Je suis anti-connard

Je suis anti-connard

Le 8 mars est une journée particulière dans l’Histoire du monde. Cette journée-là, autrement dit, cette journée-ci, est la journée internationale des droits des femmes. En 1909, grâce au travail des femmes socialistes étatsuniennes est organisée une première journée du droit des femmes. En 1911, suite au travail de l’internationale socialiste des femmes est organisée une seconde journée … Depuis plus d’un siècle, les revendications sont les mêmes : la fin des discriminations entre les hommes et les femmes. Dans son texte, c’est aussi de cela que nous parle Charlotte.

Tentative de définition

Je me suis vraiment intéressée au féminisme juste avant le confinement. Le sujet m’a intrigué, alors j’ai mené des recherches. D’après internet, le féminisme est “une doctrine qui préconise l’égalité entre l’homme et la femme, et l’extension du rôle de la femme dans la société”. D’après mon frère, le féminisme est “le combat pour l’égalité homme-femme”. D’après ma maman, le féminisme “rassemble un groupe de personnes qui essaient que la femme soit égale à l’homme à tous points de vue et qui se fait beaucoup entendre depuis le début de l’année 2020. Il ne faut pas le confondre avec les chiennes de garde qui ne respectent pas les lois pour se faire entendre. D’après les anti-féministes, les féministes “sont des chiennes de garde” (1).

Définition personnelle

Pour moi, le féminisme est une lutte contre le patriarcat. Les féministes ne cherchent pas à écraser les hommes, mais plutôt à atteindre l’égalité homme-femme. Certes, certaines d’entre elles le montrent avec plus de colère, car elles en ont marre d’être confrontées à ce type de problèmes, encore et encore. Les féministes exposent les réalités auxquelles sont confrontées les femmes et jeunes femmes de notre société. Heureusement que ce mouvement existe, car, encore en 2021, des femmes se font siffler en rue ou ont peur de sortir de chez elles. Il y a peu, un garçon a harcelé une de mes amies, tout ça parce qu’elle ne voulait pas lui donner son compte Snapchat.

Pas à l’aise avec tout

Pourtant, ce n’est pas parce que je suis féministe que suis à l’aise avec tout. J’avoue que je suis parfois gênée lorsque je vois des femmes seins nus à la piscine ou à la plage. Je préfère aussi qu’on me dise que je suis jolie plutôt que sympathique. Je me pose aussi beaucoup de questions avec le féminisme. Pourquoi l’habit pose-t-il encore problème en 2021 ? La femme est libre de s’habiller comme elle le veut, non ? Si je mets un décolleté, ça ne me dérange pas trop que quelqu’un le regarde l’espace d’une seconde, mais ça ne veut en aucun cas dire que cette personne peut me fixer pendant des heures ! En étant féministe, je trouve qu’on a peut-être tendance à minimiser et à oublier les hommes victimes de sexisme, de violence conjugale et / ou de viol. Je ne comprends pas non plus que l’on souhaite changer les noms de rues qui sont plus vieilles que ma grand-mère. Pourquoi ne pas donner des noms féminins aux nouvelles rues qui voient le jour ? (2) Dans le monde, nous avons autant besoin d’hommes que de femmes, on n’a juste pas besoin de machos. Si nous les femmes, nous voulons prouver que nous sommes égales aux hommes, pourquoi garder un test d’entrée à l’armée plus facile pour les femmes ? Pourquoi les femmes architectes sont-elles mieux payées de 14% (3) ? Pourquoi est-ce que, en cuisine, les chefs sont plus nombreux que les cheffes ? Pourquoi garder un congé de paternité cinq fois plus court que le congé de maternité ? Attention, ne vous y méprenez pas, je ne veux pas raccourcir le congé de maternité, mais bien rallonger celui de paternité.

Qui sont les hommes ?

En 2021, des femmes se sentent coupables de se faire frapper par leur mari et de se faire agresser en rue. Des femmes ne se sentent pas en sécurité dans leur pays, dans leur village, tout ça à cause de certains hommes. À nouveau, je précise : je ne dis pas qu’il faut considérer tous les hommes comme dangereux ni qu’il faut considérer toutes les femmes comme des saintes. Je dis juste que ce n’est pas normal que dans une société qui se dit cent pour cent égalitaire, des femmes aient peur ou se sentent mal à cause de certains hommes. Être féministe, selon moi, ce n’est pas se rabattre au niveau des hommes en essayant d’être supérieures ou en ayant des discours haineux envers les hommes. Nous devons montrer que nous sommes capables de faire les mêmes choses, même si elles sont parfois plus difficiles. Les féministes n’écrasent et n’agressent pas. Nos idées sont bonnes et elles sont justes. Nous devons utiliser des mots forts pour faire des hommes nos alliés et non nos ennemis. Nous avons besoin d’eux dans notre lutte qui risque d’être encore rude et semée d’embuches. Pour changer les mentalités, nous devons être intelligentes et réfléchies. Il faudra être tenaces, fortes, courageuses, car jusqu’au bout, il ne faudra jamais abandonner. C’est une lutte sans répit et sans pause. Nous ne sommes pas anti-hommes, nous sommes anti-connards.

 

 

Notes de la rédaction

(1) Les chiennes de garde, est une association française lancée en 1999. Elle a pour but de défendre les femmes contre les insultes, que ce soit dans la rue ou dans les médias.

(2) Une récente étude menée par une équipe d’enseignant·e·s et d’étudiant·e·s de l’ULB a démontré que dans les 19 communes bruxelloises que la moitié des rues, places, parcs, squares… portent le nom d’une personne mais que seules, 4,2% portaient un nom féminin.

(3) En faisant une recherche sur ce sujet, nous avons quelques articles reprenant cette information. Ces articles, publiés sur des sites français, reprennent une étude américaine. Est-ce que c’est aussi vrai en Belgique ? Rien ne permet de l’affirmer.

Auteure : Charlotte, 15 ans, Xhoris

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R à distance

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Harcèlements quotidiens

Harcèlements quotidiens

Les journées de Luce se ressemblent et ne sont pas réjouissantes du tout. Chaque jour, c’est la même histoire, subir les commentaires, les gestes déplacés, tenter de fuir les nombreux pénibles. Épuisée par ces comportements, Luce tire le bilan

Journée de merde, journée classique 

7h27 Je rentre dans la station de métro pour aller à l’école. Il fait froid, très froid. Mon métro n’arrive pas, je fais un détour pour chercher un autre itinéraire quand soudain, je vois deux paires d’yeux m’inspecter de haut en bas. C’est deux gars dans la trentaine. Deux contrôleurs de la stib. Ils s’approchent et leurs deux voix se mêlent à leurs yeux obstinés: « Et toi ! T’aurais un numéro ? T’es vachement bonne ma chérie » ai-je entendu. Quand je cours pour essayer de fuir, je sens une de leurs mains sur mon poignet, essayant de me garder auprès d’eux. Quand je réussis enfin à m’échapper, les larmes coulent sur mes joues et mes jambes cherchent à courir, encore et encore. 15h50 Fin des cours, attroupement de jeunes en dehors de l’école. Comme d’habitude, un gars vient me claquer les fesses et me dire à quel point j’ai un gros cul. Il me suit pendant une centaine de mètres et me lâche après s’être lassé. 17h23 Enfin rentrée chez moi, je pense être soulagée… Je fais la bise à mon frère puis à mon père qui sur le fait me dit « Ho, ta poitrine est très jolie aujourd’hui, elle a grossi non ? » Je réponds par un rire gêné. La suite de la soirée continue par un rapprochement et une main sur mon épaule. Mes larmes coulent toute la nuit…

Témoigner et bouger

Aujourd’hui, je vis toujours dans la peur: peur de me faire siffler dans la rue, peur qu’on me regarde. Combien de fois me suis-je demandé si ma tenue pouvait justifier ce qu’il m’était arrivé ? Est-ce qu’un pauvre jean slim et un t-shirt uni large auraient pu causer cela ? Était-ce de ma faute ? Puis un jour j’ai vu un témoignage d’une fille qui racontait son histoire, cela me faisait beaucoup penser à moi. Cela m’a énormément touchée et j’ai décidé de me relever et de rejoindre un mouvement principalement composé de femmes : le féminisme. Je me suis rendu compte qu’aucun geste ni aucun vêtement ne pouvait justifier un acte ou une parole. Chaque jour, je me bats pour le droit des femmes, ces droits que normalement nous devrions déjà avoir parce que cela n’est pas normal. Ce n’est pas normal de devoir nous battre pour ce genre de choses. Surtout, n’oubliez pas que si quelque chose vous est arrivé, que vous soyez une fille ou un garçon parlez-en, ne vivez pas dans le secret !

Pour en savoir sur la réalité atroce d’autres femmes, voir l’expo Que portais-tu ce jour là ? organisée par Amnesty International

Auteure : Luce, 14 ans, Bruxelles

Cet article a été écrit lors d’un atelier Scan-R 

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J’ai treize ans et je suis féministe

J’ai treize ans et je suis féministe

Alors qu’elle avait 9 ans, lors d’une balade doublée d’une discussion avec sa mère, Aya a découvert que le salaire de sa maman était inférieur à celui de son papa. Sa maman était-elle moins compétente ? Travaillait-elle moins bien que son mari ? Pas du tout… La différence de salaire entre son père et sa mère s’expliquait uniquement par le fait que les femmes gagnent – souvent – moins que les hommes (1). Elle nous explique sa réflexion.

La promenade de la révélation

J’ai 13 ans et je suis féministe. Avant, je ne savais même pas ce que ce mot voulait dire. Je me rappelle, comme si c’était hier, du jour où j’ai appris ce mot et sa signification. C’était le 17 avril 2017, j’avais 9 ans. Je me promenais tranquillement avec ma mère dans une immense forêt. Nous discutions école, études, ami·e·s… Ma mère et moi avons une relation assez fusionnelle, on peut parler de tout. Mais cette fois, j’ai vu que son regard était différent. Elle était triste, désespérée, énervée. Je lui ai demandé ce qu’elle avait, elle m’a répondu que c’était un problème au travail. Elle avait reçu son salaire et elle se rendait compte qu’il était inférieur à celui de mon père. Ça ne lui plaisait pas : elle avait travaillé plus que lui et gagnait moins. En réalité, toutes ses collègues femmes vivaient la même situation. Sur le chemin du retour, je me posais énormément de questions : pourquoi les hommes gagneraient-ils plus que les femmes ? Ça a changé quelque chose au fond de moi, ça m’a réveillée. J’ai commencé à parler de féminisme avec ma maman, elle m’a expliqué ce que c’était : l’égalité entre les hommes et les femmes, tout simplement. Une fois à la maison, je m’affale sur mon lit et regarde mon téléphone. Je vais sur Instagram et BAM, la plateforme ne me propose que des vidéos sur le féminisme… (mon téléphone a surement écouté nos discussions). À force de regarder des vidéos, je suis de plus en plus convaincue et je me pose de plus en plus de questions ! Bref, pourquoi les hommes seraient-ils supérieurs aux femmes ?

La manif

Plus tard, ma maman est allée à une manifestation féministe et j’y suis allée avec elle. Ce qui m’a fait sourire, durant cette manifestation, c’est qu’il y avait aussi des hommes. Je me suis rendu compte que certains d’entre eux étaient d’accord avec nous, que nous n’étions pas seules ! Il y avait des pancartes avec des slogans, des dessins. Exemple : un monsieur accompagné d’un sigle représentant une grosse somme d’argent, entouré de femmes enceintes. Je ne comprends pas encore tout, certaines choses me dépassent encore mais j’essaie d’en savoir plus.

La caricature

Un jour, à l’école, le prof de gym nous a dit : « Les filles, allez jouer dans la cour ! Les garçons, venez avec moi ! J’ai besoin de personnes fortes pour pousser du matériel lourd ». Pour le prof c’était clair : nous, les filles, nous étions des faibles. On s’est concertées et on a décidé de lui montrer qu’on était autant capables que les garçons, on a donc retroussé nos manches. J’aimerais continuer à faire des manifestations, être militante… On accouche, on a nos règles et on subit des douleurs tous les mois… et eux finalement ?

Inventer demain

Ce que je veux depuis mes 9 ans, c’est devenir carrément… avocate ! J’aimerais que les hommes et les femmes soient payé·e·s de la même manière, se partagent les tâches ménagères de la même manière, qu’on arrête les préjugés sur les femmes, sur le fait qu’on soit moins fortes. On dit que demain sera un monde meilleur mais je n’en suis pas sure… Il y a beaucoup de problèmes et j’aimerais agir. Ma maman a toujours été mon idole, quelqu’un que je voudrais être. Elle se bat toujours pour nous, elle nous soutient toujours. C’est une femme forte et le fait qu’on se rapproche me donne l’impression que je deviens comme elle.
En tant que jeune, j’ai manifesté contre le réchauffement climatique, contre la pollution. En fait, j’aime apprendre, j’aime comprendre, me remettre en question et avancer. Je ne suis pas encore totalement au point, par exemple je fais le ménage avec ma maman pendant que mon père est au travail. Le monde n’est pas encore parfait. Mais ce qui est sûr, c’est que je suis en chemin et qu’un jour, je deviendrai cette femme forte, féministe jusqu’au bout des ongles, et ce sera mon mari, ou mon père, qui passera la serpillère.

(1) En Belgique, pour un travail identique, un homme gagnera, en moyenne, 6,1% en plus qu’une femme.

Auteure : Aya, Ganshoren, 13 ans

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Nous sommes belges

Nous sommes belges

Anaïs a quinze ans, elle est blanche. Abraham, 3 de moins est son petit frère et il est noir. Elle a profité d’un atelier Scan-R pour nous offrir un texte à la fois poétique et humaniste

Avec son petit air malicieux et ses yeux brillants, Abraham, mon  frère,  fait craquer beaucoup de monde  Pourtant, des centaines et centaines de personnes ont encore peur de la différence. Tellement peur, qu’ils en viennent à haïr les personnes .

Il est mon frère.
Je suis sa soeur.
Une couleur de peau peut-elle nous enlever ce lien fraternel? Non, pas à nous.
Il a les cheveux frisés.
J’ai les cheveux lisses.
Et alors?

 Quand je parle avec les gens, j’entends beaucoup de remarques telles que «  mais c’est pas ton vrai frère alors? » ou « ben non, il a pas les mêmes parents que toi! ». Mais ça ne change rien. Un lien de fraternité, c’est plus qu’un nom sur une feuille ou les mêmes parents. C’est beaucoup plus. C’est un  « lien magique », une complicité, de l’entraide. mais des disputes aussi. Nous sommes frère et soeur et rien ni personne ne pourra nous enlever ce lien si particulier.

Tout le monde est pareil. Nous avons une bouche, deux oreilles et un nez. Une couleurs de peau ne devrait pas provoquer rixes et guerres. Les gens ont peur. Peur de la différence. Mais quelles dissemblances avons-nous? Une couleur. Une putain de couleur qui rend les hommes si détestables.

Mais réfléchissons…Quand nous avons chaud, nous devenons rouges, quand nous avons froid, nous devenons bleus; quand nous avons peur, nous devenons vert, quand nous serons morts, nous serons gris. Alors qui sont les hommes de couleur ? Les Chinois ? Les  Éthiopiens ? Les Brésiliens ? Nous ?

 

Auteure : AnaIs, 15 ans, Jalhay

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R à distance

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