Je marche en ville quand je le vois ;

Pas un visage connu mais plutôt celui d’une catégorie de personnes à part.

Il est là. Il fait le tour des gens.

Il cherche quelques pièces pour s’acheter de quoi manger, il dit.

Mais, quand il s’approche de moi, voilà que le doute m’assaille.

Est-ce vraiment de la nourriture qu’il va aller acheter avec les quelques centimes que je pourrais lui donner ?

On m’a souvent dit que l’argent leur servait à se piquer, alors qu’est-ce qui me dit que pour lui, ce serait différent ?

Et puis, on m’a beaucoup répété de ne pas trop me retourner pour fouiller dans mon sac par risque d’être volée, car ces gens-là, au fond, ne sont-ils pas un peu désespérés au point de voler ?

Alors, quand je le vois, presque malgré moi, je détourne quelque peu les yeux, je bredouille un « Je n’ai rien sur moi » ou un autre petit mensonge du genre.

J’aimerais pourtant l’aider, cet homme ou cette femme qui se retrouve dehors sans pourtant n’avoir rien demandé, mais il y a cette part de moi qui, presque automatiquement, prend peur à cause de ce qu’en dit la société.

Peur de quoi ? Je ne sais pas. De me faire agresser par cet inconnu affamé ? De me faire piquer un paquet de mouchoir ou quelques bibelots dans ma poche ? Ou simplement peur, en m’attardant trop sur cette personne, de me rendre compte que, au fond, le pas pour se retrouver sans toit n’est pas si grand qu’on le pense et que si, ici, personne ne prend la peine de l’aider, qui pourrait bien le faire pour moi si j’étais dans le cas.

 A écouter aussi en podcast ici

Auteure : Emma, 22 ans, Liège

CET ARTICLE A ÉTÉ PRODUIT LORS D’UN ATELIER SCAN-R.

Et d’autres récits

J’ai toujours cru en notre génération

J’ai toujours cru en notre génération. Dans le monde actuel, nous sommes la génération la plus critiquée. Les plus âgés nous décrivent comme « flemmards », « pas responsables », comme « des assistés...

La nuit étoilée ; la vérité

C’est dans l’ombre du ciel que l’origine de l’être humain se décide et met à nu, il se dévoile et sa nature se dessine. C’est sous les étoiles que l’humain rêve et garde espoir au lendemain. C’est...

La douceur

La douceur est pour moi en lien avec l’affection. Je pense d’abord à celle qu’une mère est censée donner à son enfant, donner de la rassurance, la paisibilité, du repos, de l’amour. Une fois...

S’informer, c’est apprendre

Scan-R rencontre, parfois, des jeunes pour parler médias : qu'est-ce qu'un média ? Comment fonctionne-il ? Quel est le rôle d'un journaliste ? A quoi doit-on être attentif·ve face aux différentes...

Un cœur dans le siècle

Si j’étais une œuvre d’art, je serais L’Attrape-cœurs de Salinger. Je serais ce môme de 16 ans que tout le monde rejette, qui n’arrive pas à rentrer dans les cases. Pas par mauvaise volonté –...

En chemin

Que dire ? Ce n’est pas facile de parler de soi... De se décrire, d’exprimer des choses qui nous appartiennent au plus profond de soi... Cela dit, c’est un exercice d’écoute de soi-même dans ses...

Le viol, une arme de guerre

On devrait être mieux renseigné sur ce qui se passe au Congo , la guerre. Ce n’est pas une simple guerre. En plus de savoir que les victimes sont des enfants, bébés ou familles, elle est aussi, et...

Le temps à prendre

J’aimerais avoir le temps de prendre le temps. Pourquoi ? Je trouve que, dans notre chère société actuelle, on ne prend plus le temps de rien, on fait tout vite, sans forcément faire attention aux...

Soli taire

Aujourd’hui je suis en IPPJ Mais la seule chose que j’attends c’est le jour J Un mal-être insignifiant Qui malheureusement persiste dans le temps Ces idées noires toujours là Maman est là Mais papa...

Des lois pour toi, épisode 2

Scan-R anime, parfois, dans des écoles, pour présenter le journalisme actuel. Durant ces ateliers, nous demandons aux jeunes d’inventer des lois. Dans quel but ? Améliorer le quotidien des Belges....