A un fil du bonheur

A un fil du bonheur

Il était une fois un monde peut-être pas si lointain de celui où on vit. Un monde où, pour fonctionner, chaque homme suivait une récompense. Certains pourchassaient des liasses de billets, tandis que d’autres pourchassaient inlassablement leur dose. Les enfants non plus n’étaient pas en reste. Que ce soit pour une console ou le nouveau smartphone, chacun courait sans arrêt derrière sa récompense. Pourtant, jamais personne ne pouvait mettre la main sur cet objet si précieux à ses yeux. Ils pouvaient gravir des montagnes ou traverser des mers à la nage, ils en sortaient toujours perdants. Certains y virent aussi une façon d’exploiter les autres. L’eau ou la nourriture devinrent la carotte de certains pauvres gens. Pour atteindre leur idéal impossible, certains étaient prêts à tout, surtout au pire. Ainsi le monde tournait.

Mais un jour, un enfant naquit sans sa récompense inlassablement devant lui. Pas d’argent, pas de jeux. Le matériel lui importait peu. Lui, ce qu’il voulait, c’était vivre heureux et surtout être aimé. Mais tout le monde semblait être trop préoccupé par sa quête révélée au lieu de s’intéresser à lui. Alors, après des années à vouloir voir les autres changer sans rien oser tenter, le petit homme eut une idée.

Une nuit, il alla dérober dans chaque maison du village les objets tant espérés. Un à un, il coupa, arracha et déchira tous les fils qui retenaient les objets.

Au petit matin, quelle ne fut pas la surprise des villageois. Chacun était perdu. Leur vie semblait sans but. Puis après s’être longtemps plaint de leur situation à eux-mêmes, ils commencèrent à se tourner les uns vers les autres. Le matériel devint presque superflu. Et l’autre devient la priorité.

À force de courir après une quête inatteignable, chacun avait oublié que l’important n’était pas ce qu’on a, mais avec qui on le partage. Et depuis ce jour, on finit par faire moins attention au matériel qu’aux êtres qu’on aime.

A écouter aussi en podcast ici

Auteure : Emma, 24 ans, Liège

CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT LORS D’UN ATELIER SCAN-R.

Et d’autres récits

Le revoir

Ce qui me manque le plus c’est mon père car ça fait 5 ans qu’il est décédé. Et ça fait 6 ans que je ne l’ai pas vu. La dernière fois que je l’ai vu, c’était quand j’ai dû quitter mon pays en 2020....

La critique, toujours ?

Scan-R rencontre des adolescent·es dans une école verviétoise. Ces jeunes s'expriment alors au sujet du regard des autres.  La critique, toujours ?, Florian, 16 ans, Verviers Il y aura toujours des...

Les bienfaits de l’écriture et musique

La musique m’apaise. En l’écoutant, je me coupe du monde extérieur, je reste dans ma bulle. J’aime être zen, en écoutant de la musique. Et pourquoi écrire me fait du bien ? J’aime écrire au sujet de...

Le blème Trump

J’ai « toujours » cru que Donald Trump était un mauvais président. Je n'étais pas très informé sur le personnage, mais depuis que je sais qui est Donald Trump, je n’ai jamais vraiment ressenti le...

Le chat et les souris

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent… cette phrase, c’est juste un moyen de justifier la maltraitance. Dès l’enfance, à l’école, on ne cherche qu’une chose, c’est de cadrer les élèves,...

Les rencontres ne sont pas fortuites !

Les rencontres bonnes ou mauvaises sont une richesse ! Elles ouvrent de nouveaux horizons, de nouvelles perspectives, elles permettent d’élargir notre champ d’action. Rien n’est fortuit dans la vie...

Avis sur la migration

Les jeunes de l'IPH de Herve et de l'Athenée Royal Thill Lorrain, à Verviers, ont été invité·es à s'exprimer sur la migration après le témoignage de Valya, jeune arménienne, qui partage son parcours...

Une autre vague

Le plus fou dans la vie, c’est le soutien qui existe et qui reste fort parce que le monde devient un milieu où l’égoïsme règne de plus en plus. Ou, en tout cas, c’est ce qu’on veut mettre le plus en...

LES PETITS AVIS, EPISODE 157

Dès le départ, Scan-R essaye de valoriser la parole de chacune et de chacun ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un post, nous les rassemblons donc...

Se laisser le temps de découvrir

J’aimerais avoir le temps de découvrir et apprendre, c’est ce qu’il y a de plus beau. Découvrir de nouvelles personnes, de nouvelles cultures, des œuvres et essayer de les comprendre....

LES PETITS AVIS, EPISODE 121

LES PETITS AVIS, EPISODE 121

Dès le départ, Scan-R essaye de valoriser la parole de chacune et de chacun ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un post, nous les rassemblons donc dans un seul article sobrement intitulé “Les Petits Avis”.

Temps, toujours, Anonyme, 20 ans, Durbuy

Tout est une question de temps.

Tu regardes autour de toi et tout indique si tu es en retard ou si tu es en avance. Tu te réveilles à une heure bien précise. Tu te brosses les dents dans un temps bien précis. Pour arriver là où tu veux, il faut un temps précis.

Attention, en plus, il y a une sonnerie pour te dire que le temps est écoulé. On recommence un cours, des paroles et un temps précis.

Tu écoutes. Dring ! Dring ! C’est fini, le temps est écoulé. Dépêche-toi, tu n’as pas beaucoup de temps.

Jean-Alphonse, Anonyme, 37 ans, Liège

Il était une fois Jean-Alphonse – habillé de poils blancs comme la neige. Doux, tendre et fondant comme un marshmallow. Il vivait seul dans la plaine/steppe loin des humains. Sa vie se partageait/relayait entre balades nocturnes et découvertes variées. Quelquefois il était nostalgique, pourtant, sa solitude lui pesait. Jean-Alphonse était intrigué par une découverte étrange. Chaque matin, derrière le rocher, une grosse boule ronde montait dans le ciel et le soir, cette même boule redescendait derrière les arbres décharnés du petit bois.

Il n’en fallut pas plus à notre cher Jean-Alphonse pour y faire son enquête. Animer sa journée était un cadeau plaisir. De son pas lourd, l’ours fit route vers le petit bois afin d’observer la chute de ce ballon. Quelques cailloux « surchauffés » lui caressaient les pattes. Cela le fit accélérer. Arrivé au petit bois, il se mit à rêver de Robin des Bois. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il vit une bourse bien garnie. Robin des Bois ne serait donc pas une fable !

Mais il se prit pour un héros au grand cœur. Sa surprise n’en était pourtant qu’à ses débuts. Pas de grosse boule lumineuse derrière les arbres mais de petites lucioles. Il n’en fallut pas plus pour le faire fondre. Derrière cette image d’ours, il y avait un cœur chez Jean-Alphonse.

Sans se poser de questions, avec beaucoup de tendresse, il les enlaça.

Avant ?, Anonyme, Liège

C’était mieux avant ?

Avant que quoi ?
Avant toi
Ou avant moi ?
Avant nos parents ?
Eux déjà se vantaient
Que c’était mieux que ce que l’on vivait.
Ça change quoi pour de vrai ?
C’est cela que je vivais.
On fait déjà comme on peut
Jusqu’à ce que l’on soit vieux.
Serait-ce mieux dans les cieux ?
Ai-je droit à l’erreur
Avant que le monde ne pleure ?

Les gladiateurs de la rue, Willy, 58 ans, Charleroi

Dans la rue, nous sommes des gladiateurs, armés de courage face aux jugements des autres, unis en petits groupes contre l’indifférence, prisonniers d’une société prompte à nous oublier. On nous respecte peu, on nous regarde à peine : à leurs yeux, nous ne sommes que doutes et préjugés, des silhouettes floues dans la brume du matin, derrière chaque visage, un cœur pourtant blessé.

Non, nous ne sommes pas tous des drogués, pas tous des alcooliques, perdus dans leurs clichés. Nous sommes des hommes, des femmes, avec du sang rouge, et des rêves encore debout.

Quand le froid tombe et que la pluie bat, le vent s’engouffre jusqu’au plus profond, on protège nos abris, nos pauvres tentes, nos couvertures comme des trésors précieux. Fatigués, épuisés parfois d’espérer, on pense à nos amis, disparus sur le même banc, chaque deuil est une cicatrice invisible, chaque départ creuse la solitude et la peur. Chercher un endroit où survivre est une guerre, à chaque intrusion, la police déracine nos maigres repères, prisonniers d’un cycle, d’une errance sans fin, où l’indifférence est parfois plus cruelle que la faim.

Brouillard d’incertitude, nuits sans chaleur, nos jambes flanchent, nos pieds hurlent d’usure, pour un café chaud, une douche ou un sourire, des gestes simples deviennent des montagnes à gravir. Ils oublient que nous sommes dignes, humains, espérant juste qu’un regard fasse tomber les chaînes, faire disparaître les préjugés en tendant la main, briser la prison de l’indifférence qui ferme leur chemin.

Nous ne sommes pas faits pour être jetés, nous aussi, nous rêvons d’une place à retrouver.

Il faut du courage pour affronter chaque aube, mais ensemble, main dans la main, un autre monde est possible.

NDLR : Parfois, Scan-R partage la parole des personnes ayant plus de 30 ans. Elles écrivent au sein d’institutions en lutte contre la précarité.

Auteurs/es : Anonymes, Willy

CES PETITS AVIS ONT ÉTÉ PRODUITS LORS DE DIFFERENTS ATELIERS SCAN-R.

Et d’autres récits

Le revoir

Ce qui me manque le plus c’est mon père car ça fait 5 ans qu’il est décédé. Et ça fait 6 ans que je ne l’ai pas vu. La dernière fois que je l’ai vu, c’était quand j’ai dû quitter mon pays en 2020....

La critique, toujours ?

Scan-R rencontre des adolescent·es dans une école verviétoise. Ces jeunes s'expriment alors au sujet du regard des autres.  La critique, toujours ?, Florian, 16 ans, Verviers Il y aura toujours des...

Les bienfaits de l’écriture et musique

La musique m’apaise. En l’écoutant, je me coupe du monde extérieur, je reste dans ma bulle. J’aime être zen, en écoutant de la musique. Et pourquoi écrire me fait du bien ? J’aime écrire au sujet de...

Le blème Trump

J’ai « toujours » cru que Donald Trump était un mauvais président. Je n'étais pas très informé sur le personnage, mais depuis que je sais qui est Donald Trump, je n’ai jamais vraiment ressenti le...

Le chat et les souris

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent… cette phrase, c’est juste un moyen de justifier la maltraitance. Dès l’enfance, à l’école, on ne cherche qu’une chose, c’est de cadrer les élèves,...

Les rencontres ne sont pas fortuites !

Les rencontres bonnes ou mauvaises sont une richesse ! Elles ouvrent de nouveaux horizons, de nouvelles perspectives, elles permettent d’élargir notre champ d’action. Rien n’est fortuit dans la vie...

Avis sur la migration

Les jeunes de l'IPH de Herve et de l'Athenée Royal Thill Lorrain, à Verviers, ont été invité·es à s'exprimer sur la migration après le témoignage de Valya, jeune arménienne, qui partage son parcours...

Une autre vague

Le plus fou dans la vie, c’est le soutien qui existe et qui reste fort parce que le monde devient un milieu où l’égoïsme règne de plus en plus. Ou, en tout cas, c’est ce qu’on veut mettre le plus en...

LES PETITS AVIS, EPISODE 157

Dès le départ, Scan-R essaye de valoriser la parole de chacune et de chacun ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un post, nous les rassemblons donc...

Se laisser le temps de découvrir

J’aimerais avoir le temps de découvrir et apprendre, c’est ce qu’il y a de plus beau. Découvrir de nouvelles personnes, de nouvelles cultures, des œuvres et essayer de les comprendre....