Je veux être normal

Je veux être normal

Dans les témoignages qu’ils et elles nous confient, les filles et les gars nous expliquent qu’ils et elles ont parfois le sentiment d’être terriblement commun·es, d’avoir une vie nulle et complètement conforme… Le rêve le plus fou d’Alexandre, notre invité du jour, c’est tout le contraire… Il rêve d’être comme tout le monde. 

Sur la touche depuis toujours…

Durant toute ma scolarité, dès l’école primaire, j’ai été harcelé à l’école. J’ai aussi retourné, plus d’une fois, les instits et les profs contre moi. En cinquième primaire, cela a pris de l’ampleur. J’ai catégoriquement été mis sur le côté. J’étais un élève considéré comme trop différent. Progressivement, exclu, je suis devenu insignifiant pour les autres dans la classe. À 10 ans, sans trop savoir pourquoi, j’ai donc capté qu’il y avait les enfants normaux et les autres, dont moi. Mon école avait choisi de fermer les yeux sur ma différence et me laisser dans mon coin. Depuis lors, les interactions sociales sont devenues particulièrement pénibles et difficiles.

12 ans 

En école secondaire, les situations d’exclusion et de rejet se sont répétées. J’avais très souvent envie de m’énerver sur les autres mais je devais me contenir. J’avais très peur d’aggraver ma situation. J’étais aussi inquiet à l’idée de me faire virer de la « grande école ». Si j’ai tenu bon, c’est grâce à quelques rares professeurs qui ont cru en moi et m’ont accepté tel que j’étais. Ces rencontres, inattendues, m’ont incroyablement motivé.

MaLAde

Lorsque j’ai eu 14 ans, les médecins ont découvert que j’étais épileptique (1). Le diagnostic posé, tout est devenu plus clair pour moi. Je comprenais mieux pourquoi je présentais parfois des troubles de la mémoire, du langage et parfois de l’attention. Je ne suis pas neurologue mais j’ai bien compris que cela n’arrangerait rien à mes problèmes scolaires.  À cette époque-là, plusieurs professionnels ont aussi mis des noms à mes troubles spécifiques d’apprentissage. Je fais partie de ces personnes présentant des troubles dys, vous savez : la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie, la dyspraxie, la dysgraphie ou encore la dysphasie (2). Niveau santé, je ne suis pas épargné.

Passage en technique de qualification

Malgré ces constats, mon mal-être et mes difficultés scolaires ne se sont pas arrangés. En 3ème secondaire, j’ai quitté l’enseignement général pour poursuivre ma scolarisation en techniques de qualification. Dans ce nouvel établissement, à nouveau, j’ai eu des frictions avec certains de mes professeurs. Il faut dire que mes situations scolaire et familiale étaient particulièrement compliquées. Je ne trouvais pas ma place dans l’école. J’ai toujours mené ma barque à ma manière. Je pose beaucoup de questions, j’interpelle, je questionne. Cela dérange parfois. Mais rien n’était fait pour m’aider. Ma seule issue était toujours l’exclusion… Toutefois, je n’ai jamais rien voulu lâcher. À ma grande satisfaction, je suis parti en voyage de rhéto alors que la direction de l’école a essayé de m’en dissuader. Après, à 19 ans, j’ai décroché le CESS en technique de comptabilité. J’en suis très fier.

assistant social ?

Après, je me suis lancé dans des études d’assistant social. J’ai raté ma première année pour seulement 4 cours. Je n’ai pas compris ce qui m’arrivait. Je m’étais pourtant donné à fond et les résultats de mon stage étaient très bons. Socialement, ce n’était pas forcément mieux qu’avant. À ce moment-là, j’étais dans un kot à projet pour personnes « différentes ». Pour intégrer ce logement partagé, je devais avoir montré clairement à l’équipe pédagogique que j’avais vraiment envie de m’en sortir et de réussir des études. J’étais particulièrement motivé mais les contacts avec les éducatrices n’étaient pas faciles. Mon problème est qu’il me faut toujours beaucoup de temps d’adaptation et les éducs changeaient tout le temps. On me mettait la pression et on me demandait de changer mon comportement. C’était trop pour moi surtout que je traversais une période difficile au niveau de ma santé. J’ai dû être évacué plusieurs fois de mon logement en ambulance suite à des crises d’épilepsie. Cela impressionnait tout le monde mais j’ai toujours gardé la tête froide et la motivation.

Tomber et se relever encore et encore…

Malgré tout cela, j’ai recommencé ma première année d’assistant sociale. Je l’ai réussie. La deuxième année s’est faite sans trop d’encombres jusqu’au stage de fin d’année qui a porté préjudice à ma réussite. Je comprenais tout et je connaissais bien la théorie mais « l’humain » ne suivait pas, m’a-t-on dit sur mon lieu de stage. C’est un nouvel échec. J’ai tout arrêté. Je suis entré en dépression. J’ai eu des médicaments pendant un moment. Durant cette période, j’étais seule chez mère.

Les troubles dys et l’épilepsie m’ont conduit à ma perte. Pour me reconstruire, je suis aujourd’hui contraint de me tourner vers d’autres perspectives d’avenir. C’est là que la vraie galère commence. Moi qui rêvais de devenir journaliste, je dois être réaliste, je ne le deviendrai jamais. Mais surtout, je me demande ce que je peux encore devenir maintenant que je suis reconnu en incapacité de travail à 100%. Tout le monde me dit que c’est une manière légale d’être protégé – et de bénéficier d’une allocation financière – mais moi j’y vois surtout un obstacle pour pouvoir entrer sur le marché du travail et devenir « normal ».

Je crois que trouver un travail me permettra progressivement de devenir autonome. Pourtant, je ne suis pas certain que la société veuille vraiment que je le devienne. L’AVIQ (3) vient tout juste de me reconnaître, pour les 10 prochaines années, comme une personne ayant besoin d’un service d’accompagnement spécifique car je manque d’autonomie. L’objectif à long terme est que je puisse devenir autonome. Mais sans un travail, comment puis-je le devenir ? Je ne sais pas mais. Je constate qu’on m’empêche de travailler.

Mon cerveau est littéralement compressé. Je ne suis pas bien avec ça. Je ne comprends pas ce qu’on me veut.

Bref, je suis de plus en plus exclu. J’aimerais peut-être devenir ouvrier manutentionnaire. Je n’ose même pas y rêver. Lors des entretiens d’embauche, il y a toujours quelque chose qui ne va pas chez un patron. J’essaye pourtant. J’ai envie. Tous me disent que je manque d’autonomie que pour pouvoir décrocher un job. C’est vrai, il y a des choses que je ne pourrai pas faire comme conduire à cause de l’épilepsie mais qu’on m’apprenne ce que je puisse faire alors ! Je suis motivé. Je crois que l’autonomie je peux l’acquérir par le travail.

Bénévole ou rien…

Du coup, je dois me tourner vers le bénévolat ou, en tout cas, vers des formes de travail qui ne sont reconnues légalement. Dans ces endroits-là, on veut bien de moi ! Et on ne me parle plus sans cesse de mon autonomie. Les gens voient bien que je peux l’être pour certaines activités. Pour moi, je dois l’avouer, c’est génial le service à la personne là-bas ! Et le travail en équipe, cela me plait vraiment. Pour la première fois, on me fait confiance et surtout j’ai de la reconnaissance pour le travail que j’accompli. J’ai des « mercis » après chaque action. C’est très « puissant » pour moi. J’ai trouvé des valeurs fortes comme la solidarité, l’entraide et le respect.

Mais demain…

L’avenir, il est obscur. Je ne sais pas si je vais me diriger vers de l’emploi ou de la formation… Tout ça va dépendre aussi de ma santé. Mon traitement fonctionne bien. J’ai moins de crises. C’est une bonne chose !

Maintenant, j’ai juste envie qu’on me laisse mener ma vie comme je l’entends. J’ai besoin d’avancer et d’exister.

(1) L’épilepsie est une maladie neurologique qui touche plus de 50 millions de personne dans le monde. Pendant une crise d’épilepsie, le cerveau ne fonctionne pas normalement et entraîne des convulsions, des contractions involontaires et musculaires violentes. La personne qui fait une crise d’épilepsie n’est pas consciente de ce qui se passe sur le moment. Pour en savoir plus, voyez le site de la Ligue francophone belge contre l’Epilepsie.

(2) Les troubles dys, sont des troubles des apprentissages. La dyscalculie – concerne les troubles dans les apprentissages numériques. La dysgraphie, c’est la difficulté à accomplir les gestes de l’écriture. La dyslexie concerne les troubles de la lecture. La dysorthographie concerne l’acquisition de l’expression écrite. La dysphasie est une difficulté liée à l’apprentissage du développement du langage oral. La dyspraxie concerne la capacité à exécuter des mouvements précis. Tout ceci est terriblement résumé… Pour en savoir plus sur ces troubles, voyez le site de l’APEDA – Association belge de Parents et Professionnels pour les Enfants en Difficulté d’Apprentissage.

(3) L’AVIQ est l’Agence pour une Vie de Qualité. Cette agence a été créée par le  Gouvernement wallon. Elle est responsable pour les politiques liées au Bien-être, à la  santé, au Handicap et à la Famille.

Auteur : Alexandre, Tournai, 23 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R.

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Toutes les mauvaises blagues, toutes les humiliations petites et grandes, il les a connues… Sa rousseur aurait pu être un fardeau, aujourd’hui, Quentin, se rend compte qu’elle a eu un impact considérable sur son parcours !

Je suis étudiant à l’Université de Louvain-La-Neuve. Du haut de mes 20 ans, je me porte plutôt bien. Entouré, accompagné d’une adorable copine, de plein de potes, de belles réussites et de petits échecs, je ne me plains pas. Ces années d’étudiant ont été riches en rencontres,  en découvertes de nouveaux projets pour moi. D’abord investi dans de nombreux comités de toutes les sortes, touchant de près ou de loin à des activités ludiques, j’ai aujourd’hui la chance de m’impliquer dans un projet entouré de nombreuses et bonnes personnes. Force est d’admettre que, entre investissement personnel et guindaille, je n’ai pas énormément eu l’occasion de penser aux raisons pour lesquelles j’en suis là. Cette volonté de participer constamment dans des projets n’émane pas, sans doute, uniquement de ma personnalité, il y a peut-être une raison plus pragmatique, plus tangible… Laquelle ? Après réflexion, je ne trouve qu’une réponse à cette question. Je suis roux.

Nous savons que l’école secondaire met fortement en doute la confiance qu’on peut avoir en nous. Entre moqueries de toutes les sortes, tapes dans les couloirs et doigts pointés,… Mieux vaut être dans la team des winners pour ne pas être trop embêté. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de prendre les choses en mains, je me suis donc investi dans un tas de projets différents, j’y ai gagné une reconnaissance de tous les autres. Quel meilleur moyen que de devenir sportif, drôle et d’organiser petits et grands événements. C’est en tout cas la réflexion que je m’étais faite… On ne taquine pas celui qui est toujours accompagné et qui est le copain du copain du copain. 

Arrivé à l’Université, j’ai poursuivi sur cette lancée… Mais, aujourd’hui, cela me mène tout de même à me poser d’avantages de questions. Est-ce réellement ce que je suis, moi qui me complaît souvent dans mes propres pensées plutôt que dans celles des autres ? N’est-ce pas une démarche un rien artificielle que de passer par des projets avec d’autres individus plutôt que d’en mener de plus personnels ? Sous question, où serais-je si je n’avais pas pris cette voie ? Peut-être que mon organisation et mes rencontres n’aurait jamais été aussi fructueuses. Il m’arrive même de me demander jusqu’où ma confiance personnelle serait tombée si je ne m’étais pas engagé comme je l’ai fait comme je le le suis toujours aujourd’hui.  

Toutes ces questions, qui resteront sans réponse, me ramènent aux faits : je suis engagé, et ce, parce que je suis roux. Et c’est précisément pour cette raison que je me suis forgé un cercle d’amis divers et variés, c’est pour cette raison que je suis impliqué, que je travaille à un futur solide, que j’ai développé une certaine assurance, une certaine confiance en moi. Face à la violence des autres, je me suis pris en main et un élan de puissance me parcoure actuellement l’échine. 

Auteur : Quentin, Louvain-La-Neuve, 20 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R. 

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Racisme peu ordinaire

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Depuis que Jérôme a écrit son article, il y a eu des changements en Italie. Le gouvernement ne réunit plus l’extrême-droite de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles, parti antisystème, de Luigi Di Maio. Le partenaire a changé, l’allié c’est désormais le Parti Démocrate, un parti de centre-gauche.  

Depuis son enfance, la grand-mère de Jérôme lui transmet les us et coutumes de l’Italie où elle est née. Il trouve cela riche et passionnant… Jusqu’au jour où la grand-mère explique qu’elle est convaincue par la politique anti-immigration de Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur Italien.  Comment réagir lorsque notre grand-mère, immigrée, soutient la politique anti-immigration de son pays d’origine ? Jérôme explique… 

Régulièrement, je suis invité, avec mes frères et sœurs, chez ma grand-mère italienne pour manger un délicieux repas traditionnel qu’elle nous a préparé ! Chez elle, la machine est bien rodée, et, à l’heure exacte, elle change de chaîne pour regarder le JT. Je me souviendrai toujours du 28 juin 2019 et d’un reportage en particulier. 

Ce jour-là, le journaliste expliquait que Carola Rackete, la capitaine du bateau “Sea Watch 3”, avait été arrêtée dans le port de Lampedusa, petite île du sud de l’Italie. Depuis 14 jours, elle était en mer avec 40 migrants à son bord.  Alors qu’elle n’en avait pas l’autorisation, cette jeune femme de 31 ans avait décidé de les débarquer dans ce port italien en Mer méditerranée. Cette Allemande a donc choisi de braver l’interdiction ministérielle italienne pour le bien des gens qu’elle transportait. 

Ma grand-mère me parle alors de la capitaine comme d’un pirate qui n’a aucun droit de voguer sur ces mers. Elle me dit qu’il est normal elle ait été arrêtée. Je suis étonné… Je constate par ces propos que cet acte fort suscite l’intérêt des Italiens et que, bien évidemment, le ministre de l’Intérieur du pays n’a pas attendu pour en faire un sujet de propagande auprès de son peuple en Italie et des Italiens qui vivent ailleurs dans le monde. C’est plutôt réussi car ses idées ont fait leur chemin, y compris jusque dans la tête de ma grand-mère, immigrée italienne résidant en Belgique… 

Les propos de ma grand-mère me surprennent. Le père de ma grand-mère est arrivé en Belgique, comme bien d’autres Italiens à l’époque, pour travailler à la mine. Il est venu avec sa famille. En Belgique, ma grand-mère s’est mariée avec un autre Italien, mon grand-père. L’immigration, ma grand-mère, elle sait ce que c’est. Je suis moi-même le produit de cette immigration. 

Depuis que je suis petit, ma grand-mère me parle beaucoup de l’Italie et de son village comme si elle y vivait toujours. Elle s’intéresse de très près à l’actualité italienne et va souvent dans le sens du pouvoir en place, et ce malgré les différentes mouvances populistes qui se suivent (et se ressemblent) !

Ce soir-là, après le sujet du JT, le débat fut ouvert. Je lui demande si elle trouve normal qu’il soit interdit de sauver des gens en mer ? Je la questionne pour savoir si elle aurait aimé devoir risquer sa vie pour rejoindre la Belgique ou si elle aurait trouvé ça normal que si quelqu’un l’avait aidée à rejoindre la Belgique il soit arrêté ? Je constate qu’elle ne me répond pas vraiment. Elle me dit que Matteo Salvini, le ministre italien de l’intérieur, parle bien et qu’il caresse le peuple dans le sens du poil, qu’il sait rameuter les foules. Pourtant, moi je ne vois en lui qu’un nouveau Mussolini, un fasciste !

Je lui ai alors dit que le problème, selon moi, ce n’était pas que les gens en sauvaient d’autres en mer mais bien que des autorités aient décidé qu’il serait désormais interdit de sauver les vies des migrants. Ce qui me tracasse, m’interroge aussi, c’est la question de savoir comment les informations sont traitées, en Italie, en Belgique et partout ailleurs…

Auteur : Jérôme, Charleroi, 20 ans

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R avec le Service Citoyen

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