Regard blasé et paroles “cash”, Mélissa nous parle comme à un pote, tout en nous faisant comprendre que la boss…. C’est elle ! Elle l’affirme et s’affirme d’ailleurs : elle est adulte. Pas de quoi tromper tout le monde cependant. Sous son maquillage, ses piercings et son attitude, son visage poupin pointe. Un physique qui reflète son sentiment, sentiment d’être parfois prise entre deux mondes : celui des responsabilités, le monde des adultes, et celui où on l’infantilise. Comment se construire et grandir lorsque les fondations s’effritent ? La solution ? Elle vient avec un logement à elle, un « chez soi ».

La cité. Mon terrain de jeu. De jeu, et d’attente. Quand j’avais huit ans, je restais dans la rue jusqu’à 2 ou 3 h du matin. Non, ce n’était pas un choix. Si je restais dehors, c’est parce que ma mère était au café, et que je n’avais pas les clés pour rentrer. Alors je traînais… Chez des amis et surtout dans la rue. Avec ma mère, ça a toujours été dur. Très dur. Les années ont passé, j’ai vécu chez d’autres membres de ma famille, chez des amis… La maison familiale ? C’est « chez ma mère », pas chez moi. À 11, 12 ans, j’ai commencé à faire des conneries.

Maman où t’es ?

Les conneries, c’est voler un peu, fumer beaucoup et zoner à la folie. Et tout est vraiment parti en vrille quand mon parrain est mort. Il comptait énormément pour moi. Quand je n’étais pas bien, il était le seul à m’écouter. M’écouter et me comprendre. Il était toujours là pour moi. Quand les autres me rabaissaient, lui, il me soutenait. Quand il est parti, j’ai eu comme un vide. Je me suis mutilée. Et puis je me suis rendu compte que ça ne servait à rien. Je me suis fait virer de l’école. J’étais mal dans ma peau. Je ne faisais plus rien. Et puis j’ai décidé de me battre. Me battre pour m’en sortir. Ça a été dur, mais j’ai finalement trouvé la solution, et j’ai obtenu ce dont j’avais besoin et voulais pour m’en sortir.

Un toit à moi

J’ai réussi à avoir un kot. Une chambre, une cuisine et une salle de bain. Pas de colocataires. J’ai toujours dû me débrouiller toute seule, alors ça ne change pas grand-chose pour moi, mais au moins je ne me prends la tête avec personne. Je peux inviter des amis, sortir. Il y a des éducs pour nous surveiller parce qu’on est plusieurs jeunes à avoir un kot dans le même bâtiment, mais ils sont sympas et nous laissent vivre notre vie. Je ne parle plus à ma mère. Elle m’a empêché d’aller à l’enterrement de mon parrain à l’époque. Je ne l’accepte pas. Mais c’est de sa faute, si elle avait joué son rôle de parent, je n’en serais pas là.

Aujourd’hui, je suis responsable de mes actes. Avoir mon kot, ça m’a rendu plus mature.

AuteurE : Melissa, 16 ans

Cet article a été réalisé lors d’un atelier Scan-R AU SAS DE VERVIERs.

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