Je suis venu te dire que je m’en veux

Je suis venu te dire que je m’en veux

Au mois de juin 2019, une équipe de Scan-R s’est rendue à l’Institution Publique pour la Protection de la Jeunesse (1) de Saint-Hubert. Elle y a rencontré une dizaine de jeunes. Voici le texte qu’Antoine a écrit. Ce qu’il regrette le plus, ce n’est pas les faits qui font qu’il est là, c’est la distance obligée entre lui et sa maman. Ce qu’il souhaite, c’est sortir, une bonne fois pour toute, de la spirale de la délinquance et suivre une formation.

Reconnaître ses torts

Je suis en IPPJ depuis une semaine tout juste. C’est la quatrième fois que je viens dans un établissement comme celui-ci. Quand le juge m’annonce que je vais retourner en IPPJ. Je suis toujours triste. Cela veut dire que je vais être séparé de ma famille, de mes ami·e·s. Le plus dur, c’est avec ma mère. Elle est très importante pour moi et je sens qu’elle est triste. Chaque fois, je la vois pleurer. Je ne lui jamais demandé pourquoi elle était triste mais je crois que c’est parce que j’ai toujours été avec elle. Ma mère découvre toujours que j’ai fait des bêtises lorsque la police vient à la maison. Elle est en colère et triste en même temps. « Pourquoi tu as encore fait ça ? ». Elle dit que je donne une mauvaise image à mon petit frère. Moi, je suis dégoûté. Je ne dis rien. J’assume les actes. C’est une question d’honneur avec les copains. Je ne les balance pas. Je suis loyal et je reconnais mes torts.

Profil bas

Lors de l’interrogatoire, je pense à mère et mon frère. Je me rends compte que je vais être séparé d’eux. Je fais profil bas devant la police et le juge. Je ne parle que des faits et jamais de mes émotions. Lorsque j’arrive à l’IPPJ, le premier jour, je téléphone tout de suite à ma maman. Je lui explique comment est la chambre. Je lui dis qu’elle me manque et que je regrette ma connerie. Elle ne pleure pas mais j’entends qu’elle est triste. Maman me pose plein de questions sur ce que j’ai fait et elle me dit de réfléchir durant le placement à ce que j’ai fait. Elle m’aide, elle me soutient.

Les visites

Il n’y a que trois appels de dix minutes par semaine. J’appelle donc ma mère parce que je suis loin d’elle et qu’elle me manque. Je sais que pendant deux mois, je ne pourrai pas la voir. À l’IPPJ, nous avons droit à deux visites d’une heure par semaine mais ma mère habite trop loin. Elle ne peut pas venir. Et puis, je n’ai pas trop envie qu’elle me voit ici car mon père, avant, il était en prison. Je n’ai pas envie qu’elle m’assimile à mon père. Mon père, c’est mon père et moi, c’est moi.

Les appels

Durant les appels, je demande des nouvelles de mes 3 frères. Je lui demande qu’elle m’explique ce qu’elle a fait durant la journée. Elle me demande aussi ce que j’ai fait aujourd’hui, ce que j’ai mangé… Ça ne me plait pas trop de raconter mais ça permet de la soulager. Raconter, ce n’est pas mon truc : tous les jours c’est la même chose. On a des cours comme à l’école en groupe, des travaux à faire dans la chambre, du sport. Cela permet de s’occuper.

Dehors

En dehors de mes périodes en IPPJ, je ne suis pas proche de ma maman. Je sors souvent le soir avec mes amis. J’aime me poser avec eux et parfois faire des mauvais coups. Cela dépend. Je n’écoute pas beaucoup pas maman. J’étais un peu con, je devrais l’écouter plus, je ne serais sûrement pas ici. Maman m’encourage à rester à la maison et à limiter les mauvaises fréquentations. Je n’ai pas peur de lui dire que je l’aime et que je tiens à elle parce c’est ma mère et qu’elle le mérite.
Je regrette d’être en IPPJ car je ne suis pas avec elle. Elle ne mérite pas ça. Je culpabilise davantage de mettre ma mère dans cette situation que pour les faits que j’ai réellement commis.

Demain …

Il est temps que tout cela s’arrête. Je n’ai pas envie d’aller en prison. Je veux que ma mère soit fière de toi. L’école, c’est important. J’aimerais y retourner. Je pense suivre une formation en maçonnerie. Mon père était maçon. Il m’a déjà montré son travail et cela m’a plus. Si après, je trouve un boulot. Ce sera plus facile pour moi. J’aurai une vie plus stable. J’espère pouvoir fonder une famille. La solitude, je l’ai connue ici en IPPJ et je ne la souhaite à personne, surtout à mes frères.

 (1) Selon la loi, une IPPJ est un centre fermé pour personne délinquante de moins de 18 ans. Tout en protégeant la population de ces jeunes, ces centres doivent permettre à leurs pensionnaires de se reconstruire, de se réinsérer dans la société, dans leur famille, dans leur école. La vision des jeunes qui y passent et parfois plusieurs mois et parfois plusieurs fois, n’est pas celle-là. Elles et ils y voient plutôt une prison.

Avant de quitter l’IPPJ, gardiens et éducateurs expliquent que si le régime est tellement contraingnant, s’il y a tellement de règles et si elles sont précises à ce point-là, c’est parce que les jeunes qui sont enfermés à Saint-Hubert, ou ailleurs, n’ont plus aucune notion des lois, de ce qu’on peut faire ou pas, de ce qui est admissible ou inadmissible. “En serrant la vis à ce point, on espère que quand ils seront de nouveau libre, ils se rappeleront qu’on ne peut pas faire tout ce qu’on veut…” conclu le chef des gardiens.

La photo qui illustre cet article a été prise à la prison de Mons.

Des détenues ont élaboré, avec l’artiste Olivier Sonck, toute une série de phrases qui garnissent de poésie l’enceinte de la prison. Pour en savoir plus, voyez ce lien.

AuteuR : Antoine, 17 ans, Charleroi

Cet article a été produit lors d’un atelier Scan-R À l’ippj de SAint-Hubert

Et d’autres réfractations

Le revoir

Ce qui me manque le plus c’est mon père car ça fait 5 ans qu’il est décédé. Et ça fait 6 ans que je ne l’ai pas vu. La dernière fois que je l’ai vu, c’était quand j’ai dû quitter mon pays en 2020....

La critique, toujours ?

Scan-R rencontre des adolescent·es dans une école verviétoise. Ces jeunes s'expriment alors au sujet du regard des autres.  La critique, toujours ?, Florian, 16 ans, Verviers Il y aura toujours des...

Les bienfaits de l’écriture et musique

La musique m’apaise. En l’écoutant, je me coupe du monde extérieur, je reste dans ma bulle. J’aime être zen, en écoutant de la musique. Et pourquoi écrire me fait du bien ? J’aime écrire au sujet de...

Le blème Trump

J’ai « toujours » cru que Donald Trump était un mauvais président. Je n'étais pas très informé sur le personnage, mais depuis que je sais qui est Donald Trump, je n’ai jamais vraiment ressenti le...

Le chat et les souris

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent… cette phrase, c’est juste un moyen de justifier la maltraitance. Dès l’enfance, à l’école, on ne cherche qu’une chose, c’est de cadrer les élèves,...

Les rencontres ne sont pas fortuites !

Les rencontres bonnes ou mauvaises sont une richesse ! Elles ouvrent de nouveaux horizons, de nouvelles perspectives, elles permettent d’élargir notre champ d’action. Rien n’est fortuit dans la vie...

Avis sur la migration

Les jeunes de l'IPH de Herve et de l'Athenée Royal Thill Lorrain, à Verviers, ont été invité·es à s'exprimer sur la migration après le témoignage de Valya, jeune arménienne, qui partage son parcours...

Une autre vague

Le plus fou dans la vie, c’est le soutien qui existe et qui reste fort parce que le monde devient un milieu où l’égoïsme règne de plus en plus. Ou, en tout cas, c’est ce qu’on veut mettre le plus en...

LES PETITS AVIS, EPISODE 157

Dès le départ, Scan-R essaye de valoriser la parole de chacune et de chacun ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un post, nous les rassemblons donc...

Se laisser le temps de découvrir

J’aimerais avoir le temps de découvrir et apprendre, c’est ce qu’il y a de plus beau. Découvrir de nouvelles personnes, de nouvelles cultures, des œuvres et essayer de les comprendre....

Média d’expressions
Individuelle et collective
Destiné aux jeunes
En Fédération Wallonie Bruxelles

Scan-R est soutenu par

Pour être informé des activités de Scan-R

De ma console à YouTube, des rêves à construire.

De ma console à YouTube, des rêves à construire.

De ma console à YouTube, des rêves à construire.

Il se voyait déjà en haut de la playlist… Anthony rêve d’être le prochain Youtubeur en vogue. Il espère, secrètement, qu’il sera surliké, que ses vidéos seront partagées des centaines voire des milliers de fois par les internautes ! Derrière le rêve se cache un parcours de vie compliqué et des difficultés pour s’exprimer. 

Moi c’est IZANAGA… c’est mon pseudo sur la PS4. En fait, c’est le nom tiré d’une technique de combat dans le manga Naruto. J’ai juste changé la dernière lettre et je l’ai remplacée par la première de mon prénom. Peut-être qu’un jour, ce sera mon nom de Youtubeur. C’est mon rêve. J’ai envie d’être vu, vu et encore revu sur internet !  En fait, j’ai surtout envie de faire ce que j’aime de ma vie et ce que j’aime, c’est jouer aux jeux vidéos ! 

Mes youtubeurs de références ce sont SQUEEZIE et CYRILmp4. Ils font dans le gaming : des directs ou lives et des vidéos. Cela peut être sur des jeux d’horreur, d’aventure, de guerre, des jeux de toutes les sortes. Je trouve cela trop bien : ils sont payés pour jouer et ils s’amusent tout le temps. CYRIL, se déguise et réalise des tests, Squeezie est plutôt sérieux et puis tout d’un coup, il lâche une énorme blague comme ça, sans qu’on s’y attende ! Souvent, ils font n’importe quoi mais je trouve ça particulièrement stylé. 

Moi dans mes vidéos, je serai concentré quand je joue même s’il y aura des délires et des fous rires. Toutes les conneries pourvu que cela me fasse rire, que cela fasse rire les gens qui regardent et qu’ils kiffent.

Ça, c’est mon rêve. Dans la vraie vie, c’est différent. J’ai 22 ans et je n’ai pas terminé mes secondaires. J’ai été jusqu’en 3ème après j’ai dû arrêter. J’ai tenté trois fois la troisième, mais ça n’a pas marché… Ça me saoule, j’aurais pu aller plus loin mais à cause de soucis persos, j’ai pas pu aller jusqu’au bout. Je suis allé au Forem. J’ai fait beaucoup de formations pour travailler en usine, dans le domaine des arts et du spectacle, dans l’audiovisuel, ce que j’ai beaucoup aimé. J’ai aussi suivi des formations plus classiques : écriture d’un CV, d’une lettre de motivation et tout le tralala. J’ai fait des stages mais cela n’a jamais abouti à un contrat. C’était compliqué. 

Le Forem m’a finalement proposé le Service Citoyen.  Cela fait 3 mois que j’y suis. Ça change de ce que j’ai fait auparavant. C’est intéressant. Cela dépend des jours en fait. Il y a des jours où tout va bien et d’autres moments où parfois je m’embête mais je suis toujours là. Je suis motivé. Je ne suis pas avec mes parents. Je me sens bien car je ne m’énerve pas et je ne stresse pas. 

Ma mission, dans le cadre du Service citoyen, se déroule dans une maison de jeunes (MJ). Là-bas, je fais de l’animation, de l’accueil. Je prépare aussi une activité sur les jeux vidéos. Cela me plaît beaucoup. On va installer la PS4 et on va s’affronter avec les jeunes. À la MJ, je me considère comme un animateur. Les autres de l’équipe d’animation me considèrent comme je suis ! Cela me fait du bien, d’habitude on me prend pour quelqu’un d’inférieur. C’est vraiment cool de se sentir sur le même pied que tout le monde. J’ai appris à devenir responsable. J’ai mûri. Avant, je me considérais plus comme un gamin que comme un adulte. Maintenant, c’est l’inverse. J’ai toujours eu le sentiment d’avoir un « retard mental ». Au Service citoyen, je me rattrape enfin. Je ne me contrôlais pas maintenant je suis plus moi-même et je suis plus prêt à aller de l’avant.

Mon rêve, c’est de devenir youtubeur mais je suis conscient que ce n’est pas réaliste. Mon frère m’a fait remarquer que c’est peut-être un peu tard. Je suis un « jeune vieux », j’ai plus 13 ou 14 ans comme les youtubeurs qui se lancent. Je suis motivé pour tester quand même. Maintenant, il me faut le matériel : caméra, micro et un ordi pour le montage. Face caméra, je serai moi-même. Il n’y aura pas de comédie. Les critiques, de toute façon, ça rentre par une oreille et ça sort par l’autre. Je sais que cela peut être très dur. Dans la vraie vie, j’ai déjà été trop souvent critiqué mais je sais que je peux passer au-dessus. En tout cas maintenant, c’est mon seul vrai projet d’avenir. 

 

Auteur : Anthony, 22 ans

Cet article a été réalisé lors d’un atelier Scan-R au service citoyen

Et d’autres éclairages

Le revoir

Ce qui me manque le plus c’est mon père car ça fait 5 ans qu’il est décédé. Et ça fait 6 ans que je ne l’ai pas vu. La dernière fois que je l’ai vu, c’était quand j’ai dû quitter mon pays en 2020....

La critique, toujours ?

Scan-R rencontre des adolescent·es dans une école verviétoise. Ces jeunes s'expriment alors au sujet du regard des autres.  La critique, toujours ?, Florian, 16 ans, Verviers Il y aura toujours des...

Les bienfaits de l’écriture et musique

La musique m’apaise. En l’écoutant, je me coupe du monde extérieur, je reste dans ma bulle. J’aime être zen, en écoutant de la musique. Et pourquoi écrire me fait du bien ? J’aime écrire au sujet de...

Le blème Trump

J’ai « toujours » cru que Donald Trump était un mauvais président. Je n'étais pas très informé sur le personnage, mais depuis que je sais qui est Donald Trump, je n’ai jamais vraiment ressenti le...

Le chat et les souris

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent… cette phrase, c’est juste un moyen de justifier la maltraitance. Dès l’enfance, à l’école, on ne cherche qu’une chose, c’est de cadrer les élèves,...

Les rencontres ne sont pas fortuites !

Les rencontres bonnes ou mauvaises sont une richesse ! Elles ouvrent de nouveaux horizons, de nouvelles perspectives, elles permettent d’élargir notre champ d’action. Rien n’est fortuit dans la vie...

Avis sur la migration

Les jeunes de l'IPH de Herve et de l'Athenée Royal Thill Lorrain, à Verviers, ont été invité·es à s'exprimer sur la migration après le témoignage de Valya, jeune arménienne, qui partage son parcours...

Une autre vague

Le plus fou dans la vie, c’est le soutien qui existe et qui reste fort parce que le monde devient un milieu où l’égoïsme règne de plus en plus. Ou, en tout cas, c’est ce qu’on veut mettre le plus en...

LES PETITS AVIS, EPISODE 157

Dès le départ, Scan-R essaye de valoriser la parole de chacune et de chacun ! Parmi les textes que nous recevons, certains sont trop brefs pour faire l’objet d’un post, nous les rassemblons donc...

Se laisser le temps de découvrir

J’aimerais avoir le temps de découvrir et apprendre, c’est ce qu’il y a de plus beau. Découvrir de nouvelles personnes, de nouvelles cultures, des œuvres et essayer de les comprendre....

Média d’expressions
Individuelle et collective
Destiné aux jeunes
En Fédération Wallonie Bruxelles

Scan-R est soutenu par

Pour être informé des activités de Scan-R