J’ai souvent souhaité retourner dans le passé. Dans ce passé dans lequel je pourrais retrouver cette fille que j’étais, qui avait trop d’ambition, qui était toujours dans le plus haut du classement à l’école.
Car oui, dans mon pays d’origine, toutes les écoles avaient un classement qui déterminait le meilleur de la classe selon tes points. En bas du classement, tu te retrouvais à te faire battre par les profs mais dès que tu touchais le sommet, c’est toi qui surveillais tes camarades et les dénonçais au prof, au moindre bruit. J’ai vite choisi mon camp car, en effet, cette jeune fille froussarde ne supportait pas de se faire humilier.
En arrivant en Belgique, j’ai vite compris que ce n’était pas le même système mais cela ne m’a pas empêché de donner le meilleur de moi-même, au fil des années. Je réussissais et rendais fiers mes parents. Jusqu’au jour où j’ai réalisé qu’écouter en cours ne suffisait plus et étudier chez soi serait idéal. Alors, j’ai commencé à fournir des efforts mais ils ne suffisaient plus car la réussite ne dépendait plus de moi.
Alors, c’est là que la descente en enfer commence pour moi. Echec sur échec, des parents insatisfaits qui ne trouvaient pas les mots juste pour exprimer le mécontentement. Mais plutôt des rabaissements et mots blessants. Ils croyaient que leur fille pouvait tout faire car pour eux, avant, c’était la meilleure.
Mais maintenant, leur fille était un déchet. Un déchet qui ne servirait plus à rien car ils ont envoyé leur fille bien aimée dans ce pays de « réussite » pour devenir quelqu’un de grand. Si je souhaite vraiment une chose, c’est de retourner dans le temps et arrêter l’ambition de la moi d’avant, de la moi dans ce pays considéré comme un échec. Si seulement je ne leur avais pas donné tout cet espoir sur moi, ils n’auraient jamais été aussi déçus.
Auteure : Salimatou, 16 ans, Liège
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