Dès le départ, Scan-R essaye de valoriser la parole de chacune et de chacun ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un post, nous les rassemblons donc dans un seul article sobrement intitulé “Les Petits Avis”.
Voler, Dylan, 14 ans, Spa
Mon plus grand rêve, c’est de pouvoir voler. Cela me permettrait de sauver des gens. Je n’aurais pas d’ailes, ni de costume de super-héros. Je resterais moi-même. J’aimerais ressentir cette sensation, car je sais que je me sentirais bien.
Lorsque je suis seul, Sid-Ali, 13 ans, Spa
Lorsque je suis seul, je me sens triste, parce que je tremble davantage, quand je suis seul.
Je n’arrive pas à expliquer comment je me sens, mais ça me rend triste. Vu que je suis triste, je dors, car je ne sais pas quoi faire d’autre.
Me voir trop trembler, ça me fait peur.
Le monde inconnu, Willy, 60 ans, Charleroi
Un jour, dans ma vie, je suis arrivé dans l’ombre et j’ai cherché la lumière pour avancer, là où personne ne pensait pouvoir aller. Depuis un moment, je vis dans ce que j’appelle « le monde inconnu ».
Chaque jour, je cherche à boire un café ou à manger. Il est très important de pouvoir se laver, changer de vêtements, prendre une bonne douche, rentrer dans un abri de nuit, dormir dans un lit, être au chaud, en sécurité, et protéger ses affaires.
Mais dans ce monde inconnu, j’ai aussi rencontré de bonnes personnes, celles qui nous guident sur leur chemin. Par exemple, la Table Ronde venait nous apporter à manger chaque dimanche quand je suis arrivé en 2018. Pour cela, un grand merci au Rebond et à toutes les personnes qui ont ouvert la porte de l’abri de nuit. C’est vrai qu’on oublie parfois de vous dire merci pour vos mains tendues et pour avoir ouvert la porte de la structure.
Il faut un bon moral et beaucoup de force pour vivre dans la rue. Chaque jour est une bataille intérieure contre la fatigue, la faim, le désespoir et l’épuisement. Ce qui fait mal aussi, ce sont les insultes, les mots qui blessent profondément. On peut être harcelé par les gens, jugé sans même être connu, victime des préjugés que porte la société. Pourtant, personne ne choisit de venir dans ce monde. Marcher dans l’ombre sans flancher devient un combat de chaque instant. Il ne faut pas juger les gens, car on peut vite se retrouver dans ce monde inconnu et vivre avec les critiques. Il ne faut jamais douter, et surtout, il faut écouter. Même quand les larmes coulent sur ton visage, parce que quand tu vis dans la rue, les seules larmes qui coulent sont celles de la souffrance et de la douleur que ton corps subit.
Quand le seul endroit où tu peux dormir est un sol froid, une question te traverse sans cesse l’esprit : « Qu’ai-je fait pour en arriver là, à dormir dehors ? ». Et tu marches toujours avec une valise noire, comme le symbole du deuil, en regardant ce monde oublié par la société : la rue.
Chaque chose a son temps, mais dans la rue, le temps n’existe pas. Le seul qui compte, c’est celui qu’on passe à mener cette bataille intérieure, à chercher de quoi manger, boire ou simplement survivre un jour de plus.
NDLR : Parfois, Scan-R partage la parole des personnes ayant plus de 30 ans. Elles écrivent au sein d’institutions en lutte contre la précarité.
Auteurs : Dylan, Sid-Ali, Willy
CES PETITS AVIS ONT ÉTÉ PRODUITS LORS DE DIFFERENTS ATELIERS SCAN-R.

