Parfois, on entend une petite voix, parfois on a des amis (ou des ennemis imaginaires). La petite voix, l’ennemi – peu imaginaire – de Maya est une minuscule boule garnie de brocolis carmins. Elle lui a envoyé ce petit mot qu’aujourd’hui, elle partage.  

Ca va ? Je pense que je connais la réponse… Tu as l’air de plutôt bien te porter. J’avais envie de te parler, Corona, j’avais envie de te connaître, de te comprendre. J’ai réfléchi. J’ai essayé de trouver pourquoi, Corona. Pourquoi tu es devenu comme ça. Et je me suis dit que c’est peut-être parce que tu étais tout petit. Parce que tu étais minuscule. Tu devais être transparent, pauvre petit Corona. On aurait même commencé à t’appeler virus. Ce n’est pas gentil, hein ? Pourtant toi tu n’étais peut-être pas si méchant à la base. Mais tu devais en avoir marre d’être petit, d’être moche. Tu devais en avoir marre qu’on ne fasse pas attention à toi. Je comprends Corona, ça n’a pas dû être facile. Du coup, tu t’es dit je vais devenir tout grand. Plus grand que Maman la grippe. Plus connu. Tu voulais qu’on parle de toi partout, Corona.  

Bingo ! 

Corona, tu as réussi. Tu es célèbre maintenant. Tu peux être fier de toi ! Mais il y a un truc qui te chagrine encore, il me semble. Tu en as marre d’être considéré comme le méchant. Tu ne voulais pourtant pas faire de mal, tu voulais juste être connu. Tu n’es pas n’importe quel virus Corona, tu es un virus de principe ! Tu as des valeurs ! Alors qu’on arrête de te prendre pour un monstre. C’est ça que tu te dis, hein Corona ? Tu veux qu’on te dise merci. Tu veux qu’on se rende compte que grâce à toi on peut enfin prendre le temps. On peut arrêter de courir partout. On peut se poser. Réfléchir. Profiter. Se relaxer. Et c’est grâce à toi. Et toi, Corona, tu es un combattant ! Tu as voulu diminuer la pollution ! Quel homme, Corona ! Tu as voulu nous conscientiser. Tu voulais qu’on comprenne ce qui compte vraiment. Qu’on découvre quelle personne nous manque. Grâce à toi, on se rend compte de plein de choses. De toutes ces choses dont on se plaint mais qui nous manquent à présent. C’est grâce à toi qu’on applaudit enfin ce personnel soignant qui se bat toute l’année pour nous mais qu’on ne remercie jamais. Tu es l’ami des médecins, en fait. On devrait t’appeler Corona le justicier ! Corona, le virus qui s’engage ! Alors oui, c’est dur Corona, c’est dur parce que les gens ils ne te disent pas merci. Les gens ils sont ingrats. Alors moi, Corona, je te dis merci. 

Ça froisse

 Il y a quelque chose qui me dérange. Quelque chose que je n’arrive pas à comprendre. Je voulais te demander, Corona. Pourquoi tu prends des vies ? Pourquoi tu t’attaques surtout à Papy et Mamy ? Pourquoi tu t’attaques surtout aux faibles, à ceux qui sont déjà malades ? N’étais tu pas toi même, un petit, un faible ? C’est parce que tu n’as pas assez de corones, Corona, c’est ça ? Alors tu t’es dit, vu que tu n’as pas beaucoup de forces, tu allais tuer ceux qui n’arriveront pas à te résister. Et ça, Corona, c’est vraiment petit. Et ça n’a rien avoir avec ta taille. Ça, Corona, c’est ce qui fait de toi un être tout petit. Minuscule.

Merci ?

Alors Corona, je voudrais finir par te redire merci. Merci pour nous avoir fait prendre conscience de plein de choses. Merci pour avoir, enfin, soudé ce monde. Mais c’est ce qui causera ta perte Corona. Parce que maintenant on est ensemble, on forme une équipe. Maintenant on va se venger pour toutes les vies que tu as prises. On en finira avec toi, Corona. On te tuera, Corona. On t’exterminera, Corona. On te ridiculisera, Corona. On te détruira, Corona. Alors, Corona, ça va ? C’est quand que tu t’en vas ?  

Auteure : Maya, 17 ans, Bruxelles

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R à distance.

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