je donne mon avis sur certaines. La vendeuse va vers ma sœur, lui demande comment elle voit sa robe de mariée. Un peu gênée, avec ma petite voix, je lui fais comprendre que c’est moi qui me marie. Surprise, elle me demande mon âge. Je lui réponds timidement « 20 ans ». La vendeuse s’excuse et m’explique qu’avec ma petite taille, elle pensait que je n’étais qu’une très jeune adolescente. Intriguée, elle me demande combien je mesure. Je réponds « 1m51 ». Je deviens rouge de honte en voyant sa réaction. La vendeuse est choquée. J’ai quatre grandes sœurs et un petit frère. On pense souvent que je suis la dernière de la fratrie car même mon petit frère est plus grand que moi. Ma petite taille m’a souvent complexée.

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Jeune maman

Jeune maman

Malika a 21 ans et elle est maman. Comme elle le dit elle-même, ça n’a pas toujours été facile. Entre le papa de son enfant, ses ami·e·s, sa réalité, son papa à elle. Malika a choisi le chemin de la maternité.

Enceinte

Quand la nouvelle tombe, elle m’effraie. J’en parle au papa, il me dit : “tu es trop jeune, tu n’y arriveras pas. En plus, tu seras toute seule et tu vas gâcher ta vie”. C’est à ce moment, à ce moment précis, que mon monde commence à tomber en ruines. Je me mets à douter de moi, de ma vie, de mon choix. Je suis à peine en train d’accepter que je vais être maman que je peux déjà sentir un poids… et ce n’est pas celui de mon ventre mais celui des jugements. Je vis dans une société où, vu ma jeunesse, je suis considérée comme une gamine. Heureusement, je continue à avancer avec l’aide de ma maman et grâce à ce petit être qui se développe sans cesse dans mon ventre.

Différente

Avec ce ventre arrondi, je ne peux plus aller chez des copines sans me sentir différente. Je suis vue comme ennuyeuse : je ne partage plus les mêmes centres d’intérêt. Louna, prétendument ma meilleure amie depuis une décennie déjà, sous-entend que l’avortement est le meilleur choix pour moi. Pour elle, garder le bébé qui grandit en moi est voué à l’échec. Je me pose, un instant, et je cogite sur mon avenir. Est-ce que je fais une erreur ? Je vis chez ma mère et je n’ai pas de revenus. En fait, je ne suis nulle part dans la vie. Au fond de moi, pourtant, je sais que j’y arriverai, que j’ai fait le bon choix, que rien, que personne, ne peut profondément me faire changer d’avis.

Papa

Vient le jour où je le dis à mon père, mon roi, mon pilier. Si vous saviez, combien, dans mon coeur, il était important. Ce jour-là, mon monde s’écroule une seconde fois. Toute seule, je me posais déjà bien des questions sans réponse là, c’est pire encore… Les mots de mon père nourrissent mes doutes, sèment le trouble… Ils me détruisent. Je suis brisée. Je me sens égarée, effrayée. Je pense que je suis nulle. Je suis tétanisée. Vais-je vraiment y arriver ? Être une bonne maman ? J’ai souvent été jugée égoïste, inconsciente. Un enfant qui fait un enfant, c’est totalement irresponsable, n’est-ce pas ? J’ai la trouille, je ne sais pas, au final, ce qui m’attend.

Il arrive

À huit mois de grossesse, lors de l’échographie (1) de routine, la gynécologue (2) m’annonce que je suis susceptible d’accoucher à tout moment. Et là, je me dis “Merde, t’as plus le temps d’avoir peur, tu vas devenir maman !” Dans le fond, personne ne peut arrêter l’amour inconditionnel que je porte déjà à mon fils. J’ai le courage de poursuivre ma quête du bonheur, de me battre un peu plus chaque jour pour me prouver à moi-même que j’en suis capable.

Heureuse

Mon fils a aujourd’hui 18 mois. Quand je le serre dans mes bras, je suis heureuse et plus épanouie que jamais. Peu importe d’où l’on vient et l’âge que l’on a, il n’y a ni âge ni situation parfaite pour donner la vie. Personne n’est en droit de nous juger, même pas nous-même. Notre pire ennemi est dans le miroir. Mais si nous utilisons notre reflet d’émotions pour les transformer en ambition, alors les portes du bonheur s’ouvrent à nous.

1. Une échographie est une sorte de photographie d’une partie du corps. Elle permet, par exemple, de voir si un bébé se développe normalement dans le ventre de sa maman. 2. Un·e gynécologue est une doctoresse, un docteur, spécialiste du système génital féminin, des grosessesses, des accouchements.

Auteure : Malika, 21 ans, Châtelet

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Les petits avis, épisode 7

Les petits avis, épisode 7

Scan-R, dès le départ, essaye de donner la parole à tout le monde… Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop courts pour faire l’objet d’un post sur notre site. On a donc décidé d’en rassembler plusieurs. Voici les témoignages de Bryan, Boris, Andy et Jordan.

Mon cerveau et moi par Bryan, 18 ans de Bruxelles

Aujourd’hui, je vais vous raconter mon histoire avec mon cerveau. Je suis assez différent des gens qui m’entourent. J’ai une mémoire qui retient tout et n’importe quoi. Durant toute ma scolarité, j’ai eu énormément de difficultés. À la maternelle, j’étais un enfant qui avait du mal même pour retenir une suite de chiffres. Durant les années passées à l’école, je n’avais pas de mémoire. On a fini par me mettre dans une école spécialisée. Un jour, je suis tombé malade et je n’ai plus pu travailler que, enfin, j’avais commencé à travailler ma mémoire. Aujourd’hui, les choses sont différentes, dès que je vois un mot ou un autre, je le retiens sans même le vouloir. Parfois, je vais chez un ami et on parle d’un sujet et je peux tout retenir par coeur. Depuis que je suis petit, je pense beaucoup et je parle tout seul. Les gens disent que c’est de la folie et moi, je croyais être fou. Il m’arrive aussi d’être avec des amis et qu’on me parle sans que je n’écoute rien du tout. Je parle, seul, d’un sujet qui me passe par la tête. On dit que les personnes qui sont bêtes ou pas intelligentes le seront à jamais mais pour moi, ce n’est pas vrai.

Jalousie, haine et préjugés par Boris, 21 ans de Bruxelles

Les regards et les paroles des autres me font peur. Cela me fait perdre la confiance que j’ai en moi. « Je ne te fais pas confiance car on m’a raconté des choses sur toi ». C’est la première fois que j’entends ça. La personne qui vient de me sortir cette phrase est la fille avec qui je sors… Si je ne peux pas dire que je suis amoureux, je suis bien attaché quand même. Un jour, elle entend des rumeurs. On lui dit que j’ai fait de mauvaises choses envers une fille, que je suis sorti avec plusieurs filles en même temps. Mensonges, bien sûr, mais elle décide de mettre fin à notre relation. Je n’ai pas pu m’expliquer. Je ne comprends toujours pas cette haine et cette jalousie… Jalousie, haine et préjugés me rendent triste… C’est un peu la même chose avec le football… Je suis fort au football pourtant, plusieurs personnes m’ont dit que je n’avais pas le niveau et que je ne pourrais pas aller plus loin, monter plus haut, que c’était trop pour moi. Quand la saison s’est terminée, on jouait notre dernier match et j’ai très bien joué. Tellement qu’un recruteur d’une équipe de haut niveau m’avait repéré. Pourtant, les critiques ont fusé. Ça m’a énormément blessé et je ne parviens plus à croire en moi. Les gens qui me rabaissent, parlent mal de moi, c’est quelque chose qui me touche vraiment. Je ne comprends pas pourquoi cette haine existe. Ce qui me sauve et me redonne de l’espoir, c’est qu’il y a toujours de belles personnes.

C’est avec le cœur déchiré que je vous écris ce texte par Andy, 19 ans de Châtelet

À 57 ans, ma mère a eu son troisième cancer(1). Ce fut son dernier combat contre cette maladie. C’était un cancer du poumon(2), elle s’est battue pendant deux ans, elle a dû faire quatre chimiothérapies(3). À un moment donné, elle a commencé à perdre, petit à petit, ses cheveux (4). Elle a décidé alors d’aller chez coiffeur pour se les raser. J’étais à ses côtés ce jour-là. Je me suis senti mal pour ma maman. Je lui ai pris la main, je l’ai regardée droit dans les yeux et je lui ai dit: “Ne t’en fais pas maman, je suis là pour toi”. Des larmes ont coulé sur ses joues. Durant toute la période de sa maladie, je l’ai accompagnée. Il y a eu des hauts, des bas mais elle s’est toujours battue. Un an après le début de son dernier cancer, elle est rentrée à l’hôpital. J’allais la voir tous les jours. Je lui apportais à boire, à manger. À chaque fois que je sortais de sa chambre, j’avais le cœur brisé … Je voyais, de jour en jour, son état s’empirer. Elle s’est battue chaque jour comme une grande guerrière. Aujourd’hui, je n’ai plus de maman. Le cancer a pris ma mère, elle m’a quitté à tout jamais mais son plus beau sourire reste gravé dans mon cœur.

1. Le cancer est une maladie qui survient quand les cellules qui composent le corps humain deviennent anormales et se multiplient. Elles finissent par se regrouper et former une tumeur. 2. Les poumons permettent aux humains et aux animaux de respirer. Ils distribuent dans le sang, l’air que nous inspirons. 3. Une chimiothérapie est un traitement médical lourd. Il permet d’éliminer les cellules cancéreuses de l’organisme. Ce traitement entraine aussi la perte des cheveux.

Mon joint ma souffrance par Jordan, 20 ans de Liège

Le matin, je dois fumer mon joint. C’est une addiction. Si je ne fume pas, je tremble, je ne me sens pas bien. C’est mon quotidien, c’est devenu une habitude. Il y a longtemps, j’ai commencé à fumer. J’étais naïf, je ne savais pas que ça allait changer ma vie. La drogue m’a poussé à changer de comportement et je n’en suis pas fier. Ça ne m’a rien apporté de bon, les personnes, dans la rue, me dévisagent. Je sens qu’ils me jugent. C’est très dur à vivre. Je voudrais que tout s’arrête mais je n’y arrive pas. Je consomme parce que je culpabilise, pour oublier que ça ne va pas. Je consomme des substances parce que c’est une échappatoire et ensuite je me sens sur la lune, jusqu’au lendemain où le réveil est horrible. Comme une sale gueule de bois. Je me sens obligé de reprendre, ça détruit psychologiquement. C’est un cercle vicieux. Cela fait longtemps que je fume, 4 ans que je prends de la drogue dure, en soirée. Ma mère reste disponible pour m’aider mais les liens familiaux ne sont plus ce qu’ils étaient. Je voudrais m’en sortir … Je voudrais fonder une famille.

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Ma grossesse

Ma grossesse

À 20 ans, après avoir constaté un retard dans ses règles, Manon a appris qu’elle était enceinte. Vu sa morphologie un peu forte, c’était pour elle une réelle surprise : un médecin lui avait dit que, à cause de son poids, ça ne lui arriverait pas.

Enceinte ou pas

Un jour, j’ai commencé à me poser des questions si j’étais enceinte ou pas car mes règles ne venaient pas, j’avais un retard dans mon cycle. Mon petit ami et une amie ont été chercher un test de grossesse pour moi… Et là, pour moi, ce fut une grande joie ! Quand je l’ai appris, j’étais près de mon copain et d’une amie. Je l’ai ensuite annoncé à ma maman par téléphone. J’étais trop stressée pour le lui dire mais elle l’a bien pris ! Deux jours après, je l’annonce à la famille de mon copain. Sa famille disait qu’on ne serait pas capables de s’en occuper. Cela été un choc pour eux, ils ont dû avaler la pilule mais après, ils l’ont vite accepté..

Il arrive

Quatre mois après, on apprenait que c’était un petit garçon qui devait naitre le 18 février 2018. Toutes les échographies étaient bonnes. Un mois plus tard, j’ai perdu les eaux. Je pars à l’hôpital. Quand je suis arrivée, les infirmières me préviennent que je ne suis qu’à un centimètre d’ouverture (1). Je dois donc rester à l’hôpital car j’avais perdu les eaux. C’était un samedi, toujours rien.. Le lendemain, toujours rien. Le lundi à 5h du matin, je commence à avoir mal ! On appelle alors mon copain et ma maman pour l’accouchement. Pendant, 3 heures, j’ai vraiment mal. À 10h31, mon bébé est là ! Il est arrivé avec un mois d’avance. Il pèse 3kg500 et mesure 47,5cm. S’il était venu 1 mois plus tard, il aurait fait 4 kilos ! Étant né avant 37 semaines, il a été 3 jours au service prénatal. Cela a été un peu difficile pour moi.

Épanouie

Les heures qui ont suivi mon accouchement ont été compliquées aussi, je ne me sentais pas bien. Les infirmières m’ont dit de me reposer. Ce sont elles qui lui ont donné le biberon la première nuit. Après, j’allais lui donner le biberon toutes les 3 heures. Nous sommes restés une semaine à l’hôpital. Maintenant tout se passe bien, mon enfant grandit bien, il est en forme. Il n’a pas de problème de santé. Il va avoir 2 ans et demi. Le fait d’être maman m’a redonné confiance en moi, je vois mon fils s’épanouir et ce, grâce à moi.

(1) Il s’agit du col de l’utérus. Pour que le bébé puisse naitre, ce col doit s’ouvrir de plusieurs centimètres.

Auteure : Manon, 24 ans , Montigny

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R à distance

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