Le silence sur les génocides

Le silence sur les génocides

Pour moi, s’informer sur les génocides est essentiel. En effet, beaucoup de médias ont commencé à évoquer certains génocides. Mais ils en parlent en minimisant la chose. Ils ne parlent jamais du vrai responsable, de la vraie cause et des conséquences de tout ça.

Par exemple, au Congo, oui, on sait qu’il y a un génocide. Mais les médias ne parlent pas assez de tout ce que les Rwandais font subir aux Congolais vivant à l’Est du Congo. Je ne pense pas que les journalistes n’en parlent pas juste parce qu’ils n’en ont pas envie !

Mais je pense plutôt que s’ils n’en parlent pas c’est parce qu’ils n’ont pas le droit d’en parler pour plusieurs raisons. Comme on le sait, en parler pourrait compromettre les relations économiques qu’il y a entre le Rwanda et l’Union européenne.

Auteure : Anaëlle, 17 ans, Bruxelles

CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT LORS D’UN ATELIER SCAN-R.

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Rhema future

Rhema future

Chère Rhema du futur,

A la date où j’écris cette lettre (c’est-à-dire le 10/02/25), il se passe une situation terrible à l’Est du Congo avec un génocide qui dure depuis 30 ans. Cette horreur est due à cause du Rwanda soutenu par l’Occident. Tout ça pour nos ressources précieuses.

J’espère qu’au moment où tu lis cette lettre, la guerre a pris fin et que tous les oppresseurs ont payé pour ce qu’ils ont faits. Quant à toi, j’espère que tu as atteint tous tes objectifs, que tu es devenue la femme que tu as toujours rêvé d’être, et surtout, j’espère que tu as un jet privé. En tout cas, je suis fière de toi. Après avoir lu cette lettre, continue et ne perds jamais courage.

Auteure : Rhema, 17 ans, Bruxelles

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Bonjour, Mbote

Bonjour, Mbote

Depuis ma plus tendre enfance, j’ai été confrontée à deux cultures différentes, la belge et la congolaise.

Le plus compliqué pour moi est le fait que je sois née belge mais qu’on s’attende à ce que j’agisse comme une Congolaise.

Mon père m’a toujours dit que j’étais belge, ce qui me privait de revendiquer mon autre côté. Quoi que je fasse, j’étais toujours belle à ses yeux. L’apprentissage du lingala m’est venu naturellement au fil des années mais avec les moqueries de mes tantes, j’ai eu honte de continuer, car mon accent me trahissait. La plupart des étudiants apprennent l’histoire de la colonisation belge à l’école, moi, je l’ai apprise à la maison. Ma visite à l’AfricaMuseum m’a fait questionner concernant les motivations de mes parents, en ayant choisi ce pays comme refuge. Pourquoi ici ? Un pays si compliqué avec un passé sensible mais bon, il y a aussi des bons côtés.

Les saints Nicolas passées tant bien à l’école qu’à la maison, les conversations en frangala où je demandais les traductions de certaines expressions n’existant pas en français, l’excellente nourriture congolaise qui réchauffe mon cœur.

Tout se complique pour moi maintenant, car en tant que jeune adulte, il y a certaines traditions que je laisserai à l’ancienne génération. Par exemple, la dot est symbole de richesse pour les uns et symbole de misogynie pour les autres. Pour moi, c’est juste une célébration avant le mariage qui relie les époux à leur culture. L’amour ne devrait pas venir avec un prix. Le fait que les femmes doivent êtres calmes et obéir à la patriarchie. L’expression « Kanga Motema » en est une triste illustration. Littéralement « Fermer son cœur », c’est-à-dire, garder pour soi toutes les injustices qu’une femme peut subir, parce qu’elle n’a pas son mot à dire.

Vous me diriez là : « Chloé, ton côté belge ressort ». Et oui, figurez-vous que je vais en profiter. Ce n’est pas parce qu’il y a des mauvais côtés dans les deux cultures que je vais les rejeter.

Mon rêve est qu’un de ces jours, je puisse fouler la terre où mes parents sont nés, pouvoir m’immerger dans cette culture, ce mythe et profiter à fond de la vie. Je veux continuer à vivre en tant que congolaise par la danse, la mode, la nourriture et la culture mais je remercie la Belgique d’avoir accueilli mes parents, m’offrant la sécurité et autre partie de moi-même à découvrir.

 A écouter aussi en podcast ici

Auteure : Chloé, 19 ans, Liège

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Quelle est la différence entre vivre en Belgique et vivre au Congo ?

Quelle est la différence entre vivre en Belgique et vivre au Congo ?

Je m’appelle Dada, j’ai 39 ans. Je suis d’origine congolaise. Je vis en Belgique depuis 2017. Je suis une maman de 5 enfants. J’aime la Belgique pour sa sécurité, l’ordre, la discipline, son bon sens de l’organisation. Je m’y plais vraiment.

Je me rappelle de mon adolescence. A l’âge de 11 ans, j’étais une enfant courageuse, forte d’esprit, ambitieuse. Je pensais toujours à assister les autres. J’ai toujours été près de ma mère pour lui apporter du secours à chaque fois qu’elle avait besoin de moi.

Vivre en Belgique

Vivre en Belgique, c’est vivre la sécurité physique, financière, économique. Quant à l’éducation scolaire, elle est rigoureuse, respecte une certaine discipline. Il y a un suivi. Il n’y a pas de corruption. Vivre en Belgique, c’est vivre dans l’ordre.

Vivre au Congo

Au Congo, il y a l’insécurité, la guerre, un manque de sécurité financière, la corruption, la dictature. L’éducation est par terre, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de bonne éducation.
Congolais, soutenons-nous main dans la main pour changer et sauver l’avenir de notre pays. A tous les ennemis du Congo : arrêtez de détruire le pays. Il va retrouver la paix, sa restauration. Le Congo est la source de vie de plusieurs pays, alors, sauvons le Congo.

*ndlr : Parfois, Scan-R partage la parole des personnes ayant plus de 30 ans. Elles écrivent au sein d’institutions en lutte contre la précarité.

Auteure : Dada, 39 ans, Liège

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Traces dans le sable

Traces dans le sable

Imaginez que vous marchez sur une plage de sable fin, comme on en trouve à Ostende. Vous marchez et, en vous retournant, vous vous apercevez qu’un seul de vos pieds – disons le gauche – laisse une empreinte. De l’autre, pas de trace. Évidemment, puisqu’il est là, solidement articulé au bout de votre jambe, tout porte à croire qu’il a dû, qu’il aurait dû, lui aussi, imprimer dans le sable sa marque, alternée avec celle de son controlatéral. Et pourtant, rien. La trace continue d’un pied, d’un seul pied, comme si la mer avait mangé l’autre, comme si le droit n’avait jamais existé.
La situation semble incongrue et mentalement inconfortable, n’est-ce pas ?
Elle est pourtant l’image de ce que peut encore ressentir aujourd’hui un jeune Belge comme moi, issu de la dé٠colonisation, descendant de colons et de colonisés.
J’ai toujours vécu à l’ombre de cet arbre généalogique manchot, à la branche sciée, sans me poser de questions, sans me demander pourquoi tout le monde était blanc sauf mon papa.
Bien sûr, on m’avait raconté l’histoire : 1950, l’après-guerre, la faillite du commerce familial, l’école coloniale et le départ pour le Congo, les aventures toutes véridiques mais néanmoins incroyables comme un album de Tintin, la plantation, l’indépendance, la guerre, la fuite par le lac, le retour à Liège avec un fils : mon futur père. Cette histoire, mon papy me l’a racontée et, j’ai tout cru, tout gobé sans me poser de questions, puis en m’en posant : qui était ma grand-mère ? Pourquoi elle n’est pas venue avec toi ? Pourquoi vous ne vous êtes pas mariés ? Je ne les posais pas tout haut, parce que je savais déjà que c’était compliqué, que personne ne voulait vraiment savoir, que personne ne voudrait vraiment répondre. Parce que ce n’était qu’une petite histoire de famille sans importance. Parce que c’était mon grand-père, qu’il nous aimait et qu’il ne pouvait pas être le méchant.

À l’école, j’aurais voulu trouver moins de pudeur, j’aurais voulu qu’on me raconte cette histoire sans détour, avec plus de détachement, sans voile. J’aurais voulu avoir des professeurs que les liens du sang n’empêchent pas de répondre aux questions gênantes. Mais là encore, je n’ai retrouvé que la mythologie à peine actualisée d’une Afrique sortie du néant le jour de la Conférence de Berlin, d’une colonisation certes débattue, parfois contestée mais entre parlementaires, à Bruxelles et toujours vue exclusivement d’Europe. Jamais un mot sur ce qu’en ont vu, vécu, souffert les colonisés. Jamais un mot ni sur les royaumes Bantous, ni sur les esclavagistes ni sur rien de ce qui a pu se passer dans cette terra incognita. Pourtant, tout ce travail de critique, qu’on a fait en classe pour l’Amérique du Sud, qu’est-ce qui nous empêche de la faire pour le Congo ? Est-ce un manque de distance qui nous fait rejouer chaque année le jeu de la poutre et de la paille ? Est-ce qu’il faut attendre le décès de toutes les générations d’avant 1960 pour regarder dans le rétro ?

Aujourd’hui, je me pose encore les questions, et je n’ai pas plus de réponses, mais je suis sûr, désormais, que je ne suis pas le seul à me les poser ;
sûr que mon histoire n’est qu’une des variations infinies de la même Histoire de la colonisation ;
sûr que ce n’est qu’un fil parmi les milliers qui forment cette grande tapisserie ;
sûr que mon arbre généalogique élagué en cache une forêt.
C’est pourquoi je voudrais que la Belgique d’aujourd’hui et ses institutions abandonnent cette vieille fable d’une colonisation toute bienveillante et bénéfique, à ne pas rester sourde et aveugle à la juste colère exprimée contre l’injustice brutale faite à tout un continent et à rechercher, et à reconnaître, et à enseigner honnêtement la vérité de cette époque qu’on ne veut pas voir.

Auteur : Laurent, 32 ans, Liège

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