Moi qui ai vécu dans la rue, j’apprends encore que des amis décèdent dans une tente, leur seul abri pour dormir la nuit.

Quand ce ne sont pas des critiques ou des jugements sur notre vie dehors, que ce soit dans un squat ou sur un terrain, nous sommes blessés au plus profond de notre âme et de notre cœur.

L’année dernière, nous avons rendu hommage aux morts de la rue qui nous ont quittés. Nous aussi, nous avons des sentiments profonds, des douleurs et faiblesses, et nous faisons tous des erreurs. Mais nous avons besoin d’une main tendue avec cœur pour nous aider à trouver un logement sans préjugés, et un peu de dignité humaine pour notre façon de vivre dehors.

Oui, nous devons marcher beaucoup dans la rue pour savoir où prendre une douche, avoir des vêtements propres, boire un café ou un chocolat chaud, ou simplement avoir un peu à manger. Nous marchons aussi pour voir si nous pourrons rentrer à l’abri de nuit et dormir dans un lit, rester au chaud toute la nuit. Toute personne qui vit dehors n’a pas besoin de vos critiques et de vos jugements. Toute personne qui vit sans logement n’a pas eu le choix. Il nous reste une seule image de vous dans notre tête : ne plus vous voir sur un banc, au rebord ou dans un abri de nuit.

Il y a des amis et amies qui préfèrent se battre seuls avec une blessure qui brûle, qui se cache derrière un masque au fond de leur cœur, ou qui préfèrent le silence pour ne pas être jugés ou insultés par les gens. Nous sommes parfois seuls pour affronter nos démons, mais aussi pour ne pas déranger les autres avec nos soucis, habitués que nous sommes à notre vie dehors.

ndlr : Parfois, Scan-R partage la parole des personnes ayant plus de 30 ans. Elles écrivent au sein d’institutions en lutte contre la précarité.

Auteur : Willy, 47 ans, Charleroi

CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT LORS D’UN ATELIER SCAN-R.

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