Quelle serait la trace que j’aimerais laisser sur Terre ?
C’est assez difficile pour moi de répondre à cette question ou de trouver exactement ce que j’aimerais laisser comme trace de mon existence. Quand j’épluche le catalogue de mes expériences, je me rends compte que je suis plus marquée par ce qui se passe autour de moi que par ce que j’ai à donner. Et quand je pense à ce qui se passe autour de moi, ça n’a pas l’air assez important que pour qu’on s’en souvienne aussi longtemps après. Je pense que ce qui est important c’est le présent et donc je me demande ce que j’ai à dire qui compterait dans un présent hypothétique. Je pense que ce qui compte dans le présent, c’est de le rendre beau et tolérable.
Et j’espère pouvoir faire confiance à la personne qui me lit dans ce « futur présent hypothétique » pour construire les moyens de sa propre joie, sa propre beauté, pour construire sa propre communauté et l’aimer et la nourrir. En revanche, si je lisais les mots d’un « ancien présent hypothétique », ce serait surement pour y chercher des ressources et un contact que je n’ai pas dans mon espace sur la timeline que je suis en train de massacrer avec toutes mes théories, lol. Donc j’ai envie de laisser une trace de l’immense sentiment d’absurde et de vide qui fait « leitmotiv » dans mes quelques 22 années, et, en ce grand 2026, lâcher un « et c’est ok ». Dire qu’il cohabite avec des moments de joie et des poussées d’amour pour ma communauté et d’admiration pour les moments où j’arrive à me convaincre que le monde autour de moi est réel, en tout cas plus réel que moi, quand il bouge sans que j’ai besoin d’en faire partie.
Quand je suis seule en forêt entre les ravins et que les feuilles tournent autour de moi, l’absurde et le vide sont ok parce qu’on a pas besoin de faire partie de tout. Toutes les semaines, je promène des chiens comme job étudiant. Ça me fait du bien. Ça m’a sauvé la vie, je pense, parce que maintenant je regarde quand les feuilles tombent et je marche dans la terre et je laisse les chiens me couvrir de boue. Toutes les semaines, je marche dans la forêt dans laquelle quelqu’un que j’aime s’est suicidé. Et c’est ok. Lol. On peut se faire abandonner par les gens qui devaient rendre le présent beau et tolérable, à répétition, et se retrouver soi-même dans l’absurde et le vide et rendre le présent beau et tolérable en même temps.
Je ne vais jamais m’en remettre. Tout gravite autour de ça. La culpabilité, la perte, la trahison, et la contemplation d’un avenir qui n’existe pas. Et c’est ok. On fait des blagues, on s’enfouit dans un imaginaire qui peut servir de constante là où c’est injuste d’en attendre autant de quoi que ce soit d’autre. On partage avec d’autres les évènements dont ils ne se remettront jamais. On appelle ça du « fun fact ». Et on rigole un peu en fait. Aussi j’aimerais que mon amour pour les drarry reste inscrit dans la postérité parce que j’aime ces twinks.
Dédicace au cercle LGBTQIA+, et à la soirée où j’ai eu du courage, et ça a tout changé. Et à la forêt.
Auteure : Anonyme, 22 ans, elle, Bruxelles
CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT LORS D’UN ATELIER SCAN-R.

