« Retourne dans ton pays »

« Retourne dans ton pays »

Acheter un paquet de chips est parfois extrêmement difficile. Rentrer dans un magasin et en ressortir – sans paquet de chips – et avec une envie de tout casser, c’est quand même assez particulier.

Sale noir

Je me rappelle d’un jour en particulier. Je me promenais en ville, je portais des chaussures rouges, un pantalon bleu clair et un pull à capuche gris. Comme j’avais faim, j’ai décidé de me rendre dans une épicerie du coin pour acheter des chips. En rentrant dans le magasin, j’ai tout de suite remarqué que tout le monde me dévisageait. Sur le moment, je n’ai pas compris puis cela m’a semblé évident : j’étais le seul noir. Voilà pourquoi ils me regardaient de cette manière : à cause de ma couleur de peau. J’ai décidé de faire comme si de rien n’était mais un client s’est adressé à moi en disant : « sale noir, retourne dans ton pays ». J’étais choqué, énervé. La seule chose que je voulais, c’était de le blesser mais je me suis dit que si je lui donnais une baffe, ça se retournerait contre moi. J’ai donc fait demi-tour et suis sorti du magasin, tête baissée, sans rien avoir acheté. J’étais triste.

Je ne comprends pas

Pourquoi les gens peuvent-ils être si méchants et se comporter de cette façon à cause de la couleur de peau d’une personne. Cette histoire peut vous paraitre anecdotique, mais quand on vit tout cela quotidiennement, qu’on fait partie des personnes qui sont systématiquement visées, c’est très compliqué. Cela s’appelle de la discrimination raciale. Depuis quelque temps, les États-Unis ont fait la une des journaux, chez nous, cela arrive souvent aussi. Moi, en tant que noir, je me sens rejeté. Je veux dire à certaines personnes qu’il faut faire attention. Quand on nous regarde de travers, même si vous ne le faites pas exprès, ça nous donne l’impression qu’on n’est pas chez nous. Je suis né en Belgique.

Auteur : Abdou, 12 ans, Ans

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R

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Racisme et jeu vidéo, je mène l’enquête

Racisme et jeu vidéo, je mène l’enquête

Hiba se pose bien des questions… Pour trouver une réponse à celle qu’elle se posait le plus souvent : “Est-ce que le racisme existe aussi dans les jeux vidéos ?”, elle a créé un personnage et s’est plongée dans le jeu !

Je ne suis pas une geek !

Dans la vie, ce que je préfère ce sont les jeux vidéos ! Attention, ce n’est pas que j’y sois accro. Si vous vous pensez tout de suite que je suis une geek, il y a erreur, la réponse est non. Pour moi, ce qui est important, ce n’est pas le temps que je passe sur ces jeux. Ce qui est important, ce sont les graphismes des différents mondes, les personnes que j’y rencontre.

Un monde idéal ?

Le monde virtuel est un monde meilleur que celui dans lequel nous vivons. J’aime les jeux vidéo : ils me permettent d’être quelqu’une d’autre, c’est ennuyeux d’être la même personne chaque jour. Tellement de choses peuvent se passer dans les jeux alors que la vraie vie est un long fleuve tranquille… Ça, c’est ce que je me disais il y a bien longtemps. Jusqu’à ce que je découvre le racisme et toutes les autres formes de discriminations. Au départ, je pensais que, irrémédiablement, les jeux vidéos étaient bien plus qu’un terrain d’aventures, ils étaient aussi un refuge, une zone épargnée par la bêtise humaine. Ensuite, une question a court-circuité ma pensée : et si le racisme n’était pas que réel ? Et s’il se prolongeait dans le virtuel ? Il faut que j’en sois sure ! Je décide donc de mener ma propre enquête.

Enquêtrice en ligne

Telle une détective, de peur qu’on me reconnaisse, je me crée un nouveau compte personnel. Je me connecte alors à Roblox (1), un site, une plateforme composée d’une pléthore de jeux dont le seul but est de satisfaire les joueurs. Je suis surprise de constater que l’avatar de base proposé par la plateforme n’est pas de ma couleur de peau. Pourquoi le personnage de base est-il ainsi ? Est-ce que pour les créateurs du jeu, un personnage neutre c’est un homme blanc ? Je n’ai pas encore commencé mon enquête que j’ai déjà ma petite idée sur la question… Une fois dans un des jeux, je comprends que les joueurs qui ont de l’argent peuvent payer pour que leur avatar ait le droit de pousser les autres ou de leur jeter une grenade dans la figure : en d’autres mots, ceux qui ont de l’argent – dans la vraie vie – peuvent écraser virtuellement ceux qui n’en ont pas. Je suis perplexe : on peut pousser les autres, c’est bien ça ? Sur base de nos moyens économiques qui, on le sait, nous discriminent déjà dans la réalité, on peut avoir le droit de tuer virtuellement ? Pourquoi ce jeu a-t-il été créé au juste ? Pour s’amuser ou pour reproduire et renforcer les discriminations de notre société ?

Changer du blanc

Je poursuis mon enquête. Je décide de changer la couleur de peau de mon “avatar blanc de base” à l’image de la mienne : brune. Façonner mon avatar (2) avec précision me prend un temps certain, c’est donc les paillettes plein les yeux que je le finalise enfin. Wow, il est parfait ! Je me sens dans la peau d’une lanceuse d’alertes (3), prête à obtenir des réponses sans que personne ne puisse m’en empêcher : mon plan est redoutable. Tranquillement, je rejoins le jeu en ligne. Après une première phase d’observation, je me sens prête : j’y vais ! J’envoie des demandes d’amitié à différents joueurs, le principe est plus ou moins le même que sur facebook. Pas de réponse. Pas une seule acceptation. Finalement, je reçois quand même une insulte : “T’es tellement noire que même sur l’autoroute, on croira que c’est toi la route”. Les commentaires racistes s’enchainent. Ils ne me font pas vraiment mal, je suis à distance, dans mon rôle de sociologue (4). L’insulte est supposée être une blague pour celui qui la dit, mais qu’en est-il pour celui qui la reçoit ? Sont-ils blessés? Doivent-ils pleurer, lutter, répondre, partir, rigoler, s’en foutre ou bien juste se taire ? Je suis en colère. Mais je ne perds pas de vue mon plan et je pars changer mon avatar. Je lui redonne la couleur de peau blanche du départ et fais en sorte qu’il paraisse plus ¨pro¨. Pleine de rage, je retourne dans le jeu. Je compte bien leur balancer leurs quatre vérités. Rebelote, j’envoie des invitations d’amitié. Sans surprise, ils acceptent et je me fais rapidement beaucoup d’ami·e·s. Je me mets à chercher dans tout le jeu celui qui m’a le plus insultée. Je le trouve, c’est lui, il se tient juste là, devant moi. J’essaie, mine de rien, d’établir un lien d’ami-ami. Cette fois, il ne m’insulte pas. Il est même gentil avec moi, il fait des blagues sur les autres. Après plusieurs échanges à l’apparence complices, j’attends le moment parfait pour lui dire : “ Tu vois, la fille que tu as insultée pour sa couleur de peau ?” Naïvement, il répond “Oui”. “Bah, cette fille, celle que tu as bêtement insultée… c’était moi”. Sans aucune réponse, il quitte le jeu. Je ne l’ai jamais revu.

Satisfaite de mon enquête, horrifiée du constat

Le racisme existe, même dans les jeux. Vraiment ? C’est incroyable. Nulle part, nous ne sommes à l’abri du racisme. À ce moment précis, je ressens de la colère et en même temps de la pitié. Comment ce type peut-il se regarder dans le miroir ? À mon tour, je me regarde dans le miroir. Je vois mon reflet en blanc, en brun, et dans toutes les couleurs possibles des avatars. Ils me saluent tous, je rigole. J’ai le sourire de celle qui sait qu’elle a gagné. C’est suite à cette phrase que je retrouve mon vrai compte et recommence à jouer paisiblement. Impatiente de me poser de nouvelles questions.

(1) Roblox est un outil de création de jeux en ligne. Gratuit, il rassemble plusieurs millions de jeunes joueuses et joueurs. Il permet à ses utilisateurs de créer un jeu et d’inviter les autres à y jouer. (2) Un avatar, est un personnage, une représentation virtuelle choisie par l’utilisateur dans un jeu, un lieu virtuel… (3) Une lanceuse ou un lanceur d’alerte est une personne qui apprend l’existence d’un danger, d’un scandale, d’une affaire inconnue jusque-là, décide d’en informer des médias. Le résistant et sociologue Victor Martin (Belgique 1912-1989) fut par exemple un lanceur d’alerte. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, après une mission en zone allemande, il ramena les premières informations sur le sort des déportés juifs en Allemagne, sur le fonctionnement du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz.

Auteure : Hiba, 11 ans, Ganshoren

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Maman a perdu la mémoire

Maman a perdu la mémoire

Il y a presque cinq ans, la maman d’Émilie a eu un accident et a frôlé la mort. Si son corps s’est remis, elle a complètement perdu la mémoire, ne se souvient plus jamais de rien et oublie tout au fur et à mesure. Émilie nous explique comment elle continue à vivre avec une maman qui n’est plus celle qu’elle connaissait.

22 aout 2015

Simple date qui représente tellement de choses. Simple date qui a tout changé au sein de ma vie, au sein de ma famille. C’était un soir d’été, maman était en train de préparer le souper, mon père était sur son ordinateur. Moi, j’aidais maman à mettre la table. En revenant dans la cuisine, je l’entends me dire : « Emilie, je vais tomber », je lui ris au nez en lui disant d’arrêter de faire des blagues. Cependant, elle ne rigolait pas. Elle est tombée. La panique s’est installée à la maison, j’ai crié après mon papa afin qu’il vienne m’aider. Papa l’appelait mais elle ne répondait pas. C’est alors que sont arrivé·e·s ma petite sœur, 11 ans et mon petit frère, 5 ans. Voyant maman allongée sur le sol, ils ont pleuré et paniqué. Papa, lui, était en train de faire un massage cardiaque à maman et moi, j’ai pris le téléphone pour appeler les secours. Une fois appelés, je les ai attendus sur le palier avec mon frère et ma sœur. Les secours sont arrivés une dizaine de minutes après l’appel et dans le même temps, mon grand-père est arrivé pour nous prendre chez lui. Je ne me souviens plus de qui l’a prévenu mais il l’a été. Les secours ont emmené maman. Mon frère, ma sœur et moi sommes allés chez papy. Ce soir-là, nous avons beaucoup pleuré. Nous avions peur pour maman.

Retour à la maison

Maintenant elle va mieux. Le seul problème est qu’elle a perdu sa mémoire. Les relations sont plus tendues qu’avant. Je sais que la plupart des gens pensent que je devrais être contente qu’elle soit toujours là et quelque part, je le suis. Seulement, vivre quatre ans, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 avec une personne qui perd la mémoire toutes les 5 secondes est très épuisant. De mon point de vue, cet accident n’a eu aucune conséquence positive sur la personne que je suis aujourd’hui. En effet, je n’ai plus la patience de supporter ce genre de choses. Par exemple, sur une journée elle va nous demander une dizaine de fois, si pas plus, quel jour on est. Même avec mes amis, je n’ai plus la patience de me « disputer » ou de me « défendre » pour quoi que ce soit.

Tout réussir

De plus, je suis devenue une personne exigeante avec les personnes qui m’entourent et avec moi-même. Par exemple, si les gens ne correspondent pas à ce que j’attends d’eux, alors je ne chercherai pas plus loin et ne les considèrerai plus. En ce qui concerne mon exigence avec moi-même, je ne me permets plus de rater quoi que ce soit, une année, un sport, des études… Je ne peux pas décevoir mon entourage. Et j’ai l’impression d’être un objet de vantardise pour ma famille. « Waw je vais pouvoir dire à tous mes collègues que ma nièce fait l’université », voilà le genre de réflexion que j’entends assez souvent.

Furieuse

Cet accident a aussi fait de moi quelqu’une de très colérique. Pas tellement avec les gens mais plus avec ma maman. Les gens, pour autant que je les apprécie, me permettent d’oublier l’environnement familial. Selon moi, la colère va de pair avec la perte de patience que je ressens. Le moindre truc que ma maman va faire m’énervera.

Vie envolée

En ce qui concerne mon adolescence, j’ai l’impression d’avoir sacrifié beaucoup de choses pour mon papa. Il est la seule figure responsable que j’ai. Ma mère, elle, est réduite au stade d’adolescente. Quand je parle de sacrifices, ce sont les responsabilités qu’on m’a données, les mots qui m’ont été dits. Mon frère et ma sœur, étant les plus petit·e·s, étaient encore protégé·e·s et gâté·e·s de tous côtés, surtout par mon grand-père. Mais moi, j’étais la plus grande et je n’avais pas le droit de me plaindre. Il fallait que j’assume les tâches qu’à 13 ans nous ne devons pas assumer, le seul prétexte étant que j’étais la plus grande. Par exemple, selon eux, je devais faire le ménage, à manger, les lessives. Je n’ai donc jamais eu ma mère pour « m’apprendre » ces tâches, j’ai appris sur le tas. Avec le recul, je dirais que, à ce sujet, il est normal de donner un coup de main mais je n’étais pas la personne responsable qui devait établir les corvées ménagères. Selon mon grand-père, je suis responsable de ce qui est arrivé. Hors de question de dire de pareilles choses aux plus petit·e·s donc autant me le dire à moi.

Demain angoisse

Si maintenant je dois imaginer mon futur, j’ai peur. Peur car les médecins ne sont pas encore en mesure de dire si oui ou non la maladie est génétique. En effet, il s’agit d’une maladie rare et nous sommes censés avoir les résultats dans quelques mois. Donc j’ai peur d’avoir, moi aussi, cette maladie. Si tel est le cas, je pense que je demanderai à ce qu’on ne tente pas de me sauver si, un jour, je fais un arrêt cardiaque. Je ne veux pas infliger ça aux gens autour de moi et je ne voudrai pas vivre en étant « handicapée ». D’un autre côté, je sais que si je suis à risque, je ferai tout pour profiter de la vie avant qu’il ne soit trop tard. Avec le temps, j’espère aussi être une meilleure personne, être plus compréhensive avec les gens qui m’entourent. J’espère encore qu’un jour, j’arriverai à être plus indulgente avec ma mère. Si ce n’est pas facile pour moi, ça ne l’est évidemment pas pour elle. Pour terminer, je dirais que j’ai hâte de partir de chez moi, de partir loin. Peut-être que cela me permettra de reposer mon esprit mais aussi de prendre plus de recul par rapport à la situation.

Auteure : Emilie, 18 ans, Liège

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Mon père est mort, il s’est suicidé

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Ce n’est pas tout de suite que Romane a appris que son père s’était suicidé. D’abord on lui a dit que son coeur avait lâché. Après, elle a vu l’arme. Aujourd’hui, elle essaye de vivre avec ce passé et, malgré tout, de continuer à sourire.

Son coeur a lâché

Dimanche, je suis chez ma mère. Hier soir a été compliqué, grosse dispute avec mon copain. Là, je suis au téléphone avec lui depuis une bonne heure. Ma mère crie du rez-de-chaussée. Je me pose des milliards de questions. Je descends. Elle me dit : “Le coeur de papa a lâché”. Je hurle de toutes mes forces. Toujours au téléphone, mon copain ne comprend pas ce qui se passe. Je lui explique, il me rassure : “Ne t’inquiète pas, ça va aller”. Pourtant, non, rien n’allait. Je venais de perdre l’homme de ma vie. Une fois arrivée sur les lieux, j’aperçois les ambulances. J’entends ma mère demander aux policiers : “Il est mort dans son sommeil ?”. Un des policiers la regarde d’un air perdu. Ma mère comprend très vite que son coeur n’a pas lâché mais qu’il s’est suicidé. Ma mère ne m’a pas expliqué tout de suite. C’était trop difficile. Une fois arrivée à la maison de mon papa, je vois ma soeur et des ami·e·s s’effondrer, ma tante sous le choc et mon copain en larmes. Je m’empresse de les prendre dans mes bras. J’aperçois une arme et je comprends qu’il s’est tué. Ma première réaction était de vouloir le voir mais je n’en suis pas capable.

Rester debout

Aujourd’hui, je me reconstruis, j’avance, pleine de tristesse mais j’avance. Je réfléchis beaucoup, j’aide beaucoup ma mère et ma soeur. On est très liées même si chacune vit ça différemment. Ça rend la chose compliquée. Ma soeur a besoin de voir ses ami·e·s, ma mère a besoin de pleurer, moi je n’arrive pas à sortir de mes émotions donc je vais chez une psy, ça m’aide beaucoup. Je sais que papa est tous les jours avec moi, c’est ce qui fait ma force. Je sais qu’il veut que je sois heureuse, que je continue à me battre pour ce en quoi je crois. Je vis pour rendre les autres heureux. Si j’avais un conseil à donner à des personnes qui vivent un décès : il ne faut pas tout lâcher, il faut trouver ce qui vous fait sourire. Ma psy me fait voir la situation différemment. Elle me fait sourire. Il existe plein d’activités différentes qui peuvent vous aider ou vous changer les idées mais il est également important de parler de ce qu’on ressent. C’est très difficile, c’est certain, mais mon père a fait son choix et je ne peux rien y changer. Il faut s’entraider et ne pas abandonner.

Auteure : Romane, 16 ans, Vaux

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S’apprivoiser

S’apprivoiser

Petit·e, on peut lire les Astérix et y voir un message rigolo, impertinent… Plus âgé·e, on peut y lire et comprendre d’autres choses que l’humour, y trouver un message contestataire. Pour faire passer ces messages, les différents scénaristes utilisent des mots qui peuvent être compris d’une manière puis d’une autre. Les textes écrits, lors des ateliers Scan-R, sont parfois tout aussi imagés. Cela veut dire que l’auteur·e utilise des mots à la place d’autres, peut-être plus clairs, plus transparents. C’est ce mode d’expression qu’a choisi Lou.

Stress et angoisse de la nouveauté

Il y a souvent un moment de stress, énorme, quand on rentre dans une école où on ne connait personne. Surtout si c’est la première année. C’est un moment qui a été difficile à vivre pour moi, même si j’étais dans l’école que je voulais. J’ai dû trouver un moyen de relâcher le stress. Celui que j’ai trouvé n’était pas sain. Je pense que j’ai toujours eu un problème de communication, comme un truc qui n’allait pas entre moi et les autres, entre les autres et moi. Ça ne m’a jamais posé d’énormes problèmes avant que je n’entre à l’école, étant donné que je ne voyais ces autres que beaucoup plus rarement. J’ai été, tout d’un coup, propulsée au milieu d’énormément de gens chaque jour, sans aucune transition. C’est passé comme un choc dans mon cerveau et j’ai eu besoin de contrebalancer ce stress avec autre chose.

Essayer de se détendre

Quand ça a commencé, je ne me suis pas rendu compte de ce que c’était. Dans ma tête, ce n’était pas mal … Ça m’aidait à calmer le stress pendant un petit moment avant que ça ne recommence le jour d’après. Seulement, de fil en aiguille, je me suis rendu compte que je n’arrivais plus à faire sans et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à avoir peur. En essayant d’y repenser, maintenant, c’est un peu flou. Mon esprit se fait la malle dans des moments pareils. Je sais que, le soir dans ma chambre, j’étais seule. Je sais que la pièce n’était pas très éclairée. Seule la lampe de chevet était, en général, allumée. Cela rendait les faits moins réels parce qu’on ne les voit pas. Parfois ça durait longtemps, dix, quinze, vingt minutes … ? Parfois, c’était très court. Ce n’était pas douloureux, en tout cas pas dans ma tête. Ça me fait penser à une espèce de petit monstre, il n’a pas l’air méchant et quand il s’approche tout calmement, on pense qu’on peut l’apprivoiser.

Adieu petit monstre

Il est venu me voir, je l’ai ramené comme un chaton perdu chez moi et je l’ai nourri. Plus je le nourrissais, plus il grandissait. Il n’était jamais satisfait. Alors au bout d’un moment, il a fallu que je le mette à la porte. Mais comment fait-on pour mettre à la porte un animal qu’on a fait grandir ? Je ne suis pas sure de la réponse mais ce qui est certain, c’est que même s’il retrouve son chemin et revient vers moi, je le déposerai dehors, de plus en plus loin jusqu’à ce qu’il ne sache plus retrouver son chemin.

Auteure : Lou, 16 ans, Liège

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Au mois de juin 2019, une équipe de Scan-R s’est rendue à l’Institution Publique pour la Protection de la Jeunesse (1) de Saint-Hubert. Elle y a rencontré une dizaine de jeunes. Voici le texte de...

Les petits avis, épisode 8

Scan-R, dès le départ, essaye de donner la parole à chacune, à chacun, à tout le monde ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un témoignage. On a donc...

Jus d’orange, jus d’orage ?

À l’inverse de 82% de Belges de 15 ans et plus, Anne-Lyse ne boit jamais d’alcool, ni par allergie, ni par religion, ni pour quoi que ce soit… La raison est simple : elle n’aime pas ça et ne voit...

Harcèlement, en parler pour s’en sortir

Il y a bien des années, c’était en primaire, Estelle a partagé quelques temps et quelques mots avec une fille. Aujourd’hui, les rapports avec cette ancienne connaissance sont beaucoup plus...

Je joue un rôle

Chaimae se livre à un exercice d’écriture et d’introspection… Elle s’interroge aussi sur qui peut, pourrait, pourra, un jour peut-être, la comprendre. En attendant ce grand soir, son coeur est...

Être soi, malgré l’influence des réseaux sociaux

Comment rester soi, s’apprécier, se trouver belle quand, à longueur de fils sur instagram, on voit défiler des icônes plus parfaites que la réalité ? Comment faire, quand, dès 13 ans, on se retrouve...

Fatiguée de l’homophobie

« L’un·e “fait” la fille, l’autre le mec », « Les femmes deviennent lesbiennes parce qu’elles ne plaisent pas aux hommes », « Les homos sont plus infidèles que les hétéros ». Voici quelques préjugés...

14 ans, doutes et questions

Dans les statuts facebook pour parler des histoires de coeur ou de fesses, il y un certain nombre de possibilités… En couple, en concubinage, marié·e, veuve ou veuf, fiancé·e… et l’option, c’est...

Pourquoi juger ?

Quand une situation de harcèlement survient, c’est intolérable. Aujourd’hui, c’est Lucile qui nous en parle. Elle nous invite à nous interroger sur les jugements, sur le poids qu’ils font...

À coeur grand ouvert

Aimer sans limite, y laisser son coeur, détester de tout son être, pleurer sans raison ou encore sourire à en avoir des crampes,... Tout cela dans l’espace d’une seule et même journée… Parlons...

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