Pour Sylvia, l’art est un outil important et puissant dans la vie de tout le monde. Personnellement, depuis qu’elle est toute petite, elle aime ça ! Elle dessine, peint, photographie… Elle aime aussi écrire : elle a publié une nouvelle, écrit des poèmes et est en train d’écrire un roman. Pour elle, l’art peut être un moyen de communication, d’expression, de libération et même de dénonciation. Dans cet article, elle tente d’analyser le lien entre l’art et la maladie mentale.
À chacun·e sa vision
Quand on est devant une peinture, une photographie, quand on regarde un film ou quand on écoute de la musique, on le perçoit de manière subjective. Chacun·e de nous peut ressentir des émotions différentes devant une même peinture. De plus, quand on regarde une œuvre d’art, des souvenirs personnels peuvent ressortir. Chacun·e crée donc un lien unique et personnel avec cette œuvre d’art.
Dire sans les mots
L’art est quelque chose de subjectif qui permet aussi de nous exprimer. Par exemple, si on réalise une peinture, si on prend une photo, si on écrit un roman, cela parle de nous et exprime des caractéristiques qui nous sont propres. L’art peut aussi devenir thérapeutique quand on l’utilise pour se connaitre mieux, pour exprimer des aspects qu’on n’arrive pas à dire avec les mots. C’est se permettre aussi de lâcher prise, de laisser les émotions s’écouler. Cela peut nous permettre d’entrer en contact avec nous-mêmes, avec nos fragilités et nos besoins.
Écrire, ça marche
Certaines fois, l’art thérapie peut permettre aussi d’entrer en relation avec l’autre et de développer confiance en l’autre. Pendant un stage en psychologie que j’ai effectué à l’hôpital psychiatrique de Mons, j’ai conduit un groupe d’art thérapie. Plus précisément, c’était un groupe d’écriture. Lors de l’atelier, les patients devaient écrire une lettre adressée à eux-mêmes quand ils étaient enfants. Dans un deuxième temps, ils ont écrit une lettre à eux-mêmes dans le présent. Dans un troisième temps, ils ont adressé une lettre à eux-mêmes dans le futur. Dans ces lettres, ils pouvaient parler de leurs souvenirs, de leurs difficultés, de leurs espoirs. En plus, ils pouvaient écrire des phrases pour se donner du courage et du soutien. À la fin de chaque séance, chacun lisait à haute voix sa lettre. Cette activité a permis aux patients de créer des liens de confiance avec les autres, de sortir des souvenirs difficiles de leur vie, de lâcher prise.
Pablo Picasso
Beaucoup d’artistes avaient des problématiques psychologiques. Un bon exemple ? Pablo Picasso (1). Il avait des troubles bipolaires. Son art exprime des aspects liés à son état d’esprit. Pendant sa « période bleue (2) », il a réalisé des peintures sombres, tristes. À d’autres moments, son art est plus joyeux, notamment dans la période où il a réalisé « La joie de vivre » (1946). J’aime imaginer qu’à travers ses œuvres on peut voir et comprendre son âme. Sa maladie ne l’a pas empêché d’être un immense artiste. Peut-être que c’est même grâce à sa maladie qu’il en est devenu un ? Ses problématiques psychologiques, probablement, lui ont donné la possibilité de voir la réalité de manière différente, en fonction de son humeur. La déstructuration (3) qu’on trouve dans ses œuvres cubistes reflète la déstructuration de son âme et permet de voir la réalité de manière fragmentée. C’est une fragmentation qui nous permet de voir la réalité entière, de tous les points de vue. C’est comme si rien ne nous est caché, on voit même les coins les plus sombres. C’est comme Picasso qui, lui-même, a décidé de ne rien nous cacher de lui. Quand je regarde une de ses œuvres, je vois de la beauté, de l’originalité, de la fragilité, du génie. Je voudrais remercier cet artiste si génial d’avoir partagé avec nous ses visions du monde, ses états d’esprit, ses rêves, son originalité à l’aide de son art.
Réveillons le Pablo qui sommeille en nous !
Pour terminer, je voudrais réfléchir sur le fait que l’art est un outil puissant qui peut nous permettre de nous réaliser, de nous soigner, de créer d’autres réalités. Pour moi, l’art c’est quelque chose de très important et de précieux. La psychologie aussi c’est un sujet que j’aime beaucoup. Je pense que les deux peuvent s’entrecroiser pour nous permettre de mieux comprendre l’être humain.
Auteure : Silvia, 28 ans, Bruxelles (Schaerbeek)
Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R
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