« Y a pire dans la vie », ce sont les mots qui sont sortis de la bouche de mon père aujourd’hui, quand je suis retournée m’assoir à la table pour terminer le souper avec ma famille. Il n’a pas tort, je le sais bien, mais ça ferait du bien d’entendre autre chose de sa part pour une fois.

Aujourd’hui, j’ai pleuré. Je déteste en parler, je déteste l’admettre mais si aucune personne à cette table à manger ne daigne en parler, il faut bien que quelqu’un se dévoue. Sinon le vase déborde, la mer s’agite et la tempête se déclenche.
Des choses qui font pleurer, on en rencontre tous les jours mais on se retient, on se contient, on laisse le verre se remplir parce que c’est honteux de le vider ne serait-ce qu’un tout petit peu. Une sorte de honte qui met mal à l’aise les gens autour et qu’on préfère confiner dans le privé, cachée des regards et pas à la vue de tous, exposée comme une chose à partager.

Mais quand on empêche de laisser passer la vague et qu’on tente de la repousser, le barrage finit par céder car l’eau finit toujours par suivre son chemin et on finit noyer.

Alors aujourd’hui, j’ai pleuré, je n’en suis pas fière et plutôt que d’imposer le fardeau de mes pensées à ces gens qui entourent la table et manger leur repas dans le silence, j’ai préféré ne pas perturber leur quiétude ou les embarrasser de mes tracas. Et c’est dans le silence que je suis partie continuer ma performance honteuse dans la salle de bain, à peine quelques mètres plus loin.

Le poids sur les épaules est peut-être moins grand quand on laisse enfin toute l’eau se drainer mais le sentiment de vide qui le suit est peut-être encore pire. Le sentiment de lourdeur nous quitte et la légèreté nouvelle amène avec elle la peur de s’envoler car on sait bien que personne ne sera là pour nous empêcher de partir trop loin. Alors, c’est dans le même silence qui a ouvert le repas que je retourne m’assoir à la table à manger.

Mon père, dans une tentative de réconfort ou pour briser ce silence qui met presque autant mal à l’aise que les sentiments, m’offre cette fameuse phrase. Elle ne me fait pas me sentir plus lourde ou plus légère, en fait, elle ne me fait rien du tout. J’admets que, pour une fois, ça ferait du bien d’entendre « parle-nous de ce qui te tracasse ma chérie et peut-être iras-tu mieux après ».

Auteure : Elsa, 20 ans, Liège

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R.

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