Voir le positif alors que le monde va mal

Voir le positif alors que le monde va mal

Le coronavirus, prend de la place, de plus en plus de place et ça fait réfléchir.  Les mesures qui sont prises vont vers un confinement de plus en plus strict. Voici les idées et les inquiétudes de Delphine, 20 ans.

Le contact avec l’extérieur devient difficile, mon contact familial s’arrête à mes proches.  Mon compagnon étant chauffeur de bus au TEC, a de gros horaires et l’équipe se réduit, il y a  beaucoup de « malades ». Mon papa, travaillant dans la restauration, est actuellement en chômage économique(1), comme beaucoup d’autres travailleurs (2).  

La question que je pose est la suivante « Comment la société va-t-elle tenir le coup avec un monde économique qui s’arrête ? ».  Les aides sociales sont dans une impasse, les personnes en difficultés sont livrées à elles-mêmes et les associations ne peuvent plus répondent correctement à leurs missions.  Les personnes âgées s’isolent, la solitude se fait sentir, les contacts avec l’extérieur sont compliqués. Mon frère aîné étant malade, nous ne le voyons plus. La vie s’arrête, ce sentiment bizarre, tout est fermé, mais … tout le monde sort.  

Je n’ai jamais vu autant de gens se promener et profiter de la nature qu’en ce moment. Les relations sociales sont coupées et nous évitons, le plus possible, de bouger. Ce confinement nous fait prendre conscience des nombreuses activités que l’on peut avoir sur une semaine dans notre vie actuelle, je remarque que mon agenda surbooké devient vide et que mes activités de loisirs prennaient une place très importante.  

Etudiante en dernière année, je ressens une certaine impuissance face à l’avenir.  Tout était clair dans ma tête et tout devient flou, si flou. Les cours sont suspendus, mais pas les travaux. Je profite pour travailler mais ce n’est pas évident, la question du TFE devient préoccupante, les bibliothèques sont fermées et cela provoque une difficulté supplémentaire. Pour le moment, j’en profite pour faire des choses que je devais faire depuis longtemps et que j’ai reportées, car la vie habituelle est chargée d’imprévus.

Aujourd’hui, des imprévus, je n’en ai plus. Nous devons apprendre à vivre avec notre entourage, nous vivons au jour le jour, nous redécouvrons les bienfaits du contact familial. Prendre plaisir avec ses proches, voir le positif alors que le monde va mal, ce n’est que la seule chose à faire. La technologie actuelle fait en sorte que nous ne nous sentons pas si seuls, même s’il est difficile de ne plus voir les personnes qui nous entourent, le contact reste présent. Nous devons être responsables de nos actes, mais également pour autrui, protégeons-nous pour mieux protéger les autres, voilà comment je conclurais. Prenez soin de vous !

(1) Le chômage économique – plus souvent appelé chômage temporaire – est un revenu que reçoivent les personnes lorsque la possibilité de travailler est réduite ou suspendue ce qui est précisément le cas pour le moment. Ce revenu est – le plus souvent – plus faible que le revenu normal. Il n’est pas versé par l’entreprise du travailleur mais par l’Etat. 

(2) Au soir du samedi 28 mars 2020, on serait autour d’un million de personnes placées en chômage temporaire en Belgique. 

 

Auteure : Delphine, Buzet, 20 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R à distance.

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Lire, lire, lire

Lire, lire, lire

J’adore la lecture à tel point que je me suis fait tatouer un hommage à la lecture sur le dos : la plume d’un écrivain entourée de 2 roses, une fermée, l’autre ouverte. Le tout parsemé d’épines rugueuses et piquantes, de feuilles plus douces et accueillantes. Quelques taches d’encre ponctuent le tout. J’accorde beaucoup d’importance et tout une symbolique à ce dessin d’artiste sur ma peau. Il me rappellera, à jamais, et au delà de ma mort, à quel point la lecture et l’écriture sont deux choses fondamentales pour moi, qui font de moi celui que je suis devenu. Comment en suis-je  arrivé-là ? Laissez-moi vous conter mon histoire.

 Je veux lire

 Je me vois encore pleurer, alors que, âgé de 5 ans, je n’arrivais pas à lire mon histoire tout seul, avant d’aller au lit. C’est à ce moment précis que, ma mère, a pris la décision de m’apprendre à lire avant mon entrée à l’école primaire. J’adore lire. Je pourrais dire que je maîtrise l’art de la lecture. J’irais même jusqu’à me qualifier d’expert si j’étais devenu critique littéraire. 

Ma vie serait totalement différente si je n’avais pas appris à lire si tôt. Peut-être que ma maîtrise de néerlandais serait tout autre. J’ai habité quelques années à Ostende. Ressortissant Wallon, j’ai été forcé de suivre un cours spécifique pour améliorer ma compréhension du néerlandais. L’ennui frappa bien vite à ma porte. Je l’accueillis avec joie, cela signifiait que j’allais me plonger dans un livre. Jusqu’au jour où, la dame qui s’occupait de ce cours particulier m’a proposé un livre dans la langue de Vondel (1). Intéressante cette idée mais avec tout ça, je n’ai pas progressé dans ma connaissance du vocabulaire. Je me suis rendu à la bibliothèque pour sélectionner des livres pour les enfants de 7, 8 ans… Et c’était d’un profond ennui. À 10 ans, devoir lire des histoire enfantines alors que je voyageais dans les univers de Tolkien (2) et de Nothomb (3)… Tout cela a fait que ma maîtrise du néerlandais est restée au point mort. 

D’autres facteurs sont à prendre en compte : mon goût prononcé pour les nuances de la langue française ou un choix de lecture pas toujours, pas souvent, en lien avec mon âge. Si je devais modifier quelque chose dans ma vie, ce serait l’apprentissage de la lecture en même temps que l’apprentissage d’autres langues.


De la lecture à l’écriture
 

Quoiqu’il en soit, bien des années plus tard, j’ai commencé à écrire à gauche à droite des vers, de la prose, … Le tout inspiré par des auteurs et des artistes de toutes les sortes. La poésie est devenue un exutoire (4) à tous mes problèmes d’adolescent et de futur adulte. Rat de bibliothèque, complètement isolé et coupé du monde dès qu’il ouvre un livre, j’étais pourtant sociable et ouvert aux rencontres… Disons que mon cercle d’amis était instable et les amis proches assez peu nombreux. J’ai quand même fini par écrire des poèmes avec un ami qui avait les mêmes centres d’intérêts, les mêmes sources d’inspiration que moi.

C’est à cette époque que je me suis dit qu’il fallait que je rende hommage à tous ces poètes qui m’ont inspiré au cours de ma vie. En rhéto, j’ai donc décidé de baser mon TFE sur les poètes du XIXème siècle et plus particulièrement les Romantiques (5) et les Symbolistes (6) comme Baudelaire (7) et William Butler Yeats (8)… Dont j’ai retrouvé le style mélancolique dans les textes de Saez (9), un chanteur actuel que je qualifie, sans aucun doute, de romantique.

Le temps passant, j’ai suivi des études où j’ai pu exercer, très ponctuellement, mon style d’écriture. Une fois diplômé, j’ai très vite trouvé un travail et perdu, en même temps, du temps pour lire. Le temps est un facteur non négligeable dans la lecture. On en dispose en grande quantité à l’adolescence, après, ça se complique.

 

Le pouvoir des pages

Je ne viens pas, en tant que jeune qui souhaite partager son histoire mais en temps que jeune adulte qui veut transmettre un message à la nouvelle génération : ne sous-estimez pas la force et la puissance des livres. La lecture à cette puissance de pouvoir vous transporter dans un univers immense et riche où tout est possible. La lecture enrichit le vocabulaire et aiguise le sens critique, développe les capacités d’analyse. Choses qui me sont précieuses et utilisées au quotidien. Choses qui se perdent, jusqu’à disparaître, chez de nombreux jeunes et qui, pourtant, sont plus que bienvenues dans certaines situations.

Quoi de mieux qu’écrire une lettre d’amour avec son coeur plutôt qu’un sms avec ses doigts ? Quoi de mieux que de réfléchir au sens d’un texte pour se positionner et forger son propre avis parce que nous sommes bouleversés par ce que nous avons lu plutôt que d’écouter des paroles sans fondement et sans engagement ?

Je souhaite que le monde entier ait accès à la lecture ! Mon coeur saigne lorsque j’apprends que, quelque part dans le monde, des gens avides de pouvoir brûlent des livres par bibliothèques entières (10). Honte aux intolérants, honte à ceux qui enfreignent l’accessibilité à la lecture, à la culture, trace du passage en ce monde de tout ce que l’humanité a pu faire de mal mais surtout de bien, de très bien.

 

(1) En Belgique francophone, on utilise l’expression langue de Vondel pour parler du néerlandais. Joost van den Vondel, (1587-1679) écrivain, poète et dramaturge, il est à la plume ce que son contemporain Rembrandt est au pinceau, un maître absolu.

(2) John Ronald Reuel Tolkien, (1892-1973) cet anglais n’a pas été qu’expert en langue et professeur d’université. Il est l’auteur du Seigneur des Anneaux et du Hobbit.

(3) Amélie Nothomb (1966), est la plus reconnue des auteur-es belges. À ce jour, elle a publié une trentaine de romans parfois autobiographiques. Voir son site

(4) Exutoire : ce qui permet de se débarrasser de ce qui gêne, de sa colère.

(5) Le Romantisme est un mouvement artistique de la fin du XVIII siècle. Il est caractérisé par l’expression souvent mélancolique de ses sentiments. Avec le Romantisme, ces sentiments prennent le pas sur la raison.

(6) Le Symbolisme est un mouvement artistique de la fin du XIXème siècle. L’idée de base est qu’on ne peut pas réduire ce qu’on voit à la raison. Que derrière les mots, derrières les choses, il y a encore des histoires peut-être supérieures à ce que je peux percevoir.

(7) Charles Baudelaire, (1821-1867) l’oeuvre la plus importante de ce poète français s’appelle Les Fleurs du mal, elle a révolutionné la poésie.

(8) William Butler Yeats, (1865-1939) est un poète et dramaturge irlandais. Il recevra le prix Nobel de Littérature en 1923. Pour le comité Nobel qui lui offre ce prix : “Sa poésie toujours inspirée, dont la forme hautement artistique exprime l’esprit d’une nation entière.

(9) Damien Saez, (1977) a des identités multiples. Son univers est à la fois politique, révolutionnaire et blasé. Il est présenté comme influencé par Jacques Brel, Serge Gainsbourg, Noir Désir, Léo Ferré, Barbara. Un lien pour se faire une idée…

(10) Le fait de brûler un livre s’appelle un autodafé. À l’origine l’expression est latine et signifie Acte de Foi, aujourd’hui, elle désigne l’action de détruire par le feu. Au cours de l’Histoire ancienne ou récente, il y a eu plusieurs autodafés. Lorsque les colons espagnols arrivent au Mexique au 16ème siècle, ils brûlent les manuscrits des civilisations qui, jusque-là, habitaient ces territoires. Lorsque Hitler arrive au pouvoir en Allemagne et en 1933, les livres qui contredisent sa vision du monde sont brûlés. En 2015, à Mossoul, 2000 livres sont brûlés par l’État Islamique brûle à Mossoul. Dernier exemple, et ils ne manquent pas, le 31 mars 2019, des prêtres polonais brûlent au beau milieu de la rue d’Harry Potter et de Twilight. Ils étaient sacrilèges !

Auteur : Lyam, Namur, 22 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R

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Sans papier, sans droit, sans dignité

Sans papier, sans droit, sans dignité

Un jour en me baladant à Louvain-la-Neuve, je rencontre T. Ressortissant tunisien, il me demande une information : il vient d’arriver en Belgique. S’en suit une discussion sur nos vies, la sienne, la mienne. “De toute façon, je n’existe pas, je n’existe plus aux yeux des personnes.” Il m’explique alors son parcours, les craintes, les difficultés qui découlent de son absence de papiers. Je comprends alors qu’un sans papier n’est plus une personne, plus vraiment. Le sans-papier est un humain qui a, souvent, tout perdu ou tout sacrifier dans l’espoir d’une vie meilleure mais c’est surtout quelqu’un à qui on retire quelque chose d’essentiel, une partie de son identité.


Une absence totale de statut.

 


Pour clarifier mon propos il convient, dans un premier temps, de préciser ce qu’est un sans-papier. Il s’agit d’une personne qui n’a pas, ou plus, de titre de séjour lui permettant de résider en Belgique. Le fait d’être sans-papier constitue, en tant que tel, un délit au vu du droit belge. L’article 75 de loi sur les étrangers de 1980(1), on parle de séjour illégal. Ces termes sont inacceptables dans un état respectant les droits fondamentaux, une personne ne peut être considérée comme illégale en soi.

Ce vocabulaire renvoie à un imaginaire criminel et pousse à l’amalgame. Cette criminalisation systématique et insidieux soulève des questions. Est-il acceptable de nier l’existence juridique et administrative de quelqu’un ? De traiter cette personne comme un criminel alors que son seul tort est de ne pas pouvoir accéder à un statut, celui de réfugié ?

Le terme de sans-papier est presque un oxymore (2). C’est une étiquette qu’on colle à quelqu’un, qui va définir sa place dans la société. On vous retire vos droits jusqu’au plus élémentaire, celui d’avoir des droits. En outre, les sans-papiers sont tous qualifiés de la même façon alors qu’ils représentent une mosaïque d’histoires et de parcours distincts les uns des autres, les unes des uns. Quand on est tous pareils, la richesse de leur différence n’existe plus. On estime qu’il y a en Belgique, aujourd’hui, entre 100 000 et 150 000 (3) humains inexistants d’un point de vue juridique. On tourne autour d’1% de citoyens fantômes. Alors est-il réellement légitime de refuser des droits à certains dans l’optique d’un meilleur contrôle sur les agissements d’autres personnes ? J’espère que non. En fait non, je prie même pour que ce ne soit pas le cas. Dans le cas inverse, notre justice n’aurait vraiment pas de sens… Ne pas reconnaître le droit de tous à exister représente une injustice absolue.

Une volonté politique.


Commençons par quelques chiffres. Il convient de rappeler que 84% des réfugiés sont accueillis dans des pays en voie de développement ce qui constitue en soi une injustice? Selon les chiffres d’Amnesty International, le top 10 des pays accueillant le plus de réfugiés est la Turquie, la Jordanie, le Liban, le Pakistan, l’Ouganda, l’Ethiopie, le Soudan, la République Démocratique du Congo et l’Allemagne. On peut constater assez facilement, par ce classement, que l’UE est loin d’être envahie. De ce fait, il conviendrait davantage de parler de crise de l’accueil que de crise migratoire en Europe.
 
Dans le discours politique actuel, l’argumentaire sur la question migratoire s’axe surtout une logique conséquentialiste : “Que se passera-t-il si on accueille plus ? On ne peut pas accueillir toute la misère du monde quand même,…” Régulariser les sans-papiers et mettre en place des procédures simplifiées et comportant moins de risque serait compliqué et risqué.

Le risque serait de créer un “appel d’air”, un genre de signal d’encouragement pour “les autres”. Malgré de nombreuses études sérieuses à ce sujet (4), cet argument est tenace dans l’imaginaire collectif. On veut bien d’une immigration choisie mais surtout pas d’une d’une immigration subie. Mais qu’en est-il de ceux qui fuient ? Ont-ils choisi de migrer ou subissent-ils des contraintes qui les poussent à fuir leur pays ? Il est temps de se poser la question. Au moins pour respecter les droits fondamentaux de ceux qui en ont le moins.

Dans Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt (5) analysait notamment le concept du droit d’avoir des droits. Elle analysait dans le contexte de la seconde guerre mondiale. Les constats d’enseignements qu’on peut tirer de ce livre peuvent étrangement s’appliquer aux sans-papiers. Le sans-papier, c’est presque Jean-Baptiste Clamence (6) dans La Chute coupable de tout jusqu’à sa propre existence. Être sans-papier, c’est être coupable de fuir. Si on écoute le discours politique actuel et qu’on relève tous les problèmes et complications inhérentes à la procédure de régularisation, on peut se demander si une volonté politique existe. Les procédures de régularisation peuvent durer des années entières comment ne pas y voir une volonté de décourager ? 

Être sans papier, c’est être sans dignité, sans avenir, sans présent. Être sans-papier c’est avant tout être sans. Combien de fantômes ? 100 000 ou 150 000 ? C’est beaucoup et un seul, c’est déjà de trop. Je refuse de me laisser hanter par une politique migratoire inhumaine et j’espère ne pas être le seul.

(1) “Art. 75. Sous réserve de l’article 79, l’étranger qui entre ou séjourne illégalement dans le Royaume est puni d’un emprisonnement de huit jours à trois mois et d’une amende de vingt-six francs à deux cents francs ou d’une de ces peines seulement. Est puni des mêmes peines l’étranger à qui il a été enjoint de quitter des lieux déterminés, d’en demeurer éloigné ou de résider en un lieu déterminé et qui se soustrait à cette obligation sans motif valable. En cas de récidive dans le délai de trois ans d’une des infractions prévues aux alinéas 1 et 2, ces peines sont portées à un emprisonnement d’un mois à un an et à une amende de cent francs à mille francs ou à une de ces peines seulement.”

(2) Un oxymore est une figure de style… D’autres exemples : une guerre tranquille, la jeune vieillesse, jouons sérieusement,… 

(3) Voir cet article de l’organisation caritative catholique Caritas International pour en savoir plus.

(4) Avant de devenir président du parti Défi, François De Smet était le directeur de Myria, Centre Fédéral Migration. Il s’exprime sur le trou d’air dans un article publié sur le site de l’organisation. 

(5) Hannah Arendt est née Allemande en 1906 et morte Américaine en 1975. Juive, elle fuit le nazisme en 1933. Après avoir habité en France et au Portugal, elle rejoint les États-Unis en 1941. En 1951, elle donne des conférences dans différentes universités. Philosophe, elle travaille sur les réalités de son époque. En 1951 toujours, elle publie Les Origines du totalitarisme. Dans cet ouvrage, elle place un même niveau le stalinisme et le nazisme et fonde le concept de totalitarisme. Selon elle, un système totalitaire, c’est une dynamique pour anéantir réalité et structures sociales. Pour elle, c’est un mouvement « international dans son organisation, universel dans sa visée idéologique, planétaire dans ses aspirations politiques ». Pour en savoir plus sur cet extraordinaire personne, découvrez la sélection de France Culture. Pour lire quelques passages de ce livre, cliquez sur ce lien.

(6) Jean-Baptiste Clamence est le personnage principal du livre, La Chute publié par Albert Camus (1913-1960, Français, Prix Nobel de littérature). Dans La Chute, Jean-Baptiste Clamence, ancien avocat parisien parle de sa vie et de ses bouleversements. Pendant quelques années, il a été un brillant et grand séducteur et il s’aime beaucoup… Tout allait bien jusqu’au moment où il n’apporte aucune aide à une jeune femme sur le point de se noyer. C’est le début de la chute. Il se rend tout doucement compte de ses erreurs passées, il se rend compte qu’il a été une belle ordure et il est dégoûté de lui-même. Voici une version du livre pour smartphone ou tablette.

 

Auteur : Mounji, Louvain-la-neuve, 22 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R. 

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Wema, 14 ans, vient du Congo. Elisabeth, 13 ans, vient d’Ouganda. Elles sont des MENA, des mineures étrangères non accompagnées. Avec 85 autres filles, femmes et jeunes garçons, elles habitent dans un Centre d’accueil pour demandeuses d’asile à Bruxelles. Une constance dans leur témoignage : l’absolue importance de la famille, celle qu’on a laissé aux pays, celle qu’on rêve. Elles confient leurs espoirs, doutes et envies. 

Wema 

Moi, dans 20 ans, je serai une grande et célèbre designeuse, réputée pour mon travail. J’aurai même ma propre marque qui s’appellera “W, un w majuscule sans rien de plus… Toutes mes réalisations, tous mes travaux seront griffés de cette marque. Mon métier me permettra de gagner de l’argent et quand j’en aurai assez pour vivre correctement de mon côté, j’aiderai les autres, les ami·es, la famille, les voisin·es. J’ai toujours aimé aider les gens et souvent, je me dis que si j’avais la possibilité de le faire, je le ferais.

Dans 20 ans, j’aurai aussi ma propre famille, mes enfants… Je ne sais pas encore combien mais j’en veux. Je veux aussi avoir une maison, dans laquelle il y a beaucoup de places, avec un vrai jardin tout vert. Je voudrais encore un chien et un poulailler, j’adore m’occuper des animaux, de tous les animaux.

Dans 20 ans, j’aurai déjà découvert le Japon dans les traditions et la cuisine qui me font tant rêver. Je serai devenue experte de Kung-Fu et la beauté de mes gestes sera apprécié par tout le monde. 

Enfin, dans 20 ans, je serai une conductrice aguerrie, j’aurai ma propre voiture et je pourrai aller où je veux avec mes amies, ma famille. On ira un peu partout en Belgique parce que oui, dans 20 ans, je serai en Belgique. 

Elisabeth

Dans la vie, je n’ai pas peur de ce que les autres personnes craignent… Pour moi, la rentrée, c’est un jeu d’enfant. Je n’ai jamais eu peur et je me fais des amies très vite. J’adore les études et cela rend les choses plus faciles. Après toute mes études, je veux commencer à travailler et me marier avec une personne bien. Je voudrais aussi avoir trois enfants et vivre dans une petite maison à la campagne et même une ferme. Je veux deux chiens et des poules, et des vaches, des chevaux. Ce que je voudrais c’est travailler et ne pas être une femme au foyer. 

Pendant les vacances, avec toute ma famille, on ira à la piscine, à la mer. Je ne veux pas divorcer. Je veux que mes enfants soient avec mon mari et moi et ce que je voudrais enfant, c’est que mes parents vivent près de moi tout le temps …

Auteures : WEMA, 14 ans, ELisabeth, 13 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R Dans un centre d’accueil pour Demandeurs

d’asile.

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Lors d’un atelier organisé dans un service d’accrochage scolaire (SAS (1)) à Seraing, Mathieu (15 ans) et Rayan (14 ans), ont expliqué les petites et grandes choses qu’ils aimaient, minuscules ou pétaradantes petites taches de soleil qui réchauffent sans jamais brûler la peau.

Mathieu et les gens 

J’ai appris la mécanique grâce à mon père qui est aussi fou de motos. Depuis tout petit, j’aime la moto, ma première moto, je l’ai eue à mes 5 ans je crois puis après, j’en ai eu plusieurs. J’ai toujours bien aimé rouler, être libre … Quand tu roules, tu peux grimper sur les hauteurs et puis découvrir le paysage. Cette sensation d’être libre est géniale. La moto, c’est de père en fils depuis un moment. Ce que j’adore quand je roule en moto, c’est d’écouter de la musique qui apaise, regarder le paysage, regarder les oiseaux, les rayons du soleil qui tapent sur la visière de mon casque, le bruit du moteur qui fait vibrer tout mon corps.

MATHIEU ET LES CHOSES

Dans les gens qui comptent pour moi, il y a mon très bon pote Anthony. Dès que tu as un problème, il est là pour toi. Avec lui, je peux avoir des fous-rires et tout, on s’amuse toujours bien. Un autre avec qui je m’amuse, c’est Sarah, ma cousine. Elle, je l’adore, on fait plein de choses, on mange, on monte à cheval… J’adore passer du temps avec elle. Avec elle aussi, on rit pour rien et tout le temps ! Un jour, je lui apprendrait à rouler à moto et on aura un truc en plus pour s’amuser. Il y a Sarah, Anthony et puis il y a ma copine. Passer du temps avec elle, sa joie, sa bonne humeur, sa façon de parler, j’adore… J’adore tout chez elle-même si de temps en temps, on s’embrouille, je l’aime. Je serais prêt à tout pour elle, pour qu’elle soit heureuse et qu’elle n’ait pas de problème.

RAYAN, la play  ET L’école 

Le travail scolaire, c’est pas mon fort… Alors, je préfère jouer que de travailler. Jouer à la play, ça m’occupe et ça m’amuse, travailler, ça me rend fou. Je supporte pas, je perds mon temps. Par contre, j’aime le travail manuel, la soudure, la peinture et la menuiserie. C’est comme quand je vais dehors, je m’assois sur un banc et je joue sur mon téléphone, sur des applis. J’aime aussi me retrouver dehors avec des amis et parler de nos journées. Mon objectif, c’est de retourner à l’école, l’école c’est mieux, je dois être respectueux.

(1) Le Service d’Accrochage Scolaire (SAS) apporte une aide sociale, scolaire, éducative aux jeunes de 6 à 18 ans qui ne fréquentent plus l’école mais qui souhaitent y retourner. Il tente, à travers cours et activités, de ramener filles et garçons sur les bancs. À l’inverse de ce qui est fait dans une classe normale, le projet de chacune et chacun est individualisé. Il y a une quinzaine de SAS à Bruxelles et en Wallonie.

AuteurS : mATHIEU – 15 ans, RAYAN – 14 ANS

Ces articles ont été produits lors d’un atelier Scan-R au SAS DE SERAING. 

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