Parfois, je me demande si je ne repousse pas mon examen du permis de conduire car j’aime beaucoup trop le vélo. Je l’enfourche et au lieu de quitter le monde qui m’entoure pour rentrer dans une voiture, je rentre un peu plus dans le monde. Je sens le vent, je peux observer chaque chose sans avoir le filtre anesthésiant de l’habitude de la voiture.

Bref, je vis…Je vis, mais pas exactement dans mon monde, je flotte un peu entre plein de possibilités. Mes yeux à moitié fixés sur la route et à moitié dans un rêve. Une hallucination que je contrôle et qui naît de la musique que j’écoute pendant que mes jambes pédalent en toute discrétion. Aussi loin que je m’en souvienne, la musique a toujours eu cet effet sur moi… Comme une connexion directe à mes émotions, comme une langue qui parle directement à mon imagination, pour lui murmurer ce que je ne vois pas dans le réel parfois assourdissant. Je m’imagine assister et vivre la scène finale de l’histoire que j’écris, la chorégraphie des corps au moment du climax du scénario… Cela, je le vis presque à chaque fois depuis que j’ai écouté la chanson de Pomme : « pourquoi la mort te fait peur » . Cette musique et bien d’autres ont façonnée pour moi un récit dans lequel je peux raconter mille histoires, créer des personnages que j’aimerais rencontrer, haïr ou activer dans le monde que je traverse à vélo. Un virage, un feu rouge, un autre virage. La musique ne suit pas les méandres des rues de Bruxelles, me déconnectant toujours plus de notre monde pour m’inspirer et me donner des choses à écrire quand je descendrai de ma bicyclette.

Toute ma vie je me suis demandé si je n’étais pas fou de quitter notre monde de cette manière et aussi souvent. Si je ne devais pas consulter car me émotions se confondaient avec celles des images que je vois défiler dans mon imagination au rythme des chansons. Mais maintenant j’ai compris que je pouvais coucher sur papier le bruit que fait mon imagination lors de ces concerts privés qui se donnent sur ma selle de vélo, maintenant que je sais ce que je peux faire de ces visions venant de nulle part, maintenant j’ai découvert le plaisir de dessiner et d’écrire des histoires… Je crois que c’est pour ça que je ne passe pas le permis de conduire.

Auteure : Dylan, 27 ans, Bruxelles

CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT LORS D’UN ATELIER SCAN-R.

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