Véritable honte nationale, Pierre de Maere, le nouveau chanteur à la mode, nous prouve derechef que la chanson francophone belge est morte avec Jacques Brel. Son nouveau tube en vogue, Je marierai un ange, est un affront à la langue française et là où une censure serait de mise, un avertissement au moins se devrait de figurer sur l’album. Outre la mélodie plus que lamentable, les paroles, absurdes s’il en est, feraient se retourner dans sa tombe le pauvre Brassens. En effet, le refrain – si tant est qu’il en fût, la structure du texte étant insensée – comporte la phrase : “un jour, je marierai un ange, on fera l’amour dans les nuages”.
Pour mieux saisir l’ampleur de l’ignominie, je me permets d’apporter une clarification grammaticale en spécifiant la nature du verbe “marier”, qui, vous le savez, est transitif direct sous sa forme non pronominale et transitif indirect sous sa forme pronominale. Somme toute, l’on puit dire “marier quelqu’un” ou “se marier à (ou plus couramment “avec”) quelqu’un”. Il ne faut pas confondre ces deux formes qui n’ont absolument pas la même signification. Alors que “marier quelqu’un” équivaut à “donner en mariage”, “se marier avec quelqu’un” signifie simplement “épouser quelqu’un”. Une nuance très importante puisque, aujourd’hui, seul le curé ou le maire peut marier des personnes entre-elles tandis que tout le monde peut se marier avec quelqu’un. Lorsque Pierre dit vouloir “marier un ange” cela signifie qu’il souhaite célébrer le mariage d’un ange avec une tierce personne. Pierre est peut-être le père du chérubin, qui sait ? Il désire unir sa fille avec un prétendant, des manières un peu médiévales quand on y réfléchit mais n’ayant pas le contexte de la chanson, ça n’est point trop important. Mais lorsqu’il se met à ambitionner de lui faire l’amour dans les nuages, on oublie bien vite le message patriarcal pour se faire hanter par l’image d’un inceste. Visiblement, Pierre a des origines ardennaises. Le fait que cette histoire obscène, qu’il fait passer pour une analogie de sa vie et de ses illusions idylliques dans ses interviews, passât inaperçue est véritablement honteux. À une époque où l’on blâme et boycotte des gens comme Gérard Depardieu, où de telles personnes sont les objets d’animadversions acrimonieuses, il est inconcevable que Pierre de Maere puisse impunément exprimer ses envies de relations incestueuses publiquement. De surcroît, il mena cette aberration syntaxique sans coup férir, recevant même plusieurs récompenses, dont le disque de diamant décerné par le SNEP.
Elle est belle la jeunesse que l’on préfère pervertir avec des fautes d’orthographe plutôt que de l’éduquer aux alexandrins en lui montrant le film Cyrano de Bergerac au risque d’y voir l’acteur maudit.
Si les gens pouvaient comprendre que les mots ont des significations et qu’on ne puit décemment pas en faire ce que l’on veut, le monde irait bien mieux et les enfants ne verrait pas une idole en un homme atteint de vésanie.
Auteur : Gilles, 16 ans, Liège
CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT LORS D’UN ATELIER SCAN-R.

