Que faire pour ne pas sombrer après avoir vécu du cyberharcèlement ?

Que faire pour ne pas sombrer après avoir vécu du cyberharcèlement ?

Il y a des blessures invisibles, celles qu’aucun regard ne peut voir et qu’aucun pansement ne peut couvrir. Être victime de cyberharcèlement, c’est vivre une violence qui s’infiltre dans les coins les plus intimes de l’existence, là où l’on pense être à l’abri. Ce ne sont pas seulement des mots ou des menaces écrites sur un écran : ce sont des flèches qui touchent à l’estime de soi, qui troublent le sommeil, qui rendent le monde soudain hostile. Mais si ces blessures semblent irréparables, elles peuvent être soignées. Non pas en oubliant ce qui s’est passé, mais en apprenant à se relever.

Quand on est harcelé, on se sent souvent seul, pris au piège de sa propre douleur. On peut se taire par peur, par honte, ou parce qu’on a l’impression que personne ne comprendra. Pourtant, il y a une force incroyable dans le fait de parler, même à voix basse, même avec des mots hésitants. Dire « j’ai besoin d’aide » n’est pas un aveu de faiblesse, c’est un acte de courage. En tendant la main, on s’autorise à être entendu, à être vu dans toute notre humanité. On réalise alors que l’on n’est pas seul, que d’autres mains sont prêtes à attraper la nôtre pour nous aider à remonter.

Quand les réseaux sociaux deviennent une source de douleur, on pourrait être tenté de s’en éloigner pour toujours, de s’enfermer dans une bulle pour ne plus jamais être atteint. Mais fuir ne guérit pas. Il faut apprendre à poser des limites, à redéfinir les contours de notre espace numérique, comme on verrouillerait une porte pour protéger notre maison. Bloquer, signaler, dénoncer les comportements toxiques, c’est se réapproprier un territoire qu’on croyait perdu. Et parfois, cela passe aussi par une pause : un moment pour respirer loin du tumulte, pour se rappeler qu’il existe un monde au-delà des écrans, fait de soleil, de rires sincères, et de rencontres réelles.

Le cyberharcèlement vole souvent plus que du temps ou des mots ; il vole une part de nous-mêmes. On doute de sa valeur, on se regarde dans le miroir avec des yeux pleins de jugement, comme si les attaques qu’on a subies avaient gravé des marques sur notre âme. Mais il faut se rappeler que notre identité ne se résume pas aux insultes reçues. Chaque jour peut être une occasion de retrouver un éclat qu’on croyait perdu : une passion oubliée, un sourire échangé, une force qu’on n’imaginait pas posséder.

On ne se reconstruit pas d’un coup, mais par des petits gestes, par des instants où l’on choisit la vie plutôt que le repli. En lisant un livre qui nous transporte, en marchant dans un parc au rythme de nos pensées, en entourant notre cœur de personnes capables de l’écouter sans le juger.

Ne pas sombrer, ce n’est pas oublier. C’est accepter que la blessure fasse partie de nous, mais ne définisse pas tout ce que nous sommes. C’est apprendre à respirer à nouveau, à marcher à notre rythme, en sachant que chaque pas, même hésitant, nous éloigne un peu plus du poids du passé.

Nos cicatrices ne disparaîtront peut-être jamais complètement, mais elles peuvent devenir des preuves de notre résilience. Parce que survivre au cyberharcèlement, c’est déjà une victoire. Et choisir de continuer à vivre pleinement, malgré tout, c’est un acte de résistance face à la haine.

Auteure : Joudia, 17 ans, Verviers

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R.

Et d’autres récits

C’est quoi la judéité d’aujourd’hui ?

Ma judéité à moi, en tant que juive ashkénaze, descendant·e de survivants de la Shoah, c’est celle de la mémoire d’un génocide. C’est une identité faite de non-dits, de silence et de traumas...

Les petits avis, épisode 140

Dès le départ, Scan-R essaye de valoriser la parole de chacune et de chacun ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un post, nous les rassemblons donc...

Nostalgie

Dans le cadre du projet « Jeunesse Verviétoise », des jeunes verviétois·es ont pu s’exprimer à propos de ce qu’ils·elles vivent actuellement et la ville où ils·elles habitent : Verviers. Être jeune...

Trouver sa place

Des pétales qui se consument sont toujours des pétales. Il n’y a que ce qui apparait qui disparait mais ne cesse pour autant d’être dans le monde, d’être le monde. Chaque entité consciente ou non...

Lire pour fuir ?

Dans un monde où tout le monde veut fuir sa réalité pour diverses raisons, on a tous plus ou moins trouver une échappatoire.La lecture en peut être une. Selon moi, la lecture permet de se plonger...

Dieu et moi

J’ai toujours cru en Dieu et en mes proches car j’ai toujours mis un espoir entre les mains de Dieu. Il m’est important car il fait partie de mon adolescence. Personnellement, il m’a permis de...

Voyager au cœur de la méditation

La méditation permet de voyager au cœur de soi-même, mais également, de s’élever vers d’autres contrées. Apprendre plus sur nos peurs, failles et envies. Apprendre plus sur les souffrances des...

Le silence sur les génocides

Pour moi, s’informer sur les génocides est essentiel. En effet, beaucoup de médias ont commencé à évoquer certains génocides. Mais ils en parlent en minimisant la chose. Ils ne parlent jamais du...

Amour + relations

Est-ce qu’une relation amoureuse peut nous redonner confiance en nous ? Oui, totalement. Ça a été mon cas. Mon amoureux m’a aidé. Pour moi, on ne peut aimer une personne sans s’aimer soi, avant....

LES PETITS AVIS, EPISODE 139

Dès le départ, Scan-R essaye de valoriser la parole de chacune et de chacun ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un post, nous les rassemblons donc...